Showing posts with label marginal. Show all posts
Showing posts with label marginal. Show all posts

Monday, September 20, 2010

Citation du 21 septembre 2010

Dans la plaine les baladins / S'éloignent au long des jardins / Devant l'huis des auberges grises / Par les villages sans églises […]

Chaque arbre fruitier se résigne / Quand de très loin ils lui font signe

Apollinaire – Saltimbanques (recueil Alcools) (1)

Sur le chemin du bord du fleuve lentement / Un ours un singe un chien menés par des tziganes / Suivaient une roulotte traînée par un âne / Tandis que s'éloignait dans les vignes rhénanes / Sur un fifre lointain un air de régiment

Apollinaire – Mai (recueil Alcools)

Gens du voyage… Tsiganes… Gitans… Roms… Ils ont tous nourris un imaginaire farci de poules, de diseuses de bonne aventure, d’acrobates, d’errance et de misère.

On n’en finirait plus d’énumérer leurs méfaits tant la tradition et les siècles les en ont chargés. Rappelons simplement que l’accusation de voler les poules n’est rien comparée aux autres crimes dont on les a accusés, comme de voler les enfants.

Les expulsions des camps de Roms menées par le gouvernement français font appel à la même tradition : ce sont eux qui sont chargés d’incarner le sentiment d’insécurité qui pourrit la vie des gens, au point que Notre-Président a reproché aux journalistes qui l’accablent de leurs critiques d’avoir oublié les incidents de Saint-Aignan (2) provoqués par les gens du voyage. Bien entendu, Notre-Président lui-même a oublié que ces Gens-du-voyage là n’étaient pas des Roms…

Mais ne fait-on pas là encore usage du prodigieux potentiel d’imaginaire qui émane des Roms ? Les poèmes d’Apollinaire – et de bien d’autres – nous le montrent : leur image aux contours flous, décolorée par la distance, sert de support au mieux à nos créations poétiques, ou au pire, aux projections de nos angoisses obsessionnelles.

Création poétique, oui… Mais nous ne sommes pas tous des Guillaume Apollinaire, rêvant derrière les roulottes, dans la poussière de la route : reste à nous imaginer courant après les voleurs de voitures, les casseurs de villages, les assassins de vieilles femmes…
---------------------------------

(1) Ceux qui préfèrent la version musicale (Musique de Louis Bessières) chantée par Yves Montand n’ont qu’à cliquer ici.

(2) Pour ceux que les vacances avaient éloignés de leurs écrans, voir ici

Tuesday, October 02, 2007

Citation du 3 octobre 2007

On se surprend à marcher sur le bord du trottoir comme on faisait enfant, comme si c'était la marge qui comptait, le bord des choses.

Philippe Delerm - La Première Gorgée de bière

Nous autres, enfants de 68, nous avons été bien sages : on the road again, on ne faisait que jouer à être SDF, et Kerouac après avoir été l’idole de la beat generation, était devenu un bon conservateur américain. C’est qu’on a loupé le train de la révolution (ou plutôt : il a déraillé - Cf. mes Posts désabusés : 10.2.07 ; 4.11.06). Il ne nous reste plus que l’utopie, l’anarchie... la marginalité quoi.

Pour vivre heureux, vivons en marge.

Mais le concept de marge ne manque pas d’ambiguïté : Philippe Delerme (= le père), pointe l’un des sens possible : la marge est le bord des choses. Le bord de la page écrite, cette réserve blanche sans la quelle le texte envahirait tout. Angoissant. La marge est sécurisante : avec elle on n’est pas dedans. Mais on n’est pas dehors non plus. Marginal, mais pas vraiment hors-la-loi.

Seulement il y a la marge de la marginalité. Un marginal est certes dehors-dedans, en ce sens qu’il est au contact de la société sans être pourtant vraiment dedans. Seulement, au lieu que ce soit lui qui n’en veuille pas, c’est elle qui le rejette. Ça change tout.

C’est qu’au lieu d’être sécurisante, la marginalité est inquiétante : déjà, elle nous montre que certains ne partagent pas notre mode de vie, et donc que celui-ci est parfaitement contingent. Mais ça, encore ce serait acceptable : les babas-cool (1) étaient contestataires, les hippies pratiquaient l’amour libre et parfois ce n’était pas sous des formes très convenables, mais enfin on sentait bien qu’ils ne menaçaient pas les bourgeois : ceux-là, ce qu’ils avaient, la marge n’en voulait pas.

Par contre, un marginal pourrait bien vous tirer votre sac à main, ou vous rouer de coups si vous lui refusez une clope. Nous retrouvons ainsi la peur du sauvage, cette peur sans nom parce qu’elle est peur de l’inconnu. Ce que Freud qualifiait d’inquiétante étrangeté.


(1) Rappelons que les babas ont précédé les bobos - mais ce sont les mêmes.