Sunday, April 05, 2015

Citation du 6 avril 2015

Elle a cinq instruments dont je suis amoureux: / Les deux premiers, ses mains ; les deux autres, ses yeux; / Pour le plus beau de tous, le cinquième qui reste, / Il faut être fringant et leste.
Christian Huyghens – A propos de Ninon de Lenclos

Printemps II
Oui, nous avons déjà rencontré le printemps hier sous la forme d’un beau jeune homme doué d’une virilité débordante. La parité l’exige : nous devons à présent nous intéresser à la féminité printanière – ou plutôt à ses effets sur l’homme.
Huygens a beau être un mathématicien il n’en est pas moins homme (1). Les mains de la belle dame sont des instruments – entendez des moyens de séduction. Les laisser voir fait se pâmer l’amoureux. Idem pour les yeux – Ah ! Le regard de Ninon !...

Seulement voici que le dernier instrument ne se laisse pas nommer comme les autres. C’est qu’aussi il n’existe pas par lui-même mais seulement par l’effet qu’il produit sur les hommes – le quel effet n’est en réalité qu’une action qui nécessite d’être fringant et leste, comme quand on monte à l’assaut d'une position fortement défendue.
Vous  me suivez ? Je devine que vous me précédez.
Oui, alors que toute seule dans son lit, le soir, avant de fermer ses beaux yeux, son regard existe par lui-même, pour lui-même – il irradie doucement l’obscurité. Et ses belles mains blanches ?  Elles sont toujours aussi adorables quand elles étreignent la couverture.
Mais… son sexe… Ah, son sexe ! Seul au fond de son lit, pris dans l’ombre de son ventre, ce n’est que de la muqueuse humide, des babines pendantes sur des replis ombreux… Tandis que frôlé par le désir masculin, le voici qui, d’un coup, prenant un reflet nacré, rejetant fièrement son capuchon, appelle la virilité fringante et leste…
On a compris la leçon : sans femme, l’homme reste l’homme. Sans homme, la femme n’est plus elle-même. (Me tapez pas ! Aïe ! Pas sur la tête !)
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(1) Qu’on se rappelle l’étrange réputation faite aux mathématiciens par la courtisane fréquentée par Rousseau et déçue de sa frigidité : Zanetto, lascia le donne, e studia la matematica, lui dit-elle. Voir ici.

Saturday, April 04, 2015

Citation du 5 avril 2015

Mon corps est un jardin, ma volonté est son jardinier.
William Shakespeare
Printemps I

Voilà le printemps, la saison où la nature se réveille, où les jardins se remettent à pousser. Perséphone est sortie de l’Hadès...
Et nous ? Nous, les humains, le printemps ne nous fait rien ? Si bien sûr, il nous fait quelque chose. Inspirons-nous de Shakespeare : il nous donne la volonté de mettre notre corps au diapason du printemps. Et donc pour y parvenir, nous sommes invités à cultiver notre corps, comme on cultiverait un jardin. Comment faire ?
Attention, je vous prie : il ne s’agit nullement de dire : « Je sais que le printemps vient parce que mon organe grossit et se remplir de sève ». Déjà, ça ne concerne que les messieurs. Ensuite parce que ça ne met pas en cause ma volonté.
Oui mais : pourquoi mettre la volonté là dedans ? Le printemps, c’est mécanique. Nul oiseau ne se dit : Voilà le printemps, vite ! Je dois penser à tisser mon nid ! Car l’oiseau sent en lui cette capacité apparaitre en même temps que le soleil monte plus haut sur l’horizon.
Mais nous les humains nous n’avons pas cet instinct. Autrement dit, nous avons les besoins – ou les envie – printaniers, mais nous n’avons pas ipso facto les facultés. C’est là que la culture du corps doit intervenir : mettre notre corps au niveau des tâches qu’il doit accomplir. Planter des arbres, nettoyer le champ, dégager les rochers éboulés : ça demande un développement des muscles.

Bodybuilding
Nous voilà proche de la réponse à notre question : jardiner son corps, c’est pratiquer le bodybuilding pour arriver à réaliser, les travaux printaniers.
Hum… Dites-donc, on dirait que ce beau jeune homme a aussi quelque avantage qui a poussé sur lui grâce au printemps, ou je me trompe ? Quel est donc le Jardinier qui a laissé ça pousser ? Car comme nous le disions, la volonté n’est pas l’origine de cette belle tige.

En tout cas : Miam !

Friday, April 03, 2015

Citation du 4 avril 2015

Le camp Guérini venait d’obtenir trois sénateurs. On était la tête dans le sac et elle a voulu repartir immédiatement dans la bataille. Elle a été la plus couillue dès le départ !
UMP Bruno Gilles, sénateur – Cité dans Libération.
[Je suis] persuadé que si on avait fait l’autopsie des femmes ayant un talent original, comme Mme. Sand, Mme Viardot, etc., on trouverait chez elles des parties génitales se rapprochant de l’homme, des clitoris un peu parents de nos verges.
Edmond de Goncourt – Journal (8 décembre 1893)
Le sénateur Gilles commente ici l’élection de Martine Vassal à la tête du département des Bouches-du-Rhône (Sur l’ensemble de la France, 8 femmes et 90 hommes furent élus Présidents).
Supposons un instant que ce propos soit sérieux, autrement dit que les femmes qui dominent en politique soient plus viriles que les hommes eux mêmes. Pourquoi pas ? Edmond de Goncourt disait bien que Georges Sand devait avoir une verge à la place de clitoris (citation jointe). On devrait alors évaluer exactement l’avantage qu’il y a à être pourvu de « couilles ».
1 – Bien sûr, les testicules servent à fabriquer de la semence-à-faire-des-enfants. Néanmoins il serait décevant de penser que cet organe n’a pas d’autre avantage que celui-ci ; sinon, pourquoi admettrait-on que les femmes puissent en être pourvues ?
2 – Les couilles, quoique passives dans l’acte vénérien sont néanmoins source d’énergie et de courage : raison pour la quelle on peut être couillu sans être couillon (1). Madame Vassal est, selon notre sénateur, « couillue » parce qu’elle possède l’ardeur virile qui a manqué à ses concurrents.
3 – Mais il serait réducteur de croire que les messieurs adulent leurs couilles pour si peu de chose. Nous autres hommes, nous savons bien que notre virilité irrigue notre corps tout entier – que dis-je ? Pas seulement notre corps, notre Etre plutôt ! Et du coup, réciproquement, il doit arriver que notre essence soit concentrée dans nos génitoires.
Comme ça :


Ce que veut dire le Sénateur, c’est que ce qui fait l’essence de l’Homme, au sens générique du terme, résulte de la possession de cet organe, devenu androgyne par un miracle que la politique seule est capable de susciter.
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(1) Notez je vous prie que si les connes existent, les « couillons » ne se conçoivent pas au féminin.

Thursday, April 02, 2015

Citation du 3 avril 2015

Rien n'est, pour Moi, au-dessus de Moi!
Stirner – L’unique et sa propriété
Commentaire II
Nous avons vu hier comment Stirner argumentait sa valorisation de l’égoïsme.
Maintenant, venons-en aux objections.
La plus évidente se trouve en dehors de la morale au sens traditionnel.
On dira en effet : admettons que quelqu’un cherche à sauver sa peau, et que du coup, il vive, pense, aime pour lui seul. Mais comment peut-il être naïf au point de croire que c’est grâce à cet isolement qu’il trouvera la satisfaction de ses besoins et de ses désirs les plus élémentaires ? Pouvons-nous être aimé sans aimer et sans nous dévouer pour l’autre ? Et comment espérer sauver sa peau sans réciprocité ?
Famille, tribu, totem, clan, patrie : le groupe humain solidaire a toujours été la condition de l’existence de chacun. Ajoutons même que l’homme n’a jamais eu à choisir de « faire société » avec les autres hommes : il a toujours été dans la société, et il a toujours évolué comme être social. Etre-avec est son essence, et c’est plus naturel qu’être l’individu unique de Stirner. Et d’ailleurs s’il a pu concevoir ce splendide isolement, c’est parce qu’une femme l’a porté protégé et nourri durant son enfance, parce qu’un groupe humain l’a accueilli, éduqué et rendu autonome. L’égoïsme est un vice qui consiste à refuser de rendre ce qu’on a reçu.

Soit. Reste que le message de Stirner est toujours présent : admettons que nous ayons à rendre ce qu’on nous a donné. Mais jusqu’où cela va-t-il ? Peut-on affirmer comme Rousseau que le juge peut dire au condamné : « On a le droit de te mettre à mort parce que jusqu’à maintenant c’est grâce à nous que tu as vécu » ? Mais alors, comme l’esclave, chacun de nous est sous la dépendance de ceux qui l’ont nourri et élevé comme le porcher engraisse les cochons avant de les saigner.

Et Moi, qu’est-ce que j’en pense ? Avec Stirner je dirai que le seul altruisme qui vaille est celui qui permet à l’individu d’exister sans les autres. Comme les parents qui élèvent leur progéniture dans le but de la rendre capable de vivre sans eux.

Le reste, c’est du bonus : Altruiste, moi ? Si je le veux bien !

Wednesday, April 01, 2015

Citation du 2 avril 2015

Rien n'est, pour Moi, au-dessus de Moi!
Stirner – L’unique et sa propriété
Commentaire I

« Rien n'est… au-dessus de Moi ! » Il faut lire cette préface de l’Unique et sa propriété pour retrouver l’argumentation qui soutien cette affirmation : elle est lumineuse.
Stirner est bien un précurseur de l’anarchie, même lorsqu’il dit pour commencer que nous devons soutenir les causes qui sont au-dessus de nous. Seulement lorsque nous regardons ce qu’elles sont, on s’aperçoit qu’il s’agit à chaque fois d’une entité (Dieu, l’Humanité, la Patrie) qui nous donne l’exemple exactement contraire : Dieu n’existe que pour lui-même – puisqu’il est Tout. L’Humanité n’attend qu’une chose, c’est de perpétuer l’espèce, et tant pis pour l’individu. La Patrie… On savait déjà à l’époque qu’elle s’abreuvait du sang du peuple.
Stirner nous dit : considérons tous ces exemples et imitons-les : soyons à nous-mêmes notre propre Dieu ! Disons que nous sommes uniques, c’est à dire que nous ne devons nous rattacher à rien d’extérieur à nous, ni comme origine, ni comme fin.
On insistera en objectant à Stirner que l’altruisme est la voie morale par excellence. Que l’égoïsme est présenté exclusivement comme perversion. Que les causes qu’on nous prie de servir pour prouver que nous ne sommes pas égoïstes sont elles-mêmes porteuses de cet altruisme : aimons Dieu pardessus tout, parce qu’Il nous aime ! Et la Patrie, qui est notre mère, nous aime comme ses enfants…Mais non. Si Dieu nous aime, c’est seulement parce qu’Il est Amour, parce qu’il est dans Sa nature d’être amour. Quant à la Patrie, nous l’avons dit, elle nous prouve son amour en acceptant le sacrifice de notre vie.
Autrement dit, si Dieu existe, c’est Lui-même qu’Il aime – et, puisqu’il est tout, il nous aime aussi pardessus le marché ! Notre Patrie, notre Peuple, ce sont leur propre survie qu’ils recherchent : le maitre mot de cette « morale » est : égoïsme. L’être égoïste,  c’est l’être qui constitue un individu unique, comme Dieu, la Patrie etc. et qui ne se réfère à personne d’autre qu’à lui-même.
Pour Stirner, si je dis que rien n’est au-dessus de moi, c’est parce que rien n’existe au-dessus de moi.

La suite à  demain, si vous le voulez bien.