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Thursday, June 09, 2016

Citation du 10 juin 2016

J’aime l’entreprise.
Manuel Valls – Premier ministre
Il faudrait une connaissance étendue du commerce, du crédit et de la banque, pour analyser leurs immenses entreprises, leur fermeté, leur esprit de décision, leur audace même, leur stricte probité aussi, et la noble confiance qu'ils ont en quelques-uns, sans se tromper aux apparences. J'ajoute qu'il y a une profonde sagesse dans cette aversion pour la dépense inutile; aussi dans cette vue que l'on domine mieux le troupeau humain par la richesse que par la majesté. Il vaut mieux ne pas nommer passion une action suivie, réglée par l'intelligence, et suivant une espèce de justice, bien supérieure aux mouvements de la vanité, de la convoitise, et même de la pitié.
Alain – Eléments de philosophie

Prenons le texte d’Alain pour en détailler le contenu :
Eloge de l’entreprise capitaliste :
1 – « Il faudrait une connaissance étendue du commerce, du crédit et de la banque, pour analyser leurs immenses entreprises, leur fermeté, leur esprit de décision, leur audace même, leur stricte probité aussi »
2 – « la noble confiance qu'ils (= chefs d’entreprise) ont en quelques-uns, sans se tromper aux apparences »
3 – « Il y a une profonde sagesse dans cette aversion pour la dépense inutile »
4 – « Il y a une profonde sagesse … dans cette vue que l'on domine mieux le troupeau humain par la richesse que par la majesté »
5 – « Il vaut mieux ne pas nommer passion une action suivie, réglée par l'intelligence, et suivant une espèce de justice, bien supérieure aux mouvements de la vanité, de la convoitise, et même de la pitié »
o-o-o
Eh bien ! En voilà un qui l’aime, l’entreprise ! Manuel Valls à côté est un supporter pâlichon !




La suite à demain si vous voulez bien

Friday, February 12, 2016

Citation du 13 février 2016

Parce que le milliardaire n'a pas récolté sans peine, il s'imagine qu'il a semé.
Jean Jaurès – L'armée nouvelle
Ironie de Jaurès : comme l’économiste du 18ème siècle, le capitaliste du 20ème siècle, physiocrate attardé, fait semblant de croire qu’il faut se donner le mal de semer son argent si on veut voir surgir, démultiplié par le miracle de la nature, ces épis bien mûrs issus de ce seul grain de blé.
Et moi, que devrais-je dire lorsque je mets mon salaire, gagné grâce à mon labeur chez l’Ecureuil : d’où vient ce surplus constitué par les intérêts qu’il me rapporte ?
Marx l’a souvent dit : l’un des aspects du capitalisme est de donner à croire que l’argent peut travailler. Oui, si j’admets que mon argent peut faire des petits, c’est parce que je crois en cela : l’agent se reproduit lui-même et c’est en cela que consiste son travail. A quoi Marx répond : fétichisme de l’argent ! (1) Seul le travail humain peut produire de la valeur d’échange, et si donc mon salaire épargné produit des intérêts, ceux-ci ne sont en réalité que la part de plus-value extorquée aux travailleurs qu’on a pu salarier grâce à mon épargne. Battez votre coulpe, honnêtes travailleurs qui attendez un profit de votre épargne : vous contribuez en réalité à l’exploitation des masses laborieuses !
… Bien sûr, avec un taux d’intérêt à 0,75% le livret de l’Ecureuil ne me rend pas responsable d’une exploitation des masses laborieuses très importante ! Mais là n’est pas le problème : écoutez ce qui suit, car c’est ici que notre siècle domine le sujet. La finance nous a appris que la valeur d’échange (= l’argent) résulte du marché et non de la quantité de travail nécessaire à produire la marchandise. Et le marché, ça fluctue… On peut jouer avec ça, ça s’appelle spéculer. C’est ainsi que certains produits en sortant de l’usine sont directement chargés en containers sur des immenses cargos qui constituent comme des entrepôts flottants. La valeur de ce chargement dépend de l’acheteur : et donc  la même marchandise peut voir sa valeur fluctuer en même temps que la navigation, en fonction de l’état du marché. Bien sûr, nous restons dans le cadre de l’économie réelle. Mais notre Ecureuil beaucoup plus malin peut envoyer ses traders spéculer directement avec mes économies, par exemple acheter de la dette allemande et la revendre ensuite pour en acheter une autre beaucoup plus spéculative…
Bon, je ne vais pas vous faire un cours d’économie, j’en serais incapable et le peu que je sais, vous le savez sûrement aussi. En tout cas vous en savez suffisamment pour ne pas ignorer que gagner de l’argent n’a rien à voir avec le fait de se fatiguer. Ça vaut aussi pour la réciproque : se fatiguer ne signifie pas obligatoirement gagner de l’argent.
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(1) Sur le concept de fétichisme chez Marx, on peut lire sous la plume d’Isabelle Garo ceci : « Marx affirme que c'est “dans le capital porteur d’intérêt, /que/ le fétichisme atteint sa forme la plus parfaite” (Marx – Théorie sur la plus-value T. III) puisque la plus-value semble naître directement de la circulation sous sa forme monétaire. Le reste de cette passionnante étude ici.

Friday, July 10, 2015

Citation du 11 juillet 2015

Un capitalisme sans faillite est comme un christianisme sans enfer.
Frank Borman / The Observer 9 mars 1986
Grexit –
1 – La faillite capitaliste c’est comme l’enfer pour les chrétiens : l’enfer qui est là pour la punition des damnés et l’édification des pécheurs.
2 – Le propre du capitalisme est de punir les mauvais gestionnaires en les rendant responsables de leurs erreurs :
« - Toi, oui toi !  Tu es responsable, ta faillite n’est pas le produit des autres, qu’ils soient tes concurrents ou tes associés. Elle est ta faillite parce que c’est toi qui l’as voulue – ou du moins permise. »
Ne reconnaissez-vous pas le discours adressé par l’Europe à la Grèce ces jours-ci ? Ces grecs, ces pauvres grecs, ils souffrent parce qu’ils l’ont bien voulu. Alors, certes, ce n’est pas eux qui ont truqués les comptes publics ; ce n’est pas eux qui ont négocié les emprunts qu’ils ne peuvent rembourser aujourd’hui. Mais enfin, et les impôts non payés ? Et les taxes contournées ? Les tickets de caisse oubliés, les constructions sans permis ? Et ces fonctionnaires parasites ? Tous coupables parce que tous complices. Qu’ils payent ou qu’ils meurent ! Oui, ces enfants sans lait maternisé, ces vieux sans médicaments, ces chômeurs sans ressources : s’ils sont grecs, alors tant pis pour eux.
o-o-o
Alors là, ça coince. Qu’on prenne un exemple plus proche de nous, là, sous nos yeux : voyez les autorités de Calais qui détruisent les pauvres abris des réfugiés, on se dit que décidément, ça ne passe pas. Il y a comme un instinct originaire qui remue en nous : c’est la pitié, dont Rousseau nous disait qu’elle appartient à notre nature, mais que les raisonnements de la philosophie parvenaient fort bien à l’étouffer.
Dans la grande opposition entre raison et sentiment, le capitalisme se range du côté de la raison.
- Et toi, camarade : as-tu choisi ton camps ?
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Annexe – Sur le même thème (= la pédagogie de la faillite), voyez ce texte :

« C'est à tort que l'on compare le capitalisme existant à une situation purement idéale où n'existerait jamais d'erreur de gestion, jamais de dissimulation comptable, jamais de faillite, jamais de licenciements, jamais de baisse de valeur des actifs. Car l'erreur est humaine, elle est nécessairement présente dans toute organisation sociale et elle est bien souvent un élément essentiel de tout processus d'apprentissage. Ne poursuivons donc pas la chimère d'un monde idéal sans problème, mais demandons-nous plutôt quel est le système qui donne le plus de chances à tous de poursuivre efficacement leurs propres objectifs. La réponse est simple : c'est le capitalisme, car il repose plus que tout autre sur la discipline de la responsabilité individuelle, parce que l'erreur y est sanctionnée et parce qu'il incite à la création de connaissances (éventuellement à partir des leçons tirées des erreurs). » Pascal Salin

Thursday, June 25, 2015

Citation du 26 juin 2015

Le capitaliste affirme, sournois : « C’est le destin qui fait les pauvres »
Hilal Naji
Justification de la pauvreté I
Voilà une affirmation qui appartient aux arguments qui prétendent imposer silence aux exigences de justice sociale : la société, disent-il, ne doit rien aux pauvres, parce que chacun n’a que le destin qu’il mérite. Aider les pauvres à être moins pauvres, c’est une perte de temps et d’argent. Ils sont ce qu’ils sont parce que c’était inévitable compte tenu de leur nature, de leur psychologie etc… On peut aussi ajouter à cette liste le destin pour clore une énumération qui serait inutile : « De toute façon, disent-ils, ce n’est pas nous – les riches – qui sommes responsables de cela. »
Développons un peu cette thèse : si ce n’est pas le capitaliste qui fait la pauvreté, alors d’où vient-elle ? Pas de l’inégale répartition des richesses, puisqu’alors il suffirait de révolutionner cette répartition pour que la pauvreté disparaisse. Pas de l’exploitation du travail humain avec extorsion de la plus-value, comme le prétendait Marx, puisqu’on prend pour hypothèse que le capital est innocent. Non, la pauvreté est un phénomène indépendant des riches, phénomène qui d’ailleurs est commun à ces deux classes : si c’est le destin qui fait les pauvres, alors c’est lui aussi qui fait les riches. Le riches, ils n’y peuvent rien : le destin s’est chargé de les rendre riches (ou de les rendre capables de créer des richesses) – et puis c’est tout.
Alors, nous voilà, nous les occidentaux libéraux avec un fatalisme aux saveurs orientales ? Les classes sociales sont comme les castes aux Indes : intouchable vous êtes né, intouchable vous vivrez – et intouchable vous mourrez !

Bien sûr que non : nous croyons qu’il y a forcément quelque chose à faire. Oui, même les libéraux de l’économie l’affirment : certes les inégalités sont inévitables, mais pas du tout parce que le destin l’impose ; c’est plutôt parce que c’est nécessaire au bon fonctionnement de la société. Que les riches soient riches parce qu’ils sont plus productifs, plus en entreprenants que les autres, voilà qui est non seulement normal, mais encore profitable à tous ! Car si vous voulez avoir une plus grosse part du gâteau, il ne faut pas vous emparer du couteau. Il suffit de aire grossir le gâteau.
Ainsi donc les pauvres doivent bénir les riches : grâce à eux ils seront bientôt toujours pauvres, certes, mais un peu moins.
Car pour faire des profits, il ne suffit pas de produire : il faut encore vendre !

Allez, les pauvres : les soldes sont commencées. Dépêchez-vous !

Saturday, December 28, 2013

Citation du 29 décembre 2013


Le socialisme aux États-Unis diffère totalement du socialisme européen. L’idéal du travailleur américain est de devenir patron, alors que l’ouvrier latin rêve surtout la suppression du patron.
Gustave Le Bon –  Les incertitudes de l'heure présente (1923) p. 51 de l’édition électronique
Dans ces aphorismes, Le Bon dégorge un peu de sa haine du socialisme en général et du bolchevisme en particulier : car ce sont, selon lui, des gens pour qui il s’agit de nier les élites ; au mieux, c’est pour prendre leur place : être patron à la place du patron ; mais il y a pire : vouloir abolir totalement la hiérarchie
Et aujourd’hui ? 90 ans après ce commentaire quel serait le nôtre ? Les exemples si nombreux de fermeture d’usines et de luttes véhémentes contre les licenciements nous donnent un tableau assez nouveau de la situation. Logiquement, les ouvriers mis à la porte par des patrons devraient toujours vouloir leur place. De nos  jours c’est parfois possible : ça s’appelle fonder une SCOP. On sort ainsi de l’utopie et en même temps de la violence révolutionnaire. Des élites, il y en a partout – et même chez les ouvriers, ce que Le Bon niait farouchement – mais on n’a pas pour autant trouvé la solution aux misères des travailleurs ravalés au rang d’outil de production.
C’est qu’aujourd’hui, qui est le patron ? Qui décide et qui commande ? On disait autrefois : le Roi règne mais il ne gouverne pas. Eh bien aujourd’hui, dans l’entreprise, les actionnaires règnent et ils ne gouvernent pas. Seulement, régner, ça veut dire donner des ordres à celui qui gouverne.
Et les ouvriers ? Vont-ils séquestrer le patron dans son bureau ? Inutile, puisqu’il n’est finalement qu’un salarié comme eux. Vont-ils manifester devant le siège de l’entreprise ? Bof… Mieux vaudrait aller assiéger les fonds de pensions qui possèdent le vrai pouvoir.
Occasion de faire un beau voyage aux Bermudes ou aux Iles Caïmans…

Sunday, April 29, 2012

Citation du 30 avril 2012


Qui n'a rien, ne risque rien.
Guy Bedos – Extrait d'une interview dans Playboy – 1976
Une idée bien simplette, n’est-ce pas ? Mais si nous pensions aussi à la réciproque : Qui ne risque rien, n’a rien ? Là, ça deviendrait un peu plus intriguant.
Voyons ça :
1 –  le risque n’existe que là où il y richesse – ou si l’on veut un bien précieux.
C’est ainsi que celui qui n’a plus rien, le pauvre, le misérable, le sans-domicile, a encore sa vie à risquer – il peut se faire mercenaire ou prostitué(e). La vie est encore un bien, sauf pour le désespéré, qui lui en effet, n’a plus rien à perdre.
2 – Mais réciproquement le risque est aussi source de richesse. Prendre des risques mérite récompense ou rémunération : à chaque fois que j’engage un bien, si je prends le risque de le perdre, je peux demander une contrepartie (1). C’est ainsi qu’au moyen âge, l’Eglise a fini par accepter sous cette condition les prêts à gage. Lorsqu’arrivant sur une foire de Champagne un marchand achetait des pièces de draps pour les revendre sur place, il empruntait pour cet achat le matin l’argent qu’il allait restituer le soir. Mais alors il restituait le capital augmenté d’un intérêt, non pas parce qu’il s’était enrichi grâce à cet argent, mais parce qu’il avait fait prendre le risque au bailleur de ne pas le récupérer.
Du coup, on voit que le ressort de l’économie financière est précisément le risque. C’est lui – et non la productivité – qu’on rémunère, et la crise actuelle  nous fait prendre conscience que l’importance des gains est proportionnelle au risque de tout perdre, un peu comme à la roulette où l’on gagne d’autant plus qu’on risque d’avantage de perdre.
On voit également que le fait de comparer les financiers à des joueurs de casino ne devrait pas être pris comme une critique, mais bien comme une évidence. Oui, la finance est un jeu qui suppose de hasard – un jeu où néanmoins les joueurs sont rationnels, c’est-à-dire qu’ils cherchent l’équilibre entre la confiance et le risque.
C’est d’ailleurs ça qui se révèle dans les soubresauts de la crise financière : si les traders perdent tant d’argent sans sourciller, c’est justement parce que c’est comme ça et  pas autrement qu’ils peuvent en gagner.
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(1) On se rappelle que Marx définissait ainsi le capitaliste : c’est l’homme qui prend le risque de faire circuler son argent au lieu de l’entasser dans des coffres.