Tuesday, January 13, 2009

Citation du 14 janvier 2009

[Quand on a de l’argent] Les occasions d'exister se voient réduites en proportion de l'augmentation de ce qu'on appelle les moyens. Lorsqu'on est devenu riche, le mieux qu'on puisse faire pour se cultiver consiste à persévérer dans les projets qu'on entretenait au temps de la pauvreté. (1)

Henry D. Thoreau – Résistance au gouvernement civil (1848)

Lorsqu'on est devenu riche, le mieux qu'on puisse faire pour se cultiver consiste à persévérer dans les projets qu'on entretenait au temps de la pauvreté.

La question que chacun rêve d’avoir à se poser est : « Que vais-je faire de tout l’argent que je viens de gagner au Loto ? »

Chacun a sa petite idée, le problème étant de savoir seulement si on voit trop petit ou trop grand. Va-t-il en rester, ou alors va-t-on se ruiner ?

Mais jamais on ne se pose la question de savoir si tout cet argent va changer quelque chose à notre vie, ou plutôt ceux qui décident de ne rien changer ne se la posent apparemment pas, comme si d’évidence rien ne devait en modifier le cours.

Henry David Thoreau (1) lui, se la pose. L’argent dit-il nous fait oublier les questions essentielles et nous oblige à répondre à des questions superflues.

Les moralistes grincheux qui serinent que l’argent ne fait pas le bonheur, qu’on ferait plus facilement passer un chameau par le chas d’une aiguille qu’un riche par la porte du Paradis, etc… devraient en prendre de la graine s’ils voulaient être vraiment édifiants : ce que nous aimons dans l’argent, quand nous aimons en avoir beaucoup, c’est qu’il nous fait oublier le difficile essentiel.

Néanmoins, ces moralistes n’ont pas tout à fait tort : car l’essentiel n’est qu’oublié, il ne disparaît pas. Il est simplement recouvert par des occupations futiles.

Alors, c’est quoi cet essentiel ?

Thoreau le dit sans ambages : ce sont les occasions d’exister (Les occasions d'exister se voient réduites en proportion de l'augmentation de ce qu'on appelle les moyens).

Les occasions d’exister sont celles qui ne s’achètent pas, qui donc dépendent de la volonté ou des sentiments des autres, et de ce que nous sommes capables de produire nous-mêmes – par nous-mêmes.

Persévérer dans ses projets du temps de la pauvreté : oui, c’est bien ça.


(1) Citation complète : « L'argent étouffe bon nombre de questions auxquelles, le cas échéant, on serait bien obligé de répondre, tandis qu'il ne soulève qu'une seule interrogation nouvelle, difficile et superflue, celle de savoir comment on va le dépenser. De cette façon, le fondement moral s'effondre sous nos pieds. Les occasions d'exister se voient réduites en proportion de l'augmentation de ce qu'on appelle les moyens. Lorsqu'on est devenu riche, le mieux qu'on puisse faire pour se cultiver consiste à persévérer dans les projets qu'on entretenait au temps de la pauvreté. »

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