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Monday, April 06, 2015

Citation du 7 avril 2015

(Pour le communiste), le travail est la destination et la vocation de l'Homme.
Max Stirner - 1806-1856 (1)
Stirner encore… Le voici qui ironise sur les communistes qui donnent la main aux chrétiens pour définir l’homme comme un être laborieux qui ne peut s’arrêter de travailler que le dimanche – et encore est-ce pour saluer son Dieu ou ses camarades.
Ainsi donc, l’homme est fait pour le travail et on peut le vérifier le dimanche, jour où l’on célèbre la vocation de l’Homme.
--> Occasion de mesurer le chemin parcouru en 150 ans. Pour nous en effet, la destination de l’homme n’est plus de travailler, mais de consommer. On l’a vu et entendu sur tous les tons depuis qu’en France on se mêle de vouloir ouvrir les magasins le dimanche : qu’importe que les vendeurs soient contraints de délaisser famille et enfants pour le labeur. Ils les retrouveront plus tard et ils se consoleront en touchant un gros salaire … qui leur permettra de dépenser encore un peu plus le reste du temps. Mais on dira qu’ils se sacrifient aux autres : pour leur permettre de satisfaire leur « homo oeconomicus », ils vont renoncer à leur dimanche d’emplettes qui leur manquera sûrement : dimanche, c’est le jour de la consommation de luxe, celui où l’on achète autre chose que les courses de la semaine.

Il ne faut pas banaliser cette révolution : si on ne définit plus l’Homme par le travail, c’est également parce que celui dernier en a pris un vieux coup avec le développement du machinisme sous toutes ses formes. Je me rappelle d’une réplique dans un film de Pagnol (La fille du puisatier je crois) : « Un homme qui use une pioche par an ne peut être que bon ». Comment ce brave homme pourrait-il encore aujourd’hui tirer fierté de ce travail alors qu’une pauvre petite pelle Job fera en un jour le travail de 50 puisatiers ?
Trouver une activité humaine que la machine ne saurait reproduire en mieux : voilà ce qu’il nous faut.
… Vous l’aurez compris : ce que la machine ne sait pas faire, c’est consommer. Mais attention ! Le jour où elle aura un compte en banque, ça changera la donne.
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(1) Citation complète : « Si le communiste voit en toi un homme et un frère, ce n'est là que sa manière de voir des dimanches... Si tu étais un fainéant, il ne reconnaîtrait pas en toi l'Homme, il y verrait un homme paresseux à corriger de sa paresse et à catéchiser pour le convertir à la croyance que le travail est la destination et la vocation de l'Homme. »Max Stirner - 1806-1856 (Cité le 29  juin 2014)

Thursday, April 02, 2015

Citation du 3 avril 2015

Rien n'est, pour Moi, au-dessus de Moi!
Stirner – L’unique et sa propriété
Commentaire II
Nous avons vu hier comment Stirner argumentait sa valorisation de l’égoïsme.
Maintenant, venons-en aux objections.
La plus évidente se trouve en dehors de la morale au sens traditionnel.
On dira en effet : admettons que quelqu’un cherche à sauver sa peau, et que du coup, il vive, pense, aime pour lui seul. Mais comment peut-il être naïf au point de croire que c’est grâce à cet isolement qu’il trouvera la satisfaction de ses besoins et de ses désirs les plus élémentaires ? Pouvons-nous être aimé sans aimer et sans nous dévouer pour l’autre ? Et comment espérer sauver sa peau sans réciprocité ?
Famille, tribu, totem, clan, patrie : le groupe humain solidaire a toujours été la condition de l’existence de chacun. Ajoutons même que l’homme n’a jamais eu à choisir de « faire société » avec les autres hommes : il a toujours été dans la société, et il a toujours évolué comme être social. Etre-avec est son essence, et c’est plus naturel qu’être l’individu unique de Stirner. Et d’ailleurs s’il a pu concevoir ce splendide isolement, c’est parce qu’une femme l’a porté protégé et nourri durant son enfance, parce qu’un groupe humain l’a accueilli, éduqué et rendu autonome. L’égoïsme est un vice qui consiste à refuser de rendre ce qu’on a reçu.

Soit. Reste que le message de Stirner est toujours présent : admettons que nous ayons à rendre ce qu’on nous a donné. Mais jusqu’où cela va-t-il ? Peut-on affirmer comme Rousseau que le juge peut dire au condamné : « On a le droit de te mettre à mort parce que jusqu’à maintenant c’est grâce à nous que tu as vécu » ? Mais alors, comme l’esclave, chacun de nous est sous la dépendance de ceux qui l’ont nourri et élevé comme le porcher engraisse les cochons avant de les saigner.

Et Moi, qu’est-ce que j’en pense ? Avec Stirner je dirai que le seul altruisme qui vaille est celui qui permet à l’individu d’exister sans les autres. Comme les parents qui élèvent leur progéniture dans le but de la rendre capable de vivre sans eux.

Le reste, c’est du bonus : Altruiste, moi ? Si je le veux bien !

Wednesday, April 01, 2015

Citation du 2 avril 2015

Rien n'est, pour Moi, au-dessus de Moi!
Stirner – L’unique et sa propriété
Commentaire I

« Rien n'est… au-dessus de Moi ! » Il faut lire cette préface de l’Unique et sa propriété pour retrouver l’argumentation qui soutien cette affirmation : elle est lumineuse.
Stirner est bien un précurseur de l’anarchie, même lorsqu’il dit pour commencer que nous devons soutenir les causes qui sont au-dessus de nous. Seulement lorsque nous regardons ce qu’elles sont, on s’aperçoit qu’il s’agit à chaque fois d’une entité (Dieu, l’Humanité, la Patrie) qui nous donne l’exemple exactement contraire : Dieu n’existe que pour lui-même – puisqu’il est Tout. L’Humanité n’attend qu’une chose, c’est de perpétuer l’espèce, et tant pis pour l’individu. La Patrie… On savait déjà à l’époque qu’elle s’abreuvait du sang du peuple.
Stirner nous dit : considérons tous ces exemples et imitons-les : soyons à nous-mêmes notre propre Dieu ! Disons que nous sommes uniques, c’est à dire que nous ne devons nous rattacher à rien d’extérieur à nous, ni comme origine, ni comme fin.
On insistera en objectant à Stirner que l’altruisme est la voie morale par excellence. Que l’égoïsme est présenté exclusivement comme perversion. Que les causes qu’on nous prie de servir pour prouver que nous ne sommes pas égoïstes sont elles-mêmes porteuses de cet altruisme : aimons Dieu pardessus tout, parce qu’Il nous aime ! Et la Patrie, qui est notre mère, nous aime comme ses enfants…Mais non. Si Dieu nous aime, c’est seulement parce qu’Il est Amour, parce qu’il est dans Sa nature d’être amour. Quant à la Patrie, nous l’avons dit, elle nous prouve son amour en acceptant le sacrifice de notre vie.
Autrement dit, si Dieu existe, c’est Lui-même qu’Il aime – et, puisqu’il est tout, il nous aime aussi pardessus le marché ! Notre Patrie, notre Peuple, ce sont leur propre survie qu’ils recherchent : le maitre mot de cette « morale » est : égoïsme. L’être égoïste,  c’est l’être qui constitue un individu unique, comme Dieu, la Patrie etc. et qui ne se réfère à personne d’autre qu’à lui-même.
Pour Stirner, si je dis que rien n’est au-dessus de moi, c’est parce que rien n’existe au-dessus de moi.

La suite à  demain, si vous le voulez bien.

Thursday, September 11, 2014

Citation du 12 septembre 2014



… nous sommes nous-mêmes coupables de ne pas les dépouiller (= les riches). Les pauvres sont coupables de l'existence des riches.
Max Stirner – L’Unique et sa propriété

La polémique actuelle à propos des « sans-dents » surnom méprisant qui aurait été donné par le Président aux pauvres (1), fait de la pauvreté une souffrance que la société en général et les politiques qui la gouvernent en particulier ont le devoir de prendre en charge.
En réalité, selon Stirner les pauvres sont responsables de leur état, et de ce fait ils ne sont pas à plaindre. Si les riches sont des voleurs comme le suggère Proudhon, alors il est plus que normal de voler les voleurs. [Je note avec intérêt que Stirner est largement cité par Wikiberal, le portail du libéralisme. Reste à savoir si cet aspect de Stirner leur conviendrait]
o-o-o
Pourquoi des riches ? Pourquoi des pauvres ? S’agit-il de faits liés à des caractéristiques intrinsèques des individus – moyennant quoi il n’y aurait pas là d’injustice – ou bien s’agit-il d’un système inique fondé sur des prérogatives usurpées ? A supposer qu’on accepte qu’il y ait des riches (2), faut-il accepter la pauvreté, ou bien faut-il la secourir ? Faut-il au contraire admettre que chacun doit réussir selon ses capacités, et du coup lever les entraves à la libre entreprise et aux bénéfices qui en découlent ?
Stirner à la suite de Proudhon pose la question en termes extrêmement acéré : le vol des richesses accumulées par les riches est-il un délit, ou bien un acte de justice ? Pour lui, si le vol aboutit à égaliser les conditions sociales, alors il est légitime.
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(1) « Il [= François Hollande] s’est présenté comme l’homme qui n’aime pas les riches. En réalité, le président n’aime pas les pauvres. Lui, l’homme de gauche, dit en privé : les sans-dents, très fier de son trait d’humour ». Valérie Trierweiler – Merci pour ce moment.
(2) Par exemple en évitant l’impôt confiscatoire.

Saturday, June 28, 2014

Citation du 29 Juin 2014



Si le communiste voit en toi un homme et un frère, ce n'est là que sa manière de voir des dimanches... Si tu étais un fainéant, il ne reconnaîtrait pas en toi l'Homme, il y verrait un homme paresseux à corriger de sa paresse et à catéchiser pour le convertir à la croyance que le travail est la destination et la vocation de l'Homme.
Max Stirner - 1806-1856
Qu’est-ce donc, pour parler comme Stirner que l’homme du dimanche ?
Le dimanche, c’est un jour chômé ; c’est donc le moment de l’égalité – égalité entre les laborieux et les paresseux. Car s’il est un point sur lequel le marxiste (façon 19ème siècle du moins) et le chrétien sont bien d’accord, c’est sur le fait que le travail est la destination et la vocation de l'Homme
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Certains pensaient faire un mot d’esprit en disant : « Le capitalisme c’est l’exploitation de l’homme par l’homme. Le communisme, c’est l’inverse. ». Ils auraient peut-être été d’accord pour dire : « Le capitalisme considère que l’homme est fait pour travailler. Et le communisme, c’est pareil. » Car tous deux considèrent que l’homme est sur terre pour travailler, que l’oisiveté est contraire à sa nature, et que la paresse est vraiment le vice le plus grave.
Sans doute le communiste dont parle Stirner est-il plus moralisateur et le capitaliste plus cynique ; sans doute faut-il voir dans leur entente la preuve qu’ils puisent tous deux leur accord dans une origine commune dans la société industrielle (voir Raymond Aron). Mais nous avons ici la preuve que le 19ème siècle est un siècle de travailleur, et non un siècle de consommateurs.
Car, voilà la différence avec le 21ème siècle : si le dimanche est dans la tradition judéo-chrétienne le moment où, comme le Seigneur-Dieu, l’homme doit se reposer, dans notre civilisation, le dimanche est fait pour consommer. C’est même ce que de façon prémonitoire Lafarge écrivait dans Le droit à la paresse (1) : il faut bien que de temps en temps le prolétariat s’arrête de produire pour consommer ce qu’il a produit.
--> De là la polémique sur l’ouverture des magasins le dimanche : faire passer le repos de quelques-uns après l’exigence de consommation des autres. Alors, certes, on préfèrerait que personne ne travaille. Mais si c’est au prix de la cessation totale et absolue de la consommation, alors là : Non !
D’ailleurs, notons encore ceci : les malheureux sacrifiés qui vont travailler le dimanche vont pouvoir se faire grassement payer – en application du principe : Travailler plus, pour gagner plus.
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