Sunday, June 28, 2015

Citation du 29 juin 2015

Messieurs, il se coupe trop de têtes par an en France. Puisque vous êtes en train de faire des économies, faites-en là-dessus. Puisque vous êtes en verve de suppressions, supprimez le bourreau. Avec la solde de vos quatre-vingts bourreaux, vous payerez six cents maîtres d’école. Songez au gros du peuple. Des écoles pour les enfants, des ateliers pour les hommes. Savez-vous que la France est un des pays de l’Europe où il y a le moins de natifs qui sachent lire ! Quoi ! La Suisse sait lire, la Belgique sait lire, le Danemark sait lire, la Grèce sait lire, l’Irlande sait lire, et la France ne sait pas lire ? C’est une honte. 
Victor Hugo – Claude Gueux (1834)
Actualité de Victor Hugo :
            - En 1834 déjà, il souligne que les Français sont les moins aptes à la lecture de tous les enfants européens. Nous en sommes encore là en 2015
            - Les députés français étaient déjà (1834) entrain de faire économies sur le budget de l’Etat, en particulier dans l’éducation.
            - On réglait déjà des problèmes de budget : combien un bourreau vaut-il de maitres d’école ?
(Solution : si 80 bourreaux = 600 maitre d’école ; alors : 1 bourreau = 7,5 maitres d’école
Autant dire qu’il est certainement plus difficile de faire le bourreau que de faire le maitre l’école, et que c’est pour cela qu’il faut le payer plus cher.)

Voilà : quels progrès avons-nous fait en 180 ans ?
            - En lecture ? Oui, nous avons créé l’école publique et obligatoire. Et alors ? Nos enfants savent-ils lire ? Hélas ! Nous sommes obligés de le dire : Victor Hugo était bien naïf : il croyait qu’il suffisait d’apprendre pour savoir.
            - Les économies sur le budget de l’Etat ?  Beaucoup pensent que le budget de l’Education nationale est trop élevé eu égard aux résultats obtenus. Nous payons très cher des professeurs grognons qui ne veulent enseigner qu’aux meilleurs élèves – c’est à dire ceux qui apprendraient aussi bien sans eux.
            - Nous n’avons plus de bourreaux – la belle affaire ! Les maîtres d’école nous coûtent à présent si cher, et leurs résultats pour prévenir la délinquance sont si piètres, qu’on ne croit plus comme Hugo que le progrès de l’instruction publique résoudrait la question de la criminalité. Il nous faut donc toujours recruter des bourreaux (1) ? Oui, mais ce n’est pas si facile : par exemple on manque de main d’œuvre en Arabie saoudite.
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(1) De fait, on se contente de gardiens de prison ; mais à la longue, ça coute plus cher…


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