Friday, November 29, 2013

Citation du 30 novembre 2013


Blanc-manger pour prendre le matin au lieu d'un boüillon.
Prenez une bonne écuellée de bon bouillon à la viande bien dégraissé, qui soit fait sans herbe, & salé modérément, il sera de plus haut goust si on y fait bouïllir du vin blanc, comme pour faire de la gelée. Faites-le bouïllir à petit feu l'espace d'une heure ou environ, & le remuez souvent avec une cuillier, afin que rien ne brûle & lors que le bouillon sera diminué de la moitié ou environ, adjoutez y le laict d'un quarteron d'amandes douces pelées & bien pilées dans un mortier avec deux ou trois cuillerées d'eau rose ou d'eau commune froide, ou du laict, ou du bouillon que l'on y mettra peu à peu en les pilant, laissez encore sur le feu le blanc manger prés d'une heure, ou jusqu'à ce qu'il soit épais moderement, remuez-le de fois à d'autres avec une cûillier, vous pouvez le passer par un linge ou par une étamine pressant le linge, & mettre dans un poislon ou dans une écuelle d'argent ce qui sera coulé, adjoutant un quarteron plus ou moins de sucre rompu par morceaux, & un brin de canelle ; on y peut mettre aussi du musc, ou de l'ambre gris, un peu d'eau de fleur d'orange, & du jus de citron ou d'orange, & faire bouïllir le tout ensemble un bouillon ou deux.
Anonyme (1683.) – Le cuisinier friand et la manière de faire toute sorte de potage. (1)
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Le cuisinier friand est un recueil de recettes du 17ème siècle qui vient judicieusement nous rappeler que l’engouement actuel pour les recettes culinaires à la télévision n’est pas vraiment une nouveauté. Si toute fois vous n’êtes pas spécialement tenté de refaire ces recettes vieilles de plus de 4 siècles vous pouvez encore vous laisser tenter par le dépaysement que cette lecture va vous apporter.
Déjà, le style de ce texte dénote par rapport à nos recettes actuelles – même sans parler de Marmiton.org, dont les rédacteurs semblent avoir zappé la case « école primaire » – il semble que le minimum de mots soit aujourd’hui requis pour s’exprimer.
Et puis il y a le choix laissé au cuisinier de remplacer un composant par un autre : « de l’eau de rose ou de l’eau commune ou du lait ou du bouillon ». On comprend que ce n’est pas seulement la fantaisie qui guide le choix, mais la disponibilité des ingrédients (il ne devait pas y avoir à l’époque un « arabe du coin » pour dépanner la cuisinière en défaut)
Si toute fois vous souhaitez réaliser cette recette de bouillon vous devrez aller jusqu’au bout de l’exotisme et ajouter en terminant de la cannelle, du musc ou de l’ambre gris. Et si vous n’avez pas tout cela sous la main, allez dans la salle de bains chercher votre flacon de Chanel N°5.
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(1) On appelait autrefois « potage » tout aliment cuit dans un pot. Je profite de l’occasion pour signaler le site d’où provient ce recueil de recettes : les Miscellanées qui compilent des textes absolument étonnants et pour la plupart inconnus (de moi du moins)
Ajoutons que le Blanc-manger est connu de  notre époque où il désigne un entremets sucré qui doit son nom à sa parfaite blancheur

Thursday, November 28, 2013

Citation du 29 novembre 2013


Par-tout aujourd'hui [1790] les plaisirs naissent sur nos pas : festins, spectacles, bals, illuminations ; c'est à qui célèbrera & frères des départemens. Les filles, les filles seules veulent mettre un obstacle au cours naturel des CHOSES. Les bourses sont devenues l'objet de leur vorace cupidité.
Anomyme – Tarif des filles du Palais-Royal, lieux circonvoisins et autres quartiers de Paris, avec leurs noms et demeures. (1790)
A l’heure ou le débat sur la pénalisation des clients des prostituées bat son plein, La Citation-du-jour reprend ses recherches historiques : nous voici à Paris en 1790 au moment de la Fête de la Fédération.
Pas de Fêtes sans plaisirs ; par de plaisirs sans prostituées. Pas de plaisirs avec prostituées sans  contrôle sévère de leurs tarifs : en 1790 le juste prix d’une passe est limité par l’argent que l’honnête citoyen détient dans sa bourse.
Dans le débat du jour, il y a une personne qu’on n’interroge pas, c’est le client. Est-il un vieux cochon si obsédé par le sexe que ce soit seulement pour ce soulagement-là qu'il a recours aux descendantes des filles du Palais-Royal ?
- Pas forcément : voyez donc notre texte : en 1790 déjà la prostitution va avec le plaisir, elle fait couple avec la fête, l’interdire c’est condamner les hommes à la tristesse – ne risquent-ils pas alors de se tourner vers la boisson ou vers des substances encore plus illicites ?
- Il y a plus : certains hommes qui fréquentent les escorts (c’est comme ça qu’on désigne les prostituées aujourd’hui) sont en déficit amoureux. Non pas seulement de libido, mais d’être entre les bras d’une femme, de sentir sa peau, son parfum ses cheveux contre son corps. Et on voudrait pénaliser ça ? Il viendra un jour où ça sera remboursé par la sécu (comme les auxiliaire sexuelles pour les handicapés).
Remboursé par la sécu ? Vite, relisons le tarif reproduit par notre document du jour : on y lit par exemple que Pauline, bâtiment des Variétés, prend 3 livres.
Il ne manque que le tableau de conversion de la livre en euros : ça je ne l’ai pas trouvé chez Wiki…

Wednesday, November 27, 2013

Citation du 28 novembre 2013


Bien loin qu’un roi fournisse à ses sujets leur subsistance, il ne tire la sienne que d’eux, et selon Rabelais un roi ne vit pas de peu.
Rousseau – Du contrat social (Livre 1, Chap. 4)
De jour et de nuit, nous veillons à votre bien. Et c'est pour votre bien que nous buvons ce lait et mangeons ces pommes.
G. Orwell – La ferme des animaux, Chap. 3
A l’heure où tout le monde s’étrangle d’indignation avec les retraites « complémentaires » (=chapeau) des PDG, La Citation-du-jour prend de la hauteur et s’interroge au sujet des rétributions dues à nos dirigeants politiques.
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Rousseau envisage la rétribution des Princes : à son époque, on la justifiait en disant qu’ils étaient l’origine de la prospérité publique. On en concluait que, d’une certaine façon, c’étaient eux qui donnaient à manger au peuple : d’où la nécessité de bien les nourrir. L’objection est facile et rejoint celle de La Boétie (évoquée hier) : de même que le Prince n’est rien s’il n’est soutenu par le consentement populaire, de même la prospérité d’un pays est le fruit du travail de tous et non des décisions prises par un seul.
Reste que ce sujet est toujours sensible : par ces temps de crise on épluche avec suspicion les émoluments des ministres et les listes civiles des Rois (là où il y en a, comme en Belgique).
Cette  rétribution tire  sa légitimité  de l’exigence de satisfaire les besoins des chefs (politiques) : faut-il donc que le peuple en pâtisse ?
Ecoutons Orwell : puisque les chefs œuvrent pour le bien public, leur rétribution est comme un investissement qui doit déboucher en retour sur un enrichissement. C’est pour cela qu’ils doivent être grassement payés. Et si le chef est un cochon – comme dans la Ferme des animaux – alors le petit peuple de l’étable devra se priver de lait et de pommes pour qu’il puisse s’en gaver, puisque c’est pour le bien de tous ! Puéril. Ce discours est bien celui d’un cochon qui ne peut s’imaginer que ses sujets soient capables de réfléchir !
--> En fait, chacun peut bien se dire que le PDG de Volkswagen exige un salaire mirobolant sous peine de filer chez un concurrent plus généreux (1). C’est la libre concurrence sur le marché des Chefs qui dicte leur prix.
Mais nos gouvernants ? Combien valent-ils sur le marché des chefs d’Etats ?
Mettez François Hollande et Jean-Marc Ayrault en vente sur e-Bay, rien que pour voir jusqu’où les enchères vont monter.
N.B. Attention – Il est habituel que les Présidents usagés fassent une nouvelle carrière en tant que conseillers en monnayant leur carnet d’adresse. Spécifiez donc bien en présentant vos enchères : « A vendre politicien en exercice sous contrat de gouvernement ».(2)
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 (1) Vous avez remarqué ? Dans l’affaire Varin on s’indigne que cet homme touche des millions alors que l’entreprise est en quasi-faillite : est-ce que ça ne veut pas dire que si Peugeot était aussi florissant que WV alors oui – il pourrait empocher le salaire de 15000 Smicards ?
(2) Vous pouvez aussi aller lire ça.

Tuesday, November 26, 2013

Citation du 27 novembre 2013



Le pouvoir n'est pas un moyen, il est une fin. On n'établit pas une dictature pour sauvegarder une révolution. On fait une révolution pour établir une dictature. La persécution a pour objet la persécution. La torture a pour objet la torture. Le pouvoir a pour objet le pouvoir.
G. Orwell – 1984

--> La leçon du jour de Georges Orwell :
Le pouvoir, sous toutes ses formes, est à lui-même sa propre fin : le pouvoir a pour objet le pouvoir.
- La persécution a pour objet la persécution
- La torture a pour objet la torture
Bon – Ça, c’est banal. Ce qui l’est moins c’est de dire que c’est justement comme ça qu’on l’aime. C’est-à-dire qu’on fait une révolution pour établir une dictature.
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C’est assez clair comme ça ? Le problème c’est qu’on résiste à un tel déferlement d’évidences.
--> Eh quoi ! Tous ces soulèvements, tous ces indignés, ces intellectuels, ces travailleurs qui descendent dans la rue : iraient-ils chercher autre chose que du pain et des libertés ? Tous ces persécutés d’un pouvoir ignoble, ne cherchent-ils pas le moyen d’échapper définitivement à ces misères ? Marx lui-même ne disait-il pas qu’il appartenait au prolétariat de libérer la société de toutes ses chaines parce qu’il était justement victime de toutes les oppressions ?
Oui, je sais. Maintenant, regardez ce que l’histoire nous enseigne :
            - Les fiers sans-culottes ont engendré la Terreur qui a laissé place à la dictature de l’Empire.
            - Les révolutions populaires de 1830 et 1848 ont elles aussi débouché sur de nouvelles monarchies
            - Tout comme les révolutions arabes
            - J’ai gardé le pire pour la fin : les victimes des massacres de masse qu’ont été les juifs ont mis en place dans l’Etat d’Israël une police qui sait bien faire avouer et emprisonner les opposants…
Alors, on met en cause les inévitables violences – nécessaires pour se débarrasser d’un pouvoir dictatorial, et du coup on assimile ses ratées à l’incapacité à les maintenir dans les limites voulues.
Et si c’était Orwell qui avait raison ?
[D’autant qu’il ne fait que reprendre ce qu’on sait depuis La Boétie et son Discours de la servitude volontaire : c’est le peuple lui-même qui se cherche un maître.]

Monday, November 25, 2013

Citation du 26 novembre 2013


Non seulement la médiocrité [de l’homme au pouvoir] a tous ces avantages pour rester en place, mais elle a encore un bien plus grand mérite : elle exclut du pouvoir la capacité.
Chateaubriand
Qu’on lise l’ensemble de cette citation (en Annexe) : on sera convaincu que Chateaubriand parle des ministres – qu’il connait bien puisqu’il l’a été lui-même. Il nous intéresse donc fort puisqu’aujourd’hui plus que jamais la médiocrité de nos gouvernants semble à certains si évidente que la seule question qu’ils se posent à leur sujet est : comment font-ils pour rester en place ?
C’est ce que le Principede Peter décrivait fort bien, mais n’expliquait nullement : les incompétents qui sont arrivés à un niveau hiérarchique où ils fort preuve de leur incapacité ne montent plus dans la hiérarchie, mais n’en redescendent pourtant pas – Pourquoi ? Or voilà que Châteaubriand l’explique fort bien : les médiocres restent en place parce qu’on ne les en chasse pas. Et cela, parce que les médiocres au pouvoir donnent à ceux qui jouissent de la capacité (ceux que Chateaubriand appelle les courtisans) l’espoir de prendre un jour facilement la place qu’ils occupent. Les courtisans peuvent en effet s’imaginer que leur mérite leur donnera la place convoitée quand le moment de la briguer sera pour eux venu.
Mais ce n’est pas tout : toujours selon Chateaubriand, les Rois aiment montrer que leur pouvoir est si grand qu’ils peuvent hisser au premier rang ceux que leur médiocrité naturelle devrait confiner à l’obscurité des derniers.
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Ceci pourrait bien éclairer le jeu ambigu auquel jouent les Présidents de notre République  avec leurs premiers ministres : qu’ils aient suffisamment de pouvoir pour être considérés comme responsables de l’application de la politique du pays, mais qu’en même temps ils soient soumis à l’impulsion présidentielle (1). On se rappelle de Nicolas Sarkozy disant fort cyniquement que le Premier Ministre Fillon n’était que son collaborateur ; mais on se rappelle aussi a contrario qu’Edouard Balladur, désigné pour être premier ministre de cohabitation par Jacques Chirac (alors chef de l’opposition) a fini par le menacer dans la course à la présidentielle de 1995. Est-ce à dire qu’il n’était pas suffisamment médiocre ?
Aux ministres s’applique le principe bien connu : Qu’ils gouvernent – mais qu’ils ne règnent pas !
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(1) On s’amuse fort en écoutant les déclarations ministérielles, à relever le nombre de fois où le Ministre cite cette impulsion (du Président où du Premier ministre) sans laquelle lui, ministre, n’aurait pu agir !  Encore un de ces « éléments de langage » qui nous font mourir de rire … ou d’ennui.
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Annexe :
« Plus l'homme en pouvoir est petit, plus il convient à toutes les petitesses. Chacun en se comparant à lui se dit : Pourquoi n'arriverais-je pas à mon tour ? Il n'excite aucune jalousie : les courtisans le préfèrent, parce qu'ils peuvent le mépriser ; les rois le gardent comme une manifestation de leur toute-puissance. Non seulement la médiocrité a tous ces avantages pour rester en place, mais elle a encore un bien plus grand mérite : elle exclut du pouvoir la capacité. Le député des sots et des imbéciles au ministère caresse deux passions du cœur humain, l'ambition et l'envie. » Maximes et pensées de François-René de Chateaubriand