Sunday, September 25, 2011

Citation du 26 septembre 2011

Être gouverné, c'est être gardé à vue, inspecté, espionné, dirigé, légiféré, réglementé, parqué, endoctriné, prêché, contrôlé, estimé, apprécié, censuré, commandé, par des êtres qui n'ont ni titre, ni la science, ni la vertu... Être gouverné, c'est être à chaque transaction, à chaque mouvement, noté, enregistré, recensé, tarifé, timbré, toisé, coté, cotisé, patenté, licencié, autorisé, admonesté, empêché, réformé, redressé, corrigé. C'est sous prétexte d'utilité publique et au nom de l'intérêt général être mis à contribution, exercé, rançonné, exploité, monopolisé, concussionné (1), pressuré, mystifié, volé ; puis, à la moindre réclamation, au premier mot de plainte, réprimé, amendé, vilipendé, vexé, traqué, houspillé, assommé, désarmé, garrotté, emprisonné, fusillé, mitraillé, jugé, condamné, déporté, sacrifié, vendu, trahi, et pour comble, joué, berné, outragé, déshonoré. Voilà le gouvernement, voilà sa justice, voilà sa morale !

Proudhon – Idée générale de la révolution au XIXe siècle (1848)

Il est rare qu’une citation aussi longue et utilisant le procédé de la définition par l’énumération de termes (2) ait un tel succès. Et pourtant il n’est que de lancer une recherche sur Google pour s’en assurer : cette citation, on la retrouve in extenso dans de nombreuses occurrences (on peut la lire ici sur le site d’anarchistes québécois). Je suppose qu’on apprécie ce débordement verbal exprimant parce qu’il exprime une insupportable réalité : l’Etat qui nous gouverne nous accable de son contrôle tatillon et soupçonneux. Il est partout, et il contrôle tout.

Mais… S’il le peut, n’est-ce pas, comme le supposait La Boétie que nous aimons ça ?

--> Pour le savoir je me suis interrogé sur l’attitude qui est la nôtre en présence des pays où l’Etat est moins puissant que chez nous.

Je laisserais de côté, le cas de la Belgique – pourtant intéressant : plus d’un an sans gouvernement et toujours debout !

C’est que l’actualité nous tourne plutôt vers la Grèce et son « laxisme » fiscal, conséquence de l’impuissance de son gouvernement et de ses fonctionnaires à faire rentrer l’impôt et à percevoir les taxes : ce dont s’effarouchent le FMI et la BCE. Voilà un pays où l’on n’est pas «à chaque transaction, à chaque mouvement, noté, enregistré, recensé, tarifé, timbré, toisé, coté, cotisé, patenté, licencié, autorisé, admonesté, empêché, réformé, redressé, corrigé… »

Et vous savez quoi ? Au lieu de les envier et de les féliciter, nous les méprisons et les accusons de faiblesse, quand ce n’est pas d’abominables tricheries !

J’aimerais croire que c’est de la jalousie.

---------------------------------------------

(1) Mot du jour – Concussionné : être victime de la concussion.

Concussion : Malversation d'un fonctionnaire qui ordonne de percevoir ou perçoit sciemment des fonds par abus de l'autorité que lui donne sa charge. (TLF)

(2) Enumération, ou accumulation, ou inventaire ? J’ai consulté mon Gradus (Bernard Dupriez) et je pencherais finalement plutôt pour accumulation – mais sans certitude

Saturday, September 24, 2011

Citation du 25 septembre 2011

On ne désire plus rien de ce qu'il y a dans les boutiques quand on fait ce que j'ai fait. J'avais dépassé l'argent. Je lui ai refusé une bonne fois mon allégeance. J'ai estimé le temps qu'il m'avait fait perdre; la puissance qu'il m'avait fait gaspiller. Et, comme tu as crié devant un autre gaspillage : ah, que la chasteté est belle! j'ai pensé que l'économie est une des choses les plus belles qui soient.

V. Larbaud – Barnabooth, 1913

Voilà une citation qui s’articule en plusieurs citations : La Citation du jour est devenue le Cadeau du jour.

J'avais dépassé l'argent. L’argent, entendu comme ce qui doit être dépassé (comme Nietzsche dit que l’homme est ce qui doit être dépassé)… Qu’y a-t-il au-dessus de l’argent ?

Je lui ai refusé une bonne fois mon allégeance. On l’a vu hier, l’allégeance est serment de soumission – ici à l’argent-roi. A quoi va-t-on se soumettre à présent ?

Ah, que la chasteté est belle ! La chasteté plutôt que le gaspillage : ne plus être, comme l’homme-à-qui-vous-pensez, celui qui sperme à tout vent – voilà qui va réjouir bien des gens. Oui, mais qui : les vieux impuissants, ou bien les jeunes attirés par la sainteté ? --> Quelle sainteté ?

L’économie est une des choses les plus belles qui soient. L’économie entendue comme art d’épargner ses biens, érigée au rang de vertu, hissée au niveau de la chasteté ! Que gagne-t-on à ne plus rien dépenser ?

Ces quelques questions, nous allons pouvoir y réfléchir maintenant que la crise s’appesantit sur nous. D’ailleurs, elles se résolvent toutes les unes dans les autres, et elles se résument dans celle-ci : qu’y a-t-il au-dessus de l’argent ?

- Qu’y a-t-il au-dessus de l’argent ? J’hésite à répondre, tant cette question nous heurte, non seulement parce qu’elle prend à rebrousse-poil les habitudes de notre société de consommation, mais aussi parce qu’elle est finalement une question métaphysique.

En tout cas, c’est une bonne question : voilà une occasion de se réjouir de la « cure d’austérité » que le pouvoir s’apprête à nous infliger.

Friday, September 23, 2011

Citation du 24 septembre 2011

La droite veut que les personnes qui acquièrent la nationalité française fassent «allégeance aux armes ».

François Cornut-Gentille, secrétaire national à la réforme des armées (déclaration du 20 septembre date anniversaire de la bataille de Valmy)

Ce qui constitue une nation, ce n'est pas de parler la même langue, ou d'appartenir à un groupe ethnographique commun, c'est d'avoir fait ensemble de grandes choses dans le passé et de vouloir en faire encore dans l'avenir.

Ernest Renan - Qu'est-ce qu'une nation ? (cité le 14 juillet 2007)

L’allégeance aux armes : encore un chiffon rouge agité sous les naseaux fumant des anarchistes et des individualistes épris d’indépendance ? « Boule puante » larguée dans le contexte d’une campagne électorale subrepticement commencée ? Manipulation destinée à faire du buzz ?

Oui, sans doute. Mais que voulez-vous ? Un Blog reste marqué par la subjectivité de son auteur et là, j’avoue que je marche : je vois rouge.

Car si les mots ont un sens, ça veut dire non pas simplement que ce serait l’occasion d’affirmer son appartenance à la Nation (Luc Chatel), mais bien que c’est la défense armée de la Nation qui incarne la nationalité.

--> Dans la formule « allégeance aux armes », le terme « allégeance » est presque trop technique pour être commenté : c’est « un acte de soumission et d'obéissance qu'un sujet prête à son souverain » (TLF). Par contre la question intéressante est : « Qui est le souverain ? » Car on devrait répondre : l’armée. C’est en effet à elle qu’on prêterait serment, et c’est donc à elle que reviendrait le droit de définir les valeurs de la Nation.

C’est là que je vois rouge – car on comprend en effet ce qui se dit ici : c’est que, comme dans les années 30, il va falloir pour célébrer la Nation enfiler l’uniforme et défiler, le menton levé et le bras tendu.

Je préfère encore Renan.

Thursday, September 22, 2011

Citation du 23 septembre 2011


Il n’y a plus de Pyrénées.

Louis XIV – Date : 16 novembre 1700

La formule célèbre, "il n'y a plus de Pyrénées", découlerait d'une phrase prononcée par l'ambassadeur d'Espagne à Paris, Manuel Oms de Santa Pau, marquis Castelldosrius, à propos des courtisans désireux d'accompagner Philippe d'Anjou en Espagne : "le voyage de Paris à Madrid devenait aisé, les Pyrénées étant présentement fondues". Il faisait alors allusion au choix du petit fils de Louis XIV comme roi d’Espagne (en 1700 – lire ici)

Il n’y a plus de Pyrénées : demandez donc aux coureurs du tour de France ! Mais plus qu’une prétention à effacer les frontières, fussent-elle naturelles, cette phrase reflète la prétention du pouvoir politique à régler une fois pour toutes les affaires du monde.

Si tel est le cas, alors aucun doute : les problèmes qui se posent à nos dirigeants actuels ont été déjà réglés par le passé, et pour aplanir les obstacles qui se dressent sur notre chemin (comme le furent les Pyrénées), il suffit de faire l’inventaire des réformes instituées par les prestigieux souverains d’autre fois.

Ainsi donc du règne de Louis XIV (1) :

- La première partie du règne est marquée par des réformes administratives et surtout par une meilleure répartition de la fiscalité. Mais auparavant, le roi avait réglé le sort de Fouquet, le surintendant des finances, dont le rôle avait été d’exercer une pression fiscale fort mal perçue et qui avait de surcroit un peu piqué dans la caisse.

- Édit de Grand Renfermement (fondation de l’hôpital général de Paris 27 avril 1656)

Cet édit a pour objet d’éradiquer la mendicité, le vagabondage et la prostitution. Dès 1674, La Reynie a le titre de lieutenant général de police (il est considéré comme le premier préfet de police de France). En 1697, année où il se retire, le marquis d’Argenson lui succéde. Il va remplir sa fonction de lieutenance en s’appuyant principalement sur la répression, avec une escouade considérable d’espions.

- Construction d’un palais de Versailles où s’installe la Cour en 1682 : « Situés au sud-ouest de Paris, dans la ville de Versailles en France, ce château et son domaine visaient à glorifier la monarchie française. »

Bien – On voit qu’il reste encore à Notre-Président bien du travail s’il a l’ambition de laisser un nom dans l’histoire de France.

Car où est donc la réforme de l’impôt ? Et les espions à la solde du pouvoir pour assurer la sécurité des rentiers ? Et le Palais Présidentiel du 21ème siècle ?

Ça, permettez : il suffira d’agrandir le Fouquet’s. Singulière revanche pour le pauvre Nicolas exilé pour avoir construit le château qui devait le glorifier… (2)

-----------------------------------------

(1) Ce qui suit est en partie tiré de la documentation Wikipédia – mais il s’agit là d’intertextualité et non de plagiat – quand même !

(2) Il s’agit de Nicolas Fouquet et du château de Vau-le-Vicomte - Suivez donc un peu !

Wednesday, September 21, 2011

Citation du 22 septembre 2011



Qu'est-ce que l'abondance ? Un mot et rien de plus, le nécessaire suffit au sage.

Euripide

Au moment où l’on se querelle pour savoir à partir de quels revenus commence la richesse – histoire de la taxer – il est utile de penser aux leçons que nous donnent nos grands Anciens.

Ainsi d’Euripide : si la richesse est synonyme d’abondance, alors rien de plus facile que de la définir ; elle est ce dont le sage n’a pas besoin.

Donc, il suffit de trouver un sage et de voir de quoi il vit – du SMIC ? De l’aumône et des Restos du Cœur ? D’un portefeuille géré directement depuis Wall-Street ?

Bien sûr, la tradition répond : le sage est celui qui vit de peu, ou plutôt qui vit seulement du nécessaire. Qu’est-ce qui est nécessaire ? Ce qui satisfait un besoin vital et rien de plus ; comme Diogène qui avait une amphore pour toute maison. Mais, à ce compte, nos SDF qui gitent dans des cartons sont aussi des sages. Ce dont on doutera un peu quand même.

Corrigeons : les sages sont ceux qui se contentent de peu et qui s’en déclarent satisfait.

Car, ne l’oublions pas : si ce qu’ils ont leur suffit, c’est qu’ils n’ont pas comme nous le désir de posséder toujours plus, ils n’éprouvent pas le vide, le manque, la vacuole creusée en eux par le désir de consommation ; ils se suffisent à eux-mêmes, et dès qu’ils ont la possibilité de vivre, leur seul besoin encore actif, c’est de créer ce que leurs capacités leur permettent de produire.

Bien sûr, nos sages ont encore ce désir ; mais on dirait qu’ils ont vraiment du mal à s’en contenter.