Friday, December 11, 2015

Citation du 12 décembre 2015

Si vous avez compris ce que j’ai dit, c’est que je me suis mal exprimé.
Alan Greenspan. Président de la Réserve fédéral américaine. (1989)
On ne sort de l’ambiguïté qu’à ses dépens.
Cardinal de Retz (cité par François Mitterrand) (1)
Sur BFM-TV, Jean-Marc Daniel (voir ici) explique pourquoi monsieur Greenspan a prononcé cette phrase et surtout comment elle est devenue un principe adopté comme généralité en finance ou en politique. Pour aller au plus simple, disons qu’on a intérêt, lorsqu’on se prononce sur des décisions importantes, à garder un certain mystère – on pourrait aussi citer François Mitterrand qui aimait rappeler cette formule du cardinal de Retz : « On ne sort de l’ambiguïté qu’à ses dépens». L’idée est que dans ce cas, les interlocuteurs font semblant de comprendre pour ne pas paraître idiots, et qu’ils sont ensuite obligés d’assumer des propos aux quels ils ont acquiescé sans savoir ce qu’ils contenaient réellement.
L’idée est qu’on comprend toujours quelque chose : si l’interlocuteur de Greenspan ne comprend pas ce qu’on lui dit, il n’en reste pas moins qu’il comprend quelque chose. C’est même là tout le secret de la ruse : faire en sorte qu’on comprenne sans néanmoins le dire nous-mêmes, c’est à  dire sans s’engager ! Du coup, l’ambiguïté politique ressemble tout à fait à l’ambiguïté amoureuse – car en amour aussi il est essentiel de faire croire sans dire, pour ensuite démentir sans se déjuger.
Remarque en passant : je retrouve ce vieux Post dans le quel je remarquais une autre parenté entre la politique et l’amour : c’est la rupture. La politique et l’amour ont donc une stratégie commune, fabriquer de la séduction et de la duperie. Bien sûr on ne parle ici que de stratégie amoureuse ; car pour ce qui est du désir et de la jouissance, alors la politique et l’amour diffèrent du tout au tout : si la jouissance solitaire est en amour une perversion (2), en politique, l’exercice solitaire du pouvoir ne l’est pas du tout – bien au contraire !
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(1) Sur cette phrase trouvée dans les Mémoires du cardinal de Retz et considérée comme éloge de la ruse en politique et en amour, voir ici.

(2) Comme dit un titre de film : l’amour c’est mieux à deux.

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