Thursday, December 31, 2009

1er janvier 2010


2010, année climatique…


La Citation du jour souhaite à ses lecteurs une bonne et éco-responsable année 2010

Elle vous souhaite de ne pas attraper la grippe dans vos logements pas chauffés, de ne pas tomber dans l’escalier pas éclairé, et de ne pas mourir d’ennui sans la télé ni l’ordi (un bon livre imprimé sur papier recyclé peut faire l’affaire).

Elle vous souhaite aussi de trouver un gentil pingouin de Magellan à adopter pour sauver l’espèce menacée par la fonte des glaciers de Patagonie

Wednesday, December 30, 2009

Citation du 31 décembre 2009

Pourquoi demander plus et prétendre rester toujours en fête, alors que les fêtes n'ont qu'un temps ?

Christian Chabanis

les fêtes n'ont qu'un temps….

Vous vous demandez peut-être si je vais aujourd’hui encore faire mon rabat-joie : le fêtes n’ont qu’un temps, braves gens ! Fêtez joyeusement la fin de l’année, en pensant que demain, pauvres mortels, vous ne serez plus que poussière…

Ou peut-être si, oubliant mes Posts passés, je vais me lancer dans un commentaire pour expliquer que le temps de la fête est un moment du cycle de la vie sociale ?

Que nenni !

Plutôt que de pérorer sur ce qui a déjà été dit, je voudrais attirer votre attention sur l’extrême valeur de l’éphémère, du léger, du superficiel (1).

Au fond, la fête serait-elle si joyeuse si elle devait durer toujours ? Une fête qu’on n’attendrait pas parce qu’elle serait toujours là ? Tel est le supplice inventé pour les rois et les riches : souffrir de ce qui fait jouir le peuple – souffrir de ce qui jamais ne cesse.

L’éphémérité de la fête, c’est un peu le symbole de la vie : c’est ce qu’on doit faire entre un début et une fin ; ce qui n’a de sens que parce, justement, il y a un début et une fin. Heidegger en a fait des volumes entier là-dessus avec le « souci de la vie » ; mais avant lui Kierkegaard l’avait remarqué : pas de sérieux de l’existence sans la représentation de la mortalité ; et avant eux Pascal ; et avant Pascal, les Egyptiens avec la tête de mort au milieu de la table du banquet…

Stop ! Vous m’avez compris ! C’était là que je voulais en venir : vous qui préparez la table du Réveillon de la Saint Sylvestre, ne manquez pas de mettre un tête de mort au milieu pour exciter le tonus de vos convives.

Quant à ceux qui n’auraient pas compris, mettrez les dehors, ou bien dites leur : Buvez et riez parce que demain vous serez mort ! (2)

- Encore un conseil : fabriquez vous-même votre tête de mort, avec du sucre cuit – quelque chose qui ressemble à ça :

Comme ça après les douze coups de minuit vous pourrez la partager entre vos invités, créant ainsi un nouveau rite pour la fête de fin d’année.

Elle est pas belle la vie ?


(1) En fait, j’ai déjà abordé le léger avec cette magnifique citation de Jacques Chirac ; et le superficiel avec Le Clézio. Mais qu’y puis-je ? Il y a tant de facettes à la réalité qu’on peut y revenir sans avoir peur de se répéter.

(2) Ou si vous préférez : « demain vous serez au travail »

Tuesday, December 29, 2009

Citation du 30 décembre 2009

2009, année climatique…


Le malheur des pingouins fait le bonheur des sardines.

Philippe Geluck – Le chat


2009 se termine, et partout c’est l’heure des bilans et des rétrospectives…

La citation du jour ne va pas joindre sa voix à ce concert médiatique où l’en entend sempiternellement les mêmes commentaires, les mêmes jérémiades, où l’on est convié aux mêmes émotions et aux mêmes enthousiasmes.

Mais peut-être pourrions nous quand même redonner un peu de couleur à un passé récent, mettre un peu d’optimisme dans le bilan de l’année 2009.

Malgré le désastreux échec de la conférence de Copenhague, nous allons nous consoler en pensant que la Nature et capable de bien nous étonner encore, et que ce qu’elle perd d’un côté elle est capable de le retrouver de l’autre.

Le Chat de Philippe Geluck est là pour nous le rappeler (1) : rien ni personne ne peut garantir le bonheur de tous. Depuis que nos ancêtres ont été chassés du Paradis terrestre, le bonheur des uns se fait au détriment des autres. Et réciproquement.

Si donc nous détruisons d’un côté, nous construisons de l’autre.


Or : mis à part les habitants des Maldives (voyez la photo ci-contre qui montre le conseil ministériel tenu par le gouvernement des Maldives le 17 octobre dernier pour alerter l’opinion mondiale sur l’effet de la montée des océans), rien ne prouve que nous soyons entrain de détruire l’espèce humaine.

Par ailleurs, que les ours blancs (plutôt que les pingouins) soient les victimes de notre imprévoyance, n’est peut-être pas un problème. Demandez aux phoques.


(1) Voir aussi message du 8 septembre 2009

Monday, December 28, 2009

Citation du 29 décembre 2009

Les beaux-arts, c'est ce qui ressemble le plus aux mythes de la création ; à la main du démiurge qui, de la matière, extrait les formes, les anime, recrée la vie.

Claude Roy – Entretien avec Catherine Argand - Mai 1996

Claude Roy parle de « Démiurge » et non de « Dieu ». C’est que dans le domaine de la création, l’artiste peut se comparer avec un démiurge, qui organise une matière première, et non avec Dieu qui crée ex nihilo.

Maintenant, il y a peut-être plusieurs façons d'organiser la création à partir de ce qui existe déjà : Michel-Ange les a explorées systématiquement en peignant le plafond de la Chapelle Sixtine, et Daniel Arasse les a exposées fort clairement (1).

Le geste créateur de Dieu peut être représenté de deux façons différentes :

- Soit index pointé, lorsque la création rassemble et donne forme à une matière précédemment informe (matière première) ;

- Soit la paume ouverte, lorsque la création consiste à séparer des éléments précédemment confondus et unis.

Séparation des ténèbres et de la lumière ; création des astres ; séparation de la terre et des eaux : toute la genèse y passe. Mais voilà ce qui nous intéresse :

- Création d’Adam :

- Création d’Eve :


Implacable application de la Genèse : la création d’Adam est un acte créateur plus radical – synthétique – que celui qui a produit Eve (qui est disons : analytique).

En tout cas, retenons que cet index divin qui va toucher l’index encore inerte d’Adam, et qui est reproduit ad nauseam par toutes sortes de récupérations commerciales n’est que l’application d’un principe qui est si général chez Michel-Ange que Arasse lui consacre le chapitre 5 de son ouvrage : Michel-Ange et l’index de Moïse (2)


(1) Voir Daniel Arasse – Le sujet dans le tableau (Champs-art), ch. 5

(2) Je vous laisse découvrir par vous-même la signification de l’index (en fait : les index) du Moïse de Michel-Ange

Sunday, December 27, 2009

Citation du 28 décembre 2009

Que préfères-tu, celui qui veut te priver de pain au nom de la liberté ou celui qui veut t'enlever ta liberté pour assurer ton pain ?

Albert Camus

Stop ! Ne répondez pas tout de suite à la question de Camus.

Plutôt que de croire qu’on nous pose une question sur les fondements du fait politique, essayons d’abord de comprendre l’absurdité de la disjonction Liberté/survie.

Ne laissons plus dire qu’il y a deux types d’hommes, les héros qui refusent le pain venant de la main qui tient la laisse (comme dans la fable le loup et le chien) et ceux qui par lâcheté acceptent l’esclavage pour survivre encore un peu. Car, c’est faire comme si nous étions responsables de notre servitude, c’est faire comme La Boétie la leçon aux hommes qui ont été spoliés de leur droit par un odieux tyran.

Après je ne sais combien de millénaires de progrès techniques, nous savons que l’humanité produit aujourd’hui de quoi nourrir chaque être humain. Que la lutte pour la vie appartient – devrait appartenir – au passé. Et que donc, puisqu’il n’y a aucune justification à l’échange liberté contre nourriture, alors l’évaluation comparée de la liberté et de la nourriture ne saurait être proposée.

Voilà ce qui devrait être inscrit non seulement dans les traités internationaux, mais aussi dans les rapports diplomatiques entre Etats : ne plus commercer avec ceux qui privent leurs citoyens de moyen de survie et de liberté.

Mais, ne rêvons pas. Aujourd’hui encore, la question posée par Camus reste d’actualité, sous une forme d’ailleurs encore plus vicieuse :

Que préfères-tu : les dirigeants étrangers qui privent leur peuple de pain ou ceux qui les privent de liberté ?

Citation du 27 décembre 2009


Les vieux époux ont le même nombre de poils dans les oreilles tant ils finissent par se ressembler.
Albert Camus – Caligula
Les vieux époux … finissent par se ressembler. Bon. Supposons qu’on vous demande un exemple pour établir cette affirmation. Penseriez-vous à évoquer le même nombre de poils dans les oreilles ? Hein ? Peut-être pas…
Bien sûr vous attendez de La citation du jour qu’elle vous explique pourquoi notre futur Panthéonisé a écrit une pareille chose.
Alors voilà : on sait qu’on vieillit quand on a des poils qui poussent en abondance là où on n’en avait pas ; et je ne parle pas de la moustache des dames qui sont ménopausées. Ni des poils superflus sur les épaules, ou le dos des messieurs. Mais des poils dans le nez, et bien sûr aussi dans les oreilles.
Les vieux époux sont des époux qui ont vieilli ensemble. Si donc ils ont à peu près le même âge, on peut admettre qu’ils voient leur système pileux évoluer simultanément.
Mais s’ils en arrivent à avoir le même nombre de poils dans les oreilles, c’est qu’ils vieillissent non pas seulement ensemble, mais de la même façon. Et c’est là qu’on touche à l’essentiel.
Qu’importe la façon dont on établi les critères du vieillissement. C’est le résultat qui compte : deux vieillards sont aussi différents l’un de l’autre que deux jeunes, sauf si l’on a affaire à un vieux couple.
Et c’est là qu’on touche au paradoxe de ces vieux amants qui comme le dit la chanson, tout en se déchirant (comme toujours), sont devenus irremplaçables l’un pour l’autre.
- Une de mes vieilles voisine est devenus veuve : son vieux mari est mort à l’âge de 85 ans. Depuis elle ne décolère pas contre lui : pourquoi est-il mort ? Tout ce qu’elle faisait avec lui, elle ne peut plus – elle ne veut plus – le faire sans lui.
Aucune présence ne pourra le remplacer : lui seul avait le même nombre de poils dans els oreilles.

Saturday, December 26, 2009

Citation du 26 décembre 2009

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Il semble que la philosophie ne voyage point, aussi celle de chaque peuple est-elle peu propre pour un autre
Rousseau – Discours sur l’origine de l’inégalité (note 10)

« La philosophie ne voyage point » : entendez que chaque peuple considère la sienne comme valable pour l’humanité entière.
Et Rousseau d’ajouter (cf. infra) que le philosophe qui voyage croit retrouver partout les mêmes hommes, avec les mêmes coutumes, ayant les mêmes soucis et ayant trouvé les mêmes solutions. A quoi bon étudier l’homme exotique s’il est partout le même qu’ici – et si les différences ne sont que des dégénérescences ? Voilà une bonne raison selon Rousseau pour condamner la philosophie.
On comprend que Lévi-Strauss, ait tressé des couronnes de laurier à Rousseau et voué Diderot aux gémonies (1).
Laissons de côté le débat Rousseau/Diderot : Lévi-Strauss a-t-il fait autre chose que chercher à retrouver le socle uniforme à partir du quel l’humanité a bâtit ses coutumes et ses cultures ? Qu’est-ce donc que la « structure » (en tant que jeu d’oppositions) sinon précisément ce qui se retrouve partout, à l’identique ?
Mais plutôt que de chercher la contradiction essayons de comprendre la vérité qui s’en dégage. L’essentiel pour Lévi-Strauss n’est pas de retrouver ce qui unit les hommes, mais bien ce qui les différencie, c'est-à-dire leurs différentes cultures, qui s’expriment par leurs langages, leurs mythes, leurs façons de cuisiner ou de s’habiller spécifiques à chacune. Dans ce domaine, ce qui est constant sert seulement à assurer la communauté de nature (quelque chose comme le patrimoine génétique de l’espèce).
Or, voilà que la mondialisation, en dehors de ses ravages économiques et écologiques, se caractérise aussi par des ravages irréversibles dans la diversité culturelle. Au moment où l’on prétend préserver la diversité biologique et zoologique, on laisse dépérir les derniers représentants des peuples « premiers ». Ou plutôt, on a laissé dépérir.
Car maintenant il n’y a plus grand-chose à perdre ; les derniers indiens d’Amazonie ont déjà enfilé leur tee-shirt Coca-cola.
Oui, c’est maintenant qu’il n’est plus utile de voyager : c’est maintenant qu’on pourrait écrire, comme Lévi-Strauss, qu’il faut haïr les voyages et les explorateurs,

(1) A cause de sa description des Tahitiens du Supplément au voyage de Bougainville.
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Annexe
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Depuis trois ou quatre cents ans que les habitants de l'Europe inondent les autres parties du monde et publient sans cesse de nouveaux recueils de voyages et de relations, je suis persuadé que nous ne connaissons d'hommes que les seuls Européens ; encore paraît-il aux préjugés ridicules qui ne sont pas éteints, même parmi les gens de lettres, que chacun ne fait guère sous le nom pompeux d'étude de l'homme, que celle des hommes de son pays. Les particuliers ont beau aller et venir, il semble que la philosophie ne voyage point, aussi celle de chaque peuple est-elle peu propre pour un autre. La cause de ceci est manifeste, au moins pour les contrées éloignées. Il n'y a guère que quatre sortes d'hommes qui fassent des voyages de long cours : les marins, les marchands, les soldats, et les missionnaires. Or on ne doit guère s'attendre que les trois premières classes fournissent de bons observateurs, et quant à ceux de la quatrième, occupés de la vocation sublime qui les appelle, quand ils ne seraient pas sujets à des préjugés d'état comme tous les autres, on doit croire qu'ils ne se livreraient pas volontiers à des recherches qui paraissent de pure curiosité... On n'ouvre pas un livre de voyage où l'on ne trouve des descriptions de caractères et de mœurs ; mais on est tout étonné d'y voir que ces gens qui ont décrit tant de choses, n'ont dit que ce que chacun savait déjà, n'ont su apercevoir à l'autre bout du monde que ce qu'il n'eût tenu qu'à eux de remarquer sans sortir de leur rue, et que ces traits vrais qui distinguent les nations, et qui frappent les yeux faits pour voir, ont presque toujours échappé aux leurs. De là est venu ce bel adage de morale, si rebattu par la tourbe philosophesque, que les hommes sont partout les mêmes, qu'ayant partout les mêmes passions et les mêmes vices, il est assez inutile de chercher à caractériser les différents peuples ; ce qui est à peu près aussi bien raisonner que si l'on disait qu'on ne saurait distinguer Pierre d'avec Jacques, parce qu'ils ont tous deux un nez, une bouche et des yeux."
Rousseau – Discours sur l’origine de l’inégalité (note 10)

Thursday, December 24, 2009

Citation du 25 décembre 2009

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Comme ils étaient si pareils (...) on reconnut bien vite que c'étaient [les enfants Barbeau] deux bessons, c'est-à-dire deux jumeaux d'une parfaite ressemblance.
G. Sand, La Petite Fadette, 1849, p. 2.
Vierge d’humilité – fin XIVème siècle

– Oui, c’est moi, le petit Jésus. Et ça, c’est ma maman, la vierge Marie.
Vous me voyez là entrain de téter le sein de ma mère, entouré par la cohorte des anges qui sont en adoration devant moi.
Qu’est-ce que vous voulez savoir de plus ?
Pourquoi je suis cramponné à la tétasse de ma mère, et pourquoi j’ai ce regard soupçonneux sur les environs ?
Je vais vous le dire.
L’autre jour, je m’étais endormi après la tétée, et quand je me suis réveillé, j’ai trouvé un autre enfant – un bébé comme moi – installé sur les genoux de ma mère, entrain de lui sucer le lait – mon lait !
Je lui dis :
– Marie, que fais-tu, quel est cet usurpateur qui vole ton lait, mon lait ?
Et vous savez ce qu’elle m’a répondu ?
– Mon petit Jésus, cet enfant est en réalité ton frère jumeau, celui qui est né juste après toi et que j’ai caché dans une botte de paille pour éviter de faire des histoires.
Toi, Jésus, tu es le fils de Dieu, oui c’est vrai. Mais vois-tu, pour prévoir les rejets, le Saint-Esprit m’a implanté un deuxième embryon au cas où tu te serais évaporé.
Comme il ne pouvait y avoir qu’un seul Fils de Dieu, le Saint-Esprit m’a dit que le deuxième enfant, s’il venait à la vie, serait élevé anonymement par une autre mère. Mais, que veux-tu, c’était mon enfant, et j’ai voulu le garder avec moi.

Wednesday, December 23, 2009

Citation du 24 décembre 2009


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Sans les cadeaux, Noël ne serait pas Noël.
Louisa May Alcott – Little Women
Le cadeau, dira-t-on, n'a rien de somptueux, / Mais venant d'un ami, tout nous est précieux
Théocrite – Idylles
Cadeau 2
Noël, Subst masc – [Au Moyen Age] cri de réjouissance poussé par le peuple pour saluer un événement heureux. (TLF)
Voilà où nous en sommes : si Noël est toujours un jour de réjouissance, il n’est plus une réjouissance sans cadeau. Même la Nativité de Notre Seigneur ne saurait nous suffire. Ah… Comme il est déjà loin le temps où il suffisait de chanter la Nativité pour être heureux…
Comment résister à cette disparition de la spiritualité ?
Je ne sais pas… Peut-être faudrait-il se dire que les cadeaux ont ceci d’important qu’ils nous révèlent nos sentiments à l’égard de ceux qui nous les offrent. C’est Théocrite qui nous le dit : « Le cadeau … n'a rien de somptueux, Mais venant d'un ami, tout nous est précieux. » (1)
Voilà donc une idée pour évaluer vos cadeaux : retrouvez ceux qu’on vous a fait l’an passé, et tâchez de vous souvenir qui vous l’a fait. Vous avez là un marqueur d’amitié fort pratique. Si vous ne vous rappelez même plus qui vous a offert votre écharpe, ou votre GPS, ou la pince à sucre : ne regrettez rien, c’est tout simplement que ce n’était pas un ami, du moins pas quelqu’un d’important pour vous (même si c’est votre Mémé, ou le grand oncle Albert)
Maintenant puisque c’est le jour des cadeaux, La citation du Jour va vous en faire un – il s’agit d’un conseil : n’hésitez plus, faites vous-même des cadeaux a minima. Le plus petit, et le meilleur marché que vous trouverez. Et si vous voyez une triste mine sur certains visages, si même on vous reproche de faire des cadeaux minables, alors dites que venant d'un ami, tout est précieux
Et si vraiment ça ne persuade pas vos amis, alors dites leur que c’est pour sauver la spiritualité de Noël, et que le vrai cadeau de ce soir-là c’est qu’un enfant nous est donné

(1) Théocrite : poète grec, né à Syracuse en (311-260)

Tuesday, December 22, 2009

Citation du 23 décembre 2009


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La baise, c'est la vie. Fort de cette certitude qui me hante depuis que j'ai ma lucidité et du poil autour, je considère que la femme est un merveilleux cadeau.
San Antonio
Cadeau 1
Je considère que la femme est un merveilleux cadeau : que voilà un galant compliment !
Mais, puisque Eve a été offerte à Adam, comme une aide sans qu’on nous dise jamais à quoi sert cette aide, on peut donc considérer que la femme est un luxe de l’existence, qu’elle nous donne l’accès au bonheur sans le quel notre vie ne serait qu’une survie.
What else ?
La baise, c'est la vie. Fort de cette certitude qui me hante depuis que j'ai ma lucidité et du poil autour, je considère que la femme est un merveilleux cadeau.
Hélas… Voyez comme l’art de la citation demande du discernement. San Antonio (1) a vraiment le génie de salir tout ce qu’il touche…Comment faire hommage à une dame de notre admiration pour sa beauté et son intelligence sans être instantanément suspect de mauvaises pensées ? Comment lui promettre notre amitié sans qu’on y voie du même coup une manœuvre d’approche frauduleuse ?
Pire. On doit aussi dire que, puisque la femme est un cadeau pour l’homme, c’est qu’elle existe pour lui, et non pas lui pour elle.
C’est pas sympa, ça…
Reste que malgré tout, avec ça la femme sait pourquoi elle existe, alors que l’homme ne le sait pas toujours.
Parce que ce n’est pas en disant : La baise, c'est la vie, que vous pourrez justifier votre existence.

(1) Alias Frédéric Dard. J’ai préféré utiliser son pseudo d’écrivain ; avouez qu’avec une citation pareille il valait mieux éviter l’allusion lourdingue qu’on aurait pu suspecter à l’évocation de son nom véritable.

Monday, December 21, 2009

Citation du 22 décembre 2009

Ne pas :

- Définir ce qui est connu : un bavardage.

- Obscurcir ce qui est clair : barbouillage.

- Mettre en question ce qui est en fait : mauvaise foi, ignorance.

- Rendre abstrait ce qui est palpable : charlatanisme.

- Et offrir des difficultés qui ne s'offrent pas elles-mêmes ou n'ont qu'une vaine apparence : chicane.

Joubert – Carnets (30 juillet 1797 t.1 p.222)

Oui, je sais vous êtes entrain de ficeler vos deniers paquets-cadeaux, et de courir les hypers pour vous approvisionner en bûche de noël et champagne.

Mais le but de la Citation du Jour n’est pas seulement d’enrichir votre Culture, il est aussi de vous aider à prévoir ce qui va arriver demain – ou la semaine prochaine.

--> Regardez le calendrier : oui, bientôt le Jour de l’An, et les bonnes résolutions pour 2010 que vous devrez formuler dans le secret de voter conscience.

Voici donc les conseils de Joubert : je vous laisse les méditer et voir s’ils vous conviennent – je veux dire : s’ils vous concernent.

Car il pourrait se faire que vous sachiez éviter tous ces écueils : dire seulement ce qui est essentiel ; éviter de commenter ce qui est clair ; admettre les faits pour ce qu’ils sont ; laisser à ce qui est concret son caractère individuel ; admettre la vérité sans vaine contestation.

Si vous savez faire tout ça, c’est que vous avez la sagesse d’admettre que la réalité est plus forte que nos désirs.

Votre Bonne Résolution alors ça pourrait être de ne fréquenter que des gens qui sont comme vous. Et ne lire que des ouvrages qui en font autant. Comme la Citation du Jour

- Et moi ? Quelle Résolution pour 2010 ?

La modestie.

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Annexe.

Un cadeau pour les fêtes : les conseils de Georges Courteline au cas où ceux de Joubert ne vous conviendraient pas :

Quelques avis qui, étant sages, sont forcément de nombre limité

Dis ce que tu penses.

Paye ce que tu dois.

Ne vends pas plus cher que ça ne vaut.

Méfie-toi des conseils, mais suis les bons exemples.

Laisse la clé sur le buffet si tu ne veux pas qu'on te vole.

Ne perds jamais de vue que le bon beurre est la base de la bonne cuisine, et souviens-toi que faire le malin est le propre de tout imbécile.

Enfin - uti, non abuti, nous recommande la sagesse antique - use de tout, mais n'abuse de rien. Bois - sans excès ; fume - sans excès ; aime - sans excès ; et que, toujours, la bonne qualité de l'objet détermine ton choix et le fixe. Mieux vaut boire trop de bon vin qu'un petit peu de mauvais et pratiquer l'amour avec deux belles filles qu'avec une seule vieille femme en ruine. L'agrément y trouve son compte, et l'économie animale plus encore.

Georges Courteline – Philosophie (1)


(1) En 1917, Georges Courteline puise dans ses pièces et romans des maximes qu'il réunit sous un titre volontairement ampoulé : La Philosophie de Georges Courteline.

Sunday, December 20, 2009

Citation du 21 décembre 2009

Dieu a fait le coït, l'homme a fait l'amour.
Edmond et Jules de Goncourt – Journal juillet 1855, (t.1, p.139)
ORIGINE DE L’AMOUR 2

L’origine de l’amour : tel est le titre un peu prétentieux de ce Post. Car pour répondre, il faut savoir répondre à cette autre question : quel besoin avons-nous d’aimer et d’être aimé ? Vaste question, dont notre citation ne fait que montrer l’existence. Par contre, même si on s’en tient à l’essentiel, on voit que selon les Goncourt, l’amour est bien un besoin humain et non un commandement divin.

Quelle différence entre le coït et l’amour ? Qu’est-ce qui est apparu en premier ? L’amour de l’homme pour le femme (et réciproquement) est-il d’origine divine ou humaine ? Quelle différence entre l’amour entre les sexes et l’amour du prochain ?
1 – Dieu a fait le coït : ça veut dire que, quand il a dit « Croissez et multipliez », il leur a donné le pouvoir de copuler, parce qu’il fallait ça pour que l’espèce humaine se développât.
2 – Le coït est apparu en premier, parce que l’intérêt de l’espèce prime celui des individus. Celui-ci peut mourir sans que l’espèce disparaisse.
3 – Dieu n’a pas créé l’amour entre hommes et femmes, parce que celui-ci est un détournement de l’amour que les êtres humains doivent à Dieu.
Ainsi la charité (amour du prochain : Tu aimeras ton prochain comme toi-même) est bien un commandement divin. Mais la charité est un amour tourné vers Dieu : le prochain est aimable en Dieu – en tant que créature de Dieu. L’amour de l’homme pour la femme veut être strictement profane sans cesser d’être un absolu (ou : quête d’absolu).
Dieu n’a donc pas dit à Adam : « Tu aimeras ta femme comme tu aimes ton Dieu ». Quand à Eve, il lui a simplement donné l’avidité du sexe. Et encore : c’était une malédiction.
Force est d’admettre que ce sont les hommes qui ont inventé l’amour entre l’homme et la femme. Et donc d’admettre aussi qu’ils l’ont inventé parce qu’ils en avaient besoin.
Quel besoin ?
Lisez le petit Badiou Eloge de l’amour. Il répondra à votre question mieux que je ne saurais le faire moi-même. (1)

(1) Si j’ai bien compris, l’amour est l’expérience d’un monde où l’on vit à deux, avec l’autre en tant qu’autre. Comme une ellipse à double foyer.

Saturday, December 19, 2009

Citation du 20 décembre 2009

Il n'y a jamais eu de créature. Il n'y a jamais eu que le couple. Dieu n'a pas créé l'homme et la femme l'un après l'autre. Il a créé deux corps jumeaux, unis par des lanières de chair qu'il a tranchées depuis, le jour où il a créé la tendresse.

Jean Giraudoux

Origine de l’amour 1

Une fois n’est pas coutume : nous n’allons pas ressortir la Sainte Bible pour faire l’exégèse de cette citation. Non. Prenons-là pour ce qu’elle paraît être : un fantasme inspiré très librement du récit biblique.

Puisqu’on y est, jetons pardessus bord aussi les hermaphrodites de Platon qui ne copulaient jamais parce qu’ils étaient accolées trop étroitement l’un à l’autre.

Alors, de quoi allons-nous parler ? De la gémellité ? Patience, je garde ça pour votre petit Noël.

Il nous reste malgré tout la tendresse, que Giraudoux nous présente comme la conséquence d’une rupture. Là où les lanières de chair ont été tranchées, il reste, entre deux êtres qui étaient unis le plus étroitement possible, la tendresse. Elle est ce qui reste quand on a perdu l’union charnelle.

A quoi pensait donc Giraudoux en parlant des lanières de chair unissant le couple originaire ? J’admets qu’il ne peut s’agir du cordon ombilical (1), puisqu’il unit la mère et l’enfant, alors qu’on a ici deux adultes (il le faut bien pour former un couple).

Vous voyez donc comme moi qu’on n’a plus le choix : à moins d’imaginer l’enlacement de chacun dans les bras de l’autre (et encore, on est loin des « lanières de chair »), il ne reste plus que le pénis.

Je vous vois froncer un peu les sourcils : des lanières, ça veut dire qu’il y en avait plusieurs. Or comme il n’y a qu’un pénis (vu qu’on sait qu’il s’agit de l’homme et de la femme), en quoi consistent les autres liens de chairs ?

J’ai dit tout à l’heure qu’à mon avis Giraudoux fantasmait. Pourquoi ne pas en faire autant ?

Vous me direz à quoi vous avez fantasmé en lisant ce Post. Moi, j’imagine qu’en plus du pénis, le lien de chair qui unissait Adam et Eve, c’était la langue. Vous voyez ce que je veux dire ? En tout cas c’est possible.

Et même c’est tout à fait raccord avec ce qui suit : sans le sexe et sans la possibilité de se parler ce qui unit encore deux êtres, c’est la tendresse.

Vous devriez essayer.


(1) C’était pourtant la thèse de Freud pour qui la tendresse est la transposition de la relation mère-enfant (déjà proposé dans le Post du 12 mars 2007).

Friday, December 18, 2009

Citation du 19 décembre2009

Oh! Que la providence est grande! Elle donne à chacun son jouet, la poupée à l'enfant, l'enfant à l'homme, l'homme à la femme, et la femme au diable!

Victor Hugo – Marie Tudor (1833), I, 2

De Kévin à Père Noël

Cher petit papa noël,

je viens de lire sur le Net que c’était toi qui te chargeait de trouver une meuf à ceux qui comme moi, sont bien pourvus, mais qui malgré tout n’en ont pas.

Alors voilà, je voudrais que tu me trouves une nana pas trop grande parce que moi je suis un peu râblé, mais qui ait de quoi satisfaire un homme qui est justement râblé de partout.

Si tu pouvais m’en trouver une qui fasse du 95-D, ça serait pas mal, vu qu’avec celles qui n’ont pas de nichons je m’ennuie plutôt. Je voudrais aussi qu’elle ait du tempérament (c’est comme ça qu’on dit pour expliquer ce qui se passe au dodo ?), mais pas le samedi soir, parce que ce soir là je suis au Stade avec mes potes.

Si tu as ça dans ta hotte, tu la déposes sur mon paillasson le 24 à minuit, un coup de sonnette et tu t’envoles.

Merci d’avance.

Kévin.

Comité de Censure à Monsieur Kévin.

Monsieur,

Le comité de Censure chargé de surveiller la moralité de la correspondance au Père Noël a intercepté votre courrier.

Sachez monsieur, que les seules demandes au père Noël qui soient admises sont celle qui visent des objets (nommés jouets) en vente dans les magasins.

Constatant que vous vouliez une femme véritable, nous supposons que le Père Noël ne pourrait vous satisfaire qu’en important frauduleusement une Béninoise ou une Philippine, contrevenant ainsi aux lois de monsieur Besson sur le séjour des étrangers sur notre territoire.

Nous attirons votre attention sur le fait qu’à insister auprès du Père Noël pour être satisfait, vous courez le risque de commettre une infraction à la loi concernant l’aide aux étrangers en séjour irrégulier.

Veuillez croire, Monsieur à nos salutations distinguées.

Thursday, December 17, 2009

Citation du 18 décembre 2009

Si j'ai de quoi affirmatif et quoi d'autre no comment / Si je baise affirmatif quoi des noms no comment / Des salopes affirmatif des actrices no comment / Des gamines affirmatif de quel âge ooh ooh ooh

Serge Gainsbourg – No comment (paroles - vidéo)

No comment 2

L’art de la provocation a été poussé à son extrême par Serge Gainsbourg, mais on a souvent oublié de dire en quoi il consistait.

La provocation suppose bien sûr qu’on profère un discours scandaleux. Mais on devrait dire plutôt : un discours scandalisant, en entendant par là des propos qui suggèrent, qui donnent à penser ce qu’on ne dit pas. C’est tout à fait évident dans cette autre chanson où Serge Gainsbourg joue là encore avec la curiosité malsaine du public au point de simuler l’inceste avec sa fille Charlotte encore enfant à l’époque (Lemon incest) (1).

Laissons de côté le fait que Serge Gainsbourg ait lui-même stimulé cette curiosité malsaine et retenons l’essentiel : le plus fort résulte de ce qui nous est suggéré, parce que nous croyons d’avantage ce que nous pensons nous-mêmes qu’à ce qu’on nous dit.

Et là ce qu’on retrouve, bien plus que l’art de la provocation, c’est l’art de la manipulation des esprits.

Manipuler les esprits : voilà des mots qui fâchent, mais qui ont le mérite de la clarté. Et bien sûr, on entend facilement que les messages publicitaires en font un usage systématique (du moins quand ils sont bien faits). Mais entendons aussi que les politiques l’utilisent de façon préférentielle.

Plutôt que d’attaquer l’adversaire, n’est il pas plus habile de décrire ses tourments devant une crise (intérieure ou extérieure) suggérant ainsi qu’il ne la maîtrise pas ?

Dire :

- « J’ai beaucoup de sympathie pour X, mais je ne voudrais pas être à sa place pour faire avancer le programme de son parti » No comment.

- « Moi, je suis le DRH du PS » No comment.

Et tant d’autres…


(1) Le vrai scandale ce n’était pas dans les paroles qu’on pouvait le trouver, mais dans la musique pompée allègement chez Chopin (Étude Opus 10 n°3).

Wednesday, December 16, 2009

Citation du 17 décembre 2009

Ce dont on ne peut parler, il faut le taire.

Wittgenstein – Tractatus logico-philosophicus

No comment 1

Ce dont on ne peut parler, il faut le taire

- Oui… Et qu’est-ce qu’on ne peut pas dire ?

--> Vous retournez le livre dans tous les sens : rien à faire cette phrase que vous venez de lire en constitue la dernière ligne

…..

- Heureusement, Miss.Tic est là – elle va vous aider :

Miss.Tic – No comment (Pochoir de rue – 2008)

Voyez donc ce pochoir : une miss inspecte la braguette d’un monsieur (dont fort opportunément on ne voit pas la tête). Et sur la palissade, juste à côté, ce « commentaire » : no comment.

Faut-il le dire quand même ? Miss.Tic ne nous montre non pas le vigoureux braquemart du monsieur, mais la curiosité gourmande de la miss : ce n’est pas l’objet du désir qui est mis en scène, mais le désir lui-même.

Oui, mais en même temps, cet objet délicieux, on doit supposer son existence, car si le monsieur n’avait rien dans le caleçon, on ne comprendrait pas l’expression ravie de la miss (du moins c’est comme ça je j’interprète son sourire – pas vous ?).

Ce dont on ne peut parler, il faut le montrer. Car c’est ça qui compte.

Seulement, on ne nous montre pas tout. Quelques détails ne seront donc peut-être pas superflus.

Revenons au Tractatus, et rappelons-nous une de ses thèses : ce que nous pouvons affirmer avec vérité concerne non pas les faits, mais les rapports entre les éléments qui les constituent.

--> Et c’est cela que nous donne à voir Miss.Tic – sans faire appel aux mots (No comment), elle établit le rapport entre deux existences : celle du désir et celle de son objet. Autrement dit, en langage formel :

(p et q). Envie du monsieur et existence de l’instrument nécessaire.

Ou bien : (si p, alors q) : si existence de l’objet, alors envie du monsieur.

Vous pouvez essayer vous-même - mais vous pouvez mettre ce que vous voulez à la place de(p) et de (q).


Tuesday, December 15, 2009

Citation du 16 décembre 2009

Frontières. En géographie politique, ligne imaginaire entre deux nations, séparant les droits imaginaires de l'une des droits imaginaires de l'autre.

Ambrose Bierce – Le dictionnaire du Diable

S’il est une notion dont le destin est actuellement très surprenant, c’est bien celle de frontière.

A l’époque de la mondialisation, où précisément ni les informations, ni les produits industriels, ni la pollution engendrée ne connaissent de frontière, on voit néanmoins les États renforcer les leurs en construisant des murs, reconduire à leur frontière les sans-papiers, mettre à contribution tous les dispositifs sophistiqués de surveillance pour contrôler les entrée sur leur territoire. Car s’il n’y a plus de frontières il y a encore des territoires. Comprenne qui pourra.

Qu’est-ce donc aujourd’hui qu’une frontière ? Une ligne imaginaire entre deux nations ? Ce qui établit une démarcation entre des droits imaginaires ?

Qui donc admettra pareille définition, même en pensant qu’imaginaire signifie ici arbitraire ou conventionnel ? Non, nous on en veut plus. On veut que, comme du temps des Grecs, la frontière marque la limite entre la civilisation et la barbarie, entre les autochtones et ceux qui (en raison de la couleur de leur peau ou de leur accent) ne paraissent pas être comme nous. La frontière, c’est aussi ce qui démarque entre amis et ennemis – mieux : c’est par la frontière que nous sommes amis entre nous, parce que c’est grâce à elle que nous savons où sont nos ennemis.

On l’a déjà compris : la frontière et l’identité nationale, ça ne fait qu’un. Pour que la première existe, il faut que la seconde soit identifiée. Le tracé de la frontière suit les méandres de la civilisation « nationale ». Voyez les Suisses : ils viennent de découvrir que les minarets ne pouvaient pousser sur leur territoire.

- Dehors les minarets !

Oui, mais si on leur dit : les minarets ne sont qu’un symbole, ce que vous visez, c’est l’Islam.

- Dehors l’Islam !

Et si on dit : oui, mais l’Islam est-il quelque chose s’il n’y a pas de pratiquants ?

- Dehors les musulmans !

Sans identité nationale, on n’a rien à garder : pas besoin de garde frontière.

Monday, December 14, 2009

Citation du 15 décembre 2009

Le gouvernement a pour mission de faire que les bons citoyens soient tranquilles, que les mauvais ne le soient pas.

Clemenceau – Discours de guerre

La liberté politique dans un citoyen est cette tranquillité d’esprit qui provient de l’opinion que chacun a de sa sûreté ; et pour qu’on ait cette liberté, il faut que le gouvernement soit tel qu’un citoyen ne puisse pas craindre un autre citoyen.

Montesquieu - De l'esprit des lois – XI, 2

Après la distribution d’argent (évoquée hier), une seconde « fonction régalienne » de l’Etat : la sécurité.

Depuis Montesquieu on l’a suffisamment dit : la première des libertés, c’est la sécurité. Entendons que c’est le préalable à l’usage de nos libertés, sans le quel aucune action libre n’aurait la moindre chance de voir le jour.

Si je reviens là-dessus, ce n’est pas pour enfoncer cette porte que bien d’autres avant moi ont déjà ouverte. Il s’agit plutôt de remarquer combien les conflits présents dans la société sont constitutifs de l’ordre politique. Conflit entre les bons citoyens et les mauvais ; entre le quidam que je croise dans la rue et moi, il y a toute l’épaisseur de la Loi, du moins de ces lois qui interdisent à autrui de me nuire. Si je ne me sens pas en danger, si je n’ai pas l’impression d’être un gibier, si je ne vois pas mes concitoyens comme des prédateurs, ce n’est pas à la bonté de la nature humaine que je le dois, mais bien à l’Etat et à sa police.

Vous voulez une preuve ? Voyez les anarchistes. Pour eux le véritable danger vient de l’Etat c’est lui qui est le véritable responsable de la criminalité avec ses lois liberticides. Oui…

Mais : pour en arriver là il leur faut postuler la bonté de la nature humaine, corrompue non pas par la société comme chez Rousseau, mais par l’Etat. Sans cette nature humaine, plus rien ne tient. Changez de perspective sur elle, et vous changez du coup le jugement sur la fonction de l’Etat.

Dans cette perspective, ceux qui descendent dans la rue pour s’opposer à la police (CRS-SS : voilà ce qu’on criait… avec Dany) sont ceux qui ont oublié que c’est grâce à elle qu’ils peuvent le faire.

Oublier ça, c’est le privilège de la jeunesse.

Sunday, December 13, 2009

Citation du 14 décembre 2009

Le gouvernement a un bras long et l’autre court : le long sert à prendre, et il arrive partout ; le bras court sert à donner et il n’atteint que les plus proches.

Ignazio Silone – Le Pain et le Vin

Toinette – Que diantre faites-vous de ce bras-là?

Argan – Comment?

Toinette – Voilà un bras que je me ferais couper tout à l'heure, si j'étais que de vous.

Argan – Et pourquoi?

Toinette – Ne voyez-vous pas qu'il tire à soi toute la nourriture, et qu'il empêche ce côté-là de profiter?

Molière – Le Malade imaginaire – Acte III, scène 10

Le gouvernement a un bras long pour prendre et l’autre court pour donner. Il n’est pas indifférent que ce soit un italien qui ait écrit cette phrase : l’Italie, qui a inventé du temps de l’Empire romain le clientélisme.

Car : ne s’agit-il pas ici de décrire attente et crainte du citoyen/sujet face au pouvoir économique de l’Etat ? L’Etat qui taxe et impose (grâce à son long bras) tous ceux qui sont sous son autorité, et qui favorise par des prébendes et des privilèges (grâce à son bras court) tous ceux qui sont dans son cercle familier ?

Ceux qui voient l’Etat comme cela doivent penser, comme Toinette, qu’un manchot qui a le bras long vaut mieux qu’un homme ordinaire avec ses deux bras. A condition que le bras long soit le bras court devenu long. Vous me suivez ?

Et nous, où en sommes-nous ?

- Le bras long ? Taxe-carbone, Tarifs du gaz et de l’électricité, impôts (y compris les impôts locaux), que sais-je encore ?

- Le bras court ? Népotisme, gabegie des ministères, rétribution du chef de l’Etat et liste civile de l’Elysée, etc…

Avons-nous une autre perspective sur l’Etat ? Peut-être pas. Avouez que nous avons une excuse pour cela : c’est qu’il s’agit d’un très long passé historique, et que voir l’Etat comme celui qui donne ou qui refuse les moyens de subsistance, c’est très exactement ce que les sujets des rois ont toujours vu dans leur souverain. Non pas qu’il leur eut donné quoique ce soit. Mais plutôt que par une sorte de pouvoir magique on le croyait en capacité d’attirer la prospérité sur eux. (Voyez l’image ci-contre : c’est la statue de Louis XV qui est au centre de la Place Royale de Reims : le monarque, le bras (long ?) étendu, protège les sciences et les arts pendant que le commerce prospère (à ses pieds)

Finalement, si nous, français, nous avons fait la révolution, ce n’est peut-être pas pour que la liberté et les lumières se répandent à flot sur le bon peuple.

Mais plutôt pour que, grâce à la Démocratie, le peuple souverain puisse piquer dans la caisse…

Saturday, December 12, 2009

Citation du 13 décembre 2009


-->
La pudeur n'est qu'un artifice qui confère plus de valeur à l'abandon.
Henri de Régnier – Lui ou les Femmes et l'Amour
Qui était Henri de Régnier ? Un poète si j’en crois Wikipédia et c’est l’excuse qu’on peut lui trouver pour avoir écrit cette phrase… En tout cas je peux vous dire qu’elle ne plaît gère au philosophe, sauf s’il fréquente assidûment Kierkegaard (1).
Qu’est-ce donc que la pudeur ? Certain n’y voient donc qu’une résistance opposée au regard ou au toucher par autrui de son propre corps (2), une forme de refus considéré parfois comme un simple moyen de renforcer la jouissance du conquérant qui monte à l’assaut de la forteresse. C’est dans ce contexte que se situe notre citation : de combien de viols cette conception de la pudeur est-elle responsable ?
Lisez plutôt Merleau-Ponty, dans ce texte un peu technique mais si clair en même temps (voir ici) : la pudeur est le refus de devenir un simple objet pour l’autre, elle est une volonté de soustraire son corps au regard de l’autre afin de ne pas devenir un objet (3). La pudeur c’est donc la volonté de rester une conscience en présence de la conscience de l’autre.
- Prenez par exemple une confession impudique : La vie sexuelle de Catherine M. l’ouvrage scandaleux de Catherine Millet. Quand j’ai lu ça je me suis d’abord demandé pourquoi publier un pareil ouvrage : masochisme ? Besoin de payer ses impôts ? Désir d’acquérir la célébrité à bon compte ?
En fait l’essentiel n’est pas là. Catherine Millet, en décrivant ces scènes d’orgies, se place toujours au point de vue du spectateur – ou plutôt du narrateur. Certes, c’est son corps qui gît là, au milieu de tous ces hommes. Mais en même temps, elle est celle qui décrit le spectacle depuis un point de vue en surplomb, un point de vue qui englobe ceux pour les quels son corps est un simple objet de jouissance. Par là elle redevient un sujet, une conscience. A travers son écriture, elle reste libre et dominante, et du coup, c’est elle qui possède tous ces hommes qui la possèdent.
Bref : si vous voulez rester une conscience libre face à autrui, vous pouvez faire comme Catherine Millet ; mais avouez que la pudeur, c’est tout de même plus simple.
(1) La nature féminine est un abandon sous forme de résistance. Kierkegaard – Le journal du séducteur. (Voir Post 13-12-08). Et encore sommes-nous ici dans les méandres de la séduction.
(2) Nous laisserons de côté la pudeur morale, étant entendu qu’elle n’est probablement pas de nature très différence de celle qui affecte le corps.
(3) On croit que la femme seule est pudique : c’est une erreur. Si la pudeur est le refus d’être objet pour autrui, il n’y a aucune raison pour que l’homme ne soit pas lui aussi pudique.
Essayez donc de mettre la main aux fesses d’un homme pour voir. A moins d’être Miss France, vous risquez un sérieux retour de bâton.

Friday, December 11, 2009

Citation du 12 décembre 2009

- Métroclès (…), avait été si bien gâté qu'un jour où, au milieu d'un exercice oratoire, il avait lâché un pet ; il resta enfermé chez lui, découragé, bien décidé à se laisser mourir de faim. Lorsqu'il appris la chose, Cratès, qu'on avait sollicité, se rendit chez lui et, après avoir à dessein mangé des lupins, le persuada, arguments à l'appui, qu'il n'avait rien fait de mal. C'eût été en effet un prodige que les gaz ne fussent pas eux aussi rejetés de façon naturelle. Finalement Cratès se mit à lâcher des pets et réconforta Métroclès, en le consolant grâce à l'imitation de ses actes. De ce jour, Métroclès fut son auditeur et devint un homme apte à la philosophie.

Diogène Laërce – Vies et doctrines des philosophes illustres (VI 94 Métroclès) (La Pochothèque p.759)


- Saint Augustin allègue avoir vu quelqu'un qui commandait à son derrière autant de pets qu'il en voulait…

Montaigne – Essais I, 21


- Qui ne rote ni ne pète est voué à l'explosion.

Lao-Tseu / Érasme (1)

Devra-t-on étendre la taxe carbone aux flatulences ? La presse nous parle de deux héros qui ont vécus un an à zéro émission de CO2 : ont-ils pris en considérations ces émissions involontaires ? Car enfin, pourquoi devrait-on ne considérer comme dangereux pour l’environnement que les pets des vaches ?

Mon but n’est pas de traiter scientifiquement ces questions, d’autant que je suis personnellement très choqué qu’on évoque de pareils faits. Mais si je passe outre mes réticences, c’est pour montrer que les philosophes n’ont pas dédaigné de se pencher sur la question.

Oui, mes chers lecteurs des philosophes parmi les plus réputés ont évoqué le pet, il n’est pour s’en persuader que de considérer les auteurs de nos citations du jour.

Certains diront (comme Lao-Tseu ou Erasme) que le pet est une conséquence de notre organisation physiologique et qu’il faut le subir comme un fait qu’on ne saurait contrarier sans mette en cause notre santé.

Certes, mais qu’on ne croie pas que la philosophie se contente de ces observations sanitaires. Car Diogène Laërce affirme qu’on peut philosopher même s’il arrive qu’on pète, mais surtout que c’est le propre du sage de savoir le reconnaître.

De plus, Montaigne attribue à Saint Augustin (voir infra le contexte de notre citation – note 2) l’affirmation que la puissance de la volonté peut se vérifier par la capacité à « commander à son derrière », ce qui veut dire non pas retenir ses pets, mais « les lâcher en les organisant suivant le ton des vers qu’on prononçait ».

N’allez pas croire, mes chers lecteurs, que Saint Augustin ait encensé la pétomanie. Ce qu’il veut nous dire, c’est que l’âme est d’autant plus forte qu’elle gouverne le corps et que gouverner le corps, ce n’est pas seulement le retenir, mais c’est aussi l’amener à produire à volonté et non selon les hasards de ses besoins.

Car voilà la leçon du jour : ce n’est pas en imposant à notre corps l’abstinence que nous montrerons notre puissance sur lui ; c’est aussi en le forçant à produire profusion. Et pas seulement dans le domaine dont nous parlons aujourd’hui.

Oui, mes chers lecteurs, vous aussi vous pouvez parvenir à une pareille maîtrise de votre corps. Toutefois, je vous conseillerai d’exprimer votre volonté en démultipliant votre capacité copulative plutôt que vos flatulences : l’empreinte carbone est plus favorable.


(1) Je n’ai pas réussi à départager entre ces deux attributions la quelle est la plus authentique. J’ai même trouvé la version d’Erasme en latin (de cuisine ?) : Qui nec ructat nec pedit fragori atque eruptioni promissus est.

(2) « Et ce que, pour autorizer la toute puissance de nostre volonté, Sainct Augustin allegue avoir veu quelqu'un qui commandoit à son derriere autant de pets qu'il en vouloit, et que Vivès, son glossateur, encherit d'un autre exemple de son temps, de pets organisez suivant le ton des vers qu'on leur prononçoit, ne suppose non plus pure l'obeissance de ce membre ; car en est il ordinairement de plus indiscret et tumultuaire. Joint que j'en sçay un si turbulent et revesche, qu'il y a quarante ans qu'il tient son maistre à peter d'une haleine et d'une obligation constante et irremittente, et le menne ainsin à la mort. » Montaigne – Essais, livre I chap.XXI

Thursday, December 10, 2009

Citation du 11 décembre 2009

Fais-moi mal, Johnny, Johnny, Johnny / Envole-moi au ciel... zoum! / Fais-moi mal, Johnny, Johnny, Johnny / Moi j'aime l'amour qui fait boum!

Paroles: Boris Vian – Fais-moi mal, Johnny (chanté par Magali Noël ici en vidéo)

Martine : Voyez un peu cet impertinent, qui veut empêcher les maris de battre leurs femmes.

Molière, le Médecin malgré lui, acte I, scène II


Les plaisirs insolites 2 : l’amour qui fait boum !

L’amour qui fait boum est-il un plaisir si insolite ? Sans aller chercher une perversion bien connue en psychiatrie (1), rappelons nous Molière : « il me plait d’être battue » objecte Martine à M. Robert (2) qui veut empêcher Sganarelle de la rosser. Et qu’on ne croie pas que ce soit pour empêcher un étranger de se mêler des affaires du couple. Non. Car juste avant, Martine s’est écriée : Voyez un peu cet impertinent, qui veut empêcher les maris de battre leurs femmes.

En fait, ce qui est insolite, c’est plutôt que ce soit un plaisir – car notre époque qui consacre chaque année une journée à la lutte contre la violence conjugale, estimerait sans doute le cas de Martine comme l’effet d’une sujétion à la violence du mari, qui ajoute les traumatismes psychiques aux blessures physiques. Alors, loin de moi l’intention de justifier la violence conjugale – ou autre – mais il faut admettre que les plaisirs recèlent bien des secrets, au nombre des quels se trouve effectivement l’union de la souffrance physique et de la jouissance. Bataille en fait l’essentiel de son ouvrage consacré aux larmes d’Eros, et Sade, et Sacher Masoch avec sa Vénus à la fourrure… Ces ouvrages sont souvent cités, rarement lus, et presque jamais avec plaisir. Pourquoi ? Est-ce leur caractère moralement ignoble qui nous rebute ?

S’il est vrai que rares sont les occasions qui nous sont offertes, comme dans cette chanson de Boris Vian, de rire avec ce genre de plaisir, c’est qu’on a du mal à en rire. D’habitude nous prenons ça très sérieux et ça nous tire des sentiments troublants – et c’est ça qui compte : notre plaisir secret au récit de ces tortures nous arrache aussi la souffrance d’une culpabilité éprouvée à cette coupable délectation.

C’est bien ce que disait Simone de Beauvoir : il faut brûler Sade.



(1) algolagnie : Forme de perversion sexuelle dans laquelle le fait d'infliger ou de subir de la douleur augmente le plaisir de l'acte sexuel, ou produit un plaisir sexuel indépendamment de l'acte

(2) Molière, le Médecin malgré lui, acte I, scène II