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Sunday, April 21, 2013

Citation du 22 avril 2013



Les découvertes récentes ont anéanti toutes nos illusions sur la simplicité de l'univers.
Gustave Le Bon
Il n'y a pas de simplicité véritable. Il n'y a que des simplifications.
Léon-Paul Fargue – Sous la lampe
La simplicité est une notion ambigüe : tantôt (comme on le verra bientôt) on évoque par elle le comportement altruiste, celui de l’homme qu’on supposerait vaniteux et qui se révèle familier. Et tantôt on pense à une connaissance parfaitement dominée.
Mais ça peut être tout à fait le contraire : le « simplisme » des connaissances qui est l’expression d’un savoir immature et qui tâtonne.
La remarque de Le Bon sur la physique datant sans doute du début du 20ème siècle, on imagine qu’elle visait la découverte de l’atome qui venait bouleverser complètement la conception millénaire de la matière (1).

On pensera aussi à Bachelard qui ne cesse de répéter que la connaissance est l’art de complexifier ce qu’on croyait savoir. Et du coup on reste hostile aux tentatives de simplifications ou de vulgarisations qui ont pour effet de faire naitre des erreurs orgueilleuses là où les comparaisons et les à-peu-près donnent l’illusion d’avoir compris. On n’en citera qu’une : la théorie de l’atome, justement dans sa complexité mathématique, qu’on croit pouvoir résumer avec l’image simplificatrice de l’atome organisé comme un système planétaire miniature.

Tout ce qui est simple est faux.
Deux restrictions toutefois :
1 – D’abord la simplicité des uns n'est pas forcément celle des autres. Par exemple pour le mathématicien la physique des particules est plus compréhensible – et donc d’une certaine façon plus « simple » – que pour le béotien.
2 – Le processus de la connaissance consiste à aller (comme le disait Descartes), du simple au complexe. La simplification qui permet de considérer les éléments à connaitre comme autant de maillons d’une chaine à construire, reste donc indispensable comme 1ère étape d’une démarche de la connaissance.
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(1) Sur la querelle de l’atomisme durant le 19ème siècle, voir cet intéressant exposé.

Saturday, July 30, 2011

Citation du 31 juillet 2011

L'atome n'est que le dernier refuge où l'être, rendu à ses éléments premiers, poursuivra une sorte d'immortalité sourde et aveugle.

Albert Camus

Rien ne vient du néant, et rien, après avoir été détruit, n'y retourne. Les atomes se déplacent dans tout l'univers en effectuant des tourbillons et c'est de la sorte que se forment les composés : feu, eau, air et terre.

Démocrite

Il nous arrive de nous extasier sur telle ou telle pensée d’un auteur contemporain, et puis en suite de nous dire : Bah ! Après tout il n’a fait que paraphraser un auteur de l’antiquité.

Moi qui ai tenté d’enseigner la philosophie et de noter des copies d’élèves, je vous dirai ceci : qu’une paraphrase intelligente (= qui ne trahit pas un texte tout en le maintenant intelligible), ce n’est pas si mal.

Ainsi de Camus, qui reprend à son compte la pensée de Démocrite concernant l’atome, qui matérialise le plus petit niveau de l’être, si petit qu’il en devient indestructible (1). L’atome est le dernier refuge de l’être, parce qu’il ne peut retourner au néant. Avec en prime la thèse qu’il n’y a pas de passage entre l’être et le néant (cf. la thèse de Parménide dans le Sophiste de Platon).

On objectera qu’après Hiroshima on sait bien qu’on peut diviser l’atome, et même que ça répand le néant un peu partout. Mais en réalité, on imagine que si l’atome se divise, il en résulte un tas de petits atomes, qu’on appellera « particules » et rien n’aura véritablement changé.

Bachelard a ironisé sur l’ignorance des philosophes qui se prétendent hardiment « matérialistes » comme s’ils savaient ce que c’est que la matière. Et de fait, la philosophie a échoué à la penser autrement que comme une « chose » qui, si petite soit-elle, pourrait être posée sur une table ou bien être rangée dans une boite. A cela, les physiciens répondent : l’onde, la tension, l’énergie doivent remplacer la matière-objet et après ça débrouillez-vous pour philosopher sur l’existence !

Mais on le voit avec cette pensée de Camus : ce n’est pas la matière qu’il est impossible de penser ; c’est le néant. (Voir notre Post du 28 janvier 2008)

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(1) a-tome : qu’on ne peut diviser.

Friday, April 08, 2011

Citation du 9 avril 2011

Le privilège des grands, c'est de voir les catastrophes d'une terrasse.

Jean Giraudoux

Fukushima mon amour III

Les catastrophes nucléaires ont quelque chose de particulier : c’est qu’il n’y a nulle terrasse d’où on puisse les contempler en étant à l’abri.

Certes, les puissants de ce monde peuvent encore disposer, faute de terrasse, d’un bunker d’où ils seront en sécurité alors que le reste de l’humanité sera vitrifiée par l’apocalypse nucléaire.

Bien sûr, dans un abri atomique, on risque de ne pas voir grand-chose ; mais justement, qu’y aurait-il à contempler ?

Spontanément, on dirait que oui, il y a surement quelque chose à contempler : pour nous, une catastrophe nucléaire, ça doit ressembler peu ou prou à ce qu’on voit sur cette photo d’Hiroshima le 6 août 1945. Une explosion apocalyptique avec un nuage gigantesque, que personne n’avait encore jamais vu jusqu’à ce jour.

Même Tchernobyl n’avait pas dérogé à cette règle : là, ça avait sévèrement pété, propulsant des débris radioactif jusqu’à 3000 mètres d’altitude.

- Et puis voilà Fukushima.

Ici, pas d’explosion, ou si peu (1) ; la catastrophe nucléaire est faite de suintements contaminés, d’éructations pestilentielles, qui empoisonnent lentement et silencieusement tous les éléments environnants : l’eau de la mer, la haute atmosphère et même la terre dans ses profondeurs.

En sorte que s’il n’y a nul endroit où l’on puisse se dire à l’abri, il n’y a non plus rien à voir. Ici, plus de Jugement dernier, plus de trompettes ni de cavaliers (2), mais un désastre feutré et lent qui nous enveloppe silencieusement de son linceul…

Notre monde est un monde sans Dieu, et donc sans colère de Dieu – mais qui a inventé une nouvelle forme d'Apocalypse.

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(1) Oui, il y a bien eu une explosion (cf. post d’il y a deux jours), mais absolument minable.

(2) Voir la gravure de Dürer, ici.

Thursday, April 07, 2011

Citation du 8 avril 2011

Régler le présent d'après l'avenir déduit du passé.

Auguste Comte - Système de politique positive

Fukushima mon amour II

Le positivisme qui s’exprime dans cette formule a quelque chose de sécurisant, mais aussi d’illusoire. Surtout quand on pense à la catastrophe de Fukushima.

Sécurisant parce qu’on se dit que l’avenir est prévisible et qu’on peut agir dessus dès à présent. Ainsi, connaissant les évènements de Tchernobyl, nous pouvons prévoir les méfaits de la pollution au Japon et donc il est possible de les éviter – du moins d’éviter leur retour – du moins le retour des erreurs qui a rendu possible la catastrophe.

Ainsi : à Fukushima, les Japonais ont commis une erreur qui serait non pas d’avoir construit une centrale nucléaire à cet endroit, mais de ne pas avoir élevé une digue assez haute pour la protéger de la vague du tsunami : leur digue faisait 10 mètres alors que la vague a fait plus de 14 mètres.

Il était possible de faire une digue plus haute. Mais était-il possible de prévoir la hauteur du tsunami ? Car, prévoir nous dit Comte c’est d’abord connaitre le passé. Et effectivement, en matière de catastrophe naturelle, on se règle sur les catastrophes passées. C’est ainsi qu’on parle de crues décennales ou centennales. Mais qu’est-ce qui nous dit que Comte a raison et qu’il y a de telles régularités dans la nature ? Et quand bien même elles existeraient, comment savoir s’il n’y a pas un rythme plus lent, plus profond, de l’ordre du millénaire – voire même plurimillénaire ?

Ça ne veut pas dire qu’on ne doit plus prévoir l’avenir et tenant compte du passé, ni régler notre conduite présente sur cette prévision. Mais ça veut dire que nous aurions grand tort de nous sentir en sécurité grâce à la science.

--> On pourrait peut-être demander à l’évêque d’aller bénir les centrales nucléaires – surtout les plus vieilles, comme Fessenheim.

On ne sait jamais.

Wednesday, April 06, 2011

Citation du 7 avril 2011

Certains déchets nucléaires produits dans les années 60 resteront dangereux pendant un demi-million d'années. Pour ceux qui sont produits maintenant, il faudra compter 30 ans de plus.

Philippe Geluck – L'avenir du chat

Inactif aujourd’hui, radioactif demain

Slogan hostile aux centrales nucléaires – Années 70

Fukushima mon amour I

La catastrophe de Fukushima sert de tremplin pour les revendications des anti-nucléaires : comment admettre que l’on prolonge l’exploitation de ces centrales qui sont autant de bombes atomiques en puissance ? Pire encore : comment admettre que des dirigeants politiques donnent leur aval pour le développement de nouvelles centrales (comme à Flamanville) ?

Bien sûr… Mais comme toujours, le cartésien que je suis demande à examiner les arguments qui pourraient mettre en doute une telle affirmation.

Comme par exemple de dire que le mal est fait et qu’on se réveille bien tard pour éviter la catastrophe. Ça fait combien d’années qu’on nous dit qu’il ne faut pas exploiter ces centrales ? – mieux même : qu’il ne fallait pas les construire (1).

Et donc : quels risques nous épargnerons-nous en nous privant de cette source d’énergie ?

Bien sûr, tout ça ne milite pas non plus en faveur du développement de l’EPR, ni ne doit nous détourner de trouver des énergies de substitution. Mais on en retiendra peut-être que tous les zélateurs de la sortie du nucléaire font comme si leur proposition était la condition de notre sécurité. Mais pas du tout ! Si on admet qu’il faudra 20 à 30 ans pour éteindre le dernier réacteur nucléaire, certains d’entre nous ne seront même plus de ce monde pour y applaudir.

Et voilà maintenant Geluck qui nous explique que nous pouvons bien sortir du nucléaire si on veut : on ne sortira pas du déchet nucléaire pour autant.

A quoi sert de bloquer les trains qui repartent de la Hague avec leurs déchets retraités ? Faut-il donc les stocker sur place ? Qu’est-ce qu’en pensent les habitants du secteur ?

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(1) Et depuis combien de temps nous dit-on que des centrales nucléaire sur des zones sismiques, ça ne se fait pas (surtout quand on sait que tsunami est un mot japonais)…