Thursday, May 31, 2007

Citation du 1er juin 2007

Abolir la dualité des sexes est une crainte de l'imaginaire démocratique, hier avec la citoyenneté des femmes, aujourd'hui avec le pacte de solidarité.

Geneviève Fraisse

Alors on y revient à cette citation. Mais cette fois sur la première partie : la citoyenneté des femmes comme tentative pour abolir la dualité des sexes. Comment cela va-t-il s’articuler ?

1 - Aux armes citoyennes ! J’ai montré dans mon Post du 24 janvier 2006 que la militarisation citoyenne avait servi de caution au refus d’admettre les femmes à la citoyenneté active (on se rappelle en effet que le concept de citoyenneté passive avait été forgée pour justifier le refus d’accorder le suffrage universel à ceux qui ne payaient pas l’impôt). Les femmes sont conçues comme définitivement différentes des hommes et c’est pour ça qu’on n’en veut pas comme « concitoyennes ».

2 - Depuis … longtemps ( ?), les femmes sont aussi considérées comme étant différentes des hommes parce que la raison est chez elles subordonnée à l’affectivité. Si l’homme se définit comme un « animal raisonnable », alors les femmes ne sont pas hommes de la même façon - ou pas au même degré (Me tapez pas ! Aïe ! Pas sur la tête !)

3 - Au sortir de ces balbutiements des Lumières démocratiques, on a fini par reconnaître que les femmes sont comme les hommes et que donc elles sont citoyennes au même titre - citoyenneté reconnue et concrétisée par le droit de vote. Mais du coup, on a nié toute différence entre femmes et hommes. On est dans la vision républicaine de l’homme-générique, de l’homme universel, identique en tous les cas, qu’il soit blanc, noir ou jaune ; masculin ou féminin. Egalité signifie identité.

4 - Ouf ! On en arrive enfin à l’idée de Geneviève : tout ça, c’est une invention, résultant de la peur de la différence des sexes : entendez, le peur des hommes devant l’être-différent de la femme. Et la citoyenneté a servi à masquer cette différence en la recouvrant par l’affirmation de l’unité du corps politique.

5 - Double conclusion : la première est qu’on a affaire ici à une illusion. La citoyenneté ne change rien du tout ; elle est un droit qui ne nous dit rien de la nature se celui (ou de celle) qui en jouit. Le corps politique n’a rien à voir avec le corps physique.

Ensuite la crainte de la dualité des sexes est phobique ; ce qui veut dire qu’elle résulte d’un transfert symbolique d’une situation traumatique individuelle donc concrète, sur une catégorie d’individus. La peur de la mère - la marâtre - devient alors la phobie de la nature féminine. Peur qui induit le rejet, la mise à l’écart, donc l’ignorance, l’incompréhension.

Wednesday, May 30, 2007

Citation du 31 mai 2007

Abolir la dualité des sexes est une crainte de l'imaginaire démocratique, hier avec la citoyenneté des femmes, aujourd'hui avec le pacte de solidarité.

Geneviève Fraisse

Geneviève Fraisse charge la barque quand elle met dans la même phrase la crainte de la dualité des sexes, l’imaginaire démocratique, la citoyenneté des femmes et le pacte de solidarité. Remarquez je n’ai pas à m’en plaindre : j’ai de quoi alimenter cette chronique durant une semaine.

Je m’en tiendrai aujourd’hui au rapport entre la solidarité et le pacte.

…Pacte civil de solidarité (PACS) - Pacte de solidarité entre les générations (retraites) - Un nouveau pacte de solidarité pour les quartiers (rapport remis au Sénat) - Justice et fiscalité : un nouveau pacte de solidarité... Faites donc la recherche sur Google : les pactes de solidarité, il y en a tant qu’on ne sait plus de quoi on parle.

L’idée de solidarité apparaît dans trois domaines : la morale, lorsqu’elle assume la valeur attribuée à une commune nature humaine ; la sociologie, dans la mesure où la solidarité suppose la prééminence du groupe sur l’individu ; et la philosophie politique quand elle apparaît sous la forme de pacte, précisément.

Rousseau a formulé très clairement le rapport entre le pacte et la solidarité : « Sitôt que cette multitude (= le peuple) est ainsi réunie en un corps (= assemblée des citoyens), on ne peut offenser un des membres sans attaquer le corps ; encore moins offenser le corps sans que les membres s’en ressentent. Ainsi le devoir et l’intérêt obligent également les deux parties contractantes à s’entraider mutuellement… » (1) Comprenons la dimension politique de la solidarité : elle est consécutive au pacte social, qui lui-même crée la citoyenneté. Si la solidarité implique la fraternité, alors pas de fraternité en dehors de la citoyenneté. Et pas de citoyenneté sans la nation (entendez par nation, le fait de constituer un peuple par adhésion à une histoire commune). Donc, dire que des pactes de solidarité il y en a à la pelle, c’est simplement constater que ces deux termes sont redondants ; et donc qu’on n’est pas dans le domaine moral, pas plus que dans le domaine social, mais dans le domaine strictement politique.

Essayez un peu pour voir ce que ça donne : nous sommes solidaires des Papous et des Zoulous, parce que nous sommes tous frères. Et pourquoi pas les baleines bleus et les pandas ? La solidarité morale ça existe, en tant qu’idée ; mais quelle action concrète a-t-elle à son action ?

Et avec le Darfour ?

Et que dire de la solidarité avec les lascars des banlieues ?

(1) Rousseau - Du Contrat social, livre I, ch.7 - A lire ici

Tuesday, May 29, 2007

Citation du 30 mai 2007

La seule façon d'être heureux c'est d'aimer souffrir.

Woody Allen

La recette du bonheur : puisque la souffrance est inévitable, jouissons-en ! Facile…

Mais d’abord, comment aimer souffrir ? Trois chemins - illustrés par trois histoires - pour trouver le bonheur.

- 1 - Souffrons comme les Stoïciens, non pas en jouissant de notre souffrance, mais en la considérant comme un phénomène qui se produit sans que nous soyons vraiment concernés.

1ère histoire : C’est l’histoire d’Epictète à l’époque où il était esclave. Son maître pour le punir d’une faute lui tord la jambe. « Fais attention lui dit Epictète, tu vas la casser » Le maître continue ; la jambe casse. « Là ! tu vois, je te l’avais bien dit. Tu es bien avancé maintenant avec un esclave infirme. » Le détachement des stoïciens devant la souffrance est surhumain. Et en plus il est révoltant : ne consiste-t-il pas à accepter n’importe quoi, injustice comprise ?

- 2 - Souffrons donc comme les masochistes. En supposant qu’ils jouissent de la souffrance, ils pourraient tirer bénéfice des aléas de la vie, du voisin insultant, de la femme infidèle, du policier sadique. Tiens, justement, ne pourrait-on neutraliser les sadiques en les accouplant à des masochistes ?

2ème histoire : (évidemment celle-là, vous la connaissez déjà)

- Le Masochiste (au sadique) : Fais-moi mal !
- Le sadique : Non !
- Le Maso : Ouch !

Non, ça ne se passe pas comme ça. Le masochiste, ce n’est pas la souffrance qui fait son bonheur ; c’est l’humiliation imposée par celui qu’il a choisi pour ça : il veut désigner son bourreau, comme Sacher Masoch avec Wanda (cf. Post du 5 août 2006).

- 3 - Souffrons alors comme les épicuriens, en oubliant la souffrance. Car rien ne nous fait vraiment souffrir que la crainte de souffrir un jour. Epicure pense que ce que nous craignons, c’est de perdre ce que nous avons. Pour ne plus souffrir, il ne faut rien posséder qu’on puisse perdre.

3ème histoire : Epicure voit un mendiant qui boit à une fontaine en prenant de l’eau dans ses mains. Il sort son écuelle de sa besace et la brise : « Je constate que j’avais encore quelque chose de trop » dit-il.

Bien entendu, l’existence est aussi quelque chose que nous pouvons perdre, sauf si nous ne faisons que la vivre au jour le jour, c’est à dire dans l’instant présent.

C’est ce que nous suggère notre épicurienne de la Butte aux Cailles (1)


(1) Si vous avez lu mes Posts précédents, vous savez que j’ai déjà dépisté une platonicienne et une pessimiste dans notre Muse : c’est qu’il y a plus d’une Miss dans Miss.Tic

Monday, May 28, 2007

Citation du 29 mai 2007

Dieu dit : Que la lumière soit! Et la lumière fut.

Genèse - 1.3

[Oui, je sais que le 29 mars 2006 j’ai déjà utilisé cette référence. Non, je n’ai pas encore complètement épuisé mon stock de citations. Simplement, il y a un an j’avais insisté sur un tout autre aspect que celui qui motive mon Post d’aujourd’hui. Si vous n’êtes pas content, envoyez-moi les citations originales dont vous aimeriez entendre mon géniââââl commentaire.]

La Création du monde, comment ça marche ?

Sachez donc que pour créer le monde, Dieu parle. Il dit ce qu’il veut créer et ça se crée.

En effet, vous êtes vous demandé déjà pourquoi Dieu dit : Que la lumière soit! A qui parle-t-il donc ? Il n’y a personne pour l’entendre, vu que la Création n’en est qu’à son tout début (en gros, on en est ici au stade du chaos). Si Dieu parle, c’est donc bien uniquement pour créer. (1)

Et en effet, Dieu a créé la lumière simplement en le disant, et non pas en décrivant ce qu’il faisait. Lorsqu’il dit Que la lumière soit, elle surgit, car la puissance de Dieu est telle que la simple évocation de son existence suffit. Haydn a parfaitement illustré cette puissance dans son oratorio La Création : le chœur murmure : « Und Gott sprach : Es werde Licht/ Und es war Licht» Sur le second Licht un fortissimo d’orchestre se déchaîne soutenant celui des voix. Un murmure de Dieu suffit à illuminer l’univers.

Et maintenant, on voudrait savoir quelle est la nature de ce pouvoir du langage. La Création du monde, Dieu la « parle » parce que sa parole est logos : le logos de l’Evangile (cf. Post du 19 septembre 2006) est à la fois parole et raison, force créatrice et raison d’être.

Nous qui ne sommes pas des Dieux, nous aussi nous pouvons « faire en parlant », car nous avons accès aux énoncés performatifs. J.L. Austin (2) explique que ces énoncés sont des actes, caractérisés par le fait Que nous devons les signifier à autrui (3) ; Que les circonstances soient conformes (4). Ainsi, si je dis : « Je te parie que je vais gagner le concours (du plus gros mangeur des spaghettis) » la phrase que je prononce constitue le pari ; il n’y a rien de plus à ajouter, sous réserve que je m’adresse à quelqu’un qui parie avec moi. Mais si je dis « Que la lumière soit », il ne se passera rien - à moins que je sois Dieu.

Entre Dieu et nous il ne suffit pas d’évoquer une quelconque différence de puissance. Les énoncés performatifs ont besoin, pour être efficaces, de la coutume sociale en dehors de la quelle ils perdent toute raison d’être. Le pouvoir créateur du mot n’appartient qu’à Dieu qui est le logos ; chez nous il n’existe que comme rêve du sorcier et de la formule magique.

Si ça vous intéresse, allez vous ressourcer chez Poudlard.


(1) Mais Dieu peut aussi faire sans dire ; voyez le verset suivant : Dieu vit que la lumière était bonne; et Dieu sépara la lumière d'avec les ténèbres. Dieu n’a pas dit « Que la lumière se sépare des ténèbres » : il l’a fait.

(2) cf. Austin Quand dire c’est faire - Détails sur la théorie d’Austin ici. Voir aussi Post du 5 mai 2006

(3) A noter qu’il ne s’agit pas nécessairement d’ordres, ni de paroles qui agissent sur la volonté ou l’affectivité d’autrui (ça ce sont plutôt les perlocutions). L’exemple du pari est celui d’une illocution (voir référence citée)

(4) Un acteur qui joue le rôle du maire dans une scène de mariage ne marie pas réellement les comédiens qui se sont dit « Oui »

Sunday, May 27, 2007

Citation du 28 mai 2007

Le larcin, l’inceste, le meurtre des enfants et des pères, tout a eu sa place entre les actions vertueuses.

Pascal – Pensées (fragment 294 édition Brunschwicg)

Cette citation de Pascal, moins connue peut-être que la formule qui la précède : « Vérité en-deça des Pyrénées, erreur au-delà », résume assez bien la critique pascalienne de la justice humaine, considérée comme une prétention intenable des hommes à s’affranchir de la justice divine, la seule qui soit effectivement universelle.

Sans entrer dans la discussion de ce relativisme (1), je voudrais évoquer les cas qui confirment les exemples choisis par Pascal.

- Le larcin : sans problème, le vol a été et est encore considéré comme le droit du guerrier vainqueur. D’abord parce que le droit n’est autre que l’expression de la volonté du plus fort (voir la thèse de Polos, dans le Gorgias de Platon) ; ensuite parce que l’usage a été que le pillage soit sa récompense.

- L’inceste : on a déjà dit ici je crois que Lévi-Strauss avait posé en principe que la prohibition de l’inceste était la seule règle culturelle absolument universelle : partout et toujours il y a des femmes interdites pour certains hommes et des hommes interdits pour certaines femmes (même si ce ne sont pas les mêmes selon les civilisations). Mais lorsque l’homme est un Dieu vivant comme le Pharaon, alors il peut se faire qu’il ait le devoir d’épouser sa sœur.

- Le meurtre des enfants : passons sur la tolérance de l’infanticide des filles qui est toujours pratiqué en Chine et aux Indes. Dans des civilisations plus archaïques, comme en Mélanésie, la mère possède un droit absolu sur la vie de l’enfant. Chez les Romains, le nourrisson était déposé dès sa naissance aux pieds du père par la matrone. Si le père acceptait l’enfant il le prenait entre ses mains (on disait alors qu’il l’élevait) ; s’il le laissait à terre, alors il était tué (ou bien comme en Grèce exposé c’est à dire déposé hors des remparts où les bêtes sauvages le dévoraient). Et tout ceci était parfaitement légitime.

- Le meurtre des pères : voyez le scénario de la ballade de Narayama – de Shohei Imamura (Palme d’Or 1983) « Agés de 70 ans les ancêtres du village doivent se rendre dans un sanctuaire perché sur la montagne, au prix d’une rude ascension, portés par leur fils aîné, pour y mourir. » (La suite ici)

Les amateurs de polémiques continueront avec les avortoirs pour IVG et les mouroirs de retraite.

(1) Relativisme résumé dans ce principe du droit romain : Nullum crimen sine lege (Il n’y pas de crime si la loi ne le prévoit pas)

Saturday, May 26, 2007

Citation du 27 mai 2007

Si l’Etat est fort, il nous écrase. S’il est faible, nous périssons.

Paul Valéry – Regards sur le monde actuel

Cette citation, Dieu sait (?) combien de fois elle a servi de sujet de culture G. dans des concours de tous niveaux. Et Dieu sait ( ??) combien de banalités ont afflué sous la plume de ces pauvres candidats, qui profitaient de l’occasion pour prouver qu’ils pouvaient inventer l’eau tiède. Ne leur jetons pas la pierre, Valéry lui-même concluait : « C’est une question d’équilibre ». Notre challenge du jour : trouver quelque chose d’un peu plus intéressant à dire.

C’est pourtant simple : il suffit d’utiliser la distinction entre les « droits-liberté » et les « droits-créance », tels qu’ils sont décrits par Ferry et Renaut au tome 3 de leur Philosophie politique (postface).

Si l’Etat est fort, il nous écrase : ça vise les droits-liberté, ceux qui nous garantissent l’indépendance individuelle, liberté de conscience, d’opinion, de voyager etc…, bref tous les Droits de l’homme. Et bien sûr l’Etat nous le savons peut nous priver de tel ou tel de ces droits. D’où l’idée que nous devons nous protéger des abus de pourvoir d’Etat qui concentrerait tous les pouvoirs dans les mêmes mains.

S’il est faible, nous périssons : là il ne s’agit plus des droits-liberté, mais des droits-créance. Les droits-créance sont des droits dont la satisfaction est garantie par l’Etat dans la mesure où ils peuvent être légitimement revendiqués par le citoyen. L’éducation, l’accès aux soins, bref, les droits sociaux en général font partie de ces droits-créance (1). Ces droits font appel à un Etat puissant et interventionniste, que certains dénoncent pourtant comme Etat-Providence. Si l’Etat-Providence vient à dépérir, s’il n’a plus d’argent pour assurer l’Education, pour renflouer les caisses de la sécu, pour payer les fonctionnaires, alors non seulement nous sommes en péril, mais l’Etat l’est également par perte de légitimité. Imagine-t-on un monarque d’ancien régime faisant le bilan de son action en faveur du peuple pour affirmer sa légitimité face à un usurpateur ? Non, bien sûr sa généalogie est seule probante. Pourtant le chef d’un Etat démocratique doit quand à lui évoquer un bon bilan social s’il brigue la réélection.

Quelle limite imposer à l’Etat-Providence ? Ferry-Renaud proposent le droit au travail. Certes celui ci est reconnu par notre Constitution, mais pas en tant que droit opposable (cf. 1). Le droit au travail suppose que l’Etat embauche lui-même tous les hommes en age de travailler et qui ne trouveraient pas de travail. C’est un Etat qui contrôle donc l’activité économique du pays : c’est un Etat sur le modèle soviétique ; qui était un Etat fort, écrasant même.

(1) J’ajouterai le droit au logement, devenu depuis peu un droit « opposable », c’est à dire un droit tout court.

Friday, May 25, 2007

Citation du 26 mai 2007

« Préludes de la science. - Croyez-vous donc que les sciences se seraient formées et seraient devenues grandes si les magiciens, les alchimistes, les astrologues et les sorcières ne les avaient pas précédées, eux qui durent créer tout d'abord, par leurs promesses et leurs engagements trompeurs, la soif, la faim et le goût des puissances cachées et défendues ? Si l'on n'avait pas dû promettre infiniment plus qu'on ne pourra jamais tenir pour que quelque chose puisse s'accomplir dans le domaine de la connaissance ? »

Friedrich Nietzsche - Le Gai Savoir.

Si je ne lisais que la première partie de cette citation, je dirais qu’elle développe une idée fort courante à l’époque où Nietzsche l’écrit (1182-1887) : les prêtres et les savants poursuivent la même recherche – la même chimère selon Nietzsche. Celle d'un savoir qui soit aussi un pouvoir.

Mais depuis Nietzsche, la science s’est émancipée de notre attente, et voici qu’elle nous propose l’Apocalypse ;

- Capacité de déclencher l’Apocalypse nucléaire : certes l’énergie nucléaire est la réponse à une attente que ce soit celle de la victoire militaire ou celle de la conquête de l’énergie inépuisable (maîtrise de la fusion nucléaire). Mais il y a eu Hiroshima et Nagasaki et puis on a eu Tchernobyl, et c’est un miracle que la liste s’arrête là.

- Capacité de prévoir l’Apocalypse écologique : Non seulement la science nous a donné les moyens de transformer la nature, mais elle nous donne les moyens d’en prévoir les effets : trou dans la couche d’ozone, réchauffement de la planète, disparition d’espèces animales, etc...

Ce qui a changé ainsi, c’est l’évaluation respective rôle du savant par rapport à celui du politique (pour parler comme Weber) : à l’époque de Nietzsche, les savants étaient considérés comme les futurs bienfaiteurs de l’humanité. Alors que les politiques enlisés dans des idéologies hors du temps agitaient des promesses ou des menaces eschatologiques, les savants, eux et eux seuls paraissaient capables d’assumer ce projet révolutionnaire d’une humanité soulagée des maux de sa condition. Ayant le pouvoir de la science, ils avaient toutes les clés en main. On a cru pouvoir se passer des politiques, comme on se passe d’intermédiaires inutiles.

Aujourd’hui, ce sont ces politiques qui sont en première ligne ; certes il a fallu l’investigation scientifique indépendante pour découvrir l’avenir pas radieux qui nous attends. Mais ça ne veut pas dire que le pouvoir politique se trouve ainsi contourné ; l’idée d’un présidium mondial composé des savants internationaux destiné à gouverner le monde selon la science est une fiction romanesque. Nos hommes politiques ne savent pas ce qu’il convient de faire ; mais ils sont les seuls à pouvoir le faire.

Bref : l’écologie sera politique ou elle ne sera pas.

Thursday, May 24, 2007

Citation du 25 mai 2007

LA FRANCE ne peut accueillir toute la misère du monde, mais elle doit savoir en prendre fidèlement sa part.

Michel Rocard - Le Monde du samedi 24 août 1996 (Point de vue).

Dans cet article de 1996 (lire), Michel Rocard revient sur cette phrase - qu’il avait prononcée en 1990 - pour souligner qu’elle avait été utilisée et tronquée par le gouvernement de droite afin de justifier ses mesures anti-immigration (lois Pasqua de 1993).

Qu’on me permette de ne pas rouvrir le débat sur l’immigration qui d’ailleurs n’a pas besoin qu’on le rouvre, vu qu’il n’a pas été refermé. Je noterai seulement que la phrase de Rocard a pour objet de délimiter une démarche d’accueil volontaire et raisonné, je dirai même planifié.

N’est-ce pas étonnant de croire qu’on va planifier ce qui se produit forcément de façon anarchique et incoercible ? Peut-on planifier l’écoulement des laves du volcan ? Peut-on canaliser la vague du tsunami ? Lorsque des millions d’hommes et de femmes meurent de faim, peut-on les empêcher de prendre la route, la pirogue, le camion du passeur pour aller chercher ailleurs les moyens de survivre un peu plus longtemps ? Ces pauvres gens n’ont rien à perdre que la vie ; ils sont exactement dans la situation des prolétaires auxquels s’adressait Marx (1).

En fait tout ça on le sait bien, mais on fait comme si on y pouvait quelque chose. « Ce mystère nous dépasse, feignons donc d’en être les organisateurs » disait à peu près Cocteau.

- Reconduite à la frontière : autant vouloir vider la mer avec une petite cuillère, à moins que vous ne soyez prêt à financer leur avion pour Bamako - mais si c’est pour Bagdad ou pour Kaboul, faites-le escorter par une escadrille de Rafales.

- Interdiction pour les sans-papiers de travailler (idem pour les demandeurs d’asiles) : bon, autant les encourager à vivre de larcins. C’est vrai les voleurs gagnent plus à voler les riches de chez nous que les miséreux de leur pays d’origine.

- Contrôle des frontières, arrestation des passeurs, démantèlement des filières clandestines : qui ne voit que les profiteurs de misère prolifèrent autant que la misère elle-même ? Et même qu’ils font leurs choux-gras de toutes les mesures coercitives qui, faute de décourager les candidats à l’immigration, renchérit les frais de passage.

Ces réflexions n’ont pas pour objet de désespérer les généreux (bobos ?), ni d’exciter les méchants <-----> (2). Je dirai que c’est pour moi un indice de sincérité politique : le fameux parler-vrai (Rocard encore) se révèle lorsqu’on me dit : « Solution de l’immigration : Co-développement » Tout autre propos sent l’idéologie, ou si vous préférez l’intox.

Si vous ne voulez pas être envahi par des crève-la-faim, aidez les à ne plus mourir de faim. Si vous ne le pouvez pas, ne prétendez pas que c’est en faisant autre chose que vous règlerez le problème. (3)

Ou alors, si : devenez fondateur d’Emmaüs-sans-frontière : la place est vacante.


(1) « Les prolétaires n’ont rien à perdre que leurs chaînes. Ils ont un monde à gagner.
Prolétaires de tous les pays, unissez-vous. » (Manifeste du parti communiste)

(2) Déminage 1 : je vous laisserai le soin de nommer qui vous voudrez

(3) Déminage 2 : j’entends bien que le plus pauvre bédouin a encore toute la richesse de sa civilisation à partager avec nous… (oui mais nous, nous lui proposons quoi en échange ?)

Wednesday, May 23, 2007

Citation du 24 mai 2007

N'avouez jamais!

Avinain - 29 novembre 1867 (1)

On dit que les vrais criminels n’avouent jamais, c’est même à ça qu’on les reconnaît… Est-ce si sûr ?

A présent où le jeu « gagnant-gagnant » a obtenu ses lettres de noblesses, nous pouvons revenir sur ce principe. Ça s’appelle le « Dilemme du prisonnier » et ça étudie le comportement des joueurs dans un jeu à somme non nulle (2) sur l’exemple suivant : Deux suspects sont arrêtés par la police. Mais les policiers n'ont pas assez de preuves pour les inculper, donc ils les interrogent séparément en leur faisant la même offre. « Si tu dénonces ton complice et qu'il ne te dénonce pas, tu seras remis en liberté et l'autre écopera de 10 ans de prison. Si tu le dénonces et lui aussi, vous écoperez tous les deux de 5 ans de prison. Si personne ne se dénonce, vous aurez tous deux 6 mois de prison. » Comme c’est un peu technique je me bornerai à quelques observations, renvoyant ceux qui voudraient en savoir d’avantage à cette page de Wikipedia

Dans un pareil cas, faut-il coopérer, et si oui, avec qui et comment ?

- D’abord observons que notre malheureux boucher a été victime d’un tricheur, la grâce impériale qu’on suppose promise n’ayant pas été accordée. Mais surtout, si son cas est tragique, c’est qu’il ne s’agit pas d’un jeu itéré (=répété), le boucher n’a pu jouer qu’une fois, et puis après il a perdu la tête. Mais lorsqu’on joue plusieurs parties avec le même adversaire, alors le « donnant-donnant » est utile.

- Si l’autre joueur est mon concurrent, je coopère avec la police au premier coup, puis je calque mon comportement sur celui de mon adversaire.

- Si l’autre joueur est mon associé, et non mon adversaire, alors la coopération est la meilleure solution: c’est seulement dans ce cas qu’on peut parler de jeu « gagnant-gagnant ».

Transposons maintenant au plan politique : le second cas est manifestement celui d’un candidat face à ses électeurs : si je gagne vous gagnez aussi. Le premier cas est celui du leader politique face au leader d’un autre parti : allions-nous pour être plus fort. Si tu me trahis, je te combattrai aussi.

Tout le problème est de savoir si le candidat n’est pas d’abord un leader qui cherche à faire gagner son parti.

Si vous voulez jouer à votre tour essayez ceci.

(1) - Le boucher Avinain, condamné à mort pour vol et assassinat, fut guillotiné le 29 novembre 1867. Jusqu'au dernier moment, il avait espéré la grâce impériale, en échange des aveux qu'il avait consenti à faire après le jugement. Mais le matin de son exécution, quand on vint lui demander "d'avoir du courage" et qu'on lui fit sa dernière toilette, il eut ces mots désespérés: "Ceux qui avouent sont toujours condamnés".
Bien des avocats se sont fait les disciples de ce boucher devenu trop tard clairvoyant, quand ils conseillent à leurs clients de nier formellement et constamment, de manière à laisser planer un doute dans l'esprit des juges.

(2) La somme des « gains » des joueurs varie d’une partie à l’autre : ici il s’agit des années de prison.

Tuesday, May 22, 2007

Citation du 23 mai 2007

Une banque, c'est un endroit où l'on vous prête un parapluie quand il fait beau et où l'on vous le reprend quand il pleut.

Jérôme K. Jérôme

A quoi bon quelqu’un qui ne me procure que ce dont je n’ai pas besoin ? A quoi bon une banque qui ne prête qu’aux riches ?

Et nous, quel besoin avons nous d’une banque ? Pour tenir nos comptes ? Pour effectuer nos payement à notre place ? Notez, c’est quand même nous qui payons au bout du compte. On a simplement créé toutes sortes d’intermédiaires de courroies de transmissions qui sont sensées faciliter le commerce. Au lieu de payer ce que je dois au monsieur qui est en face de moi, je demande à mon banquier, qui est je ne sais où, de bien vouloir payer ce monsieur qui est en face de moi… J’ai vu un palabre africain où un homme pour s’adresser au chef de tribu qui est assis à 3 mètres de lui, doit énoncer son message à un truchement qui le va répéter au chef ; les fonctionnaires connaissent ce procédé ; c’est la voie hiérarchique - Tordant.

Bref : si les banques ne faisaient que ça, elles ne deviendraient pas bien riches.

Pour en revenir à notre point de départ, la vraie question c’est : pourquoi les riches ont-ils besoin qu’on leur prête de l’argent ? Et la réponse, c’est : pour devenir encore plus riches. Nous avons déjà abordé la question avec la Parabole des Talents - St-Matth - XXV, 29 (voir 23 janvier 2006) : l’argent crée de la richesse, et plus on en a plus on s’enrichit.

Application. Vous voulez vous acheter une maison pour vous loger : mais votre banquier refuse le prêt parce que vous n’avez pas les garanties nécessaires : on vous reprend [le parapluie] quand il pleut. Maintenant vous êtes déjà propriétaire, et vous empruntez pour acheter un immeuble que vous allez louer à des étudiants pour le rentabiliser ; votre banquier vous accorde le prêt et en plus il vous offre le cigare : il vous prête un parapluie quand il fait beau.

C.Q.F.D.

Monday, May 21, 2007

Citation du 22 mai 2007

Con, non pas con, mais petit sadinet (1)/ Con, mon plaisir, mon gentil jardinet../
Anonyme - Le con de la pucelle - Poème du cycle Blason anatomique du corps féminin - Edité dans : Louise Labé œuvres poétiques Poésie/Gallimard
Alors que tant de fleurs ont des noms poétiques /Tendre corps féminin' c'est fort malencontreux /Que la fleur la plus douce la plus érotique /Et la plus enivrante en ait de plus scabreux.
Mais le pire de tous est un petit vocable /De trois lettres pas plus familier coutumier /Il est inexplicable il est irrévocable /Honte à celui-là qui l'employa le premier […]
Georges Brassens - Le Blason (2)

Faut-il avoir peur des mots ? Peut-on célébrer ce qui fait un des attraits de la femme sans passer par la litote et la métaphore ?
Brassens s’indigne que le mot qui désigne ce sanctuaire serve à désigner aussi ceux des humains que l’on méprise. J’ai déjà traité de ce genre de vocable le 12 février : rappelons que le <con> - comme le couillon - occupe le pôle passif dans l’acte sexuel et que c’est à ce titre qu’il est déprécié.
Mais voyez le Blason du XVIème siècle cité plus haut ; voyez la tendresse de l’Anonyme, et l’élégance de son éloge. Le mot si honni par Brassens (= con) n’y apparaît-il pas transfiguré par le poète ?
Si ce poème paraît si limpide, si frais, c’est qu’il est juste à mi distance entre l’éloge bien pompeuse et bien sirupeuse qui serait absolument ridicule ici, et de l’allusion graveleuse mettant en jeu le rapport sexuel. Oui, j’ose le dire, l’Anonyme qui célèbre Le con de la pucelle prend la seule attitude qui vaille - pour un poète - : l’attitude contemplative. Il décrit un objet adorable ; il se trouve que ce soit le con de la demoiselle, mais si c’était sa main ou son cou délicat, ce serait la même chose.
Et, je dirai aussi quitte à peiner les admirateurs de Brassens, que celui-ci n’ a pas pris ce chemin, lui qui termine son Blason ainsi :
« En attendant madame il semblerait dommage / Et vos adorateurs en seraient tous peinés / D'aller perdre de vue que pour lui rendre hommage / Il est d'autre moyen et que je les connais / Et que je les connais. »
Pas très poétique ça…
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(1) Sadinet - Subst. : vulve. Adj. : mignonnet, gentil, gracieux
(2) Sans entrer dans les détails que vous retrouverez ici, disons que ces poèmes sont des éloges ici du corps féminin. On trouve aussi les « contreblasons » qui dénigrent ce que les « blasons » ont loué (voir le contreblason du tétin de Marot « Tétin qui n’as rien que la peau,/ Tétin flac, tétin de drapeau… » - à compare avec le Blason si connu déjà cité)

Sunday, May 20, 2007

Citation du 21 mai 2007

Le sport, activité noble qui, à l'instar ... de la cuisine au bain-marie ..., permet à l'humain de dépasser son animalité.

Jean Dion - Dans Le Devoir (journal québécois). (1)

Cuisiner, c’est dépasser son animalité : même les cannibales sont de fins cuisiniers (pour vous en convaincre, lisez Pierre Clastres, Chronique des Indiens Guayakis : il y a plein de recettes pour accommoder des restes humains). C’est donc un acte culturel par excellence.

C’est ce que Lévi-Strauss a montré avec son célèbre triangle culinaire




Chacun des sommets du triangle représente l’une des façons de transformer de la matière vivante en nourriture (les viandes entre autre). Certaines transformations sont certes plus proches de la nature que des élaborations « culturelles » :

- le cuit-fumé est plus proche de la nature comme mode d’élaboration (parce qu’entre le feu et la viande il n’y a que l’air (=la fumée)) que le « cuit-bouilli » qui requiert en plus des ustensiles (récipients) et un médium (l’eau).

- Mais en revanche, le résultat du premier est plus culturel que le second : le boucané se conserve plus longtemps qu’à l’état naturel ; le bouilli par contre ne se conserve guère.

J’ajouterai que si le pourri nous paraît incompatible avec la consommation, c’est que nous avons oublié que, traditionnellement, il se retrouvait articulé avec d’autres modes de préparation culinaire (cas du faisandage ; nous parlons aujourd’hui plus joliment de viandes « rassies »).

Au fond ce qui est utile, ce n’est pas de remplacer son livre de cuisine par un traité d’anthropologie (même structurale). C’est de prendre conscience que rien dans ce que fait l’homme n’est strictement naturel. Et tout acte de culture peut s’analyser en terme d’opposition (cru/cuit ; salé/sucré)… Et que ces oppositions ne sont pas naturelles mais qu’elles dépendent du système dans le quel elles figurent (exemple justement du sucré et du salé, qui ne s’opposent pas dans toutes les cuisines).

A méditer à l’heure où le métissage des cuisines est plutôt à la mode…
…mais le ministère de l’identité nationale va y mettre bon ordre, je sens ça.

(1) Qui c’est ce Jean Dion ? Le père de Céline ? Tout ce que j’ai trouvé, c’est ça : Conseiller en communication québécois (1949- ) auteurs de nouvelles.

Saturday, May 19, 2007

Citation du 20 mai 2007

Eros Erosion Eros Erosion

Miss.Tic - Toi et moi - Exposition avec Jean Faucheur à la Galerie Chappe (jusqu’au 30 mai 2007)

Mâles…Femelles… On l’a compris, les prises ont un sexe. Mais ont-elles une libido ?

Miss.Tic nous aide à répondre en nous offrant cette image : oui, les prise symbolisent le cycle de la vie érotique.

Image énigmatique, que cet alignement de prises femelles (1), encastrées dans le mur, désignées par ces inscriptions analogues à des repérages de fusibles : tout cela est strictement technique…

Pourtant ces prises qui présentent des orifices noirs perforant des plaques de plastique blanches, et ces inscriptions Eros/Erosion lancent l’imagination… sur des chemins où elle risque de se perdre.

Je tenterai donc une fois encore une plongée philosophique dans cet étrange univers. Mais je serai secondé par les ressources de la rhétorique : Eros/Erosion : la paronymie (2) redouble l’image pour guider notre imagination sur les chemins du sens : Eros est aussi dans l’Erosion : leur relation est de l'ordre de l'essence.

Nous le savons déjà, Miss.Tic est platonicienne (Post du 20 janvier 2007). Il est donc pour nous facile de retrouver dans le Banquet le Dieu Eros que Platon nous décrit ainsi : Eros, dit-il, est tantôt plein de sève jeune et vigoureux, tantôt renfrogné, recroquevillé sur lui-même. Après la bandaison (3), la débandaison … Encore des paronymes (on ne peut plus s’en passer).

Mais Platon va plus loin : Eros est par nature ingénieux, capable de toutes sortes d’invention pour conquérir ce qu’il convoite, et pourtant l’instant d’après, incapable de conserver ce qu’il avait conquis. Eros…Erosion du désir, érosion de la possession, pas plus que le sable ne retient l’eau, l’amour ne retient l’être capturé.

Comment éviter l’érosion de l’amour ? Suivez là encore Platon : la déception vient du décalage entre l’élan du désir et l’objet qu’il se choisit. L’amour est désir d’éternité. Seule la beauté absolue peut nous en donner l’expérience ; encore faut-il la rencontrer au-delà de l’apparence trompeuse des beaux corps. La beauté suprême étant la sagesse, et la philosophie étant « amour-de-la-sagesse », elle est le comble de l’érotisme.

La philosophie : un Eros sans érosion.

(1) Ceux qui voudraient prétendre que deux d’entre elles arborant une broche phallique sont bisexuelles, ne sont que des sodomiseurs de mouches ou des crypto-exciseurs : dehors !

(2) Les paronymes sont des homonymes approximatifs. Un exemple de paronymie : « lingères légères » (P. Eluard)... et bon nombre de pochoirs de notre Muse.

(3) Voir notre Post du 17 mai 2007

Friday, May 18, 2007

Citation du 19 mai 2007

Le croyant qui ne macère pas sa chair par une abstinence appropriée, qui la nourrit de vices et de concupiscences, assimile la graisse des péchés, et, en face de Dieu, il devient un rebut putride.

Hildegard von Bingen - Le Livre des oeuvres divines

Le racisme anti-gros ne date pas d’hier. La phobie de la graisse n’est pas nouvelle en effet : Hildegarde a vécu au XIIème siècle, époque qui n’est pas spécialement réputée pour ses régimes diététiques. Et pourtant, voici que la nourriture, la graisse, la putréfaction, apparaissent déjà comme des symboles du mal

L’un des aspects de cette condamnation porte donc sur la graisse : la mauvaise graisse comme on dirait aujourd’hui, qui est le symbole du péché, et du vice.

Les gros, les obèses, voilà des termes péjoratifs : pourquoi condamner ainsi le « surpoids » ? Est-ce parce qu’il devient un handicap pour ceux qui en sont porteur ? Non, bien sûr : personne n’aurait l’idée d’ajouter au malheur d’un sourd ou d’un aveugle en lui reprochant son infirmité. Non seulement l’obèse est considéré comme responsable de son obésité, mais encore c’est par une pratique pernicieuse, par un amour déréglé de la nourriture, par une gourmandise vicieuse assortie d’une absence totale de volonté, qu’il provoque et entretient ce dérèglement. Il est jugé aussi sévèrement que l’alcoolique, et même plus peut-être, parce qu’on pense que l’alcoolique est victime d’une dépendance - une addiction comme on dit aujourd’hui - qui finit par le rendre irresponsable.

Ce que pointe Hildegarde, c’est ceci : la graisse est le symbole du péché, parce que, comme lui, elle prolifère sur le corps, lorsque le désir parasite ses fonctions vitales et les détoure vers la jouissance.

Au fond, c’est peut-être cela qui nous frappe : il n’y a pas besoin de tabou alimentaire (1), interdisant la consommation de tel ou tel type de viande ou de nourriture. Ce qui est condamné ici, c’est le détournement de la satisfaction du besoin vers la jouissance du désir.

C’est exactement ce que disait Freud à propose de la libido : elle se développe par étayage (voir ceci) sur une fonction biologique : voyez le petit enfant qui tête sa mère. Une fois rassasié, il ne tête plus mais il suçote : ceci ne permet plus de se nourrir, mais il se donne du plaisir. La libido (orale) se développe par parasitage de la nutrition.

Alors suffirait-il de sucer sa tablette de chocolat ? Non, parce que si on échappe à la graisse, on n’échappe pas au péché.

(1) Voir Post du 24 septembre 2006

Thursday, May 17, 2007

Citation du 18 mai 2007

L’UDF ne disparaît pas, elle se dépasse [en devenant l’UDF-Mouvement Démocrate].

François Bayrou - Discours pour la création du Modem (Libération du 11 mai 2007)

Après le devoir d’oubli (1), le dépassement de soi-même : quand je vous disais que nos politiciens prennent des cours du soir de philosophie…

Comment peut-on se dépasser soi-même ? En grimpant sur ses propres épaules ? En courant plus vite que son ombre ?

Non bien sûr. François Bayrou veut faire du Modem un parti autre que l’UDF, qui ira plus loin que lui, mais toujours sur le même chemin (disons : ni droite ni gauche). Le nouveau parti dépassera l’ancien comme le cycliste dépasse celui qui le précède lors d’un sprint.

- Et alors, c’est tout ??? Si c’était le cas, avouez que le message politique serait plutôt mince.

- Voici donc, décrypté à votre intention, la substantifique moelle de la pensée bayrouïste (sic ?)

Il s’agit bien évidemment non pas du dépassement dans l’espace, mais du dépassement dans l’être : je veux dire le dépassement de soi-même. Et en effet, le dépassement de soi-même n’est autre que le concept clé de la dialectique hégélienne : l’Aufhebung, que les traducteurs de Hegel renoncent à traduire, tant ce terme est lié substantiellement à sa philosophie.(1)

Le dépassement c’est le moment dialectique où ce qui était, est anéanti par ce qui advient, et pourtant se conserve en même temps (2). Autant dire que ce qui est anéanti ne l’est pas complètement et sera réalisé par une autre forme d’organisation. L’image qu’on donne habituellement est celle du fruit qui « dépasse » la fleur, la quelle a « dépassé » le bourgeon : il faut que la fleur meure pour que le fruit soit (voir le célèbre passage de l’Evangile de Saint-Jean « Si le grain ne meurt… » 12, 24-25). Hegel impose l’idée que la dialectique n’est pas seulement une méthode d’analyse, c’est à dire une philosophie, mais qu’elle est aussi un ressort de la nature : tout ce qui vit se développe de façon dialectique.

Alors, voici que François Bayrou ressuscite la vision dialectique de l’histoire : le Modem doit être quelque chose comme le dépassement des contraires. Après le centre droit de gouvernement - giscardisme - (= la Thèse), et le centre droit d’opposition - UDF-bayrouiste - (= l’Antithèse), voici le centre-Modem (= la Synthèse) dans le quel vont ( ?) tomber et la droite et la gauche. Une sorte de trou dans le quel glisseront ceux qui, à gauche comme à droite, ne seront pas solidement ancrés sur leurs bases. Synthèse par sédimentation, puis fermentation (dans les océans primitifs, ça a fini par donner du pétrole : pas mal…) afin de produire une force politique nouvelle.

Voilà le travail… Seulement, François veut faire l’économie de la Révolution : est-ce bien raisonnable ?

Centristes de tout le pays, unissez-vous !


(1) A côté de Sarkozy le nietzschéen (voir Post du 14 mai), voici Bayrou l’hégélien : ces deux-là, ils ne sont pas près de s’entendre…

(2) Si vous aviez pris des notes pendant votre cours de philo au lieu de faire des petits dessins dans votre cahier, vous pourriez y retrouver que la dialectique ce n’est pas seulement 3 moments (thèse-antithèse-synthèse) mais aussi le mouvement qui fait passer d’un terme à l’autre. En guise de rattrapage, voir ceci

Wednesday, May 16, 2007

Citation du 17 mai 2007

Les chevaux et les styles de race ont du sang plein les veines, et on le voit battre sous la peau et sous les mots, depuis l’oreille jusqu’aux sabots. La vie ! La vie ! Bander, tout est là.

G. Flaubert - Lettre à Louise Colet (15 juillet 1853)

Bander, tout est là….

Le 20 avril 2006, je soumettais à votre sagacité cette citation de Baudelaire : « La brute seule bande bien, et la fouterie est le lyrisme du peuple. ». Vous voyez que nos grands littérateurs post-romantiques avaient une source d’inspiration assez proche : pour Baudelaire, la bestialité est la vie ; pour Flaubert, la vie et la création littéraire ne font qu’un seul et même élan. Entre la pulsion sexuelle et les créations les plus sublimes de l’esprit, il y a continuité.

Je passe sur l’exploitation psychanalytique du sujet (avec la sublimation) pour attaquer l’aspect scabreux : supposons que le concept de « bandaison » (pour signifier la continuité entre la vie comme vitalité, et la création littéraire) soit indispensable à la création. Alors que dire des artistes féminines ?

Y a-t-il un équivalent de la bandaison chez les dames ? La question est scabreuse en effet, mais ce n’est pas tant ça qui prime. Ce qui m’intéresse, c’est plus tôt la question « que savons-nous les un(e)s des autres ? ». Quand Flaubert écrit à Louise « Bander, tout est là » qu’est-ce qu’il imagine qu’elle imagine ? Comment espère-t-il lui faire comprendre ce qu’est ce ressort de la création littéraire ? A moins qu’une fois de plus, en écrivant à Louise, ce ne soit qu’à lui-même qu’il s’adresse. (1)

En fait Gustave a bien tenté d’expliquer à Louise ce qu’il voulait dire : le sang qui bat dans les veines, la vivacité du galop, les mots pleins la tête qui se jettent sur la papier… Oui, Louise sait ce que c’est. Mais la suite ? La sexualité féminine, Freud disait que c’était le continent noir de la psychanalyse. Et comme on le sait, il allait jusqu’à dire que la libido féminine n’existait pas.

Alors, la solution, si elle existe consiste dans l’affirmation qu’entre femmes et hommes il y a continuité, voire même superposition (pas de mauvaises pensées je vous prie) : il y a du féminin dans l’homme ; il y a une part virile chez la femme. Reste à savoir si ça s’applique à ce cas.

Au cours d’une émission « Apostrophe », Frédéric Dard déclarait : « Moi, le jour où je ne banderai plus, je me suiciderai » (2). Une femme dirait-elle l’équivalent ?

(1) Sur certains aspects des rapports de Flaubert et de sa Muse, voir Post du 13 mai 2007

(2) Il n’avait pas promis de réussir ce suicide. Il a survécu.

Tuesday, May 15, 2007

Citation du 16 mai 2007

Le roi est mort, vive le roi !

Proclamation traditionnelle lors de l’enterrement du roi de France (1)

La monarchie connaissait un moment essentiel : celui de la transmission du pouvoir d’un roi à son successeur, qui avait lieu au moment des funérailles. Elle se faisait par la formule citée : « Le roi est mort, vive le roi ! »

Il s’agissait de montrer que le lien sacré unissant le Roi à sa fonction n’était pas rompu, et que le nouveau roi participait de la même légitimité, la continuité de la fonction impliquant la permanence du lien.

Nous autres républicains avons aussi la cérémonie de la passation du pouvoir d’un Président à un autre. Simplement, nous n’avons pas besoin d’attendre la mort d’un roi pour remplacer un président. C’est toujours ça de pris…

Mais l’idée est la même : il ne doit pas y avoir vacance du pouvoir. Toutefois, notre interprétation est beaucoup plus utilitariste : nous comprenons cette continuité par l’obligation que le pouvoir suprême soit en mesure de s’exercer à tout moment du fait des dangers qui menacent le pays. C’est sans doute ce qui explique que lors de l’entrevue qui accompagne la passation de pouvoir le président sortant remette les codes du feu nucléaire à son successeur (2).

Admettons que cette légende soit vraie. Et si on avait tort de ne voir là qu’une obsession sécuritaire ? Si comme pour le roi de France, on avait affaire à une réaffirmation du pouvoir absolu du monarque républicain ? Quelque chose comme l’adoubement du nouveau Prince par la prise de possession du pouvoir régalien par excellence : celui de détruire la planète. Je détiens le bouton rouge, donc je suis tout puissant ; je suis tout puissant, donc je suis le roi.

Hobbes disait que l’Etat était un « Dieu mortel » (3). Louis XIV aurait dit « L’Etat, c’est moi ».

La conclusion, nos Présidents Républicains l’ont, semble-t-il, tirée depuis longtemps.

(1) Voir cet article. A noter que ce n’est pas par snobisme que je cite Wikipedia en anglais, mais parce que l’article français est moins bien documenté.

(2) Si c’est une légende, elle a la vie dure. Voici ce qu’on raconte : au moment de l’entrevue précédant la passation de pouvoir, Giscard avait remis à Mitterrand un médaillon dans le quel était enfermé ce code. Dans l’après midi Mitterrand s’efforce de l’ouvrir ; pince, tournevis ; il y arrive finalement pour constater que le médaillon est vide. On pourrait en faire un conte philosophique.

(3) Hobbes - Léviathan, I, 17 (lire)

Monday, May 14, 2007

Citation du 15 mai 2007

Qu'est-ce qu'un musicien qui n'est pas joué, un auteur dramatique sans théâtre ? La communication ajoute à la création une vie innombrable et imprévisible sans laquelle elle n'est qu'un objet inerte.

Michel Tournier - Le médianoche amoureux

Ami bloggeurs, quel besoin avons-nous de faire lire aux autres ce que nous écrivons ?

Avez-vous remarqué combien les gens qui écrivent sont insupportables : il faut qu’ils vous lisent à tout prix leur œuvre. Les Bloggeurs sont plus charitables : au lieu de casser les pieds à leurs amis, ils confient leur écrit au Net, comme un message mis dans une bouteille à la mer, avec l’espoir que quelqu’un le ramassera et leur fera savoir qu’il a été lu.

Car c’est ça qui compte : exister pour autrui. Mais attention : ce n’est pas seulement exister en tant qu’auteur qui compte ; c’est savoir que l’œuvre existe pour autrui, qu’elle a reçu ce supplément d’âme que constitue le fait d’avoir été lu, d’avoir été vivifiée par une nouvelle compréhension, par une nouvelle interprétation. C’est exactement ce que dit Michel Tournier : il s’agit d’une re-création. (1)

L’objection courante est que les plus grands auteurs ont laissé derrière eux des œuvres qu’ils n’ont pas publiées, qu’ils ont même refusé de publier de leur vivant : on cite bien sûr les Mémoires d’Outre-tombe (en partie à tort parce que Chateaubriand a dû vendre son manuscrit pour vivre, donc bien sûr avant sa mort) et surtout l’Ethique de Spinoza. Mais là encore, on oublie que Spinoza n’a pas tenu son ouvrage secret, qu’il en a fait des lectures à ses amis, bref que la non publication ne signifie pas la non communication.

En admettant que certains créateurs soient assez forts pour se passer de ce supplément d’être que leur apporterait la lecture, je ne crois pas qu’ils puissent se passer d’un lecteur potentiel, ou imaginaire. Même le journal intime cesse d’être un réceptacle pour devenir un interlocuteur (cf. Post du 2 avril 207). Tout écrit, et peut-être toute œuvre est nécessairement adressée.

Au fait, Ludwig Van, Elise, elle l’a lue ta Lettre ?

(1) C’est aussi ce qu’écrit J.P. Sartre dans son ouvrage consacré à la littérature (Qu’est-ce que la littérature ? Folio-Essais) : c’est le lecteur qui produit l’émotion vécue par le héros et induite par l’auteur. L’émotion est vécue par le lecteur comme étant celle du héros, mais bien sûr, aucune émotion autre que celle que vous produisez, ne peut exister.

Sunday, May 13, 2007

Citation du 14 mai 2007

Article I : Premièrement que la mémoire de toutes choses passées d’une part et d’autre depuis le commencement de mois de mars 1585 jusqu’à notre avènement à la couronne, et durant les autres troubles précédents, et à l’occasion d’iceux, demeurera éteinte et assoupie comme de choses non advenues…

Edit de Nantes ( 30 avril 1598)

A côté du devoir de mémoire dont on nous rebat les oreilles ces temps-ci (repentances en tous genre inclus), voici le devoir d’oubli.

Devoir surprenant si l’on estime que l’oubli est un fait psychique qu’on ne saurait provoquer à volonté (voir Post du 2 février 2006) : si Henri IV peut ordonner d’oublier, c’est qu’en fait ce devoir ne vise pas le souvenir psychologique ; il s’agit d’un décret juridique interdisant l’évocation de certains souvenirs.

C’est la même chose lorsqu’on parle du devoir de mémoire ; on comprend assez facilement ce que cela veut dire : c’est la commémoration, le rassemblement d’un peuple dans la remémoration d’un événement. Pourtant, la commémoration non plus n’est pas uniquement faite pour conserver la mémoire du passé : elle a aussi pour rôle d’affirmer quelque chose comme une responsabilité vis à vis des héros ou des victimes (1).

En face des commémorations du devoir de mémoire, voici donc l’anti-commémoration du devoir d’oubli.

Il y a quatre façons de considérer le passé :

- soit il n’est pas passé, il continue d’exister dans le présent : c’est la rumination de la faute inexpiable (voir Nietzsche). C’est cela que vise le discours du politique qui assimile la repentance à la haine de soi (expression qui d’ailleurs vient en droite ligne de Nietzsche)

- soit on nie son existence et il est isolé, muré dans un lieu interdit de la mémoire : c’est le refoulement du souvenir, avec son cortège de pathologie (voir Freud) ; ce sont aussi les manipulations staliniennes, rappelées par Orwell et son « ministère de la mémoire » (1984)

- soit on l’oublie, ce qui veut dire qu’on se dissocie du passé. L’oubli, implique donc ici une rupture dans le flux temporel, les hommes qui ont oublié n’ont plus aucun rapport avec ceux dont on oublie les crimes. L’Edit de Nantes, c’est la révocation des responsabilités. Pour vivre ensemble laissons de côté le fait que notre père a peut-être été massacré par notre voisin (2).

- soit on le relie au présent pour le transformer par l’action que nous y développons : c’est la temporalité historique (reprise par Sartre). Le propre de l’histoire est de mettre en évidence des filiations, des généalogies, des causalités : pour elle il n’y a pas de « trou » dans le temps ; chaque époque est fille de l’époque précédente. Mais aussi, chaque époque s’invente, crée quelque chose de nouveau. Les Antillais sont fils d’esclaves ; nous sommes fils de propriétaires d’esclaves. Mais ni eux ni nous n’avons plus rien à voir avec l’esclavage

Sommes toutes, avec les hommes politiques d’aujourd’hui, nous autres philosophes, nous ne sommes pas prêts d’être au chômage.


(1) Sur ce sujet, la référence c’est Ricœur - La mémoire, l’histoire, l’oubli - édité au Seuil, p. 105-111 en particulier

(2) C’est toute la problématique de la réconciliation après l’apartheid en Afrique du Sud, après les massacres au Rwanda. Problématique réactivée en Pologne avec la « lustration ».

Saturday, May 12, 2007

Citation du 13 mai 2007

Le plus dur quand il faut finir, est de commencer.

J.M. Laclavetine - Lettre de rupture

Comment rompre (1) ? Comment écrire la lettre de rupture qui va conduire quelqu’un - qui ne s’y attend pas - de l’amour au désespoir de l’abandon ?

Voici un modèle qui peut servir de base de réflexion.

Paris, le 6 mars 1855

Madame,
J’ai appris que vous vous étiez donné la peine de venir, hier, dans la soirée, trois fois, chez moi.
Je n’y étais pas. Et dans la crainte des avanies qu’une telle persistance de votre part, pourrait vous attirer de la mienne, le savoir vivre m’engage à vous prévenir : que je n’y serai jamais.
J’ai l’honneur de vous saluer.

G.F.
(Lettre de Gustave Flaubert à Louise Colet)

Pauvre Louise… Y a-t-il des êtres plus mufles que les écrivains ? (2)

Pourtant il faut finir… Et il faut que cette fin soit rapide, définitive, radicale.

Rapide : entendez qu’elle devrait surgir dans l’instant et trancher comme le couperet de la guillotine. C’est ce que fait Flaubert ici : la rupture à la quelle Louise se heurte a déjà eu lieu. Son entêtement à la refuser n’y change rien. La porte est fermée il n’y a plus personne derrière. Murée. S’il est vrai que la durée seule est perceptible par l’homme, alors cette durée est réduite ici à rien du tout, parce qu’elle est décrite comme contractée dans un instant, qui appartient déjà au passé.

Définitive : non seulement la rupture a déjà eu lieu, mais elle engage aussi l’avenir : « je n’y serai jamais ». Inutile d’espérer : la rupture est une rupture dans le temps. L’avant et l’après sont séparés : la Parque a tranché le fil du temps.

Radicale : plus rien de l’amour passé ne subsiste ; même une amitié résiduelle n’a aucune chance de survivre. Louise, la « Chère Muse aux beaux seins blancs » s’appelle «Madame » ; au lieu de recevoir « mille baisers sur les yeux et sous le col », elle n’a plus droit qu’à « J’ai l’honneur de vous saluer ». La signature « Ton Monstre », « Ton Gustave », « Ton G. », est devenue G.F. On ne peut descendre plus bas.

- Dites-moi, comment faites vous pour rompre, vous les jeunes ? Par téléphone ? Par SMS ? Par mail ? De vive voix ? Ou bien comme Flaubert par courrier ?

… ou alors vous le lui chantez ?

(1) Sur la comparaison entre la rupture amoureuse et la rupture politique, voir le post du 18 septembre 2006

(2) Ne nous apitoyons pas trop néanmoins : Louise Colet aussi était écrivain.