Saturday, October 04, 2014

Citation du 5 octobre 2014


Autrefois, les illettrés étaient ceux qui n'allaient pas à l'école. Aujourd'hui ce sont ceux qui y vont.
            Paul Guth – 1910-1997.
Paul Guth, agrégé de lettres et romancier, créateur du personnage du Naïf ; il fut une sorte de Finkielkraut des années 50.
Je reviens à cet épisode où l’on entend le Ministre Macron énoncer cette vérité : « dans l’entreprise Gad (abattoir de porcs) il y a de nombreuses femmes qui ont illettrées » (1).
Cette affirmation déclencha une avalanche de critiques : alors même qu’on ne savait pas forcément orthographier le mot « illettré » (avec 2 l et 2 t s’il vous plait !), ni même quel était son sens exact, on reprocha au ministre son attitude méprisante, son indifférence à la souffrance du petit peuple, et on attribua même sa condescendance au fait qu’il travaillait à la banque Rothschild avant de faire de la politique.
Bref : contrairement à Paul Guth, les français d’aujourd’hui considèrent non pas qu’il est stupéfiant qu’on puisse sortir de l’école à 16 ans sans savoir correctement lire, mais bien que ce fait est une source de souffrance, un handicap qui devrait susciter une attitude secourable et charitable – à condition que ça ne passe pas par un retour à l’école…
o-o-o
Moi, c’est ça qui m’étonne : on dit que 20% des jeunes de moins de 15 ans sont illettrés. Combien seront-ils 10 ans plus tard ? Je ne sais, mais je redoute qu’ils ne soient pas beaucoup moins. Donc voilà l’Ecole qui échoue à apprendre à lire à un élève sur cinq – et bien sûr on se doute que quand on ne sait pas déchiffrer un texte on en peut pas apprendre grand-chose ensuite ; et tout ce qu’on trouve à dire, c’est : « Chut !!! Un peu de charité s’il vous plait ! Jetez le voile pudique du silence là-dessus. En parler serait stigmatiser. »
Je crois comprendre que si notre société se refuse à affronter cet étonnant problème c’est parce qu’il résulte d’un fait qui passe à peu près inaperçu : on fait tout pour nous dispenser de lire. Voilà : le progrès c’est ça, et c’est tellement évident qu’on ne s’en aperçoit même pas ! On nous propose pleine d’écrans avec plein de jeux qui nous permettent de nous délasser l’esprit en massacrant à la mitrailleuse l’adversaire – pourquoi nous fatiguer avec un livre plein de mots à déchiffrer ? De plus, images et pictogrammes constituent maintenant la « signalétique » qui nous dispense le lire des panneaux, inscriptions etc.

Plein de pictogrammes ici.
Les tyrans d’autre fois brûlaient les livres pour empêcher qu’on les lise. Voilà un crime qu’ils n’auraient plus à commettre aujourd’hui : l’image a supplanté le texte sans même qu’il ait à bouger le petit doigt.
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(1) Emmanuel Macron au micro d’Europe1 : « Il y a dans cette société (Gad), une majorité de femmes, il y en a qui sont pour beaucoup illettrées, pour beaucoup on leur explique : 'Vous n'avez plus d'avenir à Gad ou aux alentours. Allez travailler à 50 ou 60 km !' Ces gens-là n'ont pas le permis de conduire, on va leur dire quoi ? »

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