Friday, April 10, 2015

Citation du 11 avril 2015

Plus vous caressez le dos d'un chat,  / Plus il relève la queue.
Proverbe écossais
Qui se met au service du renard,  / Doit se faire son caudataire.
Proverbe écossais
(Caudataire : de cauda, la queue. Le caudataire est celui qui porte la queue – ou plutôt soutient la traîne – du pape, d'un cardinal, d'un évêque.)

Devinette : Quelle différence y a-t-il entre un chat et le Pape ?
- Réponse : le premier n’a pas besoin qu’on porte sa queue pour qu’elle soit relevée.
- Pfuitttt… Vous n’auriez rien de plus intéressant à nous dire ?
Essayons donc.
- D’abord le chat. Certes il relève la queue quand on caresse son dos. Mais c’est là un mouvement reflexe, à moins qu’il ne s’agisse que d’une manière de profiter plus pleinement encore de votre caresse : il vous montre alors ce qu’il devrait cacher, comme un de ces petits princes à qui tout est permis. Du coup, on constate que le chat est non seulement un jouisseur, mais qu’en plus il n’est guère pudique.
- Le Pape, maintenant. Chez lui, point de jouissance, sauf s’il s’agit de profiter de son pouvoir pour dominer. Il est comme le renard : celui qui le sert doit s’attendre à faire les plus humbles tâches, porter la traîne, récurer les pots de chambre, et s’il est dans la cabinet d’un conseiller de ministre, faire le café. Et conduire nuitamment en scooter le monsieur chez la demoiselle ? – Oui, aussi.
- Morale : le serviteur est comme l’esclave : les limites de ses obligations sont posées par le maitre, et non l’inverse.
- Et maintenant la synthèse.
Si vous êtes le serviteur d’un maitre qui agit comme le chat vous devrez vous attendre à ce qu’il vous demande de lui caresser … et qu’alors elle se relève de plus en plus …


(Mon clavier refuse de prendre en compte certains mots que j’ai tapés pourtant bien correctement. Je crois qu’il y a quelqu’un qui a mis là dessus un contrôle parental…)

Thursday, April 09, 2015

Citation du 10 avril 2015

Obstinez-vous à conserver au milieu de vous, comme s'il était vivant, le passé qui est mort, vous produisez je ne sais quel choléra moral; la corruption se répand, elle est dans l'air, on la respire...
Victor Hugo – Napoléon le Petit
Cette influence néfaste de la grandeur passée (comme lorsque Mussolini prétendait ressusciter l’Empire romain dans l’Italie de 1920) que Paul Valéry dénonçait en 1931, Hugo en soulignait la responsabilité en 1852, quand Napoléon le Petit prétendait enfiler la redingote de l’Empereur.
Le passé historique aussi peut mourir. Je sais bien que cette affirmation peut paraître prétentieuse : qui sommes-nous pour énoncer un pareil jugement ?  Parlez donc de votre propre passé, et vous verrez que ce n’est déjà pas si facile à faire. Consultez vos souvenirs : savez-vous si les évènements de votre jeunesse ont fini de produire des effets ? Si les désirs, les tourments de votre adolescence ont complètement disparu ? Pas évident, n’est-ce pas. Alors comment pourrait-on se prononcer sur le passé d’un peuple ? Les Italiens d’aujourd’hui, qui sont-ils ? Et ce qui a fait la grandeur de l’Empire romain a-t-il définitivement quitté leur mentalité ? Mussolini avait-il complètement tort ? Qu’en savons-nous ?...
Mais pour l’historien, ces questions sont oiseuses on aurait tort de les prendre au sérieux. Car même à supposer qu’il y ait un génie ou une âme du peuple qui survive à l’époque historique de sa grandeur, le monde dans le quel tout cela a existé a disparu, et personne ne peut en douter car il s’agit de données matérielles et non spirituelles.
Si la France de Napoléon avait déjà disparu en 1852, c’est qu’elle n’était plus capable de faire  des Empereurs avec un petit caporal corse.
Actualisons – La France de 2015 n’est plus capable de faire un Sauveur avec un général de brigade entré en résistance.
Que faire alors si ces héros ont définitivement disparus avec une période révolue ? Peut-être se demander qui aujourd’hui, partant de rien, aurait la capacité de se hisser au plus haut de la Nation.

Moi, je crois qu’il faudrait se tourner vers un geek génial  - genre Zuckerberg.

Wednesday, April 08, 2015

Citation du 9 avril 2015

On peut dire qu'un gouvernement est parvenu à son dernier degré de corruption quand il n'a plus d'autre nerf que l'argent.
Jean-Jacques Rousseau – Discours sur l'économie politique (1755)
Evident, n’est-ce pas ? Sauf qu’on voudrait mieux comprendre à quoi pense Rousseau lorsqu’il évoque un gouvernement qui « n'a plus d'autre nerf que l'argent ». Veut-il dire que les politiciens ne recherchent que le gain personnel, que leur seule ambition est de gagner le plus d’argent possible ? Impossible ! Dans nos démocraties où la moindre corruption est sévèrement punie, celui qui veut faire fortune a intérêt à se faire banquier plutôt que premier ministre (1).
Reste alors l’autre hypothèse : pour gouverner il faut avoir des leviers d’actions pour manœuvrer les hommes et obtenir qu’ils fassent ce qu’on attend d’eux : l’argent serait l’un d’eux – et non le moindre. Suivons Montesquieu : les tyrans gouvernent en inspirant la terreur, les aristocraties mettent en jeu l’honneur ; les démocraties la vertu… Mais il peut arriver qu’on ne puisse agir politiquement qu’en promettant aux citoyens de s’enrichir. En politique, telle est la pire issue selon Rousseau. Alors que dans des régimes non corrompus, les hommes agissent pour l’intérêt commun, poussés par le désir de faire le bien en faveur de leurs concitoyens, ou par la recherche de l’honneur mérité par des faits glorieux, le gouvernement corrompu ne peut rien obtenir du peuple s’il ne promet pas un gain en échange.

- Et alors ? Le libéralisme a pris en compte cela aussi. Voici les thèses de ses théoriciens : 
            1° S’il faut payer, ne payer que ceux dont le travail est vraiment profitable à la communauté : il faut donc soumettre les fonctions socialement utiles à appel d’offre. (2)
            2° Du coup, la corruption des fonctionnaires n’existe que lorsqu’on est obligé de les payer deux fois : une fois sous forme de salaire ; une autre fois sous forme de pot-de-vin.
On remarquera que c’est au nom de l’équité du marché qu’on condamnera de tels agissements et non en fonction de principes moraux. Du coup le terme de corruption devient trompeur, et il vaudrait mieux employer l’adjectif « inéquitable » (unfairness)
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(1) On se rappelle sans doute que l’erreur de Jérôme Cahusac avait été de vouloir cumuler les deux.

(2) On se rappelle que c’était là le « Principe de différence » dégagé par John Rawls, et qui s’énonce ainsi : « les inégalités économiques et sociales doivent être telles qu'elles soient : (a) au plus grand bénéfice des plus désavantagés et (b) attachées à des fonctions et des positions ouvertes à tous, conformément au principe de la juste égalité des chances. »

Tuesday, April 07, 2015

Citation du 8 avril 2015

Le jugement n'intervient pas d'un coup ; c'est la procédure qui insensiblement devient jugement.
Kafka – Le Procès
Ecoutez la triste histoire de Jean Germain, sénateur d’Indre-et-Loire
Le Sénateur Germain, qui avait été durant 19 ans maire de Tour, vient de se donner la mort pour ne pas avoir à comparaitre dans un procès où il est accusé, à tort selon lui, de complicité d’escroquerie dans une affaire où était impliquée une proche collaboratrice. Il pouvait bénéficier d’un  non-lieu, mais il estimait qu’il était déjà déshonoré par la suspicion dont il avait été l’objet dans les médias.

Aujourd’hui, les medias se déchainent à présent contre … les medias qui ont décrit les faits supposés à charge de telle sorte que le malheureux sénateur était (selon ses propres termes dans sa lettre d’adieu à la vie) « condamné avant d’avoir été jugé » –  comme on dit « Calomniez, il en restera toujours quelque chose. » Le procès auquel Jean Germain, notre malheureux sénateur, n’a pas voulu comparaitre aurait donc été comme celui de Kafka un simulacre ne servant  qu’à confirmer une culpabilité décrétée bien avant.

Seulement, voilà : le message de Kafka est bien plus terrifiant. Chez lui, pas de rumeur, pas de medias, pas d’opinion publique. Rien que le silence feutré des bureaux, et la présence obsédante de dossiers poussiéreux. Le simple fait d’être convoqué à comparaitre devant des magistrats-instructeurs, d’avoir à préparer sa défense (même s’il n’a rien à se reprocher), de se justifier sans savoir de quoi il est exactement accusé, voilà les charges qui le condamnent. Joseph K. ne sait pas ce qui lui est reproché, mais il sait que le simple fonctionnement de l’institution judiciaire suffit à le perdre, que c’est elle qui établit la culpabilité.

Des prétoires de Kafka ou de la vox populi des medias d’aujourd’hui, que faut-il redouter le plus ?
Le livre de Kafka a été publié pour la première fois en 1925, époque où l’on ne connaissait pas encore les procès staliniens ; époque où BFM-TV n’existait pas encore ; ni les Réseaux-sociaux, Facebook, Tweeter, …
Bref : cette liste pour dire que si Kafka n’a pas connu le pire de l’injustice à son époque, rien ne dit que ce que nous soyons plus lucides.

Le dernier cercle de l’Enfer n’est peut-être pas pour aujourd’hui, mais seulement pour demain… ou après-demain !

Monday, April 06, 2015

Citation du 7 avril 2015

(Pour le communiste), le travail est la destination et la vocation de l'Homme.
Max Stirner - 1806-1856 (1)
Stirner encore… Le voici qui ironise sur les communistes qui donnent la main aux chrétiens pour définir l’homme comme un être laborieux qui ne peut s’arrêter de travailler que le dimanche – et encore est-ce pour saluer son Dieu ou ses camarades.
Ainsi donc, l’homme est fait pour le travail et on peut le vérifier le dimanche, jour où l’on célèbre la vocation de l’Homme.
--> Occasion de mesurer le chemin parcouru en 150 ans. Pour nous en effet, la destination de l’homme n’est plus de travailler, mais de consommer. On l’a vu et entendu sur tous les tons depuis qu’en France on se mêle de vouloir ouvrir les magasins le dimanche : qu’importe que les vendeurs soient contraints de délaisser famille et enfants pour le labeur. Ils les retrouveront plus tard et ils se consoleront en touchant un gros salaire … qui leur permettra de dépenser encore un peu plus le reste du temps. Mais on dira qu’ils se sacrifient aux autres : pour leur permettre de satisfaire leur « homo oeconomicus », ils vont renoncer à leur dimanche d’emplettes qui leur manquera sûrement : dimanche, c’est le jour de la consommation de luxe, celui où l’on achète autre chose que les courses de la semaine.

Il ne faut pas banaliser cette révolution : si on ne définit plus l’Homme par le travail, c’est également parce que celui dernier en a pris un vieux coup avec le développement du machinisme sous toutes ses formes. Je me rappelle d’une réplique dans un film de Pagnol (La fille du puisatier je crois) : « Un homme qui use une pioche par an ne peut être que bon ». Comment ce brave homme pourrait-il encore aujourd’hui tirer fierté de ce travail alors qu’une pauvre petite pelle Job fera en un jour le travail de 50 puisatiers ?
Trouver une activité humaine que la machine ne saurait reproduire en mieux : voilà ce qu’il nous faut.
… Vous l’aurez compris : ce que la machine ne sait pas faire, c’est consommer. Mais attention ! Le jour où elle aura un compte en banque, ça changera la donne.
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(1) Citation complète : « Si le communiste voit en toi un homme et un frère, ce n'est là que sa manière de voir des dimanches... Si tu étais un fainéant, il ne reconnaîtrait pas en toi l'Homme, il y verrait un homme paresseux à corriger de sa paresse et à catéchiser pour le convertir à la croyance que le travail est la destination et la vocation de l'Homme. »Max Stirner - 1806-1856 (Cité le 29  juin 2014)