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Saturday, September 21, 2013

Citation du 22 septembre 2013


Tout l’automne à la fin n’est plus qu’une tisane froide.
Francis Ponge – le Parti pris des choses (1942)
Si l’automne à la fin n’est plus qu’une tisane froide, on doit supposer qu’au premier jour il est comme une tisane chaude.
L’automne – 1er jour : le parfum des chemins creux pleins de châtaigne et de champignons : odeur de tisane. Les feuilles, dans le contre-jour du petit matin, sont mordorées comme une infusion de fleurs de tilleul. Après la promesse des fleurs printanières, après la plénitude des fruits offerts par l’été, voici maintenant leur quintessence mise en réserve par la Nature pour permettre aux animaux de supporter l’hiver. Qu’est-ce qu’une tisane sinon cette essence extraite par macération ?
-- J’aurais pu prendre tout cela au sérieux si je n’avais pas la tisane en horreur.
Je supposerai donc que la métaphore de Ponge a un autre sens : qu’y a-t-il de plus mauvais que la tisane chaude ? Réponse : rien n’est plus mauvais que la tisane chaude si ce n’est la tisane froide. La tisane froide est comme le dernier cercle de l’Enfer de Dante, et elle peut l’être parce que la tisane normale est l’avant-dernier cercle.
Bien. On se doute que je n’écris pas tout cela simplement pour faire savoir qu’il y a des breuvages que je trouve particulièrement infecte. C’est plutôt pour donner une image de l’absolu. Comme l’infini, l’absolu est tel que rien de plus grand ne peut être imaginé.
C’est ainsi que Leibniz disait qu’il était impossible de concevoir une vitesse infinie, telle qu’aucune vitesse supérieur ne puisse être conçue, parce que, si l’on imaginait une roue tournant à une telle vitesse, on pourrait toujours prolonger un de ses rayons, le quel irait forcément à une vitesse plus grande que celle d’un point quelconque de la circonférence.
Et donc : si je mets un peu d’aloès dans ma tisane froide, est-ce que ça ne serait pas encore plus mauvais ?
--> L’hiver, à la fin n’est plus qu’une tisane froide – avec, à la place du miel, de l’aloès.
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N.B. Si l’amertume est une composante de la feuille de l’aloès en tant que protection contre les prédateurs, cette feuille comporte aussi d’autres vertus, telles que : « Digestives : notamment une bien meilleure digestion des aliments, grâce aux nombreuses enzymes qu'elle contient, avec diminution des putréfactions intestinales ainsi qu'une légère action apéritive et une action tonifiante sur les intestins susceptible de régulariser un transit intestinal ralenti, mais sans action laxative proprement dite. » (Lu ici)
Une tisane d’aloès, ça ne peut pas être totalement mauvais, puisque ça favorise le transit intestinal !

Wednesday, September 26, 2012

Citation du 27 septembre 2012



La fonction de l'artiste est fort claire : il doit ouvrir un atelier, et y prendre en réparation le monde, par fragments, comme il lui vient.
Francis Ponge
Cette formule de Ponge me revenait à l’esprit l’autre jour, alors qu’une dame me disait combien la société actuelle révélait de décadence, d’échecs et de ruines, et ajoutait « il n’y a que l’art qui puisse encore nous sauver. »
L’art, c’est ce qui reste quand tout a raté. Déjà c’est ce que pensaient Schopenhauer et Nietzsche.
Seulement comme on admet généralement ça sans discussion, ni surtout sans savoir pourquoi  on le dit, ça ne nous éclaire pas beaucoup. Car, avant d’opiner ou de se récrier, il faudrait savoir ce que ça veut dire. Lourde tâche : je commence et je laisserai des points de suspension pour tous ceux qui voudront poursuivre le travail.
- D’abord, l’artiste c’est un type tout seul dans son atelier, pieds nus sur le carrelage, torse nu et pantalon de toile tâché de peinture. Ou alors un guitariste, le joint au coin des lèvres et le cheveu hirsute. Bref, l’artiste est un créateur solitaire. Et s’il peut quelque chose c’est essentiellement pour lui. Ne lui demandons pas de sauver la société, ni de nous montrer le chemin. Encore heureux si en le suivant on retrouve chacun pour soi ce qu’il a découvert.
- Ensuite, si on demande à l’artiste la voie du salut – à l’artiste et pas au curé, par au rabbin, pas à l’imam etc… –  c’est que la transcendance à laquelle on croit, c’est celle de notre propre imagination. Rien n’est caché derrière l’horizon et les cieux sont vides. Mais nous sommes capables de construire pour nous même ce que Baudelaire appelait des paradis artificiels – sachant que l’artifice c’est ce qui nous reste à vivre quand tout le reste fait défaut.
- Pour nous donner ce que la réalité nous refuse, l’art doit créer autre chose que du réel – ne lui demandons donc pas d’embellir la réalité. Le bonheur d’écouter de la musique ou de contempler un tableau nous entraine loin du réel, mais non pas en le distordant. Simplement parce que ce n’est pas le même monde.
….

Monday, September 24, 2012

Citation du 25 septembre 2012



Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse. Elle périt par un usage prolongé. Non par usure : par accident. C’est-à-dire, si l’on préfère, par usure de ses chances de survie.
Francis Ponge – La cruche (Pièces, p 94-96)
Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse… Quand on n’est pas capable de faire meilleur commentaire que celui-ci, on se contente de le recopier – d’autant qu’on peut lire ici le poème d’où il est extrait.
Mais, ne désespérons pas : certes, je ne saurais pas faire mieux pour le commentaire, mais je pourrais au moins faire état des pensées qu’il suscite :
- Notons d’abord que la cruche peut être inusable, mais qu’elle n’est pas indestructible.
Il en va donc ainsi également de nous : supposez qu’on ait trouvé le moyen de nous conserver une éternelle jeunesse. Par exemple, par une reprogrammation génétique – un auto-clonage ou quelque chose comme ça – on retrouverait à volonté nos 20 ans. Serions-nous pour autant immortels ? D’une certaine façon, oui ; car la maladie  ou l’usure de l’âge n’auraient pas de prise sur nous ; mais on pourrait néanmoins périr par accident sur la route – un crash, la tête arrachée ou la poitrine enfoncée – ou alors par meurtre prémédité – une rafale de kalachnikov (1).
- L’essentiel maintenant. La pensée que nous propose Ponge consiste à dire : puisqu’inévitablement même ce qui est inusable finira par être détruit, alors il y a quand même une usure : celle des chances de survie.
Mais alors, ce principe peut aussi être appliqué dès maintenant à nous tous, nous dont l’espérance de vie s’allonge spectaculairement. Statistiquement, vous risquez d’avantage de périr dans un accident ou assassiné par un malfrat si vous vivez 90 ans au lieu de 50. Et ça, on n’y peut rien parce qu’on n’a pas encore trouvé le moyen d’éliminer les aléas de l’existence.
Et c’est tant mieux !
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(1) Occasion de rappeler que le legs le plus évident et le plus durable de l’Union soviétique au monde est la kalachnikov. Je sais bien que ça n’a rien à voir avec mon propos, mais ça me fait plaisir.

Saturday, September 22, 2012

Citation du 23 septembre 2012



Savoureuse au possible, et polie mais non trop, sans rien de tendu.
[L’olive est un] Meilleur suppositoire de bouche encore que…
Francis Ponge – Les olives (Pièces p.98)
Meilleur suppositoire de bouche que… Que quoi ?
Quizz d’automne :
Réponse a : qu’une dragée.
Réponse b : qu’un pruneau.
Réponse c : que n’importe quoi, à condition d’avoir la bouche en cul de poule.
(Voir réponse en annexe)

°°°°
Ponge a fréquemment de ces images qui font tâche, qui dégoutent, que rien ne saurait rattraper, pas même une licence poétique. Pourquoi donc fait-il ça ?
Je ne suis malheureusement pas un bon spécialiste de Ponge, on ne peut le commenter à la légère, lui qui a pris soin d’élaborer la théorie littéraire et poétique qui accompagne son œuvre. Par contre je puis analyser – et d’abord pour moi-même – les raisons qui m’ont fait sursauter à la lecture de ce passage.
Bien sûr, le suppositoire fait « couple avec » l’anus, auquel nous sommes bien obligés de penser. C’est déjà dégoutant. Mais en plus, subrepticement, il vient prendre la place de la bouche : nous retrouvons les bizarreries de Beckett (cité le 15 février 2011). Sauf que là, se trouve impliquée une permutation des orifices du tube digestif, avec les correspondances que ça suppose : en particulier que les fesses deviennent la face. Or, c’est elle – la face – qui parait la plus noble partie du corps humain, avec le regard – miroir de l’âme – et le sourire, expression angélique.
Peut-être suis-je en train de forcer le sens du texte de Ponge ? Peut-être s’agit-il d’une déviation liée à une lecture influencée par mes propres fantasmes ? Dans ce cas, Ponge n’aurait été intéressé que par la ressemblance de l’olive et du suppositoire ?
Ça y est ! Je sens l’inspiration qui vient !
Ode à l’olive.
Olive, toi qui nous offre un miroir où contempler notre noir reflet
En filant comme un obus vers notre bouche,
Tu engloutis notre image dans nos entrailles ténébreuses.
… Bigre ! C’est pas facile de faire du Ponge !
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Annexe
Réponse au Quizz d’automne :
Réponse b : « Meilleur suppositoire de bouche encore que le pruneau. »