Monday, October 05, 2015

Citation du 6 octobre 2015

Les mots de passe sont comme les sous-vêtements. On ne devrait pas les laisser trainer là où des personnes pourraient les voir. On devrait en changer régulièrement. On ne devrait pas les prêter à des inconnus.
Les conseils de Papy Geek
L’Humanité se divise en deux parties : l’une qui apprend par cette citation ce qu’on doit faire avec les mots de passe qu’on invente pour son ordinateur ; l’autre qui apprend ce qu’on doit faire avec ses sous-vêtements. Il n’est pas sûr que l’exemple soit éclairant pour les Geeks qui sont des jeunes gens dont on ne doit pas approcher de trop près si on a l’odorat fragile – mais il est vrai également que ce n’est pas à ces jeunes gens qu’il faut expliquer à quoi servent les mots de passe et comment ils marchent.
Faisons donc comme si nous étions des « Papys-non-Geeks », et rappelons que ces « passwords » (il faudra habituer les ancêtres à ce langage) ont pour but d’empêcher n’importe qui de venir dans votre ordinateur personnel, de piller les numéros/codes sans les quels nous ne serions plus rien aujourd’hui. Car – oui ! Nous dépendons d’une série de numéros, et pas seulement de numéros de sécu, mais aussi des codes C.B., des clés wep, ou du mot-de-passe de votre boite-mail… Et quand des gens mal intentionnés connaissent ces  numéros qui devraient rester hautement confidentiels, c’est fou ce qu’alors ils peuvent faire à votre place – et à votre détriment.
o-o-o
Il faudrait aussi attirer l’attention des Papys-no-Geeks sur la nécessité d’inventer des passwords difficiles à « craquer » : certains d’entre eux pour soulager leur mémoire n’hésitent pas à utiliser leur année de naissance, ou – pire encore – « 1-2-3-4 » ou « azerty » ! (1)
… Maintenant, revenant à notre citation, je me demande comment compléter la métaphore des petites culottes pour exprimer cette nécessité d’originalité. Peut être faudrait il dire : « On ne devrait pas acheter ses sous-vêtements chez Tati. »
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(1) Pour trouver un échantillon de ces « pires passwords » voir ici.

Sunday, October 04, 2015

Citation du 5 octobre 2015

La politique fait d’étranges compagnons de lit.
Ace Goodman
La brutalité de la métaphore est parfois indispensable pour faire comprendre certaines choses.
Ainsi de cette citation aux relents grivois qui dit très crûment que, pour faire de la politique, il ne faut pas être trop regardant avec les alliés qui nous accompagnent dans notre combat. Bien sûr l’important est d’y aller avec succès tout en s’assurant que ces alliances ne dénaturent pas l’engagement politique – mais ce second paramètre est parfois oublié.
--> On le voit en ce moment avec les Ecologiste qui scissionnent à qui mieux mieux en vue de nouvelles alliances pour affronter les élections régionales : chacun accuse l’autre de calcul politique, mais qu’importe ? Tout le problème est de savoir avec qui on va coucher.

On s’amuse parfois des réconciliations qui font que les ennemis d’hier deviennent des alliés qui se congratulent sur les tréteaux : « Embrassons-nous Folleville ! » (1)
Seulement ici, on fait plus que s’embrasser : on couche. Ce qui signifie qu’on ne recule devant aucune compromission, comme ces cocottes qui sont prêtes à brader leur vertu en échange d’un peu de fortune – ou de pouvoir.

Coucherie ? Quel vilain mot ! Il peut y avoir des relations amoureuses très sincères, comme celle qui a uni pour un certain temps Jean-Vincent Placé Cécile Duflot (au sein de EE-LV).


Oui, c’est un très vilain mot. Mais ne l’oublions pas : qui dit relations amoureuses, dit aussi rupture et puis nouvelle idylle : nous retrouvons J-V Placé, notre sénateur écolo, entrain de courtiser ManuelValls. Le mariage pour tous, c’est aussi pour les politiques.

 
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(1) Embrassons-nous, Folleville ! est une comédie-vaudeville d'Eugène Labiche (1850) Voir ici


« Embrassons-nous, Folleville ! » est devenu par extension une expression ironique désignant des démonstrations d'amitié ou de joie qui permettent d'oublier ou qui occultent les problèmes. (Art. Wiki)

Saturday, October 03, 2015

Citation du 4 octobre 2015

Ma foi Colette est un morceau de roi. / Si tu savais ce que vaut cette fille ! / J'en ai bien vu; mais de telle, entre nous, / Il n'en est point. C'est bien le cuir plus doux, / Le corps mieux fait, la taille plus gentille; / Et des tétons ! je ne te dis pas tout. / Quoi qu'il en soit, avant que être au bout / Gaillardement six postes se sont faites; / Six de bon compte, et ce ne sont sornettes.
Jean de La Fontaine – Les Contes : Le Berceau

Philibert-Joseph Le Roux – Dictionnaire comique satyrique critique (1750)

- Commençons en louant Internet de nous permettre d’apprécier des classiques comme ces contes de La Fontaine sans avoir à courir les bibliothèques et les vieux grimoires pour goûter la saveur de ces expressions désuètes et pourtant si vigoureuses : « Gaillardement six postes se sont faites ». Que veut dire notre conteur-fabuliste ? Qu’est-ce donc qu’une « poste » ? Et voici qu’apparaît, grâce en soit rendue à Google, ce dictionnaire de Philibert-Joseph Le Roux : « En terme de débauché, Faire une poste c’est f… un coup ».

- Ensuite, apprécions le sens de la peinture de la beauté féminine présent dans ce bref passage :
            1 – ça commence par le cuir : on ne saurait en effet apprécier le corps d’une femme sans faire référence à sa peau, donc aux caresses qui permettent de l’apprécier.
            2 – Ensuite le corps et la taille : on comprend que c’est la silhouette, marquée par le pincement de la taille : là encore, l’amant qui enlace est à la manœuvre.
            3 – Enfin, on met un terme aux généralités, et avec les tétons commence la revue de détail. Notez là encore quelle place est laissée à l’imagination : le talent de La Fontaine est tel que ces tétons, il saurait bien nous les faire contempler s’il le voulait. Mais voilà : plutôt que de fixer notre imagination, il lui laisse libre cours.
            4 – D’autant que précisément cette revue de détail finit à peine commencée par des sortes de points de suspension. De toute façon pour qu’un « débauché f… gaillardement six postes » à une demoiselle dans la même nuit il faut qu’elle en vaille … le coup !

Friday, October 02, 2015

Citation du 3 octobre 2015

La politique ne réussit que par la duplicité.
Ahmadou Kourouma – En attendant le vote des bêtes sauvages
DUPLICITÉ, subst. fém.
Caractère de l'être qui adopte un comportement différent de ses pensées profondes en vue de tromper par dissimulation. 
TLF

On compare souvent la politique à un jeu d’échec, et c’est quand même plus flatteur que de faire du politicien un joueur de poker (qu’on pense à la négociation entre Alexis Tsipras et les créanciers de la Grèce en mai-juin dernier). Mais il reste à dire qu’aux échecs les meilleurs moments de la partie apparaissent quand sur un coup, on parvient à menacer deux pièces adverses. Car on ne peut sauver les deux en même temps. Bien joué !
La duplicité c’est cela, et c’est quelque chose de plus qui implique en même temps la morale : c’est une dissimulation et une tromperie. On est proche de Machiavel qui conseille au Prince de s’engager, mais de ne pas tenir sa parole si cela l’avantage. La duplicité est une trahison, considérée comme une condition de la réussite politique. Et il est vrai que si le mensonge est le pain quotidien du politicien (avec un summum en période électorale), la trahison bien que moins fréquente jalonne quand même un parcours politique réussi. On me reprochera peut-être l’usage de ce vilain mot : oui, le poison et le poignard qui étaient peut-être des accessoires politiques courants dans l’Italie de la Renaissance, ont été remisés ; mais on a conservé la félonie qui consiste à trahir ses amis pour de nouveaux alliés
- C’est ainsi que Mario Renzi est  devenu chef du gouvernement italien en supplantant Enrico Letta, pourtant membre de son parti, le Parti Démocrate.
- Plus près de nous, quand Georges Pompidou a déclaré dans la presse qu’il était prêt à remplacer le général de Gaulle, il a bel et bien précipité l’échec de celui-ci au référendum de 1969. La trahison peut échouer (Chirac contribuant à l’échec ce Giscard en 1981, sans pouvoir être élu) ; elle ne peut être remplacée.
Mais ne condamnons pas la duplicité : elle laisse ouverte la possibilité de remplir son devoir politique. Si la duplicité est en effet une caractéristique essentielle de l’action politique, c’est que celle-ci doit toujours avoir deux significations : l’une qui vise le bien public ; l’autre qui permet à son auteur de conforter son pouvoir.
La preuve ? On s’étonne que les électeurs reconduisent au pouvoir des maires qui ont été condamnés par les tribunaux pour diverses malversations, mais qui ont réussi des réalisations magnifiques dans leurs villes (1). Mais c’est que simplement nous autres, les citoyens, nous pensons que ceux qui nous gouvernent recherchent toujours leur intérêt personnel. Mais si pour cela ils doivent faire le bien public, alors on dit Banco !
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(1) Jacques Médecin à Nice ; Alain Carrignon à Grenoble. J'ajouterai dans un autre registre Georges Frêches à Montpellier.

Thursday, October 01, 2015

Citation du 2 octobre 2015

Le spectacle n'est pas un ensemble d'images, mais un rapport social entre des personnes, médiatisé par des images.
Guy Debord – La société du spectacle
La société du spectacle 
Ce Post m’a été inspiré par l’usage abusif de l’expression « société du spectacle » qu’on utilise sans se soucier du sens que lui a donné Guy Debord. (1)
Exemple : quand on critique le déferlement de l’image du petit Aylan, mort noyé, et son rôle dans l’émotion planétaire, on parle systématiquement de la société du spectacle, qui scénarise et met en image des faits politiques ou sociaux pour en tirer un parti quelconque (en dernière analyse : de l’argent ou du pouvoir).
Cette interprétation n’est certes pas un contre-sens, mais c’est au moins un faux-sens, dans la mesure où la pensée de Debord se trouve tronquée et affaiblie.
Qu’on lise ceci : « Selon Debord, le spectacle est le stade achevé du capitalisme, il est un pendant concret de l'organisation de la marchandise. Le spectacle est une idéologie économique, en ce sens que la société contemporaine légitime l’universalité d’une vision unique de la vie, en l’imposant aux sens et à la conscience de tous, via une sphère de manifestations audio-visuelles, bureaucratiques, politiques et économiques, toutes solidaires les unes des autres. Ceci, afin de maintenir la reproduction du pouvoir et de l’aliénation : la perte du vivant de la vie. » (Lire ici). On comprend que Guy Debord critique la société de consommation qui procède par l’aliénation des personnes humaines transformées en individus définis de façon artificielles par des procédés multiples dont la mise en scène et en image n’est qu’un moyen parmi d’autres – bien que solidaires d’eux. Le spectacle en question est bien constitué entre autres par la publicité, les magazines et les vidéos charriées par les réseaux sociaux. Mais on dénaturerait ces vecteurs si on les considérait indépendamment des procédés d’aliénation tels que l’organisation du travail, de la consommation, des loisirs etc.
Ce que Debord ne connaissait pas à son époque (années 60), c’est l’accélération du processus de mise en scène et en image ; c’est aussi la substitution de plus en plus cyniquement évidente de la fiction à la réalité (par exemple : émission de téléréalité) ; mais tout ceci est parfaitement conforme à la théorie.
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(1) Guy Debord – La société du spectacle – Folio (1967)