Friday, June 27, 2008

Citation du 28 juin 2008

La pauvreté dans la jeunesse…a cela de magnifique qu’elle tourne toute la volonté vers l’effort et toute l’âme vers l’aspiration.

V. Hugo – Les misérables (III,V,III)

- Tiens ! Pierrot ! Comment vas-tu ? Ça fait vraiment longtemps que tu n’es pas venu me voir.

- Je sais grand-père, mais j’étais en stage pour mon CAP de boulangerie.
- Alors, ça a marché ?

- Oui, grand père,et j’ai trouvé une embauche pour septembre.

- Formidable ! Tu vas pouvoir te mettre en ménage avec Lily comme ça.

- Plaisante pas, Grand-père, tu sais ce que ça gagne un ouvrier boulanger ? Hein ? Dis un peu pour voir ? En plus je ne serai même pas à plein temps.

- Je ne sais pas moi… De toute façon, tu n’auras qu’à travailler plus et tu gagneras plus.

- Mais je te l’ai dit Grand-père, arrête de plaisanter. On n’aura même pas un Smic pour deux, plus un loyer à payer, plus les charges, plus les transports pour que Lily aille au lycée, à peine de quoi vivre. Imagine un peu qu’on ait un enfant en plus.

- Moi de mon temps, on ne se posait pas tant de question. On prenait ce qu’on nous donnait et ça allait bien comme ça.

- C’est justement pour ça que je suis venu te voir. Grand-père, comment on faisait de ton temps quand on était pauvre ?

- Ben on n’achetait presque rien, voilà. S’il le fallait, on faisait des kilomètres à pied pour trouver où acheter moins cher ; on fabriquait ce qu’on n’avait pas : ta grand-mère, elle faisait les vêtements des enfants, elle tricotait les chaussettes… Elle sait tricoter ta Lily ?

- …

- Et puis tiens, je me rappelle : quand ton père est né on acheté notre 1ère voiture. C’était une 4L. Elle est vite devenue trop petite,

- Alors tu l’as changée ?

- Mais pas du tout ! On a acheté une remorque et c’est tout.

- Bof…

- Mais tu sais Pierrot, la pauvreté, ça a été pour nous une bonne école. Ensuite, on n’a jamais songé à se plaindre, ni à demander des aides, des allocations, rien.

Grâce à la pauvreté on a appris le goût de l’effort, ce qui nous a permis d’être libres et autonomes.

- Merci pour la leçon, Grand-père. Je m’aperçois que papa, avec sa paye de technicien de surface était encore trop riche pour me permettre d’espérer un bel avenir.

3 comments:

Djabx said...

Bonjour !

Je suis complètement d'accord avec ce que vous dites ici. Beaucoup de gens se plaignent de ne pas avoir les moyens de se payer le dernier portable à la mode, ou une télé HD etc... Mais en même temps on est dans une société de comsomation: ce n'est qu'une conséquence de cette société.
Disons plutôt que c'est vrai pour les pauvres "pas si pauvres" (= qui ont un revenu), avec un nombre limité de personnes à charge.

Là ou je ne suis pas d'accord c'est que je pense que c'est plus dur aujourd'hui d'être vraiment pauvre qu'il y a quelques décennies.
Aujourd'hui vous ne pouvez pas travailler si vous n'avez pas au moins un compte en banque (regarder combien cela vous coûte tous les mois...), un appartement et un moyen de locomotion. Sans parler qu'en plus on vous demande de plus en plus d'être "mobile", ajoutez à cela que maintenant la devise nationale c'est "travailler plus pour gagner plus" (donc si vous ne travaillez pas c'est que vous êtes un parasite) et vous comprendrez que c'est d'autant plus dur de sortir de la misère qu'il y a quelques années...

Jean-Pierre Hamel said...

je pense que c'est plus dur aujourd'hui d'être vraiment pauvre qu'il y a quelques décennies.

--> C’est sans doute l’une des conséquences de la petite scène que j’ai imaginée : le jeune qui doit demander à son grand père comment faire pour supporter la pauvreté parce qu’on ne sait même plus ce que c’est. Sauf que, comme vous le constatez, je voulais insister sur la nouveauté que constituerait aujourd’hui une paupérisation massive des classes « moyennes ».
En réalité, ce message est assez cynique et je m’attendais à une volée de bois vert : car les pauvres, ça existe, mais ils se cachent, ou plutôt il n’y a plus de place pour eux dans une société que vous définissez très justement comme une société « de consommation », c'est-à-dire une société qui intègre ses membres sur cette base (comme une société guerrière intègre les citoyens en tant que combattants).
Pas loin de chez moi, on a un local des Restos du Cœur juste à côté d’un super marché. Désastreuse expérience de remplir le coffre de sa voiture pendant que ces pauvres gens font la queue pour recevoir leur colis.

Djabx said...

Pas loin de chez moi, on a un local des Restos du Cœur juste à côté d’un super marché. Désastreuse expérience de remplir le coffre de sa voiture pendant que ces pauvres gens font la queue pour recevoir leur colis.

Ma mère a été pendant plusieurs années volontaire aux Restos du coeur. Elle vous dirait que parfois (ce n'est pas la majorité), certains râle car eux ils ont eu une plaquette de beurre sans marque, alors que celui devant a eu du beurre de marque...
La société de consommation poussée à son paroxysme...