Commencer en
poète et finir en gynécologue ! De toutes les conditions, la moins enviable est
celle d'un amant.
Emil Cioran
Il y a des phrases
qui choquent parce qu’elles détruisent des rêves auxquels nous tenions
pardessus tout. Cette citation de Cioran en fait partie.
L’amant est
d’abord un poète qui chante la profondeur du regard, la courbe du cou, la
silhouette élancée de la Bien-Aimée. Et puis, les sentiments s’émoussant, ne
restent que les élans charnels, qui petit à petit désertent le creux du cou où se déposaient les baisers,
pour se relocaliser dans l’entre-cuisse – là où le gynécologue introduit
son spéculum.
Oui : suivant
Cioran on ne se contentera pas de regretter les élans lyrique de la
poésie ; on sera saisi d’effroi en observant cet amoureux devenu
obstétricien, qui pourchasse l’excitation défaillante en déployant sous ses
yeux les organes dans les quels il s’apprête à enflammer ses muqueuses. Il
sonde alors du regard et des doigts l’organisme de son ex-aimée : pour
lui, plus de rêve, plus de secret ; voici la réalité objective,
débarrassée de ses fantasmes.
…
Fantasme : le mot est lâché ; la Bien-Aimée n’existait sûrement pas
telle que son amoureux la voyait, elle était enveloppée du nuage de fantasmes
sans le quel l’amour ne serait pas. A présent éclairé par la lumière crue du scialytique,
le spéculum chasse tous les secrets, efface les nuances et détruit toutes les
frontières.
Car c’est ce
mystère ombreux que le gynécologue détruit : armé de ses d’instruments il
rend visible ce que la nature avait jugé opportun de cacher…
Au fond l’amoureux
devenu gynécologue ne ressent plus d’amour – mais il reste le pornographe qui
exige de tout voir.
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