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Wednesday, July 10, 2013

Citation du 11 juillet 2013


Les hommes éprouvent à se gratter le même plaisir qu'à faire l'amour.
Démocrite – Fragment 127

Et Démocrite : La masturbation procure une jouissance comparable à l’amour. 
Hérodien – Prosodie générale – Les Présocratiques (Pléiade, p.  877)

La sagesse antique et nous II
Démocrite : le Philosophe qui rit… contredisant  l’image revêche qu’on se faisait du sage, à ce point  qu'on le considère parfois comme fou ! Mais c’est aussi un sage admiré de ses contemporains, qu’on ne connait aujourd’hui que par les citations qu’ils nous ont transmises.
Il y aurait donc un éloge de la masturbation chez Démocrite (1) qui, en écho à Diogène (cf. ici), nous engage à nous satisfaire de cette façon.
En rapprochant nos deux citations-du-jour, on constate que ce que vise Démocrite, c’est ce que Freud nommait « le plaisir d’organe » (2). Mais, il y a plus : alors que Freud visait une satisfaction  érotique, le grattement qui soulage la démangeaison selon Démocrite apporte le même plaisir qu’à faire l’amour. Il y aurait non seulement une jouissance à se gratter, mais aussi – et surtout – on est en droit de supposer que toutes les jouissances sont les mêmes. Le plaisir érotique n’est-il donc rien de plus qu’un plaisir anonyme ?
Toutefois, la comparaison avec la psychanalyse devrait s’arrêter là dans la mesure où le plaisir du « grattage » est à distinguer du principe de plaisir freudien qui vise à abaisser la tension psychique consécutive au désir.
Laissons de côté ce point qui mériterait sans doute une discussion plus approfondie, et allons papillonner plus loin : l’avantage des citations fragmentaires, isolée de tout contexte, c’est qu’elles ouvrent la carrière à l’imagination.
Ainsi pourquoi ne pas rapprocher ce qu’on dit ici de la masturbation de ce que dit également Démocrite à propos des enfants qu’il vaut mieux prendre tout faits que de les faire soi-même (3) ? S’il n’est pas nécessaire de faire des enfants, alors pourquoi valoriser l’acte sexuel ? Autant le remplacer par la masturbation – le péché d’Onan.
Ou encore, puisque la Bible s’est bien penchée sur la question par le péché des sodomites.
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(1) Pour un débat sur l’éloge de la masturbation chez Démocrite, voir ici.
(2) « Plaisir lié à la satisfaction auto-érotique d'une pulsion partielle dans la zone érogène où elle se produit, et qui est éprouvé indépendamment de la satisfaction d'autres pulsions et sans relation directe avec l'accomplissement d'une fonction. »
(3) Voir Post de demain 12 juillet

Saturday, June 23, 2012

Citation du 24 juin 2012


Je me suis proposé de décrire des maladies produites par la masturbation, et non point du crime de la masturbation ; n'est-ce pas d'ailleurs assez en prouver le crime, que de démontrer qu'elle est un acte de suicide
Dr S.TISSOT, L'onanisme. Dissertation sur les maladies produites par la masturbation, Préface de 1813. (p. X) (1)
(Cité dans l’intéressant article de P.O. De Busscher – (DEA 1993) L'imaginaire médical de la masturbation : de la crise anti-onanisme au sexe à moindre risque (XVllle-XX SIECLE) )

Cher ami désespéré,
tu veux mettre fin à tes jours, mais tu hésites encore sur le moyen à utiliser ? La corde ? La noyade ? Le saut fatal du pont de l’autoroute ?
Non – rien de tout ça ! N’hésite plus : masturbe-toi jusqu’à ce que mort s’en suive !
Je vois que tu doutes : tu crois que je me moque de toi, que je refuse de te prendre au sérieux ?
Pas du tout ! Lis donc le livre du Docteur Tissot. On y trouve cette énumération des ravages effrayants de cette perversion :
- épuisement des forces physiques, qui se dispersent avec les orgasmes répétés.
- consomption des forces psychiques qui restent en permanences tendues par l’obsession sexuelle.
- obsession qui justement génère la folie : non seulement en entraînant la dégénérescence de la matière cérébrale, mais encore en menant à l’isolement : à la différence du débauché, le masturbateur est un solitaire.
Si tu n’y laisses pas rapidement la vie, du moins cesseras-tu d’exister comme être humain, puisque tu perdras la conscience morale qui t’élève au-dessus de l’animal.
Ami désespéré ! Tu doutes encore de mes paroles et tu te dis que si cet acte abominable entrainait de tels maléfices on le saurait. Mais sais-tu qu’on ne l’ignore que parce qu’on le veut bien ? Que si nous reprenions les traités du Docteur Tissot et de ses confrères, ou bien encore si on pratiquait les manuels de confession du 18ème siècle, on aurait tôt fait de constater que ce vice continue de faire des ravages. (2)
Bien sûr, la liberté et la dépravation sexuelle ont limité le développement de la satisfaction solitaire. Mais la débauche continue, et avec elle la démoralisation, la dégénérescence de l’espèce, l'épuisement des forces humaines.
Comment comprendre autrement le dégoût du travail qui s’est aujourd’hui généralisé ?
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(1) L’ouvrage de Tissot, dans son édition de 1813 est intégralement reproduit ici.
(2) Sur le sujet, on peut lire avec intérêt le livre d’Alain Corbin L’harmonie des plaisirs (sous-titré : Les manières de jouir du siècle des Lumières à l’avènement de la sexologie).

Thursday, January 13, 2011

Citation du 14 janvier 2011

Déconseillé aux moins de 12 ans

Fendue-Défendue

Miss.Tic

Vous le savez, Miss.Tic a la propriété d’exciter mon imagination – et quelques fois mes fantasmes.

On va rester entre nous, fermer soigneusement les portes et les fenêtres, et puis éjecter les passants qui auraient cliqué sur ce Blog accidentellement.

Voilà : je vous livre – en image, c’est moins difficile à dire ! – les élucubrations suscitées dans mon cerveau par ce Pochoir. …

1 – Fendue : qu’est-ce qui est fendu ?

Réponse : ça

2 – Pourquoi fendue ?

Dessin de Klimt

Réponse : pour ça

3 –Défendue : comment défendre ?

Comme ça.

Saturday, September 11, 2010

Citation du 12 septembre 2010

Ne sait-on pas que la morale est pour les prêtres ce que l'hygiène est pour les médecins ?

Rivarol – Seconde lettre à Necker

Hier, nous avons établi que pour que certaines citations soient aujourd’hui admissibles il faudrait en inverser la formulation.

Avec cette citation de Rivarol, c’est à peu près la même chose, à cette différence près que cette inversion était nécessaire déjà à l’époque où elle a été écrite. L’hygiène médicale a repris presque textuellement les prescriptions morales des prêtres, dans le domaine de la vie sexuelle particulièrement.

On lira à ce propos le livre d’Alain Corbin intitulé : l’harmonie des plaisirs, et sous-titré : Les manières de jouir du siècles de Lumières à l’avènement de la sexologie.

Pour faire simple, Corbin rappelle que les médecins hygiénistes, ont repris les interdits religieux concernant l’exercice de la sexualité. Mais ils l’ont fait en établissant une rigoureuse économie de la semence mâle, doublée d’un contrôle de la sexualité féminine. Il ne s’agit plus ici de salut de l’âme, mais de préservation de la fertilité des individus, et aussi de préservation de leur santé. Là où les prêtres parlaient d’interdits divins, ils parlent de « vœu de la nature ». Là où la religion voit dans l’excitation sexuelle un péché mortel, les hygiénistes parlent de dégénérescence et de risque de mort. On pense bien sûr au manuel de Tissot (voir ici l’article bien documenté de Wikipédia), mais Corbin en cite bien d’autres.

On ne saurait être plus explicite.

Mais, alors que l’église voit dans la procréation la seule justification de la sexualité, en sorte que c’est vu sous cet angle que la masturbation est un vice particulièrement odieux (1), la médecine fait de la semence mâle un liquide précieux qu’il convient de ne répandre que dans le « vase féminin ».

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(1) Nous avions eu l’occasion de rappeler que le péché d’Onan est bel et bien d’avoir préféré répandre sa semence sur le sol plutôt que d’en féconder sa belle sœur comme il en avait reçu l’ordre de son propre père (voir ici).

Monday, November 27, 2006

Citation du 28 novembre 2006

Sommes-nous si intéressants que nous devions infliger notre présence au monde futur à travers celle de notre progéniture ? Depuis que j'ai compris cela, rien ne m'attriste autant que cet attachement narcissique des hommes aux quelques molécules d'acide désoxyribonucléique qui sortent un jour de leurs organes génitaux.

Henri Laborit - Éloge de la fuite

Laborit fait sans doute allusion ici aux thèses néo-darwiniennes selon les quelles le ressort secret de tout être vivant (la volonté de vivre de Schopenhauer) est de diffuser ses gènes à travers sa descendance : l’homme recherche la femme féconde, la femme cherche l’homme robuste, chacun veut faire des enfants et qu’ils survivent pour engendrer à leur tour, ce qui veut dire : transmettre les gènes qu’ils ont reçu et ainsi perpétuer leurs aïeux. La science a relayé la morale, qui depuis longtemps fait de la fécondation la justification de la sexualité.

Faut-il donc se soucier « du plat souci de la propagation de l’espèce » ? L’expression est de Sade, dont on sait qu’il ne considérait pas que le but de la vie était de procréer. Si on se tourne vers la Bible, on voit qu’effectivement la propagation de l’espèce est bien la justification de la sexualité : tout la monde connaît l’onanisme, presque tout le monde sait qu’on fait ici allusion au « péché d’Onan » (Genèse 38 :7 et 9). Mais contrairement à ce qu’on croit, il ne s’agit pas vraiment de satisfaction solitaire. Voici l’histoire : Onan avait reçu l’ordre du Patriarche Juda - son père - d’épouser Tamar - sa belle-sœur - qui était devenue veuve sans avoir eu d’enfant, afin de lui donner une descendance. Supposez que votre belle-sœur soit une mocheté ou que son caractère soit hyper-toxique : que faites-vous ? Hé bien, Onan, en présence de la dame, s’est masturbé, montrant ainsi qu’il préférait répandre sa semence sur le sol plutôt que de la féconder : l’onanisme est d’abord le refus de la procréation (1).

Généralisons : on comprend bien que ce refus soit un abominable péché parce que qu’il consiste à désobéir au Seigneur ; mais on ne peut oublier que la revendication d’Onan soit d’abord celle du droit de décider par lui-même d’engendrer ou de ne pas engendrer. Au fond, il s’est trouvé dans la même situation que les femmes qui ont revendiqué le droit à la contraception.

Avec Onan, la première méthode contraceptive de l’histoire humaine apparaît : c’est la masturbation.

(1) Quant à ce qu’il advint d’Onan, sachez que le Seigneur-Dieu l’a occis pour lui avoir désobéi. Mais l’histoire n’est pas finie : Tamar se déguise en prostituée, séduit Juda (= son beau-père) et conçoit ainsi un enfant. Croustillantes les histoires bibliques, hein ? Quand au péché des habitants de Sodome, je vous raconterai ça une autre fois.

Thursday, October 19, 2006

Citation du 20 octobre 2006

Ah ! si on pouvait faire disparaître la faim en se frottant le ventre

Diogène de Sinope (aussi appelé : Diogène le Cynique)

Déconseillé aux moins de 12 ans

Diogène le cynique se masturbait sur l’acropole ; devant les passants - je suppose - scandalisés, il se contentait de regretter qu’il ne soit pas aussi simple de calmer sa faim. Les cyniques sont des philosophes qui affectaient de vivre comme des chiens (1). Diogène vivait dans une amphore (=le tonneau qu’on lui attribue) assimilée à la niche du chien. Et bien sûr il satisfaisait ses besoins et assouvissait sa libido au vu et au su de tout le monde, donc comme les chiens. Diogène est-il un philosophe ? Oui, s’il donne à penser. Qu’y a-t-il donc à penser ici ?

Ce que nous dit Diogène, c’est que le désir sexuel et la faim ne sont pas de même nature : d’un côté le désir dont la satisfaction fait appel à notre faculté imaginative c’est-à-dire au fantasme ; de l’autre le besoin qui ne peut être satisfait que par l’acquisition d’un élément matériel. Le nourrisson affamé peut bien « halluciner » le sein de sa mère ; il aura toujours faim. Devenu adolescent, s’il hallucine encore le sein maternel, ce ne sera plus pour calmer sa faim. Et le résultat sera - peut-être - celui dont nous parle Diogène.

Diogène nous donne à croire que le désir est supérieur au besoin parce qu’il dépend uniquement de nous de le satisfaire. Erreur. Le fantasme ne suffit pas à satisfaire nos désirs ; il ne peut le faire qu’à condition de se projeter sur la réalité, de l’habiller à sa façon : il a besoin de cette réalité pour exister, et surtout pour aboutir. D’ailleurs Diogène ne se contentait pas de fantasmer ; il se « frottait le ventre ». Supposez qu’il ait été tétraplégique (à supposer que dans ces conditions sa libido ait encore eu quelque chose à dire) : il aurait bel et bien eu besoin d’un secours extérieur pour se satisfaire.

Vous n’êtes pas choqué au moins ? Si c’est le cas, voyez mon avertissement liminaire.

(1) Cynique vient de « kunos » qui en grec signifie : chien.