Sunday, February 05, 2012

Citation du 6 février 2012

C'est pour la plupart des hommes un exemple décourageant que la sérénité d'un cochon.

Anatole France

Après les moutons d’hier, voici les cochons.

De quoi le cochon est-il le nom ? (1)

De la paillardise ? De l’animalité ? Du bonheur béat des épicuriens ? De la sérénité ?

Oui, c’est ça : la sérénité. Mais qui de nous aurait y pensé, si justement Anatole France ne nous l’avait pas suggéré ?

Moi, je trouve que ce n’est pas une mauvaise idée. Parce que justement, le cochon est l’animal qui parait n’être jamais inquiet de son avenir, non pas par inconscience animale, mais justement parce qu’il est plutôt content de lui-même.

A-t-on jamais vu un cochon angoissé ? Ou qui douterait de l’excellence de sa vie ? Personne, et les images qu’on en trouve dans le presse (ici Télérama) nous le confirment. C’est d’ailleurs ce qu’on lui reproche et ce qui en fait un parfait symbole du vice : le cochon est malpropre, paillard, goinfre, et en plus il est content de lui-même. C’est sans doute pour cela qu’Anatole France le juge décourageant.

Faut-il alors considérer que l’angoisse métaphysique – ou simplement le stress contemporain – est la condition pour échapper à la cochonceté ? (2)

Oui, et l’Eglise le sait bien qui a cultivé au cours des siècles la mauvaise conscience, les remords, l’angoisse de la faute.

- Vous voulez cesser d’être un animal repoussant ? Battez votre coulpe ! Enfilez la tunique de cilice ! Si vous ne savez pas pourquoi, Dieu, Lui, le sait !

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(1) Pour paraphraser le titre de l’excellent ouvrage d’Alain Badiou publié il y a 5 ans déjà et qui n’a pas pris une ride – sauf à dire qu’il faudra peut-être le réécrire dans 3 mois et le publier sous le titre : De quoi Hollande est-il le nom ?

(2) Encore une fois, on constate combien il est difficile d’inventer un mot nouveau. C’est ce que je croyais naïvement faire en écrivant de mot ; mais les dictionnaires le connaissaient déjà ainsi qu’on le voit ici.

Saturday, February 04, 2012

Citation du 5 février 2012

Rien n'est si contagieux que l'exemple.

La Rochefoucauld

Panurge sans autre chose dire jette en pleine mer son mouton criant & bellant. Tous les aultres moutons crians & bellans en pareille intonation commencèrent soy jecter & saulter en mer après à la file. La foulle (= l’empressement) estoit à qui premier saulteroit après leur compaignon.

Rabelais – Quart livre, chapitre VIII (à lire ici – si flemme à lire : on peut aussi l'écouter)

Tout mouton suit le mouton qui le précède, c’est ce qu’on appelle l’instinct grégaire.

Peut-être cet instinct nous parait-il nocif, et en particulier parce qu’il mène à l’exemple décrit par Rabelais dans l’épisode si fameux des Moutons de Panurge : on y voit en effet le troupeau embarqué sur un bateau se jeter à la mer pour suivre – non pas l’exemple donné par l’un des leurs – mais plus simplement le plongeon d’un mouton jeté par-dessus bord par Panurge.

Il est vais que Rabelais ajoute, quelques lignes plus bas « comme le dit Aristote au livre 9 de l’Histoire des animaux, c’est l’animal le plus sot et le plus stupide du monde ». Et pourtant : si l’on se dit que si les moutons sont moutonniers, que devrait-on dire des hommes, de la foule et … des supporters de foot ?

On voit que chez les hommes, la grégarité et l’esprit moutonnier sont bien la principale preuve de sottise, parce qu’elles sont source des violences et des horreurs que les foules sont capables de perpétrer.

Autre chose : n’oublions pas qu’il n’y a de troupeau – du moins chez les hommes – que par rejet des individus qui n’en font pas partie.

C’est ainsi que le parti suisse de l’UDC (1) a fait du mouton noir le symbole des étrangers à jeter hors des frontières. Ce qui suppose que si Panurge avait trouvé un mouton noir dans le troupeau et qu’il l’ait jeté par-dessus bord, aucun des autres moutons ne l’aurait suivi.

Certains diront qu’il faut remercier les moutons noirs, parce que, sans eux, les moutons blancs ne formeraient pas un troupeau.

Mais ces gens-là, ce sont des humanistes mélancoliques.

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(1) L'Union démocratique du centre (UDC) est un parti politique suisse de droite, moralement conservateur et économiquement libéral. (Source)

Friday, February 03, 2012

Citation du 4 février 2012

Blague. – Pour le pur intellect, rien n'est futile, rien n'est important. C'est pourquoi les hommes très intellectuels et le plus véritablement intellectuels plaisantent aisément. Et ils plaisantent de façon habituelle - en quelque sorte sans plaisanter, par le jeu détaché de leurs organisations verbales et plastiques. Ils font jouer les groupes de similitudes, et les possibilités séparées des parties de leur avoir psychique comme d'autres font leurs muscles.

Ce mode scandalise les gens lents et les gens avides. Ceux qui ignorent combien une foule de traits, de rapports fortuits, de rapides fantaisies inutiles déblaient l'esprit et l'apprêtent à situer une "question", à éclairer ses innombrables tenants, à la dépolariser, à la sonder jusqu'à l'essentiel.

Paul Valéry / Cahiers I – Gladiator

Le rire et la politique III

Réhabilitons aujourd’hui la blague, mise à mal hier par les Goncourt.

Que nous dit Valéry ?

Pour le pur intellect, rien n'est futile, rien n'est important ; les gens sérieux, les gens lents et les gens avides sont quant à eux incapables d’imagination, cette imagination créatrice qui fait les inventeurs. On reconnait ces derniers justement, à ce qu’ils blaguent sans cesse – du moins si on admet avec Valéry que blaguer, c’est mettre en œuvre la liberté de son esprit qui, jouant avec des idées ou des mots, formule entre eux des rapports nouveaux et fortuits. Si le blagueur, comme l’enfant, joue avec les mots, c’est qu’il refuse de se laisser enfermer dans le carcan de la réalité, parce que pour son esprit il y a bien d’autres possibilités que celles qui se sont réalisées. C’est grâce à cela nous dit Valéry qu’il dépolarise (1).

Qu’on imagine le mathématicien dans son espace à (n) dimensions, ou l’astrophysicien avec ses univers parallèles : ce n’est pas de la blague, mais ça fonctionne de la même façon.

- Et alors ? Et nos hommes politiques ?

Pour eux, rien ne doit être futile et tout est important : la blague ne les concerne pas – la blague, c’est de la com’ : on s’en servira dans les joutes oratoires ou dans les rencontres avec les journalistes, mais pas dans les adresses à la Nation.

Alors bien sûr cela n’empêche pas que le cerveau de certains hommes politiques soit accessible à ce genre de gymnastique et qu’il y montre sa souplesse et ses performances – mais ça, on l’a déjà dit.

Reste ceci : la blague est un plaisir que s’offre le pur intellect. Pas sûr que le politicien prenne son plaisir comme ça.

Jouissance du politicien… J’imagine que le vrai politicien, le monomaniaque de la politique, ne jouit que du pouvoir et s’il rêve de quelque chose, c’est de se voir en Président de la République.

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(1) Selon le contexte, il semble que Valéry prenne ce terme non dans son sens technique (passage d’une cellule vivante d’un état de repos à un état actif) mais dans son sens imagé : échapper à une fixation exclusive sur un fait.

Thursday, February 02, 2012

Citation du 3 février 2012


Ce qui tuera l'ancienne société, ce ne sera ni la philosophie, ni la science. Elle ne périra pas par les grandes et nobles attaques de la pensée, mais tout bonnement par le bas poison, le sublimé corrosif de l'esprit français : la blague.
Edmond et Jules de Goncourt – Journal 30 juin 1868
Le rire et la politique II
Qu’on ne prenne pas à la légère cette citation des Goncourt : la blague est chez eux une notion sérieuse, un terme technique – presque un concept.
Lisons ce qu’en dit Robert Kopp (dans la préface de l’édition complète du Journal chez Laffont-Bouquins) : « [Pour les Goncourt, la blague] c’est l’irrespect généralisé qui se moque de tout ce qui est grand, héroïque, sacré. C’est l’esprit des démocraties modernes qui n’aspirent qu’à la médiocrité. » Et on pourrait écrire à peu près la même chose à propos de Flaubert.
Si on laisse de côté la rancœur contre la démocratie qui caractérise les frères de Goncourt, dites-moi si cette phrase ne vous semble pas pouvoir s’appliquer à beaucoup de choses que nous entendons aujourd’hui à propos de la politique, de l’élection présidentielle et des candidats qui s’y présentent ? Ne croirait-on pas entendre parler de la « Guignolisation » des hommes politiques ? (1)
Bon : j’avoue que moi aussi je ris bien fort quand c’est drôle, et que ça me soulage de voir ridiculiser les politiciens que je n’aime pas.
Mais il arrive que ces sketches deviennent pour certains la seule source d’« information » sur la vie politique, ou bien – pire encore – qu’ils soient la seule clé pour en décrypter l’actualité.
Bien sûr on n’en est plus à dire, comme ces pisse-froids de Goncourt, qu’il y a des choses qui sont trop sérieuses, trop dignes, trop sacrées pour qu’on en rie.
Mais qu’on ne fasse qu’en rire, là ça ne va plus.
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(1) Précisons qu’on ne vise pas seulement les Guignols de l’info, mais qu’il faut y ajouter tous les imitateurs qui font rire en chroniquant l’actualité politique.

Wednesday, February 01, 2012

Citation du 2 février 2012

Celui qui ne sait point recourir à propos à la plaisanterie, et qui manque de souplesse dans l'esprit, se trouve très souvent placé entre la nécessité d'être faux ou d'être pédant, alternative fâcheuse à laquelle un honnête homme se soustrait, pour l'ordinaire, par de la grâce et de la gaieté.
Chamfort – Maximes et Pensées


Le rire et la politique I
D’abord, je voudrais préciser que je ne veux en aucune façon réduire l’importance de nos ministres à leur apparence : je laisse cela aux humoristes – et j’en reparle demain.
Pourtant… Comment ne pas penser que monsieur Guéant (voir photo), notre ministre de l’Intérieur, pourrait faire un croque-mort très présentable (ou à défaut : un tueur psychopathe) ?
- Et alors ? direz-vous. Qu’est-ce qui empêche un monsieur d’avoir l’allure d’un croque-mort (profession au demeurant très respectable) et d’être également un excellent ministre ? Faut-il qu’il ait un gros nez rouge et une perruque qui tourne pour remplir ces fonctions ?
C’est là que la citation de Chamfort prend tout son sens : à supposer qu’il y ait des gens qui n’aient jamais recours à propos à la plaisanterie, [alors on serait sûr] qu’ils manquent de souplesse dans l'esprit – c’est donc cette souplesse qui leur ferait défaut pour faire une carrière politique.
On savait déjà que l’ironie est une arme redoutable pour qui – comme Socrate – sait s’en servir avec à-propos. Mais on peut aussi recourir à la plaisanterie, avec le mot d’esprit, qui permet de dominer l’adversaire sans avoir à dépenser le moindre argument. (1)
On dira que ce procédé est indigne du combat politique loyal, et que la démocratie mérite mieux. Soit.
Mais ce que Chamfort pointe surtout, c’est comme on l’a vu le manque de souplesse des esprits rétifs à la plaisanterie et à la gaité.
Pour le manque de gaité, personne ne niera qu’il croit enttendre un portrait de notre ministre de l’Intérieur. Quant à la souplesse, on estime généralement que, pour un ministre, elle est une qualité essentielle – même si c’est à la souplesse de l’échine que l’on pense alors.
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(1) Un exemple ? Nicolas Sarkozy au cours d’un off, confie à des journalistes qu’il pourrait ne pas être réélu en mai. On se précipite sur François Hollande, et on lui demande ce qu’il en pense. Il hésite, et puis il lâche « Il dit qu’il pourrait ne pas être réélu ? Ah bon ? C’est qu’il doit être bien informé. »

Tuesday, January 31, 2012

Citation du 1er février 2012

Il n'y a pas une vérité mais cent possibilités
Pablo Picasso – Cité à l’exposition Art modern & Pop culture de la Halle saint-Pierre (A lire dans le Post des Grisgris ici)

Picasso était féru de ces formules lapidaires et qui en imposent (1), mais qui devraient plutôt appeler le débat.
Déjà, il faudrait préciser un peu le sens de l’opposition qui est évoquée ici : on comprend en effet que Picasso veut dire que d’un côté on aurait une seule vérité qui serait nécessairement vraie – et qui n’existe pas ; et de l’autre cent possibilités entre lesquelles nous avons à choisir.
--> Mais parle-t-on de la même chose ? La vérité concerne la connaissance ; la possibilité affecte une forme d’existence potentielle ; comment les deux se raccordent-elles ?
Illustrons : supposons que nous parlions d’une hypothèse qui pourrait en effet concerner soit une vérité probable, soit une existence possible :
- Si je dis : « Il est possible qu’il y ait des petits hommes verts sur Mars » je parle de l’existence d’êtres qui sont réels.
- Mais si je dis « Il est possible qu’on ait raison de croire à l’existence de petits hommes verts sur Mars », l’hypothèse vise la validité de mon affirmation. Et ce n’est plus la même chose.
Mais alors, comment raccorder ces deux niveaux ? Ne risque-t-on pas d’additionner des choux, des navets, et mèches tarières ?
--> Picasso est un artiste qui n’est pas spécialement connu comme illustrateurs de manuels scolaires : on supposera qu’il ne parle pas de la connaissance, mais de l’existence réelle.
Picasso a toujours été critiqué, et même moqué pour les libertés qu’il prenait avec la réalité, alors même qu’il est effectivement un peintre figuratif. On disait de lui : « Voyez ces tableaux : on y voit des femmes qui ont un œil à la place du nombril, et les seins sur les épaules. Elles ont dû fuir épouvantées en se voyant dans les portraits qu’il faisait d’elles ».
Les braves gens disaient la vérité concernant ce qu’ils voyaient. Mais Picasso ne disait rien ; il nous montrait une autre réalité, qui était possible dans son esprit avant qu’il la peigne. Et qui maintenant est devenue réelle.
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(1) Du genre « Je ne cherche pas, je trouve » que nous avions illustrée naguère.

Monday, January 30, 2012

Citation du 31 janvier 2012

Les hommes n'aiment point être dupés, ils n'ont pas tous une naïveté assez considérable pour croire qu'un agrégé de philosophie est en vertu de sa fonction un terre-neuve ou même une personne respectable.
Nizan – Chiens garde, 1932, p.15. (1)
Que n’a-t-on dit de Bernard Henri-Lévy (alias B.H-L) à propos de son influence sur les autorités françaises dans le déclenchement des opérations militaires en Lybie ? Combien ont dénoncé ses foucades d’intellectuels et sa prétention orgueilleuse à se parer des plumes du paon, alors qu’il n’aurait été tout au plus qu’une petite mouche du coche ?
Pourtant voilà quelqu’un qui a utilisé sa notoriété d’intellectuel (2) pour appeler à la mobilisation au côté des rebelles libyens. Il l’a fait, et même si aujourd’hui on crie à la manipulation de la part des islamistes, il n’en reste pas moins qu’on a pu alors épargner pas mal de vies innocentes.
Revenons à la citation de Nizan, qui nous interroge plus généralement sur la fonction des intellectuels (en l’occurrence : les agrégés de philo) : gardez-vous, nous dit-il, de croire que ces gens sont « ès-qualité » des terre-neuves ou même des personnes respectables.
Admettons qu’ils ne le soient pas : mais faut-il le leur reprocher, comme si ils trahissaient leur fonction naturelle ? Ou bien faut-il dire : ces gens sont comme tous les autres, il y a la même proportion de saints et de filous que partout ailleurs…
Mon expérience des agrégés de philosophie c’est que souvent ils sont complètement fermés à la vie politique – voire même à la réalité quotidienne – et que les imaginer soutenant le pouvoir par intrigue est proprement hilarant.
Un souvenir : nous sommes dans un village de vacances, entre philosophes rassemblés pour un colloque (sur la citoyenneté je crois). Au petit déjeuner, nous discutons du cogito : je sais que ça parait être caricatural, mais c’est comme ça. Mon voisin, un spécialiste d’histoire de la philosophie, ouvre son yaourt. Tous en polémiquant à propos de Descartes, il verse hardiment le contenu du pot de yaourt dans sa tasse de café, dont bien sûr il avait oublié l’existence.
Comment voulez-vous que des gens comme ça puissent être des chiens de garde de la bourgeoisie ?
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(1) « En avril 1932, Nizan publie chez Rieder Les Chiens de garde, féroce pamphlet contre la philosophie universitaire de l’époque. Il y dénonce avec violence les philosophes en place, « chiens de garde de la bourgeoisie » qui, face aux ravages provoqués par la crise économique, aux exactions et à la violence de la colonisation, à la montée du fascisme en Europe, ont choisi de se taire plutôt que d’agir, au nom de l’Esprit et des valeurs abstraites et éternelles qui dissimulent la réalité. » A lire ici
(2) J’en vois qui font la moue : un intellectuel, ça ? Je rappelle que Sartre était l’objet de pareilles moqueries, comme si l’auteur de l’Etre et le Néant ne pouvait être un vrai philosophe.

Sunday, January 29, 2012

Citation du 30 janvier 2012

Si quelqu'un ne veut pas travailler, qu'il ne mange pas non plus
Saint-Paul - Seconde épitre aux Thessaloniciens - 3, 10 (1)
Qui ne mange pas n’a pas besoin de travailler.
H-D Thoreau - Walden p. 256
Petit rappel : ces propos sont ceux de l’ascète de Thoreau (2), pour qui le gros mangeur était un homme réduit à l’état de larve.
Mais en généralisant un peu, on arrive à des idées subversives, telles que : évitons de passer notre vie à travailler. Et donc : pour faire des économies de travail, entrainons-nous à moins consommer.
Idées subversives aussi parce qu’on trouve aujourd’hui que, ce qui paraît moral, ce n’est pas de cesser de consommer, mais plutôt de consommer le plus possible, à condition de ne consommer que français.
L’idée de Thoreau est donc qu’il faudrait prendre à l’envers le processus qui nous est habituel : au lieu de se demander comment gagner plus, et à partir de là, comment dépenser tout ce bel argent, demandons-nous : de quoi avons-nous vraiment besoin ?
Puis une fois réalisé cet inventaire, demandons-nous : combien de temps faut-il travailler pour satisfaire nos besoins utiles – et seulement eux.
Quand on lit Walden, le livre où Thoreau raconte son expérience de vie dans une cabane au fond des bois, on est surpris d’y trouver des pages détachées de son livre de comptes (3). Quel intérêt ?
C’est que, justement, Thoreau veut nous montrer qu’on peut vivre – et bien vivre – avec très peu d’argent, et que ce peu d’argent, on peut le gagner en peu de temps.
C’est donc cela la morale de Thoreau : plutôt que de gagner de l’argent, gagnons du temps.
Pourquoi ne suivons-nous pas ce conseil ? Pour faire ce que saint Paul nous prescrit, mériter de vivre en accédant à l’autonomie ? J’en doute – et de toute façon l’ermite est auto-suffisant.
Ce que je crois, c’est que pour beaucoup de gens, le temps sans travail, qui est un temps libre, et que le temps libre est d’abord un temps vide.
- Or le temps vide est notre ennemi, parce qu’on ne sait quoi en faire, sinon penser à notre misère comme le disait Pascal. Simplement notre misère s’appelle maintenant : anxiété, angoisse, stress.
Travailler plus, c’est gagner plus ; mais c’est aussi et surtout penser moins – pour éviter l’angoisse existentielle.
Mais ça, l’ermite de Thoreau, il n’en avait pas besoin.
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(1) Déjà cité le 8.5.07
(2) Thoreau – Walden ou la vie dans les bois, à lire en ligne ici.
(3) Par exemple dans le chapitre 7, avec le coût de la culture des haricots.

Saturday, January 28, 2012

Citation du 29 janvier 2012

L'enfer a été fait pour les curieux.
Saint Augustin – Les Confessions livre XI


Citation décorant un tapis de souris (en polyester durable)

Curieuse citation, ou plutôt, curieux usage d’une citation.
Alors que saint Augustin est, dans le livre XI des Confessions, aux prises avec la compréhension du temps et donc que l’enfer y incarne les souffrances du philosophe confronté à l’énigme du temps (qu’on ne peut réellement ni comprendre ni renoncer à comprendre), voilà qu’on propose un tapis de souris qui nous interpelle avec cette citation.
Ma curiosité à moi, c’est : Pourquoi ?
Pourquoi avoir choisi cette phrase pour servir de champ de course pour la souris de notre ordinateur (1) ?
Hypothèse 1 : l’ordinateur sert fréquemment à flâner sur Internet, activité qui est généralement l’aboutissement de la curiosité. Or, on sait qu’Internet apporte à notre curiosité des ressources inconnues jusque-là. D’où l’avertissement du Tapis de souris, destiné à nous détourner de cette passion supposée malsaine.
Hypothèse 2 : celui qui a conçu et fabriqué ce tapis de souris ne s’en servait pas lui-même. Il l’a réservé à la vente donc à aux autres qui ne peuvent qu’être des petits curieux, alors que lui est animé du désir de faire progresser l’humanité dans la voie de la science et du progrès technique.
Et donc je suppose que notre homme a un tapis de souris qu’il se réserve avec une citation bien glorifiante. Du genre :
L'art, c'est l'homme ajouté à la nature. (Bacon)
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(1) On connait les hippodromes, les cynodromes, faudrait-il, pour désigner les tapis de souris, inventer les muscodromes (de mus, musculus, nom scientifique de la souris) ?

Friday, January 27, 2012

Citation du 28 janvier 2012

…est bien fou du cerveau / Qui prétend contenter tout le monde et son père.
La Fontaine – Le meunier, son fils et l'âne - 1668.

- Est bien fou du cerveau… Peut-on être fou d’autre part que du cerveau ? S’agit-il d’une redondance visant un effet comique ? Ou bien « fou » signifierait-t-il ce qui est irrégulier, incontrôlable (herbes folles), voire même « détraqué » (la patte folle) ?
Chacun choisira un sens, sans se soucier de ce qu’en penseront les spécialistes, méprisant les critiques qui ont accablé le meunier et son fils.
- Qui prétend contenter tout le monde et [par-dessus le marché] son père : que signifie donc ce renchérissement final ? S’agit-il encore d’une redondance ? Ou bien « le père » serait-il plutôt une allusion à la Grèce, mère des sciences et des arts – ce qui situerait notre fable dans le contexte de la Querelle des anciens et des modernes ?
Là encore ; ignorons ces hésitations, puisque nous sommes libres, comme nous y invite l’auteur, d’inventer un sens nouveau s’il nous vient à l’esprit.
=> Quelle différence entre ce qu’attend de moi « tout le monde », et puis ce qu’attend de moi « mon père » ?
- Pour « tout le monde », je suis un individu situé dans le présent, soumis aux contraintes actuelles : chacun attend donc de moi une conduite efficace dans ce contexte.
La Fontaine nous montre aussi que ce n’est pas facile de satisfaire tout le monde puisque chacun aura un avis différent (1).
- Pour « mon père », je suis le fils qu’il a voulu, qu’il a imaginé dans un rôle bien précis, comme de réussir ce qu’il a loupé dans sa vie, ou de prendre sa succession dans son métier.
Comme je suis missionné pour une tâche déterminée, voulue avant même ma naissance, je ne peux contenter mon père et en même temps satisfaire aux exigences du monde actuel, tenant compte de ce qui m’environne, de mes capacités réelles, etc…
Ainsi donc, Freud aurait lu non seulement les tragédies grecques, mais aussi les Fables de La Fontaine ?
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(1) Il me vient à l’idée que celui qui voudrait réécrire cette fable aujourd’hui devrait remplacer le Meunier par le sélectionneur de l’équipe de France de football.

Thursday, January 26, 2012

Citation du 27 janvier 2012

Père et mère, c'est mari et femme ; l'homme et la femme ne sont qu'une même chair."
Shakespeare – Hamlet, IV, 3 - 1603.

Publié dans le journal Libération

Quand Libé a demandé à quelques dessinateurs de faire le portrait de leur père et de leur mère, voici ce que Killoffer a produit. Rappelons que Patrice Killoffer est l’actuel illustrateur de Fantômette éditée par la Bibliothèque rose. A qui faire confiance ?
1 – J’ai ce dessin dans mes archives depuis pas mal de temps, sans arriver à le publier. C’est qu’il tape très fort sur l’inconscient sans même qu’on ait besoin d’imaginer qu’il représente les parents.
2 – C’est Hamlet qui m’a décidé (1) : d’abord parce qu’il souligne (dans notre citation) ce qu’on oublie toujours à propos de ses propres parents ; ils sont un homme et une femme, ils sont la même chair, ils ont donc copulé, ne serait-ce que pour nous produire.
Ma résistance à cette image de Killoffer vient donc peut-être du refoulement de la scène primitive dont parle Freud.
3 – Mais aussi, Hamlet, c’est l’histoire d’un assassinat. Le père d’Hamlet a été assassiné par son frère qui a versé un poison dans son oreille pendant qu’il dormait.
--> Or : en quoi consiste l’oreille représentée ici ? Et ce que le père pourrait y déverser serait donc un poison ?
Stop ! Je me sauve avant qu’on me jette des cailloux.
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(1) Hamlet… et Frankie Pain : voir ici.

Wednesday, January 25, 2012

Citation du 26 janvier

Quand même tu aurais à vivre trois mille ans, et trois fois dix mille ans, dis-toi bien que l'on ne peut jamais perdre une autre existence que celle qu'on vit ici-bas…
Marc-Aurèle – Pensées pour moi-même (livre II, paragraphe 14)

A quoi bon l’éternité pour ne rien faire ?
Miss.Tic (Vœux pour 2012)


Alors, ça ! J’ai écrit un nombre insensé de Posts pour expliquer que Miss.Tic est une épicurienne, et voilà que je la découvre stoïcienne ? Marc-Aurèle plutôt que Lucrèce ? Et quand on sait les conflits qu’il y a eu entre ces écoles, je n’imagine pas un seul instant qu’on puisse tenter la synthèse.
Bref : ce qui compte, ce n’est pas la vie devant soi, mais la vie en soi, c’est à dire non pas l’avenir, quand bien même il serait éternel, mais le présent.
Toutefois, rappelons-nous le choix d’Achille : mourir à 20 ans en héros est plus enviable que de vivre jusqu’à 70 ans en étant obscur berger d’Arcadie – et Achille n’était pourtant ni épicurien ni stoïcien.
Passons – Néanmoins, la question n’est pas réglée dès lors qu’on nous dit qu’il vaut mieux vivre pleinement le présent plutôt que d’espérer un long avenir.
--> Car que peut-on espérer du présent ?
C’est là que le message de vœux de Miss.Tic se dévoile : regardez les fragments d’image qui entourent la Miss. On ne s’est pas amusé à découper le catalogue de la Redoute pour passer le temps. C’est là que se situe le message : fragments de corps nus, fesses galbées, seins et pectoraux à faire péter la peau : rien que du désirable, découpé selon les fantaisies du désir.
Voilà ce que nous souhaite Miss.Tic. Et si ça peut aussi durer Éternité, allons-y.

Tuesday, January 24, 2012

Citation du 25 janvier 2012

L'enfer est trop petit pour tout le monde.
Claire de Lamirande – La Neige de mai

On ira tous au paradis, Même moi.
Chanson de M. Polnareff / J.L. Dabadie

Question : qu’est-ce qu’on peut faire au Paradis, qu’on ne pourrait pas faire en Enfer ?
Réponse : y aller avec tout le monde.
Curieux ça… Est-ce que ça voudrait dire qu’on ne peut jouir de Paradis, qu’à condition d’y être avec l’humanité entière ? Que l’Homme ne se retrouve que dans la totalisation de tous les individus de son espèce – et donc que vouloir priver cette Humanité de l’un de ses membres, c’est la dénaturer et par là faire souffrir l’ensemble des hommes individuels ?
--> Que – par exemple – l’absence d’Hitler, de Staline et de Pol Pot au Paradis suffirait pour en faire un Enfer ?
Non, n’est-ce pas ? Pareille idée est un blasphème.
Par contre on trouve quand même l’idée que, si le Paradis est toujours assez grand pour accueillir tout le monde, l’Enfer est un lieu possédant une certaine surface, un certain volume et que, comme tel, il a une capacité limitée qu’il ne peut dépasser. L’enfer serait comme les wagons des trains de la déportation, prévus pour "40 hommes" - ou "8 chevaux (en long)" ?
Quel sens donner à cette asymétrie ? Y a-t-il une vérité théologique qui se glisserait dans ce paradoxe ?
Voilà ce que je suggère : alors que le Paradis a été conçu par le Seigneur comme devant recevoir toute l’humanité – étant entendu qu’Adam a été conçu sans tâche, et que d’autre part, l’Omniscient sait d’emblée combien d’hommes verront le jour au cours de l’histoire de l’humanité – l’Enfer a été bricolé après la Faute par l’Ange déchu, le quel n’étant pas omniscient l’a dimensionné selon la taille de l’humanité de l’époque et selon les statistiques de la damnation.
De toute façon, puisqu’il y a un système de vases communicants entre le Paradis et l’Enfer (plus d’âmes en Enfer = moins d’âmes au Paradis), je ne sais pas si on va manquer de place en Enfer, mais je suis sûr qu’on ne risque pas d’en manquer au Paradis.

Monday, January 23, 2012

Citation du 24 janvier 2012

… je suis convaincu que les progrès mal appliqués de la photographie ont beaucoup contribué, comme d’ailleurs tous les progrès purement matériels, à l’appauvrissement du génie artistique français, déjà si rare
Baudelaire – Le salon de 1859 (2 – Le public moderne et la photographie)Lien
Bien que Baudelaire ait accepté de poser devant l’objectif de Nadar (ci-contre), il exprime une méfiance très grande devant ce nouveau procédé qu’est (encore en 1859) la photographie (voir Annexe).
La crainte exprimée par Baudelaire est que la photographie apparaisse comme la rivale de la peinture, qu’elle puisse reproduire la réalité avec une exactitude que les artistes peuvent viser sans jamais l’atteindre. Qu’elle soit une copie « industrielle » de la nature, alors que l’art en serait la copie « manuelle ».
Bien entendu, ce qui est critiqué ici par Baudelaire ce n’est pas directement la photographie, mais son usage au service du naturalisme, de cette perversion de l’art qui en fait un sous-produit de la nature (1).
Mais quand on voit à quel usage Baudelaire réserve la photographie (voir texte en annexe), on se rend compte que l’archaïsme du procédé n’est en rien responsable de cette lecture de cette nouvelle technique. En effet, la photographie est selon Baudelaire un procédé mécanique, quelque chose qui vient après l’activité spirituelle humaine, autrement dit ce qui ne comporte aucune part de création. C’était d’ailleurs une opinion très courante à l’époque, qui voyait en la photographie la possibilité de représenter enfin la réalité telle qu’elle était sans les déformations liées à la subjectivité de l’artiste.
Inutile de dire qu’aujourd’hui nous voyons au contraire dans la photographie une nouvelle façon de créer une œuvre, et qu’elle ne peut de ce fait entrer en compétition avec la peinture. Tout juste a-t-elle délivré les peintres de l’obligation de rendre la réalité non pas telle qu’ils la voyaient, mais telle que tout le monde la voyait.
Mais ce texte de Baudelaire nous apprend tout de même quelque chose : c’est que devant une innovation technique, nous sommes désarmés : quel usage en faire ? Nous ne parvenons qu’à insérer cette nouvelle technique dans la panoplie des techniques déjà existantes.
Voyez par exemple le cinéma en 3D. Quel usage vraiment créateur faire de cette nouvelle capacité ? Tout ce que j’ai vu pour ma part, c’est qu’au moment des publicités, on arrivait à projeter l’image vers les spectateurs pour les impressionner. Faire flotter des fraises Tagada dans la salle : on n’a pas beaucoup progressé depuis que les frères Lumières projetaient le train arrivant en gare de la Ciotat sur les premiers spectateurs de leur cinématographe.
On pourra sans doute, dans un avenir rapproché, remplacer les fraises Tagada par une starlette aux gros nichons : ce n’est pas comme ça qu’on répondra à l’injonction baudelairienne d’empiéter sur le domaine de l’impalpable et de l’imaginaire (voir texte joint).
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(1) Quelle est la valeur de l’art ? Le vrai ! répond le naturaliste. Le Beau ! répond Baudelaire.
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Annexe.
« Il faut donc qu’elle [la photographie] rentre dans son véritable devoir, qui est d’être la servante des sciences et des arts, mais la très humble servante, comme l’imprimerie et la sténographie, qui n’ont ni créé ni suppléé la littérature. Qu’elle enrichisse rapidement l’album du voyageur et rende à ses yeux la précision qui manquerait à sa mémoire, qu’elle orne la bibliothèque du naturaliste, exagère les animaux microscopiques, fortifie même de quelques renseignements les hypothèses de l’astronome ; qu’elle soit enfin le secrétaire et le garde-note de quiconque a besoin dans sa profession d’une absolue exactitude matérielle, jusque-là rien de mieux. Qu’elle sauve de l’oubli les ruines pendantes, les livres, les estampes et les manuscrits que le temps dévore, les choses précieuses dont la forme va disparaître et qui demandent une place dans les archives de notre mémoire, elle sera remerciée et applaudie. Mais s’il lui est permis d’empiéter sur le domaine de l’impalpable et de l’imaginaire, sur tout ce qui ne vaut que parce que l’homme y ajoute de son âme, alors malheur à nous ! » Baudelaire – Le salon de 1859

Sunday, January 22, 2012

Citation du 23 janvier 2012

Rien de plus capable de nous affaiblir l'âme et de nous abrutir, que d'avoir toujours devant les yeux que la providence nous doit à tous la même somme de biens et de maux.
Pierre Leroux (1797-1871) – De l'humanité, de son principe et de son avenir
Pierre Leroux, fils d’un cabaretier de la place des Vosges, sut très tôt que la survie dépend des efforts de chacun. C’est ainsi que reçu au concours d'entrée à l'école polytechnique en 1814, il renonce à ses études pour aider sa mère, devenue veuve, et ses trois frères. Il se fait maçon puis se met en apprentissage chez un cousin imprimeur.
Qu’est-ce que Pierre Leroux attaque ici ? L’utopie égalitaire ? L’Etat providence ?
Il ne fut pas un apôtre de ce que nous appellerions aujourd’hui l’anti-étatisme libéral – lui dont la mort coïncida avec la Commune de Paris qui délégua des représentants à ses obsèques.
Mais alors, que veut Pierre Leroux ? Ou plutôt, que ne veut-il pas ?
Je suppose qu’il n’était pas contre le fait que tout le monde bénéficie des mêmes biens, et que personne n’ait plus de maux que ses voisins.
Mais qu’en revanche, en appelant la providence à la rescousse, on revendique des bienfaits de la société, sans jamais lutter pour les obtenir, voilà sans doute ce qui « affaiblit l’âme ». L’homme est fait pour la lutte ; il doit sa survie à cela et rien ne peut lui venir sans qu’il ait affronté l’adversité pour l’obtenir. Voilà donc ce qu’il y a de débilitant dans la croyance en la providence : ne faisons rien – Dieu y pourvoira. (1)
Alors, voilà où nous en sommes aujourd’hui : on nous rabâche à longueur de campagne électorale que rien ne se fera dans notre pays sans la présence d’un habile capitaine au gouvernail. Aucune justice sociale sans les prestations de l’Etat. Aucun progrès économique sans la science et la prévoyance de nos futurs gouvernants.
Que dirait Pierre Leroux de ça ? Et que dirait-il encore en constatant que les syndicats sont dans le silence, et qu’ils n’en sortent que pour aller négocier avec le pouvoir ?
Nous, notre seule violence, c’est le bulletin de vote. Après tout, c’est sans doute ça qu’on appelle le progrès.
Qu’on attende donc la providence – si on veut ; mais qu’on n’en attende pas des miracles !
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(1) On trouverait la même idée chez Marx et Engels dans le Manifeste du parti communiste (1848) : contrairement à ce qu’on imaginerait, Marx n’est pas contre le travail des enfants dans les fabriques, mais contre la façon dont il est pratiqué. Les enfants doivent travailler en production parce que c’est là le complément indispensable de leur éducation.
« Éducation publique et gratuite de tous les enfants. Abolition du travail des enfants dans les fabriques tel qu'il est pratiqué aujourd'hui. Combinaison de l'éducation avec la production matérielle, etc. » Manifeste, II - Prolétaires et communistes