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Wednesday, January 03, 2018

Citation du 4 janvier 2018

Sœur Isabeau (…) / Eut le galant : elle le méritait  / Douce d'humeur, gentille de corsage... 
La Fontaine – Le psautier (Conte)
De la générosité II
Ah ! La Fontaine... Quel homme ! Quelle intuition infaillible de ces charmes féminins qui font frissonner les hommes avant même qu’ils sachent pourquoi. D’après Eric Orsenna, son biographe le plus récent, les Contes que le pauvre La Fontaine écrivit sous le coup de ces émotions lui coutèrent bien des angoisses : n’allait-il pas être damné à rôtir en enfer pour avoir imaginé ces histoires licencieuses, mettant de surcroit en scènes des nonnes et des abbesses – comme dans celle-ci pour la quelle il invente ce personnage de Sœur Isabeau qui était « gentille de corsage ».
Vous me connaissez, mes chers lecteurs, et vous savez quel respect j’ai pour les femmes. Reste que, comme bien des hommes, je considère qu’elles n’ont pas toujours conscience de l’importance d’une silhouette grassouillette, certaines allant jusqu'à préférer les contours plus revêches : elles deviennent alors « avares du corsage » - ce en quoi elles ont bien tort. 
Que signifie en effet « gentille de corsage » ? On sait que depuis le moyen-âge, les « gentilles-femmes » sont l’équivalent féminins des « gentils-hommes », à savoir : femme de noble comportement et allure. Le corsage d’une gentille-femme doit donc manifester la vaillance des seins qu’il contient : chacun piochera là-dedans ce que son imagination voudra produire.



Toutefois, cette image fournit une hypothèse complémentaire : un gentil corsage se doit de présenter un tour de poitrine respectable (1). Mais ça ne suffit pas : une femme gentille c’est aussi une femme généreuse, qui se prodigue sans rechigner, - et donc qui a un décolleté « généreux ».
D’ailleurs on doit admettre que les femmes ont un rapport à leur poitrine plus communicatif que pour bien d’autres lieux de leur féminité.
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(1) « Respectable » : c’est quoi ? Tapez dans votre moteur de recherche favori la formule « 95D » et sélectionnez les images qui en viennent. Vous comprendrez facilement de quoi je parle.

Monday, November 20, 2017

Citation du 21 novembre 2017

Qu’un géant et un nain marchent sur la même route, chaque pas qu’ils feront l’un et l’autre donnera un nouvel avantage au géant
Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements  de inégalité parmi les hommes, 1° partie (Lire en annexe le texte cité)



Au fond une image telle que celle-ci prouve à l’évidence que Rousseau est passé à côté de quelque chose : voulant prouver que les inégalités entre les hommes sont moins grande dans l’état de nature qu’entre les animaux, il a oublié de dire que pour éviter ces inégalités, il suffit de mette le lièvre sur un autre route que celle empruntée par la tortue.
Oui, admettons : la justice sociale c’est que chacun concoure dans sa catégorie : le lièvre avec les lièvres et les tortues avec les tortues.
Reste quand même un problème : c’est que, dans la concurrence que se livrent les partenaires sociaux, toutes les compétitions visent le même but : l’argent et surtout le profit. Or, il peut se faire que toutes ces courses n’aient pas le même prix pour récompense. Je veux dire que la tortue qui gagne la course des tortues aura peut-être une feuille de laitue pour récompense, alors que le lièvre vainqueur aura droit aux faveurs de la reine des clapiers.
La justice sociale devrait donc s’emparer de ce sujet : on dit « à travail égal le salaire doit être égal », et on croit cela facile. Mais, qu’est-ce donc que le « travail égal » ? Celui qui occupe du matin au soir ? Ou bien celui qui assure une vie dont les besoins vitaux seront satisfaits ?
Oui, selon que je construis des maison ou que je fabrique des logiciels, mon salaire ne sera pas le même, alors que le temps de travail et les besoins de chacun seront les mêmes. A travail égal, salaire inégal.
Que la tortue coure avec les tortues et non avec les lièvres, ça va de soi. Mais ne l’oublions pas : ce qui compte, c’est le prix à gagner. Même La Fontaine s’en désintéresse : « On mit près du but les enjeux : / Savoir quoi, ce n'est pas l'affaire »
Mais si, c’est cela l’affaire !
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Annexe
Rousseau Discours sur l’origine et les fondements de inégalité parmi les hommes, 1° partie

« En effet, il est aisé de voir qu’entre les différences qui distinguent les hommes, plusieurs passent pour naturelles qui sont uniquement l’ouvrage de l’habitude et des divers genres de vie que les hommes adoptent dans la société. Ainsi, un tempérament robuste ou délicat, la force ou la faiblesse qui en dépendent, viennent souvent plus de la manière dure ou efféminée dont on a été élevé, que de la constitution primitive des corps. Il en est de même des forces de l’esprit, et non seulement l’éducation met de la différence entre les esprits cultivés et ceux qui ne le sont pas, mais elle augmente celle qui se trouve entre les premiers à proportion de la culture ; car qu’un géant et un nain marchent sur la même route, chaque pas qu’ils feront l’un et l’autre donnera un nouvel avantage au géant. Or, si l’on compare la diversité prodigieuse d’éducations et de genres de vie qui règne dans les différents ordres de l’état civil avec la simplicité et l’uniformité de la vie animale et sauvage, où tous se nourrissent des mêmes aliments, vivent de la même manière, et font exactement les mêmes choses, on comprendra combien la différence d’homme à homme doit être moindre dans l’état de nature que dans celui de société, et combien l’inégalité naturelle doit augmenter dans l’espèce humaine par l’inégalité d’institution. »

Tuesday, June 13, 2017

Citation du 14 juin 2017

Vous avez dû premièrement / Garder votre Gouvernement ; / Mais, ne l'ayant pas fait, il vous devait suffire / Que votre premier roi fût débonnaire et doux : / De celui-ci contentez-vous, / De peur d'en rencontrer un pire.
La Fontaine – Les Grenouilles qui demandent un roi (Lire ici)
On a eu l’occasion de le dire ici-même : lorsque nous voulons prendre un peu de distance afin d’analyser notre époque, il faut lire La Fontaine. Ainsi de notre subit engouement pour un Président Jupitérien au quel nous rêvons de donner tous les pouvoirs : la fable « Les grenouilles qui demandent un roi » tombe pile sur la situation.
Voyez plutôt – ça commence comme ça : « Les Grenouilles, se lassant / De l'état Démocratique, / Par leurs clameurs firent tant / Que Jupin (= Jupiter) les soumit au pouvoir Monarchique. ». En effet il semble bien que ce soit ça qui nous arrive, au point qu’on n’imagine même pas que ce roi ait encore besoin de députés puisqu’il peut gouverner par ordonnances.
Et ensuite ? Jupin accéda à leur demande : « Il leur tomba du Ciel un Roi tout pacifique (…) / Or c'était un Soliveau (= une bûche), / (…) Et leur troupe à la fin se rendit familière / Jusqu'à sauter sur l'épaule du Roi. / Le bon Sire le souffre, et se tient toujours coi. / Jupin en a bientôt la cervelle rompue. / Donnez-nous, dit ce peuple, un Roi qui se remue.» :
Bref ; comme un précédent Président trop « normal » les grenouilles s’irritent d’avoir un roi qui ne fait rien et qui supporte toutes les familiarités. Du coup, le peuple des marais réclame encore à Jupiter : « Donnez-nous, dit ce peuple, un Roi qui se remue. ». Et Jupiter lassé leur envoie une grue qui les gobe toutes.


Yves Becquet (vu ici)
La morale de la fable risque de bien nous décevoir : contentez-vous, dit le fabuliste d’un roi inactif, car lorsqu’un roi agit c’est pire encore.
Rappelez monsieur Hollande !

Mais nous on est bien plus malin que les grenouilles de la fable : celui que nous avons convoqué à l’Elysée, c’est Jupin lui-même !

Monday, February 22, 2016

Citation du 23 février 2016

Travaillez, prenez de la peine : / C’est le fonds qui manque le moins.
La Fontaine – Le Laboureur et ses Enfants Livre V - Fable 9
C'est la mollesse et l'oisiveté qui rendent les peuples insolents et rebelles. [...] il ne faut permettre à chaque famille, dans chaque classe, de pouvoir posséder que l'étendue de terre absolument nécessaire pour nourrir le nombre de personnes dont elle sera composée
Fénelon, Les aventures de Télémaque, Livre X, 1699
(Lire le texte en annexe)
Voilà l’une des composante du mercantilisme : obliger les travailleurs à un labeur qui les occupe du matin au soir durant l’année entière. Un tel principe s’il est appliqué, doit assurer la moralité de la population (travail=occupation qui éloigne du vice) et il assure un surcroit de bénéfices qui rendent l’Etat prospère (1)
Et comment contraindre les paysans à produire plus ? En restreignant surface à cultiver, ce que l’Etat peut en effet obtenir. Autrement dit, La Fontaine a raison : le fonds qui manque le plus, c’est la terre, et celui qui manque le moins, c’est le labeur. Notons quand même que La Fontaine n’a pas conclu sa morale et disant : prenez vos fourches et allez occuper les terres de votre Seigneur.
Et aujourd’hui ? Nos paysans ont en poche un BTS d’agriculteurs, ils surfent sur le Net et prennent connaissance quotidiennement du cours du porc ou des grains. Ce qu’ils veulent ? C’est non seulement pouvoir vivre de leur travail (cela, même les agriculteurs de Fénelon le pouvaient), mais ils veulent toucher un salaire équitable, être payés sur les mêmes bases que les autres travailleurs du pays. Qu’il y ait un « agro-salaire » minimum strictement équivalent du SMIC : écoutez les manifestants sur leurs tracteurs : immanquablement ils donnent le nombre d’heure de travail et le montant des ressources qu’ils en tirent.
Nos agriculteurs refusent les privilèges, ils veulent l’égalité. Chose qui faisait horreur à l’époque de Fénelon. Mais enfin nos aïeux ont fait 89 à cause de ça !
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(1) « La plupart des théoriciens mercantilistes recommande un bas niveau de rémunération des travailleurs et des agriculteurs, lesquels sont censés pouvoir vivre d'un revenu proche du niveau de subsistance, afin de maximiser la production. Un revenu, du temps libre supplémentaire ou une meilleure éducation de ces populations ne pourraient que créer de la paresse et nuiraient à l'économie » (art. Mercantilisme de Wiki). Comme on le verra bientôt, le surplus de production ainsi assuré permettra les exportations nécessaires à l'enrichissement de l'Etat. 
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Annexe : « Les lois que nous venons d'établir pour l'agriculture rendront leur vie laborieuse ; et, dans leur abondance, ils n'auront que le nécessaire, parce que nous retrancherons tous les arts qui fournissent le superflu. Cette abondance même sera diminuée par la facilité des mariages et par la grande multiplication des familles. Chaque famille, étant nombreuse et ayant peu de terre, aura besoin de la cultiver par un travail sans relâche. C'est la mollesse et l'oisiveté qui rendent les peuples insolents et rebelles. [...] il ne faut permettre à chaque famille, dans chaque classe, de pouvoir posséder que l'étendue de terre absolument nécessaire pour nourrir le nombre de personnes dont elle sera composée. [...] tous auront des terres, mais chacun en aura fort peu, et sera excité par là à la bien cultiver. » - Fénelon, Les aventures de Télémaque, Livre X, 1699 (Lire ici)

Sunday, January 24, 2016

Citation du 25 janvier 2016

Faut-il « ajouter des années à la vie ou de la vie aux années » ?
Sentence anonyme – in Didier Martz et alii – Dépendance, quand tu nous tiens ! (p. 81)
Pour vivre centenaire, il faudrait abandonner toutes les choses qui donnent envie de vivre centenaire.
Woody Allen (Cité le 8 aout 2006)

A quoi bon vivre plus vieux, si c’est pour macérer plus longtemps dans  nos excréments ?
Oui, je sais, c’est un peu brutal, mais que voulez-vous : il faut regarder la réalité en face, et ne pas croire les publicités pour le 3ème âge (ou plutôt : pour les séniors) qui nous montrent de sémillants papys qui galopent comme des lapins et des mamies qui jouent au tennis avant de câliner leur petit fils dans leur giron.
Vous devriez plutôt penser à vous protéger des « petites fuites » et puis, tant que vous y êtes, renseignez-vous pour savoir comment obtenir le remboursement de vos frais d’incontinence
Oui, je sais : désespérer les vieux, c’est mal. D’autant qu’ils n’ont guère le choix : Achille était tout bébé quand on lui a demandé de choisir entre une vie longue et obscure et une vie courte et glorieuse. Mais vous, à plus de 70 ans que voulez-vous faire ?
Réfléchissons – On vous dit : soignez-vous tant qu’il en est temps, et vous vivrez jusqu’à 86 ans. Oui, mais dans quel état ? Eh bien, on n’en sait rien. Vous pouvez comme Lévi-Strauss vivre jusqu’à plus de 100 ans en conservant intactes vos capacités intellectuelles et votre mobilité. Que demander de plus ? Par contre, si ça rate, vous allez vous retrouver tremblotant et bavouillant en moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire. Et là – oui : LÀ – qu’allez-vous faire ?
Pas grand chose… Rappelez-vous :
Le trépas vient tout guérir ;
Mais ne bougeons d'où nous sommes :
Plutôt souffrir que mourir,
C'est la devise des hommes.


La Fontaine – La mort et le bûcheron