Thursday, April 26, 2012
Citation du 27 avril 2012
Wednesday, August 24, 2011
Citation du 25 aout 2011
Nos vrais plaisirs consistent dans le libre usage de nous-mêmes.
Buffon
Le mode d’emploi du plaisir est donné par sa définition : le « Comment éprouver du plaisir ? » et livré avec le « Qu’est que le plaisir ? ».
On peut donc selon Buffon réduire tranquillement le plaisir à l’exercice de la liberté ; car, comment jouir du plaisir sinon justement par le libre usage de nous-mêmes ?
Disons aussi que ce « libre usage » est à la fois la définition du plaisir et également celle de la liberté (qui est indépendance à l’égard des déterminations extérieures, ce qui signifie qu’elle est strictement «le libre usage de nous-mêmes »).
Arrêtons-nous à la réciproque introduite par Buffon :
1 – pour éprouver du plaisir, il faut-être libre ;
2 – exercer sa liberté est ce qui donne du plaisir.
Le premier membre de cette proposition parait évident ; le second est plus problématique, surtout si on en pousse la thèse jusqu’à dire : il n’y a que l’exercice de la liberté qui donne du plaisir.
- Ça revient à donner un contenu moral au plaisir : au lieu d’en faire une sensation liée au fonctionnement de tel ou tel organe physiologique, Buffon considère que le plaisir est lié à la détermination de la volonté. Manger des ortolans ne me donnera du plaisir que si je les ai choisis moi-même.
- Mais ça revient aussi à aligner le plaisir sur la puissance : car, n’est-ce pas, c’est l’usage de la liberté qui donne du plaisir. Quel plaisir pour le prisonnier dans son cachot ? Quel plaisir pour l’amant privé de l’objet de sa passion ?
--> D’où l’idée que les riches sont plus heureux que les pauvres, puisqu’ils peuvent faire plus de choses – en oubliant qu’il faut encore qu’ils le veuillent (qu’ils en aient « envie » comme on dit familièrement).
Bref, tout ça est parfaitement clair… à condition d’oublier un moment qu’il y a peut-être quelque chose en amont de la volonté, une motivation, une pulsion, un caractère, bref, on-ne-sait-quoi, mais qui nous prive de plaisir quand il nous arrive, comme dans la déprime, de ne plus avoir envie de rien.
Monday, December 13, 2010
Citation du 14 décembre 2010
L'absolu, s'il existe, n'est pas du ressort de nos connaissances; nous ne jugeons et nous ne pouvons juger des choses que par les rapports qu'elles ont entre elles.
Buffon – Histoire naturelle des animaux
Il n'y a qu'une maxime absolue, c'est qu'il n'y a rien d'absolu.
Auguste Comte – Catéchisme positiviste
Absolu 1
Petite leçon de vocabulaire : que signifie le mot « absolu » ?
Si cette question vous laisse sans voix, retenez cette recette, elle pourra peut-être vous servir un jour : quand on vous demande de définir un terme, commencez par dire à quel autre terme il s’oppose.
Ainsi de l’absolu, qui par opposition à relatif, signifie : ce qui est sans relation, sans cause, sans effet – du moins sans justification à partir de ses effets – et sans condition.
Toute connaissance consistant à établir un rapport entre deux choses – ainsi que le montre la citation de Buffon – on en déduira que l’absolu, s’il existe, échappe à notre savoir.
C’est ainsi également que Montesquieu débute l’Esprit des lois (I,1) par la définition suivante : Les Lois, dans la signification la plus étendue, sont les rapports nécessaires qui dérivent de la nature des choses ; & dans ce sens tous les êtres ont leurs lois, la divinité a ses lois, le monde matériel a ses lois, les intelligences supérieures à l’homme ont leurs lois, les bêtes ont leurs lois, l’homme a ses lois.
Toute loi physique est en effet l’énoncé d’un rapport entre des phénomènes (de la pression avec la température, de la masse avec la vitesse, etc…), et nous dirons la même chose des lois civiles dans la mesure toute fois où elles prétendent à une certaine « vérité ». (1)
Ceci étant posé, on arrive alors à comprendre le relativisme d’Auguste Comte.
--> Comte ne nous dit pas : La vérité ? Ça dépend… Ça, pour vous, c’est faux, mais pour moi, c’est vrai. Ce genre de raisonnement est un dispositif anti emm… que les élèves utilisent ad nauseam à l’encontre de leur prof de philo – ce qui les dispense de toute réflexion et de toute argumentation.
Ici, par contre, il s’agit de réfuter la prétention à connaître les choses en elles-mêmes, dans leur nature ou dans leur essence. Cela, pour Auguste Comte, c’est le propre de savoir « théologique » ou « métaphysique », « Alors que l'esprit métaphysique recourt à des concepts éternels et universels, qu'il ne soumet pas à la réalité, l'esprit positif confronte les hypothèses au monde réel. » (Wikipédia – lire la suite ici)
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(1) On a fait grief à Montesquieu de plaquer les lois civiles (qu’il étudie dans son ouvrage) sur cette définition des lois physiques (= les lois civiles expriment alors de rapports eux aussi nécessaires). Mais après tout, n’est-ce pas une précaution très utile ? Savoir que nos lois n’ont une part de vérité que par la convenance qu’elles ont avec les circonstances, avec l’intention, avec les effets obtenus, n’est-ce pas ce qu’on désigne aujourd’hui par le terme de « pragmatisme » ?
Wednesday, November 19, 2008
Citation du 20 novembre 2008
La virginité n’est pas une qualité essentielle en ce que son absence n’a pas d’incidence sur la vie matrimoniale.
Wednesday, May 02, 2007
Citation du 3 mai 2007
Buffon - Les animaux carnassiers in Histoire naturelle tome VII 1758 (voir Textes choisis Folio, p.60)
Destructeurs nés de la Nature, oui ça nous le savons et on nous le répète suffisamment. Mais ce qui est nouveau c’est qu’à la différence de Buffon nous ne croyons plus que la Nature (et l’écririons-nous aujourd’hui avec une majuscule ?) soit inépuisable.
Buffon explique que la Nature est inépuisable parce que les espèces animales (=les êtres qui nous sont subordonnés) possèdent une fécondité en rapport avec leur faiblesse : les plus vulnérables se reproduisent le plus vite (1). Buffalo Bill nous a démontré le contraire.
Mais l’idée sous jacente est la suivante : la Nature a produit l’homme et ses excès sont aussi liés à sa nature, donc prévus par la Nature. Elle a mis en place des mécanismes de compensation : l’homme ne peut détruire la Nature, parce que celle-ci se régénère automatiquement. Au moment où l’érosion détruit les montagnes d’autres, formidables, jaillissent sous l’océan. L’Himalaya continue d’escalader le ciel sans que nous n’y prenions garde. De même, qu’une espèce disparaisse, et d’autres espèces apparaissent. C’est la loi de l’écologie.
On me dira : la biodiversité doit être protégée, parce qu’autrement on va vers un monopole de la nature par une espèce : le cauchemar de Darwin nous raconte une histoire comme celle-là. De même les modifications du climat peuvent fort bien détruire le fragile équilibre non seulement des écosystèmes, mais de la biosphère en tant que telle. Le terre ne risque-t-elle pas de devenir un astre sans vie, comme Mars est devenus une planète sans eau ?
Alors, c’est vrai, Buffon ne savait pas tout. Il ne savait pas que les progrès des sciences et des techniques permettrait aux hommes devenir des destructeurs perfectionnés, que le harpon n’était rien comparé aux filets dérivants. Mais il nous invite à réfléchir sur la réalité des risques que nous faisons courir à la vie. Moi, quand j’entends qu’il faut économiser l’eau comme on économise le pétrole, alors je rigole.
Mais tout de même, je mets un peu moins d’eau dans mon Ricard.
(1) L’idée est déjà chez Platon dans le mythe de Prométhée du Protagoras, 320d-322c. C’est - à ma connaissance - le premier texte écologique de l’histoire de la pensée. A lire ici
Tuesday, April 24, 2007
Citation du 25 avril 2007
Dans d’autres pays (1), les pauvres mutilent (=castrent) leurs enfants pour éteindre leur postérité, afin que ces enfants ne se trouvent pas un jour dans la misère et dans l’affliction où ils se trouvent eux-mêmes lorsqu’ils n’ont pas de pain à leur donner.
Buffon - De l’homme - 1749 (in Textes choisis - Folio) p. 78
Pourquoi faudrait-il procréer ? Hier, nous avons vu que la tradition romaine considérait la procréation comme une production économique dont la société avait besoin pour continuer à vivre. Mais alors, il peut aussi y avoir surproduction d’enfants, comme il y a parfois surproduction de blé ou de café. Simplement, alors qu’on pouvait faire brûler le café dans les chaudières des locomotives (Brésil), avec les enfants c’est un peu plus compliqué (encore qu’une « bonne guerre », avec un peu plus de « chair à canon »…)
Il ne faudrait donc pas oublier la régulation des naissances évoquée ici par Buffon, qui procédait par l’interruption du processus naturel de la procréation. Buffon donne une interprétation morale de cette régulation, en évoquant l’affliction et la misère. Notez que les pauvres dont il nous parle ne sont pas très rationnels : que ne se castrent-ils eux-mêmes plutôt que leurs enfants ?
Dans la même période, Malthus devait théoriser de façon un peu plus rigoureuse cette pratique, connue depuis sous le nom de malthusianisme. De façon radicale, Malthus estime que le contrôle des naissances est indispensable, autrement dit qu’on ne peut s’en remettre à la nature pour équilibrer la population avec les ressources de son territoire. La nature produit bien un équilibre entre la démographie et les ressources ; mais cet équilibre ne s’établit qu’en dessous du seuil de pauvreté : quand la malnutrition est elle que les plus faibles périssent de faim, les plus forts ne survivent que fort péniblement.
Aujourd’hui on crie très fort contre le malthusianisme, considérant qu’il vaudrait mieux développer les ressources que supprimer des naissances. Mais c’est un combat d’arrière garde ; depuis longtemps la procréation a cessé d’être un processus naturel, lorsque chaque famille accueillait avec gratitude les enfants que le Bon Dieu lui envoyait.
D’ailleurs si vous êtes élu prochainement, et si vous voulez favoriser les familles nombreuses, n’oubliez pas d’augmenter les alloc familiales ; dès le premier enfant SVP
(1) Buffon vient de parler des Hottentots qui pratiquaient l’ablation d’un testicule pour être plus légers à la course. Reportez-vous au texte si vous ne me croyez pas.
