Wednesday, May 17, 2006

Citation du 18 mai 2006

«[...] l‘amant veut la possession exclusive de la personne qu’il désire, il veut exercer une puissance non moins exclusive sur son âme que sur son corps, il veut être aimé d’elle à l’exclusion de tout autre, habiter et dominer cette âme comme ce qu’il y aurait de suprême et de plus désirable pour elle. » (1)

NIETZSCHE – Le gai savoir -§14

Beaucoup de philosophes - dont Sartre - ont insisté sur cette étrange possession voulue par l’amour : il est un tyran d’un genre tout à fait spécial : il veut - il exige même - que l’autre aime cette domination, qu’il la désire comme son bonheur le plus grand. Ainsi « je t’aime » est subordonnée à « je veux que tu m’aimes », ce qui signifie : « j’accepte que tu te traînes à mes pieds et que tu me supplies de te laisser coucher en travers de ma porte ; j’accepte ton amour de chien fidèle ».

Ainsi on comprend le lien tout à fait spécial que la tyrannie entretien avec l’amour. Je veux parler de cette exigence du tyran - le vrai, celui qu’on appelle le Dictateur de nos jours - d’être aimé de ses sujets. Certes c’est une condition du pouvoir : le meilleur rempart contre l’ennemi c’est l’amour du peuple, Machiavel l’a fort bien dit. Mais il a dit aussi qu’il était plus simple pour le Prince de se faire craindre que de se faire aimer, car la crainte est une réaction animale et non un sentiment humain.

On pourrait proposer que la recherche de l’amour des sujets - même en démocratie - soit considéré comme un indice de despotisme. Voyez 1984, le roman de Georges Orwell. Big Brother a une exigence absolue : il veut être aimé de ses sujets, peu importe comment, même en les abrutissants avec le « gin de la victoire ». Mais qu’ils l’aiment ! Finalement, le comble de le désobéissance est atteint non pas quand Winston (son héros) écrit son journal personnel, mais quand il aime une femme, et non le Grand Frère. Un peu comme le chrétien qui doit renoncer à l’amour profane de la créature parce qu’il est rival de l’amour pour le Créateur.

Voilà donc l’idée séditieuse qui pointe : et si les sondages d’opinions favorables étaient un indice, pour le gouvernement démocratique qui en bénéficie, de sa capacité à gouverner autocratiquement un peuple aveuglé par sa confiance ?

J’en connais un qui gouverne très démocratiquement en ce moment !


(1) C’est moi qui souligne.

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