Thursday, June 23, 2016
Citation du 24 juin 2016
Tuesday, March 08, 2016
Citation du 8 mars 2016
Thursday, November 19, 2015
Citation du 20 novembre 2015
Friday, August 24, 2012
Citation du 24 août 2012
Thursday, August 25, 2011
Citation du 26 aout 2011
Rappelle-toi cette maxime quasi évangélique : Fais aux autres ce que tu ne veux pas qu’ils te fassent ; avec cette maxime tu iras loin.
Huysmans – A rebours, ch. 6 (p.120)
D’où vient qu’on imagine que les maximes nous inciteraient uniquement à faire le bien d’autrui ?
Des Esseintes, le personnage central de A rebours, aime la dégénérescence et il en tire cette maxime qui va dans la direction du mal : c’est par là qu’on ira loin, même si on prend le chemin qui va à rebours des autres.
L’idée dont il faut se défaire, c’est qu’une maxime devrait être strictement morale ; contre quoi il convient d’évoquer Kant : Une maxime est un principe choisi librement par un individu et d'après lequel il dirige sa conduite (1). Rien de plus.
Si nous nous en tenons maintenant au contenu pratique de la maxime citée aujourd’hui, on voit que les rapports à autrui sont placés sous le signe de l’anticipation. Partant de l’idée que les autres veulent me faire ce qui ne me conviendrait pas, la sagesse consiste à anticiper en le leur faisant subir en premier.
On reprochera au héros de Huysmans de se situer strictement et uniquement dans un monde qui s’achève : quel avenir si l’on doit renier amour, générosité, plaisir de la confiance et de l’amitié ? Plus d’amour du prochain ? Plus de joue droite tendue au soufflet que vient de recevoir la joue gauche ? Quel est donc ce monde de haine et de violence assumées ?
On se rassurera : ce monde n’est pas le nôtre, il n’existe que dans les romans. Soit.
… Mais n’y a-t-il pas quel que part, dans notre monde même, une région où la maxime de Huysmans à cours ?
Un exemple ? Voyez cette autre maxime, empruntée aux économistes américains : Concevez, disent-ils, vos partenaires comme étant égoïstes et rationnels. Je ne vois pas où est la différence qui distinguerait cette maxime de celle de Huysmans.
Si vous voulez savoir maintenant si vous appartenez au clan des optimistes ou à celui des pessimistes, voyez comment vous allez vous débrouiller pour articuler la formule quasi-évangélique (= Huysmans) avec la formule évangélique.
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(1) On ajoutera que chez Kant, ce n’est pas la maxime qui est morale, mais la loi.
Sunday, July 25, 2010
Citation du 26 juillet 2010
Donner un verre d'eau en échange d'un verre d'eau n'est rien ; la vraie grandeur consiste à rendre le bien pour le mal.
Gandhi – Discours et écrits
Mais moi, je vous dis de ne pas résister au méchant. Si quelqu’un te frappe sur la joue droite, présente-lui aussi l’autre.
Evangile de Matthieu 5:39.
Question à 500 millions d’euros : Dans le Sermon sur la montagne, Jésus affirme que si on vous frappe sur la joue droite, vous devez :
Réponse A – Gifler l’adversaire sur la même joue.
Réponse B – Tendre la joue gauche.
Réponse C – Lui donner un coup de pied dans les parties génitales.
Réponse D – Lui faire une caresse.
…
Aujourd’hui, tout le monde sait lire, donc tout le monde a lu le Sermon sur la montagne.
Mais tout le monde n’a pas forcément lu Gandhi.
En apparence, Gandhi s’inscrit dans une autre perspective que celle de Jésus : il s’agit de l’échange du bien contre le mal.
Car, tendre la joue gauche après avoir été frappé sur la droite, c’est simplement signifier « je ne résiste pas aux méchants », parce que pour leur résister il faudrait être méchant à son tour.
Par contre, rendre le bien pour le mal, c’est signifier non pas simplement que la résistance n’est pas de mise, mais aussi que le mal est inférieur au bien.
Pourtant, entre Jésus et Gandhi, il n’y a qu’une différence de stratégie. Etant donné que le mal se manifeste ici par la violence, la seule question est de savoir comment lutter contre la violence.
- Soit en ne lui résistant pas
- Soit en adoptant une conduite qui manifeste son inanité.
… Tant qu’à faire de donner une réponse à notre Question à 500 millions, j’opterai pour la Réponse D. – C’est mon dernier mot.
Car, au fond, celui qui ne résiste pas ne montre pas grand-chose : après tout, peut-être est-il faible et incapable de toute façon de résister.
Voilà pourquoi Gandhi affirme que rendre le bien pour le mal prouve non seulement l’inanité du mal, mais encore la grandeur de celui qui adopte une telle conduite.
Friday, May 07, 2010
Citation du 8 mai 2010
Nul n’est méchant volontairement.
Platon
Personne, donc, Ménon, ne veut ce qui est mauvais, s'il est vrai qu'il refuse d'en être réduit là. Etre malheureux, en effet, qu'est-ce d'autre que désirer ce qui est mauvais et l'obtenir.
Platon – Menon 78a
N’est-il pas vrai, repris-je, que personne ne se porte volontairement au mal ou à ce qu’il prend pour le mal, qu’il ne paraît pas être dans la nature de l’homme de se résoudre à chercher ce qu’il croit mal plutôt que ce qui est bien, et que, quand on est forcé de choisir entre deux maux, il n’est personne qui choisisse le plus grand, s’il peut prendre le moindre ?
Platon – Protagoras 358 c-d
Nul n’est méchant volontairement.
Précepte moral que bien des apprentis philosophes de la classe de terminale ont ruminé, suite à un sujet de dissertation ou – mieux – à une discussion avec des copains-copines.
Observons donc avec soin et sans pédanterie cette formule. D’abord il semble bien qu’elle soit un résumé de la pensée de Platon plus qu’une formule effectivement écrite. En tout cas on ne la retrouve pas exactement dans les passages où il aborde de sujet (voir citations ci-dessus), et certains contestent même l’usage du terme de méchant, puisque Platon parle de ceux qui recherchent les mauvaises choses, sans qu’on sache s’il s’agit essentiellement des fautes morales. On pourrait dire que ceux qui recherchent ce qui nuit à leur santé recherchent non leur malheur mais leur plaisir (par exemple fumer).
D’ailleurs les petits textes que nous citons montrent qu’on est bien dans une critique de l’hédonisme. Par exemple Socrate explique à Ménon que l’on ne peut vouloir ce qui est mauvais, en employant le syllogisme suivant (dont la majeure manque il est vrai) :
- Ce que tout homme désire c’est d’être heureux.
- Or, ce qui est mauvais rend malheureux.
- Donc on ne peut vouloir ce qui est mauvais.
Mais, la coutume est plus forte que la vérité. La méchanceté morale est bien ce qui nous soucie plus que tout le reste, et plutôt que de se demander si on peut vouloir son propre malheur, on se demande si on peut faire le mal pour le mal (et non pour le plaisir du mal).
Autrement dit, on retrouve la problématique kantienne du mal radical : pour Kant, le mal radical est le penchant à dévier de la maxime de la moralité. Le mal n’est pas voulu comme un bien, mais comme l’opposé de la loi morale. Etre méchant volontairement, c’est une perversion du cœur qui fait vouloir l’opposé de ce que notre devoir nous impose.
Celui qui est absolument et purement méchant a choisi de refuser de faire le Bien pour le bien. Et donc si ce Bien absolu est inaccessible, impensable, alors le Mal absolu l’est également.
Voilà qui réconforte…
