Monday, July 31, 2006

Citation du 1er août 2006

Il ne se voit pas d'âmes qui, en vieillissant, ne sentent l'aigre et le moisi.

Montaigne - Essais

Comment bien vieillir ? Tous ceux qui ont une grand-mère, un grand-père, une grand-tante, bref une vieille ou un vieux à fréquenter savent que Montaigne dit vrai.

Le vieil homme, la vieille femme, a toujours quelque chose qui ne va pas ; quand ce n’est pas sa santé, quand ce n’est pas son environnement familier, il y a encore l’ordre du monde (tout fout le camp), les nouvelles générations (les jeunes ne respectent tien !), le climat (c’est la canicule) qui déçoivent. Le vieux est déçu. Et il le fait savoir.

J’admets qu’il est « rageant » (1) d’être à la fin de sa vie alors qu’il y en a d’autres qui ne font que la commencer. Mais cette banalité ne va pas nous intéresser bien longtemps.

Un auteur dont j’ai oublié le nom - c’est l’âge, excusez-moi - définit le vieillissement par la différenciation progressive. De notre naissance à notre mort, nous passons notre temps à devenir chaque jour d’avantage différent de l’individu standard. Il n’y aurait donc pas de cap particulier à franchir en devenant vieux, on ne ferait qu’accentuer ce qui a commencé à notre naissance.

Alors pourquoi sent-on le moisi en vieillissant ? Parce qu’avec l’âge, cette différenciation n’est plus adaptation, mais au contraire affirmation crispée de soi-même, contre tout ce qui en revanche évolue dans l’environnement. Je crois que je ne serais plus moi-même si je devenais conforme à ce que la modernité exige; donc, si je ne suis plus capable d’évoluer, tout ce qui me reste, c’est la résistance au changement.

Résumons-nous : pour devenir un individu il nous faut deux chose. L’une, qui est l’originalité. L’autre qui est l’adaptation de cette originalité à l’environnement. Avec le grand âge, c’est cette seconde faculté qui disparaît.

Descartes disait : plutôt « changer ses désirs que l’ordre du monde ». Oui, mais il faut toujours changer. L’âme moisie est celle qui ne change pas.

(1) D'accord : ce terme n'est pas forcément le meilleur. Mettez donc celui qui vous convient à la place

Sunday, July 30, 2006

Citation du 31 juillet 2006

Ce qu'un autre aurait aussi bien fait que toi, ne le fais pas. (…) Ne t'attache en toi qu'à ce que tu sens qui n'est nulle part ailleurs qu'en toi-même. [Toi] le plus irremplaçable des êtres.

Gide - Les nourritures terrestres

- Robert, le plus irremplaçable des êtres ? Ah ouich ! Heureusement ! Comme ça, quand y s’ra crevé, des comme lui, y en aura plus.

- Ecoute, Raymonde, tout être humain est une créature de Dieu. Dieu l’a créé, et Dieu l’aime. Tel qu’il est

- Ah, ben il est pas difficile, Dieu. Moi, à sa place, j’y f’rais savoir à Robert que quand y m’fout une torgniole c’est un sale type.

- Oui, Raymonde, peut-être que Robert ne devrait pas te battre. Mais dis-toi que sa violence et son injustice sont les épreuves que Dieu t’envoie pour t’éprouver et pour que tu mérites ton Paradis.

- Alors, mon Père, vous dites tout de même que Robert, quelque part, il a raison de me cogner et que c’est pour mon bien ?

- Les voies de Dieu sont insondable, Raymonde. Connais-tu l’histoire du pauvre Job ?

- C’est l’histoire d’un type qu’a pas de boulot ? Qu’est-ce que j’ai à en faire ?

- Mais, non… Enfin, je ne sais pas moi, mais tu dois te dire que Robert est ton mari, que tu l’as choisi, épousé devant Dieu et devant les hommes, que tu l’as accepté, pour le meilleur et pour le pire.

- La pire, ça ouich, on peut le dire. Cet ivrogne est le pire des maris, le pire des feignants, le…

- Raymonde, écoute bien ce que je vais te dire. Dieu a voulu que la femme soit soumise à l’autorité de son mari, et s’il la bat en rentrant le soir, c’est qu’Il l’a permis.

Si Robert ne sait pas pourquoi il te bat, Dieu, Lui, le sait.

Saturday, July 29, 2006

Citation du 30 juillet 2006

Il faut se dégager soi-même de la prison des affaires quotidiennes et publiques.

Epicure - Sentences vaticanes

Les affaires… Comment comprendre ce mot ? Les affaires publiques concernent, on le devine facilement, toute ce qui est gestion des biens collectifs, les prises de décisions ; bref, il s’agit pour Epicure de nous déconseiller la vie de citoyen actif. Quant aux affaires quotidiennes, on supposera qu’il s’agit de la gestion de la vie matérielle, le travail, l’argent, les achats ; etc. (1)

Pour se retirer des affaires, le plus sûr c’est de ne pas travailler, de ne pas dépenser, de ne vivre que de l’air du temps. C’est ce que faisait Epicure au point qu’il était réputé pour être d’une extrême pauvreté, un quasi vagabond. Volonté de pureté, en se tenant à l’écart des richesses et de leur corruption ? Nullement. C’est pour éviter le souci lié à l’incertitude de la jouissance des biens matériels. Car là est la véritable leçon de morale épicurienne. Le bonheur est dans le repos de l’âme, et le repos de l’âme est lié à deux facteurs :

- d’une part la réalité matérielle : il nous faut tout ce qui peut nous procurer du plaisir ; mais de surcroît l’autonomie nous est indispensable : non seulement nous ne devons manquer de rien aujourd’hui ; mais encore nous devons être certains de ne manquer de rien demain et les jours qui suivent. Sinon, l’inquiétude de l’avenir se transforme en souci.

- en effet les représentations psychologiques doivent être apaisantes ; sinon c’est là encore le souci qui ruine le bonheur.

Aujourd’hui, toute la société de consommation, sous des apparences épicuriennes vise à stimuler le besoin, donc le souci de manquer, donc l’agitation contraire au bonheur. Plus tu consommes, plus tu es rassasié ; plus tu es rassasié, moins tu consomme. Très mauvais pour le marchand, ça… Vite ! Faisons ressurgir le désir du plaisir (2) et la crainte de la pénurie ; stimulons donc le souci.

Dans quels domaines pourrions-nous donc être encore épicuriens ? Comment échapper à la prison des affaires quotidiennes et publiques ? Sans doute la réponse la plus simple c’est : l’amour. Et sans grand « A », s’il vous plait. Diogène (Laërce) raconte que Diogène (le Cynique) se masturbait sur la place publique (oui, vous avez bien lu : sur l’Agora !) en disant : « Quel dommage qu’on ne puisse satisfaire sa faim aussi facilement ! ».

Si vous voulez être épicurien, vous savez ce qu’il vous reste à faire.

(1) C’est le domaine de la chrématistique selon le terme transmis par Aristote.
(2) On aura compris que "désir" signifie ici "manque"

Friday, July 28, 2006

Citation du 29 juillet 2006

La peur de l'ennui est la seule excuse du travail.
Jules Renard - Journal
Bien sûr, la nécessité du travail rend inepte ce genre de citation. Bien sûr, il serait plus raisonnable de réfléchir sur la malédiction (ou la bénédiction, ici peu importe) qui rend le travail de toute façon inévitable. Mais supposez un instant qu’en plus certains aiment ça ; qu’il y ait des gens assez bizarres pour dire « le travail, moi, j’aime ! ».
Alors Jules Renard se lève pour leur dire : « Vous manquez d’imagination et c’est la peur de l'ennui qui est la seule excuse de votre amour du travail. ». Et donc, si vous dites que vous aimez votre travail on va vous dire que vous êtes un pauvre type qui ne sait pas jouir de la vie. Décidément le mérite n’est pas reconnu !
Eh bien, moi je dis : … au fait qu’est-ce que je dis ? Parce que ce n’est pas évident. Si vous aimez votre travail vous donnez bien sûr tort à Jules. Mais supposez que demain matin vous vous leviez avec la migraine ; ou bien que votre chef de service, un type compétent et sympa, vienne à être remplacé par une vieille carne bornée et acariâtre. Vous y êtes ? En tout cas, vous êtes au boulot, quoiqu’il en coûte. Car le travail c’est ça aussi : sa nature véritable, ce qui le distingue de toute autre activité, ce n’est pas d’être agréable ou désagréable ; c’est d’être forcé. On a beaucoup dit que la Genèse n’avait pas maudit le travail mais seulement le labeur improductif (travaux forcés : casser des cailloux le long des chemins) : en réalité la malédiction c’est la contrainte; et cette malédiction, elle court toujours : si vous ne travaillez pas, coûte que coûte, vous êtes un parasite (un retraité bénéficiant de la solidarité intergénérationnelle).
Reste, comme on vient de le dire, qu’il y a des gens qui aiment leur travail et qui ont la chance de ne pas en être rassasié. On sait que Freud expliquait le phénomène en énumérant les raisons d’aimer travailler : il y intégrait toutes les composantes (narcissiques, agressives, érotiques) de la personnalité.
Mais il ajoutait aussitôt : «malgré tout cela, le travail ne jouit que d'une faible considération dès qu'il s'offre comme moyen de parvenir au bonheur

Thursday, July 27, 2006

Citation du 28 juillet 2006

Dans le fait, les lois sont toujours utiles à ceux qui possèdent, et nuisibles à ceux qui n’ont rien.

Rousseau - Du contrat social - I, 9

A qui servent les lois ? A tous ? Oui dans le principe, non dans les faits. Car la vraie question c’est : à quoi servent les lois ?

Supposez qu’une loi plafonne les taxes sur le carburant afin que la hausse des produits pétroliers soit limitée ; bien, très bien même : tout le monde est content. Tout le monde ? Et le pauvre type, qui n’a pas de voiture, pas de mobylette, rien qui consomme de l’essence ?

Bon, voilà une loi inutile pour lui ; mais au moins n’est-elle pas nuisible.

C’est vrai. Mais ce qui nuit à celui qui n’a rien, c’est l’injustice qui consiste à le laisser dans son état. Les lois qui oublient le pauvre ne le font pas exprès : elle se contentent tout naturellement de protéger la propriété, c’est à dire de maintenir ceux qui n’ont rien dans le dénuement. Car si la propriété est protégée par la loi, c’est bien contre les démunis qu’elle protège, contre ceux qui voudraient le partage parce qu’ils en sont exclus.

Plus encore. Admettons que notre pauvre applaudisse à la répression du vol. On peut être pauvre, mais honnête. Reste qu’on va considérer qu’il est juste qu’il y ait de la pauvreté, parce que les règles d’enrichissement sont justement fixées par la loi. Ce qui veut dire que le juste et l’injuste sont des conséquences de la loi, et que s’il est juste qu’il y ait des pauvres et qu’il y ait des riches, c’est parce qu’il y a - quelque part - des lois qui le justifient.

Et c’est ça qui est nuisible aux pauvres.

Wednesday, July 26, 2006

Citation du 27 juillet 2006

Allons ! descendons, et là confondons leur langage, afin qu’ils n’entendent plus la langue, les uns des autres.

Genèse XI 4

Voici le célèbre épisode de la Tour de Babel, avec la non moins célèbre confusion des langues.

Si la rivalité des hommes avec les Dieux est constante dans les mythologies, les moyens qu'ils utilisent pour châtier l’orgueil des hommes sont en revanche très divers. Celui de la Bible ne manque pas d’intérêt, puisqu’il s’agit ni plus ni moins que de créer la diaspora humaine, de multiplier en même temps les langues parlées par les hommes, rendant ainsi impossible la compréhension du langage des autres.

Il y a ici deux éléments qui frappent le lecteur moderne : d’abord, c’est que la multiplicité des langues apparaisse comme une malédiction et non comme une richesse culturelle. En suite - et surtout - que l’incompréhension du langage de l’autre soit LA malédiction, ou plus exactement le moyen le plus efficace pour affaiblir l’humanité. Et si la première observation paraît liée à un archaïsme, la seconde est en revanche assez moderne
Certains anthropologues ont imaginé en effet l’origine du langage à partir de ce qu’ils ont appelé le call system : un groupe de chasseurs préhistoriques ne peut agir de concert qu’à condition de coordonner son action. On suppose alors que cette coordination à distance s’obtient par des signaux vocaux, dont la démultiplication et la modulation aurait peu à peu engendré le langage. Cette théorie est-elle vraie, est-elle fausse, on ne le saura jamais. Mais elle témoigne de deux choses : d’une part que la communication est toujours pensée comme la fonction primitive du langage ; d’autre part que la compréhension du langage entre les hommes est bien la source de leur puissance : ici, à dominer la nature ; dans la Genèse l’ambition est de dominer Dieu lui-même.
L'usage de plus en plus universel de l'anglais dans les relations internationales ne risque-t-il pas de passer pour une reconstitution du "babélien", et de provoquer de nouveau le courroux de Dieu ?

Tuesday, July 25, 2006

Citation du 26 juillet 2006

Quand mon corps sur ton corps / Lourd comme un cheval mort / Ne sait pas ne sait plus / Si il existe encore

Johnny Hallyday - Que je t’aime ! 1969

Moi j'ai ta chair / Contre ma chair, / En ça je crois

Johnny Hallyday Vivre pour le meilleur 1999

Pourquoi en trente ans Johnny Hallyday passe-t-il du corps à la chair ? Pour quoi le corps est-il "lourd comme un cheval mort", alors que la chair est l’objet de croyance ? Et puis, comment fait-il pour toucher la chair sans toucher la peau ?

Bref, l’œuvre de Johnny requiert l’analyse du philologue et la réflexion du philosophe.

Petite explication de texte.

D’abord le corps est sur le corps parce que c’est encore la position la plus simple pour copuler (Oh ! Johnny !!!) ; et il est lourd comme un cheval mort parce qu’il a fini sa petite affaire : (« quand a fait l’amour comme d’autres font la guerre ») : ce corps, c’est l’organisme, défini par sa structure morphologique, identiquement présent chez l’homme et chez l’animal (et voilà encore le cheval mort).

Qu’est-ce que la chair ? Selon mon dictionnaire, c’est la substance mole du corps par opposition au squelette ; synonyme : viande. Essayons : « Moi j’ai ta viande / Contre ma viande… ». Non, ça ne marche pas. Autre sens : nature humaine. Hum… je n’y crois pas non plus. Dernière possibilité : la chair est le siège des instincts ; là, ça pourrait marcher. Elle est la dimension labile, volatile et intime du corps : elle n’existe que dans l’excitation alors que le corps est permanent : la chair est bien le corps, mais en tant qu’il est parcouru par le frisson du désir.

Et maintenant nous pouvons comprendre : si Johnny « croit » « en ça », c’est que, voyez-vous, à plus de 60 ans, il faut s’impliquer un peu pour y arriver…

Conclusion : Johnny chante son amour dans la phase pré-orgasmique trente ans après avoir l’avoir décrit dans son apaisement post-orgasmique. Voilà pourquoi on ne comprenait pas tout de suite.

C.Q.F.D.

Monday, July 24, 2006

Citation du 25 juillet 2006

J'veux mourir malheureux pour ne rien regretter

Daniel Balavoine - Le chanteur (à écouter et à voir ici - à lire )

Et voilà : une leçon de sagesse pour le prix d’une chanson populaire : vous en avez pour votre argent !

La mort du bûcheron nous avait déjà préoccupé (19 février) ; celle de Balavoine renouvelle l’approche. Le malheur aurait donc une utilité, une fonction positive si vous voulez. Comment ne pas regretter une vie que l’on quitte ? Quel malheur rend la vie invivable ? Comment faire pour que la mort soit perçue comme une délivrance, ou au moins comme une issue acceptable ? Bref : quel est le malheur qui dédommage de la perte de la vie ?

Je n’épiloguerai pas sur la définition du malheur, aussi délicate que celle du bonheur ; d’ailleurs, pour mourir sans rien regretter faut-il nécessairement être malheureux ? Deux exemples montreront que non.

Premier exemple : Lévi-Strauss qui a aujourd’hui 98 ans. Il a déclaré récemment qu’il ne regretterai pas de mourir car le monde tel qu’il est devenu ne l’intéresse plus (entretien sur France 2 du 17 février 2005). Plus de Nambikwara emplumés : ils portent tous des tee-shirt siglés Coca-Cola. D'ailleurs, plus de plumes : les oiseaux sont morts avec la forêt amazonienne. C’est un peu comme les vieilles personnes qui confient que la vie ne les concerne plus parce que tous leurs proches sont déjà mort : on a vécu trop longtemps, disent-elles… Il ne s’agit pas de malheur ni de bonheur ; il s’agit du monde où on aurait pu être heureux ou malheureux : c’est lui qui est parti le premier.

Deuxième exemple : moi. (1). Suis-je favorable au don de mon corps à la science ? C’est le moment de se déclarer, afin que tous ceux qui auront lu ces lignes puissent faire savoir aux urgentistes s’ils peuvent ou non affûter leur scalpel à l’approche de mes derniers moments. Eh bien je le dis : je veux mourir après avoir usé tous mes organes au point qu’il ne reste rien de récupérable. Voilà. C’est égoïste, mais c’est comme ça que j’entends utiliser ce que la nature m’a donné. C’est comme ça que j’entends pouvoir « ne rien regretter ». Ce qui ne signifie surtout pas être malheureux.

Point final.

(1) S’agissant d’un Blog, il est d’usage que la confidence intime apparaisse de temps en temps.

Sunday, July 23, 2006

Citation du 24 juillet 2006

Tout employé tend à s'élever à son niveau d'incompétence

Lawrence J. Peter et Raymond Hull - Le principe de Peter. (1)

Dans le cadre du Colloque organisé par Cercle d’Etude Rockefeller : Entre compétition et pantouflage : l’entreprise à la croisée des chemins, vous allez entendre une communication consacrée à : L’actualité du Principe de Peter

Non, je ne vais pas vous faire un discours, rassurez-vous. Mais sérieusement, je me demande si la récente réédition de ce petit livre répond à un retour aux années 60.

Selon Peter et Hull, votre patron (ou le sous-chef, voire même l’employé subalterne) est nécessairement incompétent dès lors qu’il a fini de progresser dans la hiérarchie. Conséquence logique : les patrons sont tous des incompétents. Ce qui veut dire que l’incompétence est présente au cœur de l’entreprise (ou de l’administration) et que chaque employé est par rapport à l’entreprise un peu comme un virus : il a pour fonction de parasiter l’organisme, vivant à ses dépens ; mais il a aussi intérêt à la survie du malade, car la mort de celui-ci entraînerait aussi la sienne. Voilà qui nous éloigne aussi bien du credo libéral (tout pour l’Entreprise) que des récriminations syndicales (exploitation des travailleurs). Voilà aussi qui va décomplexer les fonctionnaires qu’on accuse d’être seuls incompétents dans le monde du travail.

Dans le monde actuel où la compétition - toujours féroce - entre les entreprises - du monde entier - règne en maître, le Principe de Peter paraissait avoir été définitivement démodé. Et voilà que les parachutes dorés se sont ouverts pour les partons licenciés ; et voilà que des entreprises florissantes sont mises en liquidation pour des erreurs de gouvernance. Alors on se dit, que, loin d’être anéantie par la compétition, l’incompétence des cadres ne fait que se manifester plus bruyamment qu’avant, on ne fait que basculer plus vite dans la super-incompétence (voir note).

On ne revit pas le passé, certes. Mais si un principe comme celui de Peter fonctionne encore, c’est du côté de la nature humaine qu’il faut en chercher la cause. Et ça, ça ne changera pas.

(1) Résumé du principe de Peter : dans toute organisation, si une personne fait correctement son travail, elle obtiendra une promotion. Si à nouveau, elle réussit dans sa fonction, elle sera promue. Ainsi de suite jusqu'à ce que sa fonction dépasse ses compétences. Dès lors elle occupera un poste à responsabilités de manière définitive alors qu'elle est incompétente. Il lui faudra juste veiller à ne pas tomber au niveau de la super-incompétence où elle risquerait de perdre son poste pour faute professionnelle grave.

Saturday, July 22, 2006

Citation du 23 juillet 2006

La guerre est le prolongement de la politique par d'autres moyens.

Carl von Clausewitz

Que la guerre soit un moyen, qui donc en douterait ? On ne fait pas la guerre par plaisir (même si elle fait plaisir), mais pour obtenir ou pour conserver un avantage précis. Mais qu’elle soit une alternative à la diplomatie, un détour sur le chemin de la paix et de l’entente avec les autres peuples, voilà qui étonne et qui peut même scandaliser.

Cherchons un exemple. Le conflit Israélo-palestinien peut nous servir. Grosso modo (je simplifie sans doute abusivement), il s’agit pour Israël de faire reconnaître par les Palestiniens et par la communauté internationale sa souveraineté sur un territoire défini par cette même communauté et redéfini par différents conflits.

La thèse d’Israël est qu'aujourd'hui son existence et la sécurité de ses citoyens est menacée par le Hezbollah basé sur le territoire libanais. Le conflit armé actuel a donc pour but de faire aboutir une exigence politique, qui aurait dû être obtenue par une conférence internationale, si la volonté de paix l’avait emporté sur la volonté de détruire les juifs (ou : l'Etat juif). On est bien dans le cas défini pas Clausewitz.

Que disent les opposants à Israël ? Que cette guerre est une guerre injuste, qui non seulement frappe des civils innocents, mais qui de surcroît est un acte d’agression en temps de paix contre un Etat souverain. La continuité du politique et du militaire dans ce cas n’est plus assurée, parce que le règne du droit est exclu, que l’on est dans celui du rapport de force, un peu comme avec les bandits de grands chemin imaginés par Rousseau, qui prétendraient avoir un droit sur ma bourse parce qu’ils ont une arme et que je n’en ai point (1). « Convenons donc - écrit-il dans le même passage - que force ne fait pas droit, et qu’on n’est obligé d’obéir qu’aux puissances légitimes… » : la guerre n’est le prolongement de la politique que si elle est le point de départ d’une légitimité nouvelle. Sinon, elle amorce et entretient un cycle de violences indéfinies.

Autrement dit, pour que la guerre soit la continuation de la politique, il faudrait que le vaincu reconnaisse qu’il est totalement engagé par le traité de paix qui suit, et qu’il reconnaisse donc le droit de son vainqueur ; le rapport de force ne serait alors que le moyen de la reprise et de l’aboutissement de négociations loyales.

Si la guerre est politique, ce n’est donc que dans la mesure où elle ramène à la politique.

(1) Du droit du plus fort - Contrat social, I-3.

Friday, July 21, 2006

Citation du 22 juillet 2006

Si Dieu n’existait pas, tout serait permis
Dostoïevski - Les frères Karamazov
(Ça, c’est la citation rapportée par Sartre dans sa conférence intitulée : l’Existentialisme est un humanisme. Elle est probablement fausse, d’un point de vue littéral du moins. Mais elle résume fort bien la pensée de Dostoïevski et bien sûr, celle de Sartre également.)
On devine le syllogisme : Si Dieu n’existait pas, alors tout serait permis. Or il n’existe pas. Donc tout est permis.
Qu’est-ce que vous pensez de ça ? Si vous être anarchistes, vous direz tant mieux, Ni Dieu, ni Maître, etc.. Mais si vous êtes sociologue durkheimien, vous direz : Attention ! Danger d’anomie !
« Anomie » : quésaco ?
C’est un terme utilisé par Durkheim (1) pour désigner l’absence de règles et de valeurs sociales. Il lui sert à montrer que l'affaiblissement des règles imposées par la société aux individus a pour conséquence d'augmenter leur insatisfaction et de provoquer leur « démoralisation ». Laissés à eux mêmes, ils jouissent d’une liberté strictement négative ; la liberté individuelle ne résultant que de l’affaiblissement de la société, elle ne révèle pas leur statut de sujet ; elle n’est donc que le symptôme de la désorientation de la volonté que rien ne peut compenser - rien et surtout pas la volonté de l’individu. Durkheim n’est donc vraiment pas un anarchiste… Mais ça, vous le saviez déjà. Mais les conséquences sont plus intéressantes.
La première conséquence, c’est que pour éviter cette démoralisation, pour avoir des aspirations, les règles sociales sont indispensables, il doit y avoir du défendu et de la répression sociale.
L’autre conséquence, c’est que si Durkheim et Dostoïevski ont raison, une société - et donc l’homme - a un besoin impérieux de religion, sous quelque forme que ce soit, autrement dit que la liberté entendue comme indétermination est catastrophique pour l’individu. Parce que la religion est la source absolue des règles sociales et des aspirations individuelles, parce que nous ne saurions vivre sans ces contraintes, alors nous devons humilier notre orgueil au pied de la croix.
Brrrr !!!
(1) Voir en particulier De la division du travail social.

Thursday, July 20, 2006

Citation du 21 juillet 2006

Une fille laide est une fille qu'on saute sans élan.

Francis Veber

La laideur… Qu’est-ce que c’est ? Par exemple, est-ce que c’est ça ?



(Ça, c’est La duchesse laide de Quentin Metsys)

Je laisse aux féministes le soin de tirer leurs propres conclusions de cette mise en cause de la laideur des femmes ; je prodiguerai néanmoins quelques remarques personnelles.

Si vous prenez une Encyclopédie des citations, à l’article laideur, vous trouverez 90% de citations consacrées à la laideur féminine. Donc la question est : pourquoi est-ce cette laideur-là qui interpelle et pas une autre (laideur de l’homme, ou laideur de l’animal) ? On peut supposer que cette insistance à parler de la laideur féminine renvoie à une déception : les hommes attendent des femmes qu’elles soient belles. Est-ce si sûr ?

La beauté est- elle liée à la sexualité ou à ses dérivés ? Ou bien faut-il voir, comme Kant, dans la beauté ce qui doit au contraire être distingué de l’attirance que nous éprouvons pour ce qui nous est agréable ou avantageux ? On parlerait alors de beauté féminine de façon toute désintéressée, d’un point de vue nécessairement « désincarné ». La beauté au sens « noble », évaluée du point de vue seulement esthétique ne serait donc pas sexualisée, et il faudrait même dire que la beauté éloigne de la sexualité.

Je crois pour ma part que l’analyse de Kant présente un avantage : c’est de rendre compte du respect qu’impose la beauté humaine. Pas comme le sublime de la nature (toujours Kant), mais presque.

Rappelez-vous le film de Bertrand Blier Trop belle pour moi. On y voit un homme préférer une femme « laide », parce que la belle femme qu’il a épousée lui paraît inaccessible : trop belle, elle impose la distance : c’est une femme qu’on contemple, on ne la touche pas, comme les chef-d’œuvre des musées.

En revanche, si « une fille laide est une fille qu’on saute sans élan », c’est parce qu’on est proche d’elle.

Wednesday, July 19, 2006

Citation du 20 juillet 2006

Le beau n'a qu'un type ; le laid en a mille.

Victor Hugo Préface de Cromwell

Victor pompe allègrement dans le réservoir des principes de la scolastique. Exemple : la vérité est unique mais l’erreur est multiple. Ainsi, 2+2=4, vérité unique ; 2+2=5, ou 6, ou 3,758 : erreurs multiples. Comme il y a une règle absolue du vrai, il doit donc y avoir un principe unique qui permette de juger du beau.

Seulement, ce faisant, il pose la beauté comme définissable selon des principes rigoureux. Et la laideur alors ? N’y a-t-il rien que l’absence de beauté pour la signaler ? S’il y a mille façon d’être laid et une seule d’être beau, la monotonie guette les esthètes. Mais surtout, cela veut dire que cette règle s’applique aussi bien aux choses naturelles qu’aux œuvres d’art. Au lieu d’être le produit d’une libre création, le beau est un état, une manière d’être, un degré de perfection des choses. Bref, Victor parle ici en philosophe, pas en artiste…

Mais la beauté n’est-elle pas affaire de création, d’invention, de nouveauté ? Ne dirions-nous pas plus justement que si le beau suit des règles, c’est qu’il les invente en même temps que l’œuvre se crée ? Tout l’art moderne s’est développé sur un rejet des règles établies, la libération de la création n’étant plus l’affaire de quelques génies, mais la manière d’être de l’artiste dans son travail.

Seulement, voilà. Qui donc se préoccupe aujourd’hui de beauté et de laideur ? Victor apparaît bien « académique » de penser l’art en de pareils termes. Ces concepts sont en réalité des concepts liés à l’histoire de l’art, de la culture, leur évolution est aujourd’hui achevée, non pas avec un absolu, comme Hegel le croyait, mais dans le néant.

Finalement, Victor avait - en partie - raison : si on affirme qu’il y a une multitude de types du beau, alors c’est qu’il n’existe plus. Il ne cède même pas la place à la laideur.

Tuesday, July 18, 2006

Citation du 19 juillet 2006

La tragédie de l'homme moderne n'est pas qu'il en sache de moins en moins sur le sens de la vie ... Mais que cela ne le dérange presque plus.

Vaclav Havel

Ecrivain, chef d’Etat et philosophe. Il a tout pour séduire, Vaclav Havel. Et en plus il a le sens de la mise en scène : l’auteur de théâtre n’est jamais loin. L’idée qu’il met si bien en relief, c’est que non seulement notre vie est de plus en plus absurde, mais encore que cela passe inaperçu. Ne me demandez surtout pas quel est le sens de ma vie : non seulement je ne le sais pas, mais encore je me contre fiche qu’elle en ait un.

La question évidente est : une telle chose est-elle possible ? Toutes les idéologies qui ont eu pour rôle de donner un sens à la vie, religions, morales, philosophies, nationalismes, que sais-je encore ? tout ça, fini, mort et enterré ? Quand j’aurai choppé mon cancer, que je serai en phase finale, je ne me demanderai pas pourquoi c’est moi qui crève ? Pourquoi je meurs à 50 ans alors que mon grand-père qui est une vielle carne qui a fumé toute sa vie arrive à 90 ans sans avoir eu la moindre bronchite ?

Je ne crois pas que Vaclav Havel ait tout à fait raison. Bien sûr ce qu’il pointe est manifeste. Mais je crois que ce manque de sens nous dérange quand même. J’ai pris l’exemple de la maladie parce que c’est le plus évident. Pour la médecine, la maladie n’a pas de sens. C’est un phénomène naturel, même s’il est pathologique, il n’y a donc pas à demander « Pourquoi ? ». Or, voyez l’obsession de la précaution, de la purification, de la surveillance de soi (cf. Foucault) : la maladie a un sens - même s’il est résiduel - elle est la conséquence d’une inconséquence. Le malade est responsable de sa maladie ; il n’a pas pris les précautions pour l’éviter (1) ; elle a un sens parce qu’elle trahit une faute. Voilà pourquoi l’exemple du grand-père fumeur était effectivement scandaleux.

Oublions-le vite !

(1) Ah… Les vacances, le soleil… N’oubliez pas votre écran total : attention au cancer de la peau. Ca va peut-être gâcher votre plaisir, mais au moins vous aurez la conscience tranquille.

Monday, July 17, 2006

Citation du 18 juillet 2006

Pour moi le plus grand supplice serait d'être seul au paradis.

Goethe

L’enfer, c’est les autres

Sartre

Un débat entre deux citations, ça vous dit ?

Ohoh… J’en vois qui ne sont pas d’accord ? Ils ont l’esprit très mal tourné : ils disent qu’il n’y a pas débat, que Goethe et Sartre sont d’accord, parce que, qu’on soit seul ou qu’on soit accompagné, de toute façon la vie est infernale et le paradis est une fiction cynique. En voilà des façons !

Quoique… Supposez que vous vous retrouvez au Paradis avec votre Percepteur, votre belle-sœur, le président d’un parti d’extrême droite, que sais-je encore ? Sartre dans Huis clos, radicalisait même : ses héros sont aux enfers, enfermés avec des gens qu’ils ne connaissent pas, qu’ils n’ont même aucune raison de haïr ; et ils se haïssent pourtant. Soyons donc seuls et nous serons au Paradis ?

Nous avons déjà envisagé la chose (voir commentaire du 2 juin). Au lieu de revenir là dessus supposons que Goethe nous dise : « Pour moi le plus grand supplice serait d'être (seul ou accompagné : peu importe) au paradis. ». Qu’est-ce que ça y change, qu’on soit avec les autres ? C’est le Paradis qui est insupportable ! du moins le Paradis perdu. Celui-là on n’a pas envie d’y retourner ! Kant n’arrête pas de vitupérer contre cette fiction d’un lieu où l’homme (et la femme) vivraient sans jamais travailler (donc à toujours contempler leur nombril (1)) ; où l’harmonie et la bonne entente leur éviterait les efforts pour se dépasser eux-mêmes en dépassant les autres, bref : de parfaits imbéciles comme le furent les « bergers d’Arcadie ». Quant à Valéry il imaginait Socrate au Paradis (celui de grecs : les Champs élyséens) ; il s’ennuie à mourir ; et il est immortel.

Bref : le Paradis : quel Enfer !

(1) A prendre au sens imagé.

Sunday, July 16, 2006

Citation du 17 juillet 2006

Parce que tu m’as vu, tu as cru : bien heureux ceux qui, sans avoir vu, ont cru.

Evangile selon Jean - 20, 29

C’est Jésus le Ressuscité qui parle. Thomas, l’apôtre sceptique a demandé à enfoncer ses doigts dans les plaies du Christ avant de croire au Miracle de le Résurrection.

Avait-il tort, Thomas de refuser de croire le récit de Marie qui a vu le tombeau vide? Avec les autres disciples elle a vu le Christ ressuscité, il leur a montré ses plaies… Ils ont tous raconté à Thomas ce qu’ils venaient de voir. Mais Thomas ne croit pas leur récit : il veut voir par lui-même. La parole peut être creuse, la réalité est pleine : pas de vérité qui ne soit un accord observable entre ce qui est dit et ce qui est. Thomas a donc raison, et d’ailleurs le Christ lui-même a présenté ses stigmates aux disciples pour les persuader de son identité. Alors, pourquoi lui reprocher son exigence ?

En fait nous sommes ici dans cette catégorie de vérité qu’on appelle « vérité de témoignage » : tous les jours nous croyons ce que nous lisons dans les journaux alors que nous ne pouvons pas vérifier l’exactitude de ces informations. Simplement nous ne croyons pas n’importe quelle source ; nous avons choisi un journal pour la fiabilité et le sérieux de ses reporters. Donc : Thomas ne croit pas les autres apôtres. Seulement il doit croire le Fils de Dieux lorsqu’il dit « Je suis ressuscité » ; comme on dit, c’est « parole d’Evangile ». La source est ici garantie absolue d’absolue vérité. Telle est l'origine de la Foi.

S’agit-il de définir, comme le faisait Alain, la foi par la croyance (1) ? La parole de Dieu est vérité. Ceux qui possèdent la foi rencontrent Dieu dans la certitude qu’ils éprouvent de l’évidence que ces vérités émanent de Lui. Pour la Foi, pas de preuves : la vérité fait partie d’une expérience mystique. Voilà pourquoi, « ceux qui, sans avoir vu, ont cru », sont des « bien heureux ».
Au pire, Thomas n'est pas à blâmer, mais à plaindre, car il n'a pas la foi.

(1) La foi consiste à « croire sans preuve, et même contre les preuves » dit Alain

Saturday, July 15, 2006

Citation du 16 juillet 2006

La différence entre l'amour et l'argent, c'est que si on partage son argent, il diminue, tandis que si on partage son amour, il augmente.

Philippe Geluck - Le succulent du chat

Le Chat de Philippe Geluk est un sage, et il le prouve ici ; mais son énumération n’est pas complète : il devrait distinguer trois formes de partage et non deux. Existent en effet :

- Le partage qui divise : c’est le cas de l’argent.

- Le partage qui amplifie : c’est le cas de l’amour. On en dirait autant des idées, et autant de l’échange.

- Le partage qui démultiplie : c’est le partage numérique.
Voilà ce qu’il a de spécifique : la copie est aussi authentique que ce qui est copié. Je partage mes photos, cela veut dire : je vous les envoie en copie. On dira que ça a toujours existé, que les copies ont toujours circulé, même à l’époque des manuscrits. Mais c’est une erreur. Avant, le partage n’était jamais à égalité, l’original étant toujours supérieur à la copie (1). Il en va autrement aujourd’hui, puisqu’il n’y a aucune différence entre celle-ci et l’original. Nous sommes dans un monde sans hiérarchie, où Platon aurait bien du mal à se repérer. Où donc situer l’Idée et où donc trouver sa copie ? Où est l’entrée de la Caverne : sommes-nous dehors, ou dedans ? Avec le numérique, tout se vaut, et d’ailleurs il est significatif que le même procédé, le même code, le même support serve aussi bien à l’écrit, à l’image, au son.

La copie numérique, avant de faire le désespoir des Majors a donc fait celui du philosophe platonicien.
(1) Dans le cas de la photo : le négatif supérieur à tel ou tel tirage positif

Friday, July 14, 2006

Citation du 15 juillet 2006

Il faut imaginer Sisyphe heureux.

(Albert Camus, Le Mythe de Sisyphe.)

Camus est ce philosophe (on peut je crois, employer ce terme sans hésiter), qui paraît d’abord pessimiste. Comme l’homme qui, considérant sa vie au moment où il enfile ses chaussettes, se dirait « A quoi bon ? Tout ce travail pour reproduire une vie consacrée au travail ? Le mieux serait d’en finir au plus vite ». Comme Sisyphe qui roule éternellement son rocher, la vie passe sans laisser de trace. En termes plus philosophiques, l’absurdité chez Camus résulte du « divorce entre l’élan de l’homme vers l’éternel et le caractère fini de son existence » (Sartre).

Seulement, voilà : « il faut imaginer Sisyphe heureux ». Et ça, c’est autre chose que l’absurde. Peut-on dire que la lucidité désespérée, gonflée d’orgueil, fait notre bonheur ? Peut-on dire que le pouvoir de penser ce qui nous écrase assure notre grandeur (Pascal) ? Sisyphe serait-il comme ces héros qui triomphent dans la mort, en affrontant d’une volonté terrible ce qui va les écraser ?

Certes, mais le héros de Camus n’est pas tragique. Pour son « homme révolté », c’est bien la lutte qui donne le sens à la vie, c’est elle qui constitue le fil conducteur sans le quel l’effort de Sisyphe n’est qu’une « cette suite d'actions sans lien » (Camus - Mythe de S.). Mais cette lutte est pour l’essentiel affirmation de la valeur de sa volonté ; c’est par elle qu’il reconnaît comme destin ces efforts stériles et sans cesse réitérés. Elle le reconnaît comme son destin, celui qu’elle assume, celui qui lui fait encore une fois soulever son rocher. Il ne s’agit donc pas de se révolter contre le destin, mais contre le découragement qui réduit à n’être qu’une bête de somme.

Bref ; on est plus près de Nietzsche que de Pascal.

Thursday, July 13, 2006

Citation du 14 juillet 2006

Allons, enfants de la patrie…

La Marseillaise - Hymne national

Patrie, terre des ancêtres (paternels), auquel un lien filial nous attache. Chez Platon, la patrie (qu’il appelle matrie) n’est autre que l’acropole d’Athènes d’où sortirent les premiers athéniens, poussant du sol comme les plantes de la terre.

Mais ce lien filial est aussi un lien politique : la patrie est la nation dont on fait partie, la société politique dont on est membre (1). En ce sens le « dévouement à la patrie » n’est pas seulement une obligation morale, c’est aussi un devoir politique.

Qu’en est-il aujourd’hui de l’idée de Patrie ? Au cours du XXème siècle, elle a succombé à la confusion née de l’identification du devoir politique au devoir moral. Les citoyens devenus des enfants de la patrie ont en effet le devoir de mourir pour elle (Bien moins jaloux de leur survivre / Que de partager leur cercueil). La mort est alors un honneur (« tomber au champs d’honneur »), elle est sans véritable importance, puisque filant la métaphore agricole (Cf. ci-dessus), la Marseillaise nous promet, après ces sanglantes moissons, de nouvelles récoltes : « S'ils tombent, nos jeunes héros, / La terre en produit de nouveaux / Contre vous tout prêts à se battre » (2).

De 1914 à 1918, les poilus ont appris à leurs dépens ce que tout cela voulait dire. L’hécatombe de la Grande Guerre a eu raison de cette confusion : les poilus du chemin des Dames sont morts pour Nivelle, pas pour la patrie, et les fraternisations entre combattants français/anglais et allemands ont été en tant que dénonciation du dévoiement de l’amour de la patrie, plus éloquents que des désertions.

14 juillet, les bals musettes… pourquoi pas. Mais pourquoi faut-il nécessairement un défilé militaire ?

(1) Politiquement, la patrie est née en 1789, par opposition à la Nation jusque là incarnée par le roi)
(2) Il s’agit de la version de 1792, signée Rouget de Lisle

Wednesday, July 12, 2006

Citation du 13 juillet 2006

Le premier homme à jeter une insulte plutôt qu'une pierre est le fondateur de la civilisation.
Sigmund Freud
Avertissement - Les personnes sensibles sont informées que ce message contient une apologie de l’insulte.
- Mouloud, viens ici. Qu’est-ce qui t’arrive encore ?
- M’sieur, c’est Kévin. Y m’a foutu un coup d’boule !
- Alors Kévin, c’est vrai, ça ?
- Bah oui, y avait traité ma mère de sale pute !
- Kévin, tu ne dois pas répliquer à l’insulte par la violence physique. Ecoute un peu :
« Le premier homme à jeter une insulte plutôt qu'une pierre est le fondateur de la civilisation. » Tu sais qui a dit ça ? C’est Tonton Sigmund.
- Encore un juif !
- Tais-toi Kévin, écoute moi !
Sigmund n’y va pas par quatre chemins : l’insulte est le premier pas de la Civilisation. Comprends bien, Kévin : l’insulte à la place de la pierre jetée à l’ennemi. Car, voilà : c’est avec ton ennemi que tu dois fonder la civilisation. Il n’y a pas d’autre issue. Si tu comptes sur l’amour pour ça, Kévin, tu arriveras au couple ; pas à la société. Tu sais Kévin qu'il faut être Platon pour imaginer une société humaine - l’armée en l’occurrence ! - constituée d’amants : en réalité chaque couple est refermé sur lui-même et il ne reste rien pour les autres. Pour vivre en société il faut renoncer à la violence envers autrui, violence pourtant consubstantielle à la nature humaine. Tu vois ce que je veux dire Kévin ? La solution est d’accéder à la violence symbolique : l’insulte est bien une violence ; mais elle est symbolique puisqu’elle passe par le langage.
Le symbole blesse ; mais on s’en remet. La pierre tue. Et on ne s’en remet pas.
Tu as compris Kévin ?
- Tout ça pour un petit coup de boule de rien du tout !!!

Tuesday, July 11, 2006

Citation du 12 juillet 2006

Le savant n'est pas l'homme qui fournit les vraies réponses, c'est celui qui pose les vraies questions.

C. Lévi-Strauss

Comment procède le progrès scientifique ? Par conservation et accumulation d’approximations, ou par changement radical ? Par réforme ou par révolution ?

On pourrait conclure de la citation de Lévi-Strauss que la révolution est substantiellement liée à la science. Ce qui fait que ses découvertes sont inéluctablement appelées à être renversées par le progrès du savoir, et qu’ainsi, s’annulant les unes les autres, chaque avancée rendrait caduque l’avancée précédente. Dans la perspective d’une vérité absolue, la découverte scientifique serait plutôt falsification de la « vérité » précédemment acceptée. Ceci est attesté même dans le vocabulaire courant : le savant, celui qui sait, n’est plus ; il est remplacé par le chercheur, c’est à dire celui qui pose les questions.

En revanche, le vrai progrès se trouve sans la délimitation de la recherche : le savant est celui qui renonce à chercher ce qu’il ne pourra pas trouver ; par exemple l’origine absolue(1) de la vie, ou celle de l’Univers. Il est aussi celui qui accepte de voir un problème là où tous ne voyaient avant lui que des solutions ; par exemple Lavoisier qui s’interroge sur le rôle de l’oxygène dans la combustion, alors qu’on tenait pour évident que l’existence du phlogistique - substance constitutive du feu - suffisait pour comprendre ce phénomène.

Seulement, à ce compte on se demandera à quoi bon chercher si tout ce qu’on peut trouver s’appelle « nouveau problème » ? Et faut-il tenir pour équivalentes les découvertes du passé, jugées également erronées ? Ptolémée dit : « la terre est immobile au centre de l’univers ; le soleil décrit un cercle en tournant autour d’elle ». Copernic dit : « le soleil est immobile au centre de l’univers ; la terre décrit un cercle en tournant autour de lui. » Kepler dit : « La terre décrit une ellipse autour du soleil. ». Qui donc dira que tout cela est également faux ? Que de Copernic à Ptolémée, la seule différence est dans le refus de considérer comme satisfaisante la théorie des ciels concentriques pour expliquer le mouvement des corps célestes ? Et qu’aurions-nous trouvé de radicalement nouveau par rapport à Kepler ?

Comme disait Bachelard, il y a des erreurs qu’on ne recommence pas.

(1) J’entends par origine absolue celle qui donnerait non seulement le point de départ mais encore le sens de la vie ou de l’Univers (comme le « fiat lux » divin)

Monday, July 10, 2006

Citation du 11 juillet 2006

Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement,
Et les mots pour le dire arrivent aisément.

Boileau - Art Poétique (Chant I - vers.152-153)

Rien n’est pire que de devoir décrire l’expérience que nous faisons du langage. Essayez un peu et vous verrez. Par exemple, Boileau a-t-il raison s’il dit que l’effort pour formuler notre pensée est l’indice de son obscurité, suggérant ainsi que la pensée précède son expression, que celle-ci n’a d’autre fonction que d’être comme un vêtement qu’on lui enfile pour la faire circuler et la présenter aux autres ? Car il faut d’abord concevoir (Ce que l'on conçoit bien…) ; et ensuite, dire (…Et les mots pour le dire arrivent aisément.).

C’est vrai que nous avons souvent la satisfaction de reconnaître notre pensée dans notre phrase ; et il peut se faire que cette pensée nous soit venue sans effort, que nous n’ayons même pas eu à réfléchir, que parfois même elle ait devancé notre intention, comme si elle avait été là sans même que nous nous en doutions et que sa formulation n’ait pas requis notre volonté.

Mais nous avons aussi d’autres expériences. Combien de fois avons-nous été surpris de constater que notre pensée, pourtant fort claire pour nous, l’était fort peu pour autrui. Où donc est la clarté dont parle Boileau ? Dans son expression ? Mais alors elle aurait dû être claire pour tous. Dans le sentiment qu’on en avait ? Mais alors celui-ci n’était pas le reflet fidèle de la réalité. D’ailleurs, que savons-nous de notre pensée en dehors du langage ?

Mais plus encore, c’est une autre expérience qui nous montre que Boileau nous abuse : le cheminement de l’obscur vers le clair, qui est en même temps ce que j’appellerai «l’acte de penser », est simultanément la découverte de celle-ci et son invention.

Alors que la clarté de la pensée soit liée à la clarté de son expression : évidemment. Mais que l’absence d’effort voire même de recherche soit l’indice de cette clarté, là je ne suis plus d’accord. Et si je cherche ma pensée, c’est dans la langage que s’opère cette recherche. Voyez Flaubert. La promenade à la forêt de Fontainebleau, dans l’Education sentimentale : 4 pages de texte ; 70 pages de manuscrit raturé. Comme disait Sartre : Flaubert écrit en attendant que ça vienne.
Moi, je suis comme Flaubert : je ne parle pas seulement pour dire ; je parle pour savoir ce que j’ai à dire.

Sunday, July 09, 2006

Citation du 10 juillet 2006

Lycée. 1/ Ecole antique où l'on s'entretenait de philosophie. 2/ Ecole moderne où l'on discute de football.

Ambrose Bierce Le dictionnaire du Diable

C’est après de longues hésitations que je me suis décidé à poster cette citation. D’abord parce que la folie du foot avait déjà gagné les philosophes médiatiques qui s’évertuaient à donner du sens précisément à ce qui est folie, et c’était donc folie d’en rajouter. Et puis enfourcher encore une fois le dada de l’opposition philo (-intello)/sport(-muscle) me paraissait fatiguant pour tout le monde.

Et puis il y a eu cette finale de la Coupe Mondiale Fifa (c’est le titre exact non ?), et cette prolongation de malheur, où le Héros de la nation a infligé un « coup de boule » à un joueur italien, où « Zizou » a rimé avec « voyou ». Là je me suis dit : « Voyons, comment discuter d’un acte qui anéantit notre Weltanschauung (1) ? ». Les lycées sont fermés pour cause de vacances, ça nous dispense de répondre à cette question sur la base de la citation de Bierce ; mais les bureaux, les bistrots, les pas de portes restent disponibles. Allons-nous parler de cet événement ? Peut-on encore en dire quelque chose ? Zidane n’a-t-il pas détruit sur un coup de tête (encore un titre pour Libé) bien plus que les chances de l'emporter pour l'équipe de France ? N'a-t-il pas surtout détruit l’image rassurante du bon jeune homme dont la réussite sociale ne résume pas toutes ses qualités, qui est en plus sportif et bon citoyen, français et maghrébin , riche et altruiste, etc.. Libé, justement en a fait des tonnes là-dessus samedi (8/07).

Alors je prétends que maintenant nous savons qu’il n’y a rien à dire. Et surtout qu’il y a à reconnaître que tout ce qu’on a dit jusqu’ici - oui, y compris pour les philosophes du micro - était vanité et inanité ; que cet homme, étant un homme comme un autre ni plus ni moins, son geste de voyou nous a simplement prouvé son humanité. Paradoxe peut-être. Mais retour à la réalité, sûrement.

(1) Idéologie en tant qu’elle comporte une vision du monde

Saturday, July 08, 2006

Citation du 9 juillet 2006

« Ordre et progrès »

Auguste Comte

Deux problèmes pour le prix d’un !

1er problème : que signifie dans cette devise la copule « et » ? Dans quel sens ça va ?

- 1ère hypothèse : Le progrès est la cause de l’ordre. L’ordre, social par exemple, apparaît grâce au progrès. Dans ce cas, après les désordres issus de la nécessaire réorganisation de la société, la bonne organisation apparaît : stable parce que bonne, bonne parce que rationnelle. Le progrès aboutit à l’ordre par destruction du désordre qui relève d’un passé qu’il convient de dépasser. A la limite, un révolutionnaire pourrait cautionner les incendies qu’il allume de cette façon.

- 2ème hypothèse : Le progrès est la conséquence de l’ordre. Il n’y a pas de progrès possible par l’erreur et par l’irrationnel. Pour Auguste Comte, dont on connaît encore la célèbre formule « Ordre et progrès » grâce au Brésil que l’a adoptée comme devise (en même temps que comme philosophie officielle), le progrès est « le développement de l’ordre » (Système de politique positive) et se définit comme une accumulation et une adaptation plutôt que comme un arrachement au passé.

2ème problème : faut-il y voir une devise du progressisme ou plutôt du conservatisme ?

- 1ère hypothèse : la volonté du changement prime, mais elle doit être simplement « raisonnable ». Le progressisme est la valeur qui fédère la société, l’ordre social est le contexte de ce progrès :il n’a pas à être désiré pour lui-même.

- 2ème hypothèse : c’est l’ordre qui prime, parce que c’est lui la condition de toute existence, comme le « Kosmos » des grecs. Si le progrès devait aboutir au désordre absolu, alors il faudrait le refuser. On connaît la devise : « Mieux vaut une injustice que le désordre ».

Mais si nous nous intéressons tant à cette devise positiviste, c’est que la recherche de l’ordre est aujourd’hui ce qui fédère la société française, qu’il s’agisse de l’autoritarisme libéral, type Sarkozy : plus musclé ; ou du rigorisme « ségolèniste » : plus moraliste. Autrement dit, personne ne se demande vraiment qu’est-ce qu’il y a derrière ; on est tous d’accord pour réclamer l’ordre, et après chacun se désintéresse de l’option politique des autres.

En vérité je vous le dis mes frères, la vraie question est de savoir pourquoi chacun recherche la promesse d’une contrainte comme si sa vie en dépendait. Relisez La Boétie.

Friday, July 07, 2006

Citation du 8 juillet 2006

Tout ce que tu ne sais pas donner te possède.

Gide - Les nouvelles nourritures

Nouvelle formulation de la sagesse antique résumée dans le paradoxe bien connu : on n’est possédé que par ce qu’on possède. C’est dire qu’on ne pourrait vivre sans ces choses qui sont comme des compléments de nous-mêmes. Qui êtes-vous donc pour avoir besoin du baladeur MP3 dernier cri qu’on vient de vous offrir, au point que vous vous sentez plus fort depuis que vous l’avez ? En tout cas, vous en êtes si fier que vous ne pouvez sortir sans l’arborer de façon bien ostensible. Selon Gide, donc, cette soumission doit être surmontée par le don.

Qu’est-ce qu’on donne ? Ce qu’on possède, certes. Mais ce qui importe ici, c’est que le don est le critère du détachement : on doit être capable de donner ce qui a le plus de valeur pour nous, ce à quoi on tient le plus. Qu’importe le paradoxe de se défaire de ce qui nous importe réellement plus que tout : la raison pour la quelle on le donne est dans l’expérience du désinvestissement par rapport à ce bien. Si ce n’est pas le cas, alors c’est que nous sommes soumis à nos biens, et nous devons reconnaître que nous ne pourrions vivre sans eux.

On raconte que chez certains peuples les voyageurs doivent s’abstenir de s’émerveiller devant les objets les plus beaux et les plus riches, car leur hôtes le leur donneraient, se dépouillant ainsi leurs plus grandes richesses. Certes ils manifestent ainsi que leur hôte est sacré et que lui plaire est plus important que tout. Mais si le but n’est pas de se libérer de la possession, celle-ci reste l’effet du don.

Peut-être serait-il plus simple de ne pas posséder du tout. On raconte que Socrate, parcourant le marché d’Athènes disait : « Que de choses dont je n’ai pas besoin ». Je crois que cette attitude serait plus pertinente que le don : car nous vivons dans la Société de Consommation. Cet objet que nous possédons, ou bien nous le consommons, ou bien il est atteint par la péremption ; dans les deux cas nous nous en défaisons. Votre baladeur numérique MP3, vous l’aimez pardessus tout, n’est-ce pas ? Faut-il pour dominer cet attachement qui vous aliène en faire cadeau à un copain ? Inutile. Car 6 mois après il ne vous intéresse plus du tout : une nouvelle version MP3.2 vient de sortir et elle est trop bonne. Il vous la faut.

Le détachement c’est dans l’abstention qu’il se manifeste, pas dans le don.

Thursday, July 06, 2006

Citation du 7 juillet 2006

- Pourquoi (dist Gargantua) est-ce que Frère Jean a un si beau nez ?

[…]
- Selon vraye philosophie monastique, c’est parce que ma nourrice avait les tétins moletz : en la laictant, mon nez y enfondroit comme en beurre, et là s’élevoit et croissoit comme paste dedans la met. Les durs tétins des nourrices font les enfants camuz. »

Rabelais - Gargantua Chapitre 4

Déconseillé aux moins de 12 ans

Si vous voulez choisir une nourrice pour votre enfant, tâtez lui les seins d’abord, vous éviterez à votre chérubin une regrettable difformité.


Ainsi que le montre le portrait du Duc de Montelfeltro par Piero Della Francesca, une telle mésaventure pourrait bien en effet se produire. Mais croyez-vous vraiment que c’est à ça que pensait Rabelais? Et que c’est à ça que pensent ses lecteurs, y compris ceux d’aujourd’hui ?

Fantasmons un peu.



Voilà une œuvre de Chapman qui exprime avec énergie le sens de ce passage de Rabelais. Quand à ceux qui, malgré notre commentaire du 4 juillet se demanderaient encore pourquoi le nez de Pinocchio s’allonge, ils auront une réponse très plausible.

Wednesday, July 05, 2006

Citation du 6 juillet 2006

Le nez de Cléopâtre, s’il eût été plus court, tout la face de la terre aurait changé.

Pascal - Pensées.



Cléopâtre, reine d’Egypte maîtresse de deux empereurs de Rome, César et Marc-Antoine, a joué un rôle éminent dans ce 1er siècle avant l’ère chrétienne. On prétend que sa beauté - quelle qu’en soient les caractéristiques - y aurait été pour quelque chose, tant il est vrai qu’on n’imagine pas une femme gouvernant royaume et empires sans la séduction. Intéressant, mais ce n’est pas le propos du jours.

Ici Pascal veut dire que l’histoire des hommes est irrationnelle, parce que des causes infimes y produisent des effet colossaux : le jeu sur les mots qui opère la mise en rapport du nez ornant le visage de Cléopâtre et de « la face de la terre » est bien là pour souligner cette disproportion. Pascal veut bien sûr nous faire admettre que si nous repoussons Dieu, Notre Berger, nous sommes perdus.

César et Marc-Antoine sont supposés assez fous pour avoir utilisé leur pouvoir au service de leur amour. Après tout ne faudrait-il pas relire l’histoire, toute l’histoire de cette façon ? Nos chefs d’Etat ne seraient-ils pas poussés par l’envie d’épater leur maîtresse ? Bill Clinton réputé pour son ardeur amoureuse ne serait donc pas le seul à utiliser le bureau présidentiel pour autre chose que des conférences politiques ? Tout cela est très banal.

Finalement, ce qui a été catastrophique pour César et Marc-Antoine, c’est que Cléopâtre n’était pas leur manucure mais la Reine de l’Egypte, et qu’elle les a manœuvrés pour tirer un parti politique de la passion qu’elle a suscité chez eux. Les maîtresses des Rois de France ont eu aussi souvent ce genre d’ambition. La seule solution serait que ces amours unissent deux êtres également puissants. Mais est-ce possible ?

Les tribulations du couple Hollando-Royaliste sont là pour nous en faire douter.

Tuesday, July 04, 2006

Citation du 5 juillet 2006

Qui a un gros nez pense que tout le monde en parle.
Proverbe écossais

Complexé Cyrano. Obsédé par son nez. Au point d’être dans la dénégation du complexe.

Voyez la « Tirade du nez » :

Je me les sers (1) moi-même, avec assez de verve,

Mais je ne permets pas qu'un autre me les serve.

Combien sommes-nous à être comme Cyrano persuadés que notre corps est difforme et que c’est cette difformité qui est repérée par tous ceux qui nous voient, et même qu’on ne voit que ça. Les cliniques de chirurgie esthétique font fortune avec ça, et les clients qui se font opérer espèrent bien que tout le monde va s’apercevoir du résultat.

Tout vient de cet étrange pouvoir des autres : ils n’ont pas à parler, par leur regard ils nous jugent sans un mot. Dans l’Etre et le néant, Sartre parle de ce pouvoir. Il suggère l’homme qui regarde par le trou de la serrure ; un pas résonne dans le couloir ; « On » l’a surpris dans cette attitude : c’est la découverte de la honte. Mais qu’est-ce qui me dit que l’autre me juge ? Peut-être qu’il va me dire : « Pousse-toi de là, que je regarde aussi. ». Ainsi, avant de penser que j’ai un gros nez, les autres voient que j’ai un nez. La belle affaire ! Un nez, c’est un nez, et rien de plus.

Bref, le pouvoir des autres sur moi, c’est le pouvoir que je leur confère. D’ailleurs ce pouvoir peut être négatif, mais il peut être aussi positif, comme dans la flatterie. Mais c’est le même mécanisme

Faisons comme Marlène Dietrich ; quand on vantait le galbe de ses jambes elle disait : « Voyez-vous, elles me servent d’abord à marcher. »

(1) « Je me les sers... » : il s’agit des « folles plaisanteries » qui constituent la tirade du nez

Monday, July 03, 2006

Citation du 4 juillet 2006

Ce qui est déshonorant, ce n'est pas de mentir, c'est de se faire prendre en flagrant délit de mensonge. Il y a des maladroits du mensonge : ceux-là on devrait les reléguer dans la vérité et leur interdire d'en sortir.

Etienne Rey Eloge du mensonge

L’histoire de Pinocchio est moralisatrice, c’est le moins qu’on puisse dire. Et pourtant dans l’épisode du nez qui s’allonge quand il ment, il n’est pas sûr que la morale trouve son compte.

Pourquoi Pinocchio ment-il ? Parce qu’il pense que c’est plus simple. C’est un raccourci pour obtenir ce qu’il veut, parce que la vérité lui paraît trop compliquée. Le mensonge de Pinocchio est innocent, comme l’est en général le mensonge de l’enfant. Ainsi que le montre Nietzsche, l’intention est la même que l’on mente ou que l’on dise la vérité. Il s’agit toujours d’obtenir des autres ce que l’on désire.

Mais l’essentiel est dans cette histoire de nez qui s’allonge. Comme le montre notre illustration, le nez de Pinocchio s’allonge dès qu’il ment : il lui est donc impossible de le dissimuler, et son mensonge est inefficace.

La morale de l’histoire, c’est donc qu’il ne faut pas mentir, non pas parce que c’est mal, mais parce que ça ne sert à rien. C’est uniquement pour décourager le menteur et non pour lui faire honte que les adultes font croire aux enfants que leur nez s’allonge. Comme l’affirme notre citation, il n’est pas honteux de mentir, mais il est honteux de se faire prendre en flagrant délit de mensonge. Voyez attitude de Pinocchio. Elle signifie : « Désolé, c’est une bêtise, mais c’est pas grave.» Jimmy Cricket s’efforce alors de faire surgir la honte ; elle n’est donc pas la conséquence immédiate du mensonge.

Conclusion : si notre auteur a raison, alors nous devons conseiller à Pinocchio de cesser de mentir parce que c’est un maladroit qui se fait toujours prendre. Et c’est là notre message aux enfants ; non pas : « Cessez de mentir, c’est très vilain, seule la vérité est belle et bonne à dire. » Mais bien : « Cessez de mentir, ça ne marche pas, parce que nous les adultes on est très malin. »

Sunday, July 02, 2006

Citation du 3 juillet 2006

« … j’en exige [= du comédien], par conséquent, de la pénétration et nulle sensibilité, l’art de tout imiter, ou, ce qui revient au même, une égale aptitude à toutes sortes de caractères et de rôles. »

Diderot - Paradoxe sur le comédien

Cette citation prend sa place au XVIIIème siècle dans un débat entre ceux qui pensent que le comédien est un spécialiste de la déclamation, et que tout son art est oratoire ; et ceux qui affirment qu’il doit vivre les sentiments qu’il joue sur la scène, par exemple éprouver de la colère lorsqu’il joue un personnage en colère. Pour Diderot, le paradoxe du comédien, est qu’il donne à vivre des sentiments qu’il ne vit pas. Il reste admis aujourd’hui qu’on distingue entre le comédien qui est un artiste capable de jouer toutes sortes de rôles donc de les composer ; et l’acteur qui joue un rôle en fonction de sa propre personnalité et de son physique. Il peut même se faire qu’il soit obligé de transformer son aspect physique (en prenant du poids par exemple) et qu’il fasse un effort de métamorphose psychologique pour entrer dans le personnage (on se rappelle les épreuves que Björk s’est imposée pour son rôle dans Dancer in the dark).

Diderot quant à lui pensait que le comédien devait être un « artiste », c’est à dire qu’il devait apporter quelque chose que la nature ne lui fournit pas. L’art est artifice, et si on devait n’être sur la scène que ce qu’on est à la ville, alors le théâtre serait limité au spectacle de la vie quotidienne. Le comédien est l’homme qui cesse d’être celui qu’il a été sur la scène dès que le rideau est tombé. Il serait même rigoureux de dire qu’il ne l’a jamais été.

On peut dire alors que plus un spectacle comporte d’art, plus les comédiens doivent composer, et moins leur réalité « naturelle » n’a d’importance. Voyez l’exemple de la Walkyrie. C’est une guerrière qu’on imagine galopant les cheveux dans le vent en poussant des cris ; on sait que les cantatrices capables de tenir le rôle sont en général fort opulentes et on imagine le percheron capable de supporter leur poids hors d’état de mener une charge héroïque. Oui, mais les cris de la Walkyrie sont les appels mélodieux que Wagner fait retentir dans son opéra : voilà qui rattrape tout.

Le mythe de l’acteur aujourd’hui vient de ce qu’on le confond avec le personnage qu’il incarne à l’écran ; héros ou traître, il est possible que l’homme qui joue ce rôle s’efface derrière ce masque pour ne jamais en ressortir. Ce malentendu a lancé bien des carrières, mais il en a brisé aussi beaucoup d’autres.

Saturday, July 01, 2006

Citation du 2 juillet 2006

Etre normal, c'est aimer et travailler

Sigmund Freud

Bien venue sur no-job, (http://www.no-job.fr), le site du numéro 20000096874 des agences de travail temporaire.

Grâce à nos «bons plans» vous pourrez avoir une véritable stratégie de recherche d’emploi. Vous pouvez y accéder à partir de la page d’accueil de notre site. Vous y découvrirez ainsi des informations utiles sur le calendrier des examens et concours, ainsi que des conseils pratiques sur la rédaction d’une lettre de motivation, la rédaction d’un curriculum vitae et le comportement au cours de l’entretien d’embauche. Ces informations utiles et pratiques seront progressivement complétées par d’autres ressources.

- Mais avant, nous commencerons avec La citation du mois :

«Etre normal, c'est aimer et travailler

(Sigmund Freud)

Nos statistiques sont formelles : il s'avère en effet que les gens riches, actifs, sains de corps, heureux en amour et bien entourés comptent très rarement parmi les 4,7% de dépressifs recensés en France.

En revanche, selon les psychiatres, les chômeurs de longue durée qu’ils rencontrent en consultation expliquent qu'ils n'ont pas le moral, qu'ils ne dorment plus, et qu'ils vivent avec 300 euros par mois moins la CSG... C’est ceux-là qui risquent bien de former le gros du bataillon des dépressifs.

Pour échapper à la dépression, n’hésitez pas à nous consulter.

N.B. Si vous n’avez pas trouvé l’amour de votre vie, une seule adresse : http://www.be-2.fr, qui grâce à son test de personnalité vous aidera à trouver le partenaire de votre vie