Tuesday, July 25, 2017

Citation du 26 juillet 2017

Un jour que le baron de Münchhausen se promène à cheval, sa monture et lui chutent dans des sables mouvants. Aucun secours à l’horizon ! L’ingénieux baron s’en sort finalement seul, en… se tirant lui-même par les cheveux.
Les aventures du baron de Münchhausen (résumé)



Nous n’oublions pas que cette histoire a servi d’illustration au problème du trilemme justement baptisé « Trilemme de Münchhausen » (1). Mais qu’on nous permette aujourd’hui de rester au niveau le plus évident : Münchhausen nous explique comment trouver en nous-mêmes, les moyens de sortir de l’ensevelissement dans un marécage, qui constitue par exemple une image du marasme économique dans le quel notre pays se trouve englué.

- Qu’est-ce qui fait que nous ne croyons pas que cette histoire pourrait nous montrer comment  nous tirer d’affaire par nos propres ressources ? Manquons-nous de foi en nous-mêmes ? Car nous savons que Münchhausen lui, ne manquait pas de confiance en ses possibilités, si délirantes en soit l’évaluation ! Ou bien aurions nous médité sur le fameux trilemme (cf. note) et constaté que dans tout choix, les moyens sont à prendre en compte ? Oui, sans doute, mais c’est encore trop vague. Voyons le détail :
Pour se hisser hors des sables mouvants, Münchhausen a certes besoin de l’équivalent d’une corde pour sur la quelle tirer, et admettons que la longue natte puisse faire l’affaire ; mais il lui faut aussi un point fixe pour l’y attacher : car si ses bras tirent sur ses cheveux, ne l’oublions pas, ils sont également attachés à ses épaules : tout effort vers le haut est payé par un contre-effet qui va inexorablement pousser le reste de son corps vers le bas. On le voit : ce point fixe doit être extérieur à lui-même : supposons qu’il l’attache à la selle du cheval : le pauvre animal étant lui-même enlisé, ça en marchera pas !
Certains de mes lecteurs se grattent la tête : ou veut-on en venir avec cette histoire ?
Mais d’autres ont déjà compris : voyez donc ces partis souverainistes et protectionnistes qui veulent que le pays retrouve sont indépendance et sa prospérité en fermant ses frontières et en produisant ce qu’il va consommer lui-même : ne rien importer, et pour cela éventuellement ne rien exporter : rien ne sort et rien ne rentre, ni marchandises ni hommes.
--> N’est-on pas dans la même situation que le Baron qui veut se hisser en se débrouillant tout seul, sans demander à quelqu’un de l’aider, quelqu’un qui serait resté sur la terre ferme ?
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(1) En épistémologie, le trilemme de Münchhausen est un terme désignant l'impossibilité de prouver une vérité « certaine », même dans le domaine de la logique ou des mathématiques. Attribué au philosophe allemand Hans Albert, il s'énonce ainsi :
- Toute justification visant à établir une connaissance « certaine » doit également justifier les moyens qu'elle utilise, ce qui l'entraîne dans une régression à l'infini.
- On peut s'arrêter aux évidences établies par le sens commun, aux principes fondamentaux, parler ex cathedra ou tout autre stratégie dans le même sens, mais ce faisant on abandonne l'idée d'une justification « certaine ».

- La troisième corne du trilemme est l'application d'un argument circulaire.

Monday, July 24, 2017

Citation du 25 juillet 2017

Egoïste. Dénué de respect pour l'égoïsme des autres.
Ambrose Bierce – Le Dictionnaire du diable
L’égoïste, c’est celui qui ne pense pas à moi.
D’après Lucien Guitry
L’amour de soi, est défini comme ressort intime et universel des décisions humaines, ou bien il est dénoncé comme un péché qui fait obstacle au commandement de Jésus: « Aimez vous les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jean 13 :34)
Sommes-nous donc des hypocrites, tous tant que nous sommes, à reprocher aux autres ce qu’on s’autorise à soi-même ? Sommes-nous oublieux de ce que nous faisons aux autres pour ne voir que ce qu’ils nous font ? Ou bien, attentifs aux efforts que nous faisons pour dominer nos passions égoïstes, reprochons-nous à autrui de ne pas en faire autant ?
Bref, nous voici à tenter de justifier l’injustifiable sans vraiment le remettre en cause – comme si une petite voix se faisait entendre tout au fond de nous, qui nous dirait : « Oui, c’est bien vrai tu es comme ceux que tu condamne : commence par te voir tel que tu es ! »



« Ta g… Jimmy Cricket ! Arrête de toujours critiquer ! » Je ne supporte plus ces critiques qui masquent tout ce que l’humanité a de bienveillant et de généreux. Même le plus misanthrope des philosophes, je veux parler de Rousseau, le disait : l’une des passions la plus originaire et la plus universelle des hommes est la pitié, qui vient contrebalancer l’instinct de conservation qui s’incarne dans l’amour de soi.
Certes dit encore Rousseau, la réalité c’est que l’une de ces passions prise dans les effets de la socialisation de l’espèce, en vient à se développer et à écraser l’autre de son envergure nouvelle. Mais que la situation se modifie, par exemple en remettant en place les conditions primitives de la vie sauvage, et on verra la générosité et la pitié reprendre leur place.

Sinon, comment comprendrait-on que tous ces immigrés dans les rues de Calais soient finalement secourus par les habitants, même au prix de leur intérêt ou de leur sécurité, et qu’il faille tant de lois et de police pour veiller à ce que l’amour du prochain ne l’emporte pas sur la passion égoïste.

Sunday, July 23, 2017

Citation du 24 juillet 2017

Les moralistes sont toujours bouffons, et souvent comiques quand on regarde ce qu’ils sont eux-mêmes.
Paul Léautaud – Journal littéraire
Chacun, dans le temps qu’il avait été dans la galerie, avait rempli ses poches, et pouvait à peine marcher (...). La galerie obscure fut appelée le corridor de la Tentation.
Voltaire – Zadig chapitre 14

Quand on repense à l’épisode à  rebondissement des pseudo-attachés parlementaires révélés par les affaires Fillon et Bayrou – sans oublier les tripatouillages financiers de monsieur Ferrand  – se prend à penser que la lecture du Journal de Léautaud aurait été utile (1).
Tous ces hommes ont eu l’audace de se draper dans le drapeau de la vertu dont ils se sont fait le parangon. « Regardez-moi, imitiez moi – si vous le pouvez. En tout cas, vous le devez ! »
--> Et c’est là que tout bascule. Car si les défaillances morales sont courantes dans l’espèce humaine, s’il s’agit même d’y voir un trait distinctif de l’espèce, alors quoi de plus banal de constater que, lorsqu’on peut s’enrichir sans le mériter et sans risquer d’être pris, alors tout être humain y succombera un jour ou l’autre. Le corridor de la tentation imaginé par Voltaire dans Zadig (cf. Citation-de-ce-jour) en est une preuve plus que suffisante (2). Mais voilà que ces gens ont eu l’outrecuidance de nous interpeler et de nous interdire de faire ce qu’eux même ne s’interdisaient pas. Et c’est là que le bât blesse. Car ce n’est pas tant la malhonnêteté qui nous choque que l’abus d’autorité. Je veux dire que quiconque peut exercer l’autorité morale, mais à une seule condition : qu’il soit lui-même légitime, c’est à dire irréprochable dans le domaine qui est le sien. Le professeur qui note l’élève alors qu’il en sait moins que lui, ou le médecin qui prescrit un régime amincissant alors qu’il est obèse, ou qui écrit un livre pour apprendre à guérir le cancer en buvant des tisanes et qui en meurt 6 mois plus tard sont des exemples bien connus.
Si vous voulez être respecté, commencez par être respectable disait Somerset Maugham
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(1) Au moment où j’écris ces lignes, j’apprends que Jean-Luc Mélenchon est l’objet d’une enquête préliminaire pour le même fait.
(2) On se rappelle sans doute que dans ce corridor obscur était entreposé le trésor du roi dans le quel chacun des prétendant au rôle de Grand argentier fit ample provision replissant ses poches qui devinrent très lourdes quand il fallut, au sortir du corridor, danser avec grâce et légèreté devant le roi.
- On sait que l’affaire Cahusac révéla que cette fiction n’en était pas une.

Saturday, July 22, 2017

Citation du 23 juillet 2017

Ni histoire d’amour, ni héros, ni héroïne ; aucun message, aucune question – aucune réponse. Juste la terreur qui vient vous ronger au plus profond de votre être.


Affiche de La nuit des morts vivants – Film de George Romero

Je reviens sur cette histoire terrible que nous raconte le film de Georges Romero, La nuit des morts vivants.
Histoire en apparence inexistante : tout juste apprend-on que – sans qu’on sache pourquoi –  des morts reprennent vie un peu partout dans le pays, que la police intervient et que pour les tuer il faut les viser à la tête.
Là dessus tout se passe entre les quatre murs d’une maison sans héros, comme le dit l’affiche – mais surtout sans aucun message. Et c’est ça qui terrifie : tout cela est absurde parce que tout cela est normal.
Oh, certes c’est une stupeur qui saisit les personnages. Mais aucun ne cherche pourquoi les choses vont comme cela : un peu comme avec une guerre qui se déclencherait sans qu’on l’ait prévue, chacun cherche un abri et cela suffit. Mais voilà que l’on découvre que comme dans les histoires de vampire, les victimes se transforment en bourreaux. La jeune fille de la maison, refugiée à la cave blessée vient à mourir : elle remonte l’escalier pour attaquer les vivants qui pourtant l’avaient protégée.
C’est en là que la terreur nous terrasse : comme le dit l’affiche, c’est des profondeurs de notre être que surgit la peur. Car lorsque mon voisin devient mon ennemi sans que je sache pourquoi, lorsque mes enfants décident de me supprimer, ce sont mes proches les plus proches qui deviennent menaçant ; mais c’est en réalité de moi-même que j’ai peur.

Oui tout au fond de mon être, il n’y a que moi – mais pas n’importe quel  « moi ». On pourra demander à Freud comment il analyse ce « moi profond » : on verra que je n’ai pas de pire ennemi que celui qui est tapi au fond de moi, le plus redoutable parce qu’il me connaît mieux que je ne me connais moi-même !