Sunday, November 07, 2010

Citation du 8 novembre 2010

Ils ont des yeux et ne voient point, Ils ont des oreilles et n'entendent point.

Ancien testament – Jérémie 5-21

- Ici, c’est l’Eternel qui s’adresse à son peuple qu’il juge infidèle à sa volonté. Alors que la miraculeuse évidence son l’existence et de sa présence est partout, le peuple de Dieu se détourne de lui : il viole toutes les lois des Tables de la loi.

Ce peuple est le peuple d’Israël.

La prophétie de Jérémie peut se lire, sous d’autres formes, en de nombreux endroits de la Bible, à commencer par l’Exode et le Deutéronome. Mais alors que dans l’Exode, c’est en l’absence de signes que le peuple se détourne de Dieu, dans le livre de Jérémie, c’est en présence de ces signes qu’il le fait.

- Aujourd’hui, où sont les signes de la présence divine ?

Depuis Max Weber il est d’usage de peindre notre monde comme un monde désenchanté (Entzauberung der Welt) : alors qu’autrefois Dieu était partout et donnait du sens à tout ce qui arrivait aux humains, le monde industriel et capitaliste a fait s’évanouir ces signes du divin, ne laissant subsister que la stricte immanence du matérialisme.

Oui, mais pourquoi ? Et si Jérémie avait vu juste ? Le désenchantement ne serait alors qu’une conséquence de la nature pècheresse de l’homme, puisque même plongé dans un monde habité par le divin il s’en détourne, que ses yeux ne voient point l’enchantement, que ses oreilles n’entendent pas les paroles qui lui viennent d’en haut.

Serions-nous ce peuple ?

- Peut-être, mais on voudrait encore savoir si le peuple dont parle Jérémie est devenu sourd et aveugle, ou bien s’il est en train de voir et d’entendre autre chose ?

Le désenchantement du monde est-il comme on l’a dit « la vacance du sens », ou bien ne fait-il que découvrir un sens nouveau, par exemple une immanence des valeurs ?

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[N.B. Y a-t-il des valeurs immanentes ? J’avais pris position dans ce débat en commentant le discours du Chanoine de Latran – Voir ici]

Saturday, November 06, 2010

Citation du 7 novembre 2010


Lire c'est toujours interpréter.
Henry Miller – Lire aux cabinets
Commentaire II
Après avoir dit que la lecture est prise dans un cercle entre l’apport subjectif et le retour à l’intention signifiante de l’auteur, venons-en au prétentieux adverbe qui orne notre citation : Lire, c’est toujours interpréter.
Car, si interpréter c’est toujours mettre en jeu, dès le début, nos intérêts et nos choix, comment prétendre de n’importe quel texte qu’il puisse donner lieu à interprétation ? N’y a-t-il donc pas des cas où il faudrait lire sans interpréter, des textes qu’il ne faut surtout pas interpréter – jamais !
Bien sûr tout le monde aura ses propres exemples : du mode d’emploi du téléphone au règlement intérieur de l’entreprise, voilà des documents où tout est censé être dit : interdiction de lire entre les lignes et encore plus entre les mots.
Et si vous devez relire plusieurs fois le même texte – par exemple votre contrat d’embauche, ou le bail de votre appartement – c’est précisément pour que chaque lecture neutralise les interprétations qui se seraient involontairement glissée dans une lecture précédente.
Si donc on ne peut pas dire que « lire c’est toujours interpréter », c’est parce qu’il existe une catégorie de textes dont le sens se réfère à un contexte tout à fait artificiel, défini par des conventions strictement définies – comme le sont les énoncés mathématiques que je rajoute à ma liste d’énoncés ininterprétables.
Encouragé par une telle découverte, je me demande à présent s’il n’y aurait pas d’autres textes qu’on ne pourrait interpréter sans en fausser le sens ? Que dis-je fausser ! C’est « sans détruire leur sens » qu’il faudrait dire !
Bien sûr, ces textes existent et ce sont les poèmes. Pas de poésie sans cette frange de sens qui s’épanouit dans un contact direct avec notre sensibilité, avec notre âme, appelez ça comme vous voudrez. Toute interprétation explicite est comme une réduction et une mutilation de sens du poème.
Vous voulez essayer pour voir ? Prenez ce quatrain de Rimbaud : lisez-le, sentez-le.
L'étoile a pleuré rose ...
L'étoile a pleuré rose au cœur de tes oreilles, / L'infini roulé blanc de ta nuque à tes reins ; / La mer a perlé rousse à tes mammes vermeilles / Et l'Homme saigné noir à ton flanc souverain.
… Et puis maintenant, interprétez-le et voyez ce qu’il en reste. (1)
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(1) Pour les paresseux, qui se refusent à faire le travail par eux-mêmes, voyez le commentaire en ligne ici.

Friday, November 05, 2010

Citation du 6 novembre 2010

Lire c'est toujours interpréter.
Henry Miller – Lire aux cabinets
Commentaire I
Lire c'est toujours interpréter.
Qu’est-ce donc qu’interpréter ? Si on consulte un dictionnaire, on voit qu’il s’agit d’un verbe qui peut avoir plusieurs signification – dont l’une justement, indique qu’interpréter c’est donner du sens à quelque signe, et donc aussi à un texte. Quand on lit on donne du sens à un texte… Monsieur de La Palice aurait su dire ça.
On pourrait aussi en dire autant d’une interprétation musicale, en ajoutant que, pour que l’œuvre existe, il est nécessaire d’y insuffler la vie et la sensibilité d’un artiste exécutant.
On arrive alors au problème soulevé par l’interprétation : il est souligné par la formule artiste exécutant. La subjectivité de l’interprète est à la fois nécessaire pour qu’existe l’œuvre musicale, et en même temps elle doit s’effacer devant la volonté de l’auteur, ne pas prétendre se substituer à lui, délivrer quelque chose qui, sans aller jusqu’à refaire ce que l’auteur a fait (1), lui donne sens et consistance.
C’est quand on se tourne vers les œuvres du passé que le problème se pose réellement : faut-il accepter de moderniser une œuvre pour que son contact soit plus facile – voire même pour délivrer un sens dont on l’estimait grosse et que l’auteur lui-même n’aurait pas pu – pas su ? – délivrer ?
Ça peut consister à jouer Bach sur un Steinway, ou à donner des équivalents pour les jeux de mots d’Aristophane (traduire Lysistrata par Démobilisette par exemple – et certains metteurs en scène de théâtre sont des spécialistes de ces transformations).
Revenons au livre. Le lecteur est dans la position de l’interprète musical, il prête sa vie, son intelligence à l’auteur, il vibre d’amour avec ses héros, ou bien il construit patiemment un système de concepts avec Socrate. Le texte, c’est du papier, et rien de plus. La vie du texte, sa vérité, ne commence qu’avec le lecteur et la lecture ne commence qu’avec sa participation. Mais l’interprétation d’un texte, comme celle du musicien, doit s’effacer devant la volonté de l’auteur, et par un effet de cercle, revenir sur celle-ci et faire coïncider la compréhension avec l’intention du texte.
Interpréter un texte, c’est nécessaire…pour le comprendre.
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(1) L’enregistrement phonographique nous a permis de vérifier que les enregistrements des compositeurs (on a l’enregistrement de presque tout Stravinsky dirigé par Stravinsky) n’épuisent pas les possibilités interprétatives.

Thursday, November 04, 2010

Citation du 5 novembre 2010


Ai-je dit quelque sottise, qu'ils m'applaudissent ?
Plutarque – Vie de Phocion, chap. XII (1)
Ce qu’il y a d’édifiant avec Plutarque, c’est que les situations qu’il nous décrit n’ont pas changé depuis son époque, mais que leur signification est carrément inversée. Car voilà qu’on aime tellement les applaudissements qu’on est prêt à dire n’importe quoi (même des sottises) pour être applaudi.
La preuve ? En lisant notre citation du jour, ne voyez-vous pas mentalement tel ou tel de nos hommes politiques se rengorgeant avec complaisance pendant que l’assemblée (ou simplement le panel de spectateurs réunis sur le plateau TV) l’applaudissent à tout rompre ?
Vous croyez peut-être encore que la phrase de Phocion ne vaut que pour sa lointaine époque ?
Que nenni ! Et voici ce qui me fait penser cela :
- On vient d’enterrer Georges Frêche, dirigeant la province du Languedoc. Cet homme a été célèbre de son vivant pour ce qu’on nomme un peu partout des « dérapages verbaux » tels que ses propos nauséabonds sur les stalags ou la « sous-humanité » des harkis algériens. Et on dit à présent de lui qu’il était un vrai socialiste, un humaniste et un universitaire respecté : donc on ne comprend pas qu’il ait pu laisser ainsi filer de tels propos.
Hé bien, c’est pourtant simple. Cet homme, fin lettré, avait sûrement lu et médité Plutarque. Et il s’était dit : appliquons la proposition de Phocion. Pour être applaudi il suffit de dire des sottises. Et voilà…. (2)
Beaucoup d’hommes politiques pratiquent cette recette et je ne leur ferai pas l’honneur de les citer (3) ; mais on voit bien qu’ils soignent souvent leur déficit de notoriété de cette façon. Comme s’il était peu important d’être connu pour des propos déshonorant – l’essentiel c’est d’être connu.
Une remarque pour finir : certains diront peut-être que Georges Frêche a été de son vivant plus souvent conspué qu’applaudi pour ses « sottises ». Mais voyez-vous, cela ne fait que confirmer notre propos : être conspué, c’est aussi une forme de notoriété ; on dirait aujourd’hui que ça sert à faire du Buzz…
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(1) Voici le contexte, tel que rapporté sur le site « Les mots qui restent » [Dont je ne saurais trop conseiller la consultation aux amateurs (que nous sommes tous ici) de mots d’esprit et de citations proverbiales ainsi qu’aux curieux de leur explication.]
- Plutarque attribue ce trait à Phocion, général athénien (400 ? — 317 av. J.-C), et voici en quels termes il le rapporte (trad. Amyot) :« Une autre fois il lui advint de dire une opinion devant l'assemblée du peuple, laquelle fut universellement approuvée et receuë de tout le monde, et voyant que toute l'assistance se trouvoit ainsi tost de son advis, il retourna devers ses amis, en leur demandant : « Hélas ! mes amis, ne m'est-il point eschappé de dire quelque mauvaise chose en n'y pensant pas. »
(2) Il voulait dire qu'il s'adressait à des sots, et donc que pour leur plaire, il convenait de dire des sottise. "J'ai toujours été élu par une majorité de cons" : retrouvez cette déclaration dans son interview ici.
(3) Je ferai une exception pour Eric Raoult.

Wednesday, November 03, 2010

Citation du 4 novembre 2010

A demain les affaires sérieuses !

Plutarque – Vie de Pélopidas (ici, mot d'Archias, gouverneur de Thèbes en Béotie IVe siècle avant J.-C.) – (1).

A demain les affaires !

Montaigne – Essais, livre II, chapitre 4

Archias souffrait-il de « procrastination » ? Je laisse aux spécialiste le soin d’en discuter, car cette citation nous intéresse non par son contenu pris dans l’absolu, mais plutôt tel qu’il nous apparaît dans le contexte de l’anecdote rapportée par Plutarque (voir note ci-dessous) : Archias refuse de lire un message qui lui parvient en plein festin. Selon lui, il y a un temps pour les choses sérieuses, et un temps pour faire la fête – et c’est comme ça qu’il perd la vie…

La leçon est claire : amusez-vous tant que vous voudrez, mais gardez toujours à l’esprit que votre sécurité n’admet aucun sursis. Ne cloisonnez pas votre vie, comme si le temps du plaisir était totalement distinct du temps des soucis. D’ailleurs, c’est ce que nous le montrent les héros de Sade qui ne peuvent prendre leur jouissance que dans des lieux parfaitement sécurisés : le plaisir ne peut être complet que dans l’insouciance résultant de la certitude d’être à l’abri.

Bien sûr cette leçon de sagesse n’intéressera que ceux qui estiment que leur vie peut être menacée à tout moment. Vous qui n’êtes pas un tyran antique, je suis sûr que lorsque vous vous éclatez avec vos amis – ou vos petites amies – rien ne saurait vous inquiéter : A demain les affaires !

… Attendez un peu : vous venez de dire « ma sécurité ne me préoccupe pas au moment où je m’éclate avec des petites amies » ? Et le sida, vous y avez pensé ? Le danger, il ne vous sera pas annoncé par un courrier spécial. Il viendra par des voies on ne peut plus naturelle…

Pas besoin d’attendre un messager.

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(1) Voici comment on le trouve rapporté dans Plutarque :

« Au milieu d'un festin, un envoyé d'un autre Archias, grand pontife d'Athènes, lui apporta un message le prévenant qu'un complot était ourdi contre lui. Au lieu d'en prendre aussitôt connaissance, comme le messager l'en priait instamment, « Archias se riant luy respondit : « A demain les affaires » : et, prenant la lettre la meit dessoubz son chevet, puis retourna à continuer le propos qu'il avoit commencé avec Philidas : mais depuis, ceste parole est demourée en usage entre les Grecs, comme un proverbe commun : « A demain les affaires. » (Tά σπουбαϊα, plus exactement : les choses sérieuses.)

(Vie de Pélopidas, fin du chap. X. — Trad. Amyot, chap. XX.)

- Dans la nuit même, Archias était mis à mort par les conjurés thébains qui, sous la conduite de Pélopidas, délivrèrent ainsi leur cité du joug des Lacédémoniens (379 avant J.-C).

Texte disponible (avec bien d’autres) ici

Tuesday, November 02, 2010

Citation du 3 novembre 2010

Les hommes faibles sont les chiens des hommes fermes.
Diderot – Jacques le Fataliste et son maître



L’idée est un peu facile : les hommes « faibles » sont les chiens soumis aux hommes « fermes », ils sont leur souffre-douleur, et éventuellement ils leur servent docilement de garde du corps.
Des chiens de garde… Idée facile, mais paradoxale quand même : mais quand on voit à quoi ressemble un tel animal, on se dit qu’il faudrait réviser notre conception de la faiblesse : car les crocs de ce molosse sont tout sauf un symbole de faiblesse.
On peut alors faire deux observations :
- D’abord, la force physique est non une grandeur, mais un rapport. C’est ainsi que Rousseau, dans un texte maintes fois cité (ici même), disait que la force et la faiblesse physique n’étaient pas des propriétés des êtres, mais l’effet de leur situation concrète. Le pistolet du brigand est sa véritable force : que l’arme change de main et le fort devient le faible.
- Ensuite, que ces caractéristiques concernent aussi les personnalités. Diderot nous signale que la force et la faiblesse affectent non pas seulement le physique, mais aussi le caractère : dans sa citation, il oppose la faiblesse non à la force, mais à la fermeté – qui n’est pas une caractéristique du corps, mais la personnalité : un grand malabar irrésolu qui pleure en appelant sa maman est un faible.
Mais ne passons pas sous silence une troisième caractéristique de la faiblesse, qui est sans doute aussi importante et plutôt raccord avec notre citation : les faibles – ou du moins ceux qui se reconnaissent tels – recherchent la protection d’un homme fort. Et par protection, il ne faut pas simplement entendre une force sous laquelle ils puissent trouver refuge. Les faibles sont ceux qui attendent des forts les prises de décisions qu’eux-mêmes hésitent à prendre : c’est ainsi qu’Aristote justifiait l’esclavage. Il est avantageux d’être esclave, disait-il, quand on n’est pas capable de prendre par soi-même les bonnes décisions.
Peut-on généraliser, et voir là un indice indiscutable de faiblesse ?
Pourquoi pas ? Mais voilà : notre époque est celle des spécialistes qu’on convoque pour tout :
- Au secours dites-moi ce que je dois faire pour le petit qui fait pipi au lit, pour mon mari addict au foot, pour ma belle-mère jalouse, pour l’épargne dont nous ne sait que faire….

Monday, November 01, 2010

Citation du 2 novembre 2010

La distinction entre le vrai et le faux s'applique aux idées, non aux sentiments. Un sentiment peut être superficiel, il ne sera jamais menteur.
Arthur Koestler
Voilà : qu’est-ce que l’on peut dire de plus ? Que le mensonge est affaire de parole et non de réalité ? Qu’un sentiment est justement une réalité, plus ou moins consistante, plus ou moins durable, mais une réalité quand même ? Que – par exemple – aimer est une chose, dire qu’on aime en est une autre ?
Oui, sans doute, nous voilà bien avancés : inutile de s’embarrasser à redire ce que tout le monde sait déjà.
Quoique…Imaginons : me voilà à sonner à la porter d’une belle dont je convoite les faveurs. Je viens avec un bouquet de roses – rouges, bien sûr. Elle m’ouvre sa porte, touchée par ma sollicitude, elle m’ouvre aussi les bras, persuadée de la profondeur de mes sentiments. Lui ai-je menti ? Non, puisque je n’ai rien dit. Par contre je l’ai mise en situation de se tromper elle-même sur le sens de mon comportement : ces fleurs lui donnent à sentir le parfum de mon amour… Mais bien sûr, dès qu’elle aura cédé à mes avances, je vais courir ailleurs pour en séduire une autre.
On va dire qu’il s’agit là d’arguties sans valeur : qu’importe qu’il s’agisse de paroles ou d’actes, la tromperie reste entière : quand bien même, au lieu de lui offrir un bouquet, je lui aurai déclaré ma flamme, avec des mots – voire même avec des poèmes – qu’est-ce que ça aurait changé ?
Ce qui change, c’est que d’un côté nous avons une déclaration qui renvoie à une réalité qui peut très bien ne pas exister : ce sont comme disent les linguistes de signes arbitraires ; alors qu’un sentiment, s’il se manifeste, et pas seulement avec des fleurs, c’est qu’il existe, quoiqu’on en dise, quoiqu’on le taise. Les signes qui l’extériorisent sont des signes naturels qui adhèrent à la chose.
Reste que mon sentiment, pour autrui ce n’est jamais qu’une manifestation telle que la rougeur de mon front ou mon bafouillage lorsque je déclare mon amour. Entre la manifestation d’un sentiment et sa réalité, il y a bien un lien organique, mais ce lien peut être faible, et sa signification peut être ambiguë. Ainsi, je peux rougir et bafouiller en offrant mes fleurs : ça veut dire que je suis ému – mais pourquoi le suis-je ? Parce que j’aime ? Parce que je crains que ma duperie soit démasquée ?