Wednesday, October 05, 2011

Citation du 6 octobre 2011


Thalès voulant montrer qu’il était facile de s’enrichir, loua les pressoirs à huile d’olive alors qu’il prévoyait qu’une importante récolte approchait et amassa de grandes richesses.

Diogène Laërce – Vie et doctrines des philosophes illustres, Livre I, §25

… Quand le moment favorable [de la récolte] fut arrivé, il se produisit une demande soudaine et massive de nombreux pressoirs, et il [=Thalès] les sous-loua aux conditions qu’il voulut. Ayant ainsi amassé une somme considérable, il prouva par là qu’il est facile de s’enrichir quand ils [= les savants] le veulent, bien que ce ne soit pas l’objet de leur ambition.

Aristote – Politique A11, 1259a6 (Traduction Tricot)

Je considère comme une injustice que le nom de Thalès, qui fut l’un des Sept sages, ne soit aujourd’hui associé qu’à une entreprise d’aéronautique et d’armement. Non que ce soit un déshonneur mais plutôt parce que ce nom devrait être aussi connu et mondialement respecté que celui de Goldman Sachs.

Si l’on excepte le Bon serviteur de la parabole des Talents (voir ici), Thalès de Milet fut en effet le premier spéculateur connu. Le premier il sut faire fructifier son l’argent sans faire appel au travail, et il montra que la science suffit pour arriver à un profit assuré.

Toutefois, comme avec le Bon serviteur dont on parlait plus haut, gagner par spéculation de l’argent n’est pas le projet essentiel : la Parabole des talents a pour finalité de montrer qu’il faut faire prospérer non l’argent mais les dons du Seigneur ; et pour Thalès cet enrichissement n’est qu’une façon de prouver que la science peut certes nous donner un contrôle sur le monde – mais que c’est finalement accessoire.

Car, par sa prouesse avec les pressoirs à huile, non seulement il réfutait les moqueries dont il était l’objet (1), mais il suggérait aussi que la science a mieux à faire que de changer l’ordre des choses dans le domaine humain. En effet, comment croire que le fait de gagner beaucoup d’argent par la spéculation procure un plaisir aussi vif que d’arriver à mesurer la hauteur de la Grande pyramide ? (2)

Car, comme le dit Aristote, les savants peuvent facilement s’enrichir, « mais ce n’est pas leur ambition » – quelle est donc leur ambition ?

Celle de connaître le monde tel qu’il est c’est-à-dire de contempler sa régularité et son harmonie.

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(1) Thalès, en observant les astres, se laissa tomber dans un fossé. « Il n'a que ce qu'il mérite, dit une femme de Thrace qui le servait : il veut lire dans les cieux, et ne sait pas même ce qui est à ses pieds. »

(2) Ce qu'il fit en mesurant son ombre - voir ici

Tuesday, October 04, 2011

Citation du 5 octobre 2011

L'opium nous désocialise et nous éloigne de la communauté. Du reste la communauté se venge. La persécution des fumeurs est une défense instinctive de la société contre un geste antisocial.

Jean Cocteau – Opium / Romans, Poésies, œuvres diverses / La Pochothèque

Il est dommage qu'au lieu de perfectionner la désintoxication, la médecine n'essaye pas de rendre l'opium inoffensif.

Jean Cocteau – Idem

La persécution des fumeurs... J’avoue que j’ai eu la tentation de ne garder que cette phrase, vous laissant ainsi croire que Cocteau s’en prenait au Gouvernement qui persécute les fumeurs en taxant toujours plus fort les cigarettes. C’eut été dommage, parce qu’on aurait perdu alors l’essentiel de sa pensée. Nous parlons donc des fumeurs d’opium.

L’opium est un véritable paradis, mais il a deux graves inconvénients :

- D’abord il vous ruine la santé ;

- Ensuite, au moment même où il vous procure l’extase, il ne vous permet pas d’en communiquer le contenu à autrui. (1)

Sans doute ce dernier grief est-il le plus important, mais je ne vois pas comment en surmonter l’obstacle. En revanche, comme Cocteau le fait remarquer, il est dommage que la science, si prompte à évaluer les dégâts de l’opium ne se soit pas attelée à la tâche d’éliminer de ses effets ceux qui sont les plus nocifs. On a le soupçon que, pour nos gouvernants, il est important de retenir le peuple de jouir en l’effrayant par les désordres que les drogues occasionnent dans les organismes.

Faute de recherches dans ces domaines, il nous reste à consommer l’opium inoffensif qui est compatible avec notre organisme, celui que nous secrétons nous-mêmes, dans les profondeurs de notre cerveau. Il s’agit comme on le sait de l’endorphine.

Comment secréter l’endorphine ?

--> 4 possibilités (selon Wikipédia) et 4 façons de se shooter sans danger :

1 - Activité physique intense : c’est le shoot du marathonien.

2 - Douleur : bottes de cuir et fouet de postillon.

3 - Excitation : devenez artiste.

4 - Orgasme : devenez Directeur du FMI.

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(1) Voir cet autre passage : «L'opium permet de donner forme à l'informe ; il empêche, hélas ! de communiquer ce privilège à autrui. Quitte à perdre le sommeil, je guetterai le moment unique d'une désintoxication où cette faculté fonctionnera encore un peu et coïncidera, par mégarde, avec le retour du pouvoir communicatif. »

Monday, October 03, 2011

Citation du 4 octobre 2011

C'est la théorie qui décide de ce que nous pouvons observer.

Albert Einstein

J’en étais à chercher une pensée d’Einstein qui pourrait nous éclairer sur ce qu’il dirait au cas où, ressuscité, il aurait connaissance de ces impertinents neutrinos qui vont plus vite que les photons.

Et je tombe sur cette phrase : C'est la théorie qui décide de ce que nous pouvons observer – et je me dis que depuis l’époque de Galilée, on n’a pas beaucoup appris.

Je m’explique : Galilée, ayant inventé la lunette astronomique et ayant constaté qu’il y avait des montagnes sur la lune et des taches sur le soleil – ce qui contredisait à la théorie aristotélicienne dominante à son l’époque – s’entendit répondre : « Aristote n’a jamais dit qu’il fallait observer le ciel avec une lunette astronomique ».

Et alors aujourd’hui, certains disent : « il est impossible que les neutrinos aillent si vite, parce que la théorie de la relativité dit que c’est impossible… Donc votre observation est fausse.»

Qu’avons-nous donc appris depuis Galilée ? Que les révolutions scientifiques ne se font pas sans dégâts psychologiques (chez les physiciens) ? Qu’elles sont soutenues par les convictions des savants plus encore que par les expériences ?

En tous cas, on voit bien qu’un changement si radical dans la théorie ne va pas sans souffrances : même l’équipe qui a découvert ces neutrinos si véloces dit à la communauté scientifique « Montrez-nous que nous avons fait une erreur, et nous vous remercierons » – et ce n’est pas par modestie.

Maintenant, il y a des scientifiques plus « philosophes » qui disent : « Oh… Si c’est vérifié, il n’y aura pas à changer de théorie. On dira que dans la formule « E=mc2 », hé bien n’est-ce pas, la variable « c » ne désignera plus la vitesse de la lumière mais celle des neutrinos. »

--> Dites-moi pas que les photons, quand ils accélèrent, ils deviennent des neutrinos !

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N.B. Moi, pauvre philosophe, je n’ai pas le bagage scientifique (et surtout mathématique) pour en discuter, pourtant il y a quelque chose de bien embarrassant dans tout ça : c’est que les photons, même quand on les excite et qu’on leur balance de l’énergie supplémentaire, ils n’accélèrent pas ! Rien, pas un epsilon au-dessus des 300000km/s ! Qu’est-ce donc qui les retient, puisque les neutrinos, eux, ils sont capable d’aller plus vite ?

Sunday, October 02, 2011

Citation du 3 octobre 2011

Ce qui m'intéresse vraiment c'est de savoir si Dieu avait un quelconque choix en créant le monde.

Albert Einstein

- L’Inquisition a brûlé tout vif Giordano Bruno pour avoir osé dire qu’il existait une pluralité de mondes.

Autant dire que ça a calmé les philosophes qui se sont désormais contentés de s’interroger non plus sur cette pluralité, mais seulement sur la possibilité pour le monde d’être autre que ce qu’il est.

- Descartes disait : Dieu aurait pu faire le monde autrement s’Il l’avait voulu. Mais Il a fait celui-ci, et il est bon parce que c’est Lui qui décide de ce qui est bon ou mauvais.

- Leibniz disait : ce monde est le meilleur des mondes possibles, parce que Dieu l’a choisi entre tous ceux qu’Il pouvait envisager.

- Einstein affirme qu’il n’est pas certain que Dieu ait eu le choix.

Les physiciens sont devenus des métaphysiciens, qui s’interrogent sur le néant, la matière, et la pluralité des mondes. Et sur Dieu.

Tranquilles, les physiciens : l’Inquisition a disparu et avec elle les menaces sur leur vie. Reste le questionnement : si le monde – ou plutôt l’univers – pouvait être autre que celui que nous « connaissons » (si tant est qu’on le connaisse), quel serait-il ?

Qu’on ne dise pas : tout ceci, c’est de la masturbation intellectuelle, parce que notre vie à nous, citoyens du 21ème siècle ne dépend pas des particules ni de la nébuleuse du Centaure – elle dépend des élections et des Marchés financiers. Voilà ce qui compte.

Erreur ! Les particules, on en a mesuré l’importance de Hiroshima à Fukushima, et les physiques bizarroïdes nous ont prouvé leur efficacité dans tous nos appareils électronico-numériques.

Quant à la pluralité des mondes, ça ne changerait pas grand-chose à notre vie que ça n’existe pas, sauf que là, c’est notre imagination qui les réclame à cor et à cri : voyez l’intérêt soulevé par les exo-planètes.

Saturday, October 01, 2011

Citation du 2 octobre 2011


Torrent de la vie, ouvrez-vous un cours jusqu'à la racine du cœur de l'homme. Entraînez tout ce que la circoncision du fer tranchant aura coupé d'hétérogène, et remplissez les campagnes arides de vos eaux aussi limpides que le diamant.

Saint-Martin – L'Homme de désir, 1790, §25 (à lire ici)

Houlàlà !... Un Post sur la circoncision, ça nous mène où ?

Telle est la question que je me pose, environné de réponses plus délirantes les unes que les autres. Théologiens, psychologues, anthropologues, tous en ont dit quelque chose – et me voilà qui m’interroge à mon tour...

Je vais donc me couvrir des brumes thésophico-lyriques du « philosophe-inconnu » pour entrer dans ce domaine.

--> Je lui emprunte sa formule : la circoncision du fer tranchant aura coupé l'hétérogène, car ce qu’elle contient est encore aujourd’hui une hypothèse admise pour expliquer la circoncision (en y ajoutant l’excision).

Par la circoncision on élimine ce qui dans le sexe (l’organe) pourrait évoquer l’autre sexe. Ainsi du prépuce chez le garçon qui évoque la nymphe ; ainsi du clitoris chez la fille qui évoque le pénis. Le garçon circoncis serait alors plus viril qu’un autre, et la fille excisée plus féminine.

Hélas ! Voilà où mène cette explication de la circoncision : on justifie l’injustifiable et on considère que ces mutilations sexuelles sont tout à fait sensées.

Quoique… Si on ne se mêlait pas d’évoquer aussi l’excision et qu’on s’en tenait à la circoncision, on remarquerait qu’on trouve un peu partout une autre justification « médicale » celle-là, puisqu’on estime aujourd’hui qu’elle protège du sida ; elle serait alors une sorte de préservatif naturel.

J’attends que Benoit XVI prenne publiquement position là-dessus.

Je l’imagine à son balcon du Vatican, devant la foule des pèlerins :

- Ne mettez pas de préservatif ! Coupez-vous le bout du zizi.

Houlà ! Un Post sur la circoncision, voilà où ça mène.