Sunday, March 10, 2013

Citation du 11 mars 2013


« Une nuit de Paris repeuplera tout cela. »
Napoléon Bonaparte, devant les monceaux de cadavres du champ de bataille de Leipzig (Cité par Cendrars, Moravagine p. 262)
« … il ne faut pas se prendre trop au sérieux – une nuit suffit.
Une nuit d’amour
Moins que cela : un coup de bite
Un nœud. »
Blaise Cendrars, même référence.
Cynisme de l’Empereur indifférent devant le carnage de la guerre ?
Absence de dramatisation plutôt si l’on en croit le commentaire de Cendrars (notre Citation du jour).
Les hommes ne sont pas plus que des soldats : quand un soldat meurt, un autre se lève et prend sa place (1) – chacun est exactement identique à chacun, il n’y a ni perte ni gain tant que le nombre des combattants reste identique.
Par ailleurs, la vulgarité du « coup de bite » est là pour nous rappeler que nous ne valons pas plus que l’acte qui nous a engendrés.
--> On se rappellera l’anecdote qu’on raconte à propos d’Alfred Jarry : alors qu’il s’entrainait avec un ami à tirer au pistolet dans son jardin, une femme parait derrière la clôture.
- Monsieur, vous auriez pu tuer mon enfant !
- Madame, répond Jarry, si ce malheur était arrivé, nous vous en aurions fait un autre.
Mais il s’agit de la guerre : ce n’est pas un jeu. C’est peut-être ça l’horreur de la guerre : nous donner à comprendre que nous sommes si peu de chose qu’on ne nous définisse que comme de la chair à canon. Non seulement notre mort ne sera pas une perte pour l’humanité, mais notre vie ne sert qu'à être au cœur de la cible…
Cœur de cible… Ça ne vous rappelle rien ? Mais oui ! pour les publicitaires nous sommes, vous et moi, des cœurs de cible pour leurs messages qui visent à faire de nous des consommateurs béats. (2)
Sachant cela, il ne reste plus qu’à savoir de quelle cible nous constituons le cœur.
--------------------------------------------------
(1) Comme le dit le Chant des partisans : Ami, si tu tombes, un ami sort de l'ombre à ta place
(2) C’est exactement ce que disait Patrick Lelay en 2004 à propos des programmes de TF1: Ce que nous vendons à Coca-cola, c'est du temps de cerveau humain disponible. Que faut-il pour qu’un cerveau soit disponible ? Il faut l’attraper par les oreilles (comme le Lapin) pour le « scotcher » devant son écran télé.
(Petit rappel de citation : « Les hommes sont comme les lapins, ils s’attrapent par les oreilles. » Mirabeau. Voir ici)

Saturday, March 09, 2013

Citation du 10 mars 2013



La langue de lait est une sécrétion du cœur, qui va de pair avec celle du sein.
Hervé Bazin – Le Matrimoine
(On se reportera au texte de Bazin que j’ai publié hier.)
Lors d’un débat sur l’homoparentalité on demandait son avis à un psychanalyste : « En tant que psy, que pensez-vous du fait qu’un enfant soit élevé par deux femmes ou bien par deux hommes ? »
- Aucune importance. Car ce qui compte, ce n’est pas la présence de l’homme et de la femme. C’est que soient accomplies et la fonction maternelle et la fonction paternelle.
- Quelle différence faites-vous entre les deux ?
- Eh bien, la fonction maternelle consiste à tisser avec l’enfant des liens équivalents au cordon ombilical. Et la fonction paternelle consiste à les couper.
C’est exactement ça que Bazin a mis en scène dans son texte : alors que Mariette dit : « L’es joli mon bébé », l’auteur dit : « mon fils apprend à bégayer ». Entre la mère qui retient et le père qui met à distance il y a toute l’histoire de l’enfant qui se tisse : qu’un déséquilibre apparaisse et c’est son équilibre à lui qui est en cause.
Seulement voilà : ce que ne disait pas notre psy, c’est ce que montre Bazin. Entre ces deux fonctions il y a un conflit : c’est Papa contre les « archidouces ».
Habituellement, l’enfant en grandissant voit les deux fonctions se modifier : la fonction maternelle normalement s’estompe, alors que la fonction paternelle s’affirme (1) : on évite le conflit en glissant de l’une à l’autre.
Faudrait-il imiter ceux qu’on nommait jadis les primitifs, qui avaient bâti des sociétés où l’enfant élevé au gynécée jusqu’à 5-7 ans passait ensuite à la compagnie des chasseurs-guerriers ? – Enfin, on l’aura compris, s’il s’agit du garçon. Quant à la fille, le changement s’opère quand on lui colle une calebasse sur la tête et qu’on l’envoie quérir l’eau à la fontaine.
------------------------
(1) Attention ! Être une maman, c’est bien entendu aussi autre chose que câliner un grand bébé. De même que le papa n’est pas uniquement celui qui lui donne l’exemple de la virilité des stades.

Friday, March 08, 2013

Citation du 9 mars 2013

Le cuculien, la langue de lait, (…) est une sécrétion du cœur, qui va de pair avec celle du sein.
Hervé Bazin – Le Matrimoine,
[Parlez-vous le cuculien ?
Non ? Vous ne savez pas ce que c’est ? Je vais vous aider.
« Définitioncuculien /ky.ky.ljɛ̃/ Nom commun – masculin singulier
- Néologisme forgé par Hervé Bazin en 1966, à partir de cucu et du suffixe -ien, en son livre Le Matrimoine.
- Langage employé pour parler aux très jeunes enfants en utilisant des onomatopées. »]
---------------------------------------------
Un commentaire, ça gâche parfois la lecture. C’est pourquoi, je veux aujourd’hui m’effacer devant l’auteur de cette citation en vous restituant la savoureuse page dont elle est extraite.
…Et puis, la Journée de la femme est passée. On peut se lâcher maintenant.

« Nul n’y peut rien: un petit hominien, par définition, ça parle.
Dans le cri, déjà, s'est entraînée la glotte. Peu à peu, de derrière la luette nait la voyelle fondamentale: l'A (Indiscutable: l'A est bien la première lettre de l'alphabet; le verbe avoir, déjà, bat le verbe être). Puis la mère, chatouillant le ventriloque, qui rit, qui bat des bras, lui soutire de vagues syllabes:
            "A-reu, a-reu..."
Mariette n'y a pas manqué. Ah ! Ces séances de gratte-gésier! Impatiente de s'entendre nommer, oubliant qu'il y a un temps pour tout, l'a-t-elle assez seriné, son marmot!
            "C'est sa maman, ça, c'est sa maman... "
Deux mois de plus et elle l'a eu enfin, son Mamm-mamm, plus tardivement suivi du Papp-papp qui m'est dû. A ce stade le lexique s'enrichit chaque jour. Mais hélas! Le cuculien, la langue de lait, fait des ravages. On connait l'idiome, dont certains mots (bébé, pipi, bonbon...) sont passés en français majeur. Elevé par une mère intraitable sur le chapitre (c'est un des détails qui permettent de classer les familles), je pensais pouvoir m'en défendre. Mariette est bachelière. Mais la langue du lait est une sécrétion du cœur, qui va de pair avec celle du sein. J'ai vainement protesté:
"Tu ne peux pas lui parler comme à tout le monde ?"
Mariette répond à chaque fois:
"Tu ne peux pas te mettre à sa portée ? "
Résultat: si Nicolas s'égratigne, Mariette dit en cuculien :
"L'a bobo à sa mimine, mon coco ?" Et moi: "Tu as mal à la main ?"
Aucun rapport entre les deux dialectes. Bien sûr, c'est moi qui ne suis pas compris. Je suis dix fois moins présent; et tous les Guimarch renchérissent. A l'usage des moins de cinq ans ils ne connaissent que bibi, caca, cucou, dada, didi, dodo, fanfan, joujou, lolo, meumeu, mimi, panpan, popo, quéquette, tata, tonton, toto, teufteuf, toutou, zentil, zoizeau...
J'enrage. Avant d'apprendre à parler mon fils apprend à bégayer, à zozoter. Ainsi le veulent ces archidouces, rêvant inconsciemment d'un royaume de Layette où l'enfant jamais ne parlerait la langue des hommes. »

Mes remarques demain… si vous voulez bien.


Thursday, March 07, 2013

Citation du 8 mars 2013


La femme est capable de tous les exercices de l'homme sauf de faire pipi debout contre un mur.
Colette
Si on demande quelles sont les performances qui distinguent l’homme et la femme, Colette est la femme qui est capable de répondre : « La femme est capable de tous les exercices de l'homme sauf de faire pipi debout contre un mur. »
Voilà qui est quand même spécial, et pour ma part je n’aurais pas songé à une telle réponse. Mais peut-être est-ce parce que je suis un homme. Un homme, n’est-ce pas, serait enclin à répondre à la question posée ici que la femme ne peut pas courir le 100 mètres en moins de 10’, ou qu’elle ne saurait faire la guerre, ni gouverner un Etat.
… Quoique… Voilà des différences qui, au fil de l'histoire, sautent les unes après les autres. Après tout Colette voulait peut-être simplement dire que la différence de performance entre hommes et femmes relève de la cour de récré, quand, aux pissotières, les petits garçons jouent à celui qui fait pipi le  plus loin. Et donc que la question est aussi bête que ça.
Bien – Autre chose maintenant. Cette différence est-elle vécue de façon particulière par les unes et les autres ?
Cette question m’est venue lorsque j’ai vu ces pictogrammes dans un Musée de Lausanne :


D’une certaine façon, le monsieur et la dame manifestent leur envie par des gestes identiques : les mains pressées contre le bas-ventre, comme pour retenir le flot qui risque de s’en échapper.
Toutefois, il apparait clairement que la dame a une envie plus pressante que l’homme : pliée en deux, dansant d’un pied sur l’autre, on devine que c’est très urgent.
Donc – pour le dire en termes scientifiques – chez les hommes, la  miction  n’aurait pas une telle impériosité.
Si vous dites cela, on devine bien que vous n’avez pas une prostate de 70 ans…
=================================================================
N.B. Bien entendu, ce Post n’a aucun rapport avec la journée de la femme que j’ai purement et simplement oubliée cette année (honte et contrition…)
Si j’avais du la mettre à l’honneur, j’aurais utilisé le célèbre Mambo dansé par Brigitte Bardot, en tout début de sa carrière, dans Et Dieu créa la femme.

Wednesday, March 06, 2013

Citation du 7 mars 2013


Sans l'appui de l'égoïsme, l'animal humain ne se serait jamais développé. L'égoïsme est la liane après laquelle les hommes se sont hissés hors des marais croupissants pour sortir de la jungle.
Blaise Cendrars – Hors la loi !

Pour sortir du pessimisme III
Je vous sens encore un peu chagrin ce matin… Malgré mes efforts, je n’ai pu vous insuffler ni l’optimisme ni l’énergie nécessaire pour partir à la conquête des surprises de cette nouvelle journée…
Et pourquoi ? Parce que l’avenir vous parait bouché, que la crise financière est devenue économique – que d’économique elle devient sociale ? Et vous déprimez, parce que le dernier degré est à présent franchi avec les bouffons sortis récemment des urnes italiennes : la crise sociale est maintenant politique, et là, on risque le pire.
C’est plus que jamais le moment de se rappeler avec Blaise Cendrars que le pire est souvent la condition du meilleur. C’est à l’égoïsme, vice fort peu sympathique, que nous devons d’être sortis des marais croupissants … de la jungle.
Comment cela ? Mais tout simplement, comme nous l’enseigne d’ailleurs le libéralisme social : le profit accumulé par les uns est source d’enrichissement pour les autres. Tel est le luxe, passion de l’inutile, assouvie égoïstement par ceux qui possèdent pouvoir et fortune, mais qui fournit aux artistes, artisans et producteurs de toute sortes l’occasion de développer leur industrie. En procédant par «par débordement sur l’inutile», le luxe invente le progrès matériel, l’égoïsme produit du progrès social.
Et alors, direz-vous, quels progrès attendre du délitement politique à l’œuvre en Grèce, maintenant en Italie et – peut-être – bientôt chez nous ? Si l’Italie de1926 a inventé le fascisme, par quel tour va-t-elle  nous surprendre aujourd’hui ?
Attendez ! N’allez quand même pas vous recoucher tout de suite ! Il y aura peut-être quelques générations sacrifiées, mais tout ça s’arrangera…
Comme dit la chanson, Dans la vie faut pas s’en faire…