La pluralité des voix n'est pas une preuve qui vaille
rien pour les vérités un peu malaisées à découvrir, à cause qu'il est bien plus
vraisemblable qu'un homme seul les ait rencontrées que tout un peuple.
Descartes – Discours
de la méthode – Seconde partie
L’idée est un peu tarabiscotée dans son énonciation, mais
simple en réalité : sur quoi sommes-nous tous d’accord ? Sur le plus
simple, le plus immédiat, le plus facile – un peu comme dans une course
d’équipe, l’allure des plus rapides doit se régler sur celle des plus lents
s’ils veulent arriver tous en même temps. Et donc, dans le domaine de la
connaissance, Descartes affirme que l’unanimité est d’avantage la garantie de
l’erreur commune que de la vérité commune.
Descartes ne dit pas que les vérités sont connues des
sages et d’eux seuls. Il dit simplement que dans l’ordre de la recherche (qui
est bien celui du Discours de la méthode)
mieux vaut s’en tenir à ce qu’on découvre par soi-même que de demander à
l’opinion courante, qui est courante parce qu’elle est le fait de la croyance
et non de la preuve.
C’est que la vérité demande à être vérifiée et que son
critère n’a rien à voir avec l’autorité de celui qui l’énonce, ni avec le
plaisir qu’elle nous procure.
Ainsi donc, la difficulté viendrait de ce qu’on appelle « vérité »
bien des choses qui sont sans rapport avec elle.
- Mais c’est peut-être une simplification abusive : dans
le domaine politique, on dit que la vérité c’est ce sur quoi nous sommes tous
tombés d’accord. Et il nous sera difficile de nous débarrasser de cette thèse,
parce que c’est là le principe de la démocratie. Ce principe permet de
révoquer le despote prétendument éclairé, celui qui se pose comme détenteur
auto-proclamé de la vérité absolue, Grand Timonier, Führer, Guide Suprême –
mais en réalité Suprême-Enfumeur…
Comment sortir de la contradiction ? A la différence
du domaine exploré par Descartes (les
vérités un peu malaisées à découvrir), ici ce n’est pas que l’objet d’étude
soit difficile à connaître ; c’est qu’il ne peut être perçu que par tout un peuple.
Car le devoir de l’action politique, c’est de prendre en
compte les besoins du peuple. Et c’est là que la pluralité des voix a de
l’importance : que tous soient entendus quand il s’agit de dire ce qu’est en vérité le besoin du citoyen.
Certes, on peut dire que, par exemple, les techniques de
gestion des finances ne relèvent pas de la
pluralité des voix ; mais elles ne sont que des moyens.
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