Tromper
serait s'accorder /avec les autres hommes/ seulement en paroles et … être en
réalité contraires les uns aux autres.
Spinoza, Éthique, 1672, Partie IV,
Proposition 72
(Voir
en annexe la citation exacte)
-
Chérie-amour, tu sais que je rentre tard ce soir ? Tu te rappelles ?
- Mais oui,
je sais que tu restes au bureau pour une conférence des managers et qu’il ne
faut pas te déranger.
- Voilà… A ce
soir mon amour.
o-o-o
Ce petit
dialogue fait sourire : le gentille dame croit au mensonge de son mari,
qui bien sûr a prévu une partie de pattes-en-l’air avec la nouvelle stagiaire.
Elle est bête : ce qui lui arrive, c’est bien fait.
Quant au
monsieur c’est un salaud, un menteur et un lâche. S’il avait eu un peu plus de
c…, il aurait dit : « Mon amour
j’ai une barre à mine dans le calcif depuis que Lola (tu sais la nouvelle
stagiaire ?) est arrivée dans le service. Je vais l’inviter ce soir au
restau’. Ne m’attends pas pour diner – ni pour te coucher. »
C’est
tout ? Et vous ne demandez pas si le mensonge n’aurait quand même pas une
vertu réelle : celle de maintenir l’harmonie entre les hommes (et les
femmes) ? Quand Lola aura disparu, mieux vaudrait que madame n’en
ait jamais entendu parler ; c’est quand même mieux pour les enfants que
leurs parents ne divorcent pas tout de suite.
Spinoza,
comme plus tard Kant, estime que mentir à quelqu’un n’est jamais justifié parce
que dire la vérité est un commandement de la raison, aussi impératif que tous
les autres (ne pas tuer, ne pas voler, ne pas porter de faux témoignage, etc.) Il
en déduit qui l’harmonie entre les hommes ne peux se bâtir sur d’autres bases
que celles de la vérité.
Certains en
douteront ; mais entre le principe de toujours dire la vérité et la
pratique qui recommande de ne le faire qu’à la condition que cela permette une
meilleure harmonie avec les autres, comment trancher ? Il faut évaluer les
risques, mais pour cela ne pas se contenter de mettre dans la balance les
inconvénients pour soi-même, mais aussi pour ceux à qui on ment. Et parmi ceux-ci,
il y a celui de les considérer comme des gros ballots qui ne méritent pas la
vérité.
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Annexe :
« Proposition 72
L'homme libre
n'agit jamais en trompeur, mais toujours de bonne foi
Démonstration
Si un homme libre agissait, en tant que libre,
en trompeur, il le ferait par le commandement de la Raison (nous ne l'appelons
libre qu'à cette condition) ; tromper serait donc une vertu et conséquemment il
serait bien avisé à chacun de tromper pour conserver son être ; c'est-à-dire
(comme il est connu de soi), il serait bien avisé aux hommes de s'accorder
seulement en paroles et d'être en réalité contraires les uns aux autres, ce qui
est absurde. Donc un homme libre, etc.
C.Q.F.D.
Scolie (lire ici)
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