La solution possible consiste peut-être à rechercher les causes
de la solitude : car à n’en pas douter, le misanthrope est un solitaire,
soit parce que tout le monde le fuit, soit parce qu’à son tour c’est lui qui se
met à l’écart, comme Alceste, justement, qui choisit finalement de se retirer
au désert.Sunday, April 15, 2012
Citation du 16 avril 2012
La solution possible consiste peut-être à rechercher les causes
de la solitude : car à n’en pas douter, le misanthrope est un solitaire,
soit parce que tout le monde le fuit, soit parce qu’à son tour c’est lui qui se
met à l’écart, comme Alceste, justement, qui choisit finalement de se retirer
au désert.Monday, October 25, 2010
Citation du 26 octobre 2010
Et c'est une folie à nulle autre seconde / De vouloir se mêler de corriger le monde.
Molière – Le Misanthrope (1666)
Voilà pour les prêcheurs, les moralisateurs, les redresseurs de torts.
Si Alceste est odieux, ce n’est pas tant en raison de sa misanthropie ; c’est plutôt parce que, par sa critique de ses semblables, il prétend leur imposer ce qu’ils doivent faire.
Maintenant, si on ne doit pas se mêler de corriger le monde, ça n’empêche pas qu’il soit mauvais : on voudrait savoir ce qu’il convient de faire ?
Par exemple :
- Faut-il rester dans son coin à ronchonner parce que nous réprouvons le comportement de nos « semblables » ?
- Faut-il, comme La Bruyère, écrire et publier pour dénoncer leurs travers?
- Faut-il les attraper par le revers du veston et les ramener dans le droit chemin, manu militari s’il le faut ?
- Faut-il simplement donner l’exemple par son comportement, comme Thoreau refusant de payer l’impôt (1) qui finance les tribunaux esclavagistes et la guerre du Mexique ?
Oui, c’est peut-être ça : donner l’exemple, par son comportement, de ce qu’il serait digne de faire.
Ça peut nous conduire au martyre ? Oui, c’est vrai. C’est bien embêtant, mais au moins ça nous épargne les sermons inutiles.
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(1) « Le 24 ou le 25 juillet 1846, Sam Staples, agent de recouvrements des impôts locaux lui ordonne de payer six ans d'arriérés. Thoreau, qui refuse de payer ses impôts à un État qui admet l'esclavage et fait la guerre au Mexique, est arrêté alors qu'il se rend chez son cordonnier puis emprisonné durant une nuit, mais relâché le jour suivant, une de ses tantes ayant payé, contre son gré, les arriérés à sa place » (Wikipédia)
Saturday, July 31, 2010
Citation du 1er août 2010
Hannibal était borgne. Il se moqua du peintre qui le peignit avec deux yeux, et récompensa celui qui le peignit de profil. On ne veut pas être loué trop fadement ; mais on est bien aise qu'on dissimule nos défauts.
Helvétius – Pensées et réflexions
Montrer le bon profil ! Sage conseil, mais aussi sage précaution.
C’est vrai que la morale dégagée par Helvétius est un peu convenue ; en tout cas elle vient avec des gros sabots.
Mais l’anecdote se révèle beaucoup plus fine. Qui donc ne pourrait en tirer profit ?
Car c’est sans rougir que nous pratiquons l’art d’embellir les amis en jetant le voile pudique du silence sur leurs défauts, et en soulignant leurs qualités. Qui donc pourrait nous le reprocher ? S’agit-il de flagornerie ? Nullement.
Reste quand même une chose à éclairer. Si on ne peut nous le reprocher, on peut quand même s’interroger sur les raisons qui nous poussent à pratiquer ce genre de louange par omission.
Car il y a toujours le soupçon de la manipulation. Ne cherche-t-on pas à influer sur le jugement de l’autre en le flattant – même par omission ? Ce n’est alors pas la pratique qui est douteuse, mais son but.
Toutefois, à part les misanthropes, qui donc pourrait y trouver matière à blâme ?
Ne fait-on pas usage de ce procédé utilisé par le portraitiste d’Hannibal, quand nous communiquons d’abord les réussites avant de passer aux défauts ?
En tout cas je suis sûr que dans le monde de l’entreprise on doit l’utiliser à profusion.
Quand le manager général entreprend d’évaluer le travail d’un collaborateur il lui dit en premier :
- Good job ! (1)
Ça peut éviter quelques suicides…
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(1) Si je donne la formule en langue anglaise, ce n’est pas par snobisme, mais parce que le procédé est utilisé plus systématiquement aux US qu’en France. Demandez aux employés de France-Télécom
Tuesday, November 07, 2006
Citation du 8 novembre 2006
Ce n’est pas des hommes qu’il [le Misanthrope de Molière] est ennemi, mais de la méchanceté des uns et du support que cette méchanceté trouve dans les autres.
Jean-Jacques Rousseau - Lettre à d’Alembert.
Le misanthrope est un philanthrope excessif : il se fait une si haute idée de l’humanité qu’il en rage de voir que chaque homme en particulier est incapable, par négligence, de concrétiser cette essence sublime. Et voilà Alceste qui critique durement ses amis au point de s’en faire détester et de créer autour de lui le désert qu’il va finalement lui-même réclamer, comme refuge pour oublier la déception que ses semblables provoquent en lui. La misanthropie dont nous parlons ici n’est pas simplement une pathologie psychologique (l’atrabilaire de Molière) mais une posture morale qui, en rehaussant l’espèce humaine, rabaisse les individus. Peut-on échapper à ce paradoxe ? Demandons à Kant une solution.
D’abord, pour Kant, l’humanité est l’essence pure de l’homme, face à l’animalité qui se trouve également en lui. Bon. Mais le chien ne porte-t-il pas, lui aussi, la « caninité » si on veut appeler ainsi les caractéristiques de son espèce ? Bien sûr, et donc chaque chien coïncide avec cette essence, récapitulant en lui-même ces caractéristiques ; en revanche, chez l’homme, l’humanité n’est qu’un modèle sur le quel il doit régler ses actions : aucun être humain ne coïncide parfaitement avec les plus hautes perfections de son espèce.
Il ne faut pas s’en désoler comme le misanthrope, mais il faut inlassablement appeler nos semblables à se comporter avec la dignité que leur confère leur humanité. Kant appelle cela : le respect de soi. Celui qui ne respecte pas l’humanité qui est en lui va - par exemple - considérer son propre corps comme un instrument dont il peut disposer à sa guise. Exemple ? Le suicide : « Il n’est pas permis de disposer de soi et de sa vie comme d’un moyen, et d’être ainsi l’auteur de sa mort. » (La religion dans les limites de la simple raison) … et la « souillure de soi-même par la volupté » (Doctrine de la vertu).
Dur-dur, d’être un homme …
Friday, March 03, 2006
Citation du 4 mars 2006
« Boire sans soif et faire l'amour en tout temps, Madame, il n'y a que ça qui nous distingue des autres bêtes. »
Beaumarchais, Le mariage de Figaro, acte 9, scène 21.
Nous sommes des bêtes. Mais différentes des autres. Chez nous la recherche du plaisir est découplée de la satisfaction des besoins. Nous ne cherchons pas la satiété ; nous cherchons la jouissance. Toujours prêts à boire et à faire l’amour, nous sommes ainsi supérieurs à l’animal, limité dans ce registre par la nature elle-même.
Alors voici le mari ivrogne qui rentre chez lui et qui bat sa femme. Quelle excuse a-t-il ? Celle d’affirmer haut - très haut - et fort - très fort - qu’il ne saurait se passer de cette preuve d’humanité.
Et voilà l’homme volage qui rentre aussi chez lui après un cinq à sept de folie en compagnie de sa maitresse ; il remet ça avec sa femme, et quand la malheureuse découvre son infidélité, il lui répond : « Ce que j’ai fait cet après midi, aucune bête au monde ne l’aurait fait. » Comme Guillaumet descendant des Andes !
Dès le Moyen Age, les Saints Pères de l’Eglise ont attiré l’attention sur la pudeur et la sobriété de l’animal ; en particulier l’éléphant dont on disait qu’il ne courtisait son éléphante que très rarement et en prenant la précaution de s’écarter du troupeau. Pour les Saints Pères, mieux vaudrait pour notre salut être des bêtes que des hommes.
Et Rousseau, toujours aussi misanthrope, ajoute : « l’homme qui médite est un animal dépravé ». Dépravé, oui, mais pas seulement par la méditation !