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Wednesday, February 01, 2017

Citation du 2 février 2017

Dieu peut aussi peu se passer de nous que nous de lui, car serait-ce que nous puissions nous détourner de Dieu, Dieu pourtant ne pourrait jamais se détourner de nous.
Maître Eckhart  – Sermon
Dieu a-t-il vraiment ce rapport indissoluble avec ses créatures ? Sur cette question se greffe celle de l’origine du mal : si Dieu est toujours avec nous, d’où vient le mal ? Après tout, quand Adam et Eve ont péché, Dieu n’était pas là pour leur dire : « C’est mal ! ». Ce n’est qu’après et de façon indirecte qu’Il découvre leur faute.
o-o-o
Dieu a-t-il un rapport avec l’existence du mal ?
Réponse avec le « tétralemme » de la religion concernant l’existence du mal :
Ou bien 
1 – Dieu veut éliminer le mal et ne le peut
            – S'il le veut et ne le peut, il est impuissant, ce qui ne convient pas à Dieu
2 – ou il le peut et ne le veut pas
            – S'il le peut et ne le veut, il est méchant, ce qui est étranger à Dieu
3 – ou il ne le veut ni ne le peut
            – S'il ne le peut ni ne le veut, il est à la fois impuissant et méchant, il n'est donc pas Dieu
4 – ou il le veut et le peut
            – S'il le veut et le peut, ce qui convient seul à Dieu, d'où vient donc le mal, ou pourquoi Dieu ne le supprime-t-il pas ?  (cf.lostangel66)
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Finalement il faut aller jusqu’à la conclusion d’Epicure pour avoir une réponse cohérente : les Dieux sont des Bienheureux ; or avoir souci des hommes empêche d’être pleinement heureux ; donc les Dieux ne se soucient pas des hommes ; le mal concerne ces derniers et ne les regarde pas.
Au fond on aperçoit ici tout un pan de la religion que nous n’envisageons pas – sans doute parce que nous nous y refusons. Il s’agit du rapport de Dieu à l’humanité. Nous faisons comme si l’humanité était l’objet de l’amour divin, et que tout ce qui nous arrive venait de Lui, constituant une récompense ou un châtiment. Est-ce si sûr ? Il y a un passage du Politique de Platon où Socrate dit quelque chose comme ça (je cite de mémoire) : « Si les grues ou d’autres animaux avaient des Dieux, ne penses-tu pas qu’ils seraient soucieux de leur sort ? ». Oui, la religion du Dieu aimant est une religion anthropocentrée, et tout dans l’univers, jusqu’à notre position par rapport à lui dépend de ce parti pris. Et si Epicure avait raison ? Si les Dieux s’étaient détournés de nous soit pour « prendre leur retraite », soit pour créer une autre humanité, là bas, très loin, sur une exoplanète, et que ce soit celle-ci désormais qui l’occupe – pendant que nous sommes à l’abandon sur notre pauvre terre, promis à une déchéance certaine, lorsque le dernier homme sera mort de faim ou d’asphyxie…

Je sais : ça fait mal à entendre, mais c’est peut-être ça la vérité.

Monday, May 17, 2010

Citation du 18 mai 2010

Si tu remerciais Dieu pour toutes les joies qu’il te donne, il ne te resterait plus de temps pour te plaindre.

Maître Eckhart (Mystique rhénan du XIIIème siècle)

On peut être un mystique rhénan du XIIIème siècle et écrire des phrases comme celles-là (sans doute empruntée à un sermon) frappée au coin du bon sens. Que diraient de plus les optimistes à tout crin, ceux qui affirment doctement qu’il faut regarder le bouquet au milieu de la table plutôt que la tache sur le bord de la nappe…

Mais il vaudrait mieux prendre un peu d’altitude : Maître Eckhart ne nous invite sûrement pas à faire la comptabilité de nos joies et de nos peines. Ce souci d’apothicaire serait bien peu digne d’un tel esprit.

Reste que j’ai quand même comme un doute : qui sait si mes joies résisteraient à un seul chagrin bien mordant ? Par exemple : un deuil – voilà qui ruine toutes les joies, qui stérilise les beautés du printemps et empêche de ressentir le plaisir sous toutes ses formes. Un seul être vous manque comme dit le poète…

Je suppose donc que ce qu’il faut retenir du conseil de Maître Eckhart, c’est que nos joies nous ont été données par Dieu. Qu’elles sont quelque chose de gratuit – après tout Il ne nous doit rien – et que nous devons les recevoir comme une grâce. En revanche, nos peines sont les nôtres parce qu’elles relèvent de notre situation de créature, à l’horizon borné par notre égoïsme et nos passions (et par le péché originel ? Oui, pourquoi pas…)

Il suffit de lire Leibniz pour le savoir : le mal n’est en fait qu’un bien qu’on ne comprends pas. S’en plaindre c’est perdre son temps.

Thursday, May 08, 2008

Citation du 9 mai 2008

Dans le Un on trouve Dieu, et il faut que devienne Un celui qui doit trouver Dieu.

Maître Eckhart – De l'homme noble

Le salut passe par une expérience ontologique, qui peut être mystique, – si devenir Un signifie faire l’unité avec Dieu ; mais qui pourrait bien n’être que psychologique, s’il s’agit de faire un avec soi-même.

Moi qui ne suis pas mystique, je trouve que cette phrase trace quand même une jolie route vers un certain salut. Faire Un avec soi-même, même si ce n’est pas faire Un en même temps avec Dieu : ce n’est déjà pas si mal.

Mais comme faire l’unité ? Faut-il éliminer tout ce qui n’est pas désirable dans notre personne ? Faut-il hiérarchiser ? Faut-il amalgamer, ou intégrer ? Où trouver la bonne réponse ?

Voyez Freud : Lacan résume ainsi sa fameuse formule « Wo es war, soll ich verden » en disant : cette fin est de réintégration et d’accord, je dirai de réconciliation (versönnung) (1).

Oui, la psychanalyse – et pourquoi pas la psychologie en général, vous propose de vous réconcilier avec vous-même, d’accepter ce que vous êtes ou lieu de le combattre ou d’un tirer un sentiment de culpabilité. Bref : de ne plus faire qu’Un avec vous-mêmes.

Faire Un avec soi-même : mais si nous sommes pluriels, le quel devons-nous choisir ? Maître Eckhart répond : celui qui va vous hisser au plus haut niveau.

Et pour nous hisser au plus haut, ce n’est par épuration, élimination, tamisage de l’être qu’il faut procéder. C’est par harmonisation.

Le message de Freud s’éclaire de cette ouverture sur le mystique rhénan, non pas seulement par l’idée que l’unité est la seule dimension où nous puissions exister, et que le conflit avec nous-mêmes ruine notre existence. Il s’éclaire surtout par cette idée que c’est sur le divin que nous devons nous aligner, non pas pour être Dieu, mais pour trouver en lui le principe de l’unité qui surmonte les divisions (qu’on songe à la mystérieuse Trinité).

(1) Voici le texte : « La fin que propose à l'homme la découverte de Freud, a été définie par lui à l'apogée de sa pensée en des termes émouvants : Wo es war, soll ich werden. Là où fut ça, il me faut advenir.
Cette fin est de réintégration et d'accord, je dirai de réconciliation (Versönnung). » J. Lacan - Ecrits. (p. 523-524)