Wednesday, April 08, 2015

Citation du 9 avril 2015

On peut dire qu'un gouvernement est parvenu à son dernier degré de corruption quand il n'a plus d'autre nerf que l'argent.
Jean-Jacques Rousseau – Discours sur l'économie politique (1755)
Evident, n’est-ce pas ? Sauf qu’on voudrait mieux comprendre à quoi pense Rousseau lorsqu’il évoque un gouvernement qui « n'a plus d'autre nerf que l'argent ». Veut-il dire que les politiciens ne recherchent que le gain personnel, que leur seule ambition est de gagner le plus d’argent possible ? Impossible ! Dans nos démocraties où la moindre corruption est sévèrement punie, celui qui veut faire fortune a intérêt à se faire banquier plutôt que premier ministre (1).
Reste alors l’autre hypothèse : pour gouverner il faut avoir des leviers d’actions pour manœuvrer les hommes et obtenir qu’ils fassent ce qu’on attend d’eux : l’argent serait l’un d’eux – et non le moindre. Suivons Montesquieu : les tyrans gouvernent en inspirant la terreur, les aristocraties mettent en jeu l’honneur ; les démocraties la vertu… Mais il peut arriver qu’on ne puisse agir politiquement qu’en promettant aux citoyens de s’enrichir. En politique, telle est la pire issue selon Rousseau. Alors que dans des régimes non corrompus, les hommes agissent pour l’intérêt commun, poussés par le désir de faire le bien en faveur de leurs concitoyens, ou par la recherche de l’honneur mérité par des faits glorieux, le gouvernement corrompu ne peut rien obtenir du peuple s’il ne promet pas un gain en échange.

- Et alors ? Le libéralisme a pris en compte cela aussi. Voici les thèses de ses théoriciens : 
            1° S’il faut payer, ne payer que ceux dont le travail est vraiment profitable à la communauté : il faut donc soumettre les fonctions socialement utiles à appel d’offre. (2)
            2° Du coup, la corruption des fonctionnaires n’existe que lorsqu’on est obligé de les payer deux fois : une fois sous forme de salaire ; une autre fois sous forme de pot-de-vin.
On remarquera que c’est au nom de l’équité du marché qu’on condamnera de tels agissements et non en fonction de principes moraux. Du coup le terme de corruption devient trompeur, et il vaudrait mieux employer l’adjectif « inéquitable » (unfairness)
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(1) On se rappelle sans doute que l’erreur de Jérôme Cahusac avait été de vouloir cumuler les deux.

(2) On se rappelle que c’était là le « Principe de différence » dégagé par John Rawls, et qui s’énonce ainsi : « les inégalités économiques et sociales doivent être telles qu'elles soient : (a) au plus grand bénéfice des plus désavantagés et (b) attachées à des fonctions et des positions ouvertes à tous, conformément au principe de la juste égalité des chances. »

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