Sunday, November 27, 2016
Citation du 28 novembre 2016
Wednesday, May 07, 2014
Citation du 8 mai 2014
Monday, July 21, 2008
Citation du 22 juillet 2008
Hokusai et nous (2)
Paul Claudel – Cent phrases pour éventail (phrase 60)
Kenji : Subete : tout ; tomaru : cesser.
Hokusai – Sous la vague au large de la côte à Kanagawa (Extrait de la série : 36 vues du mont Fuji)
Si je vous parle d’Hokusai, forcément vous pensez à cette vague dont l’écume se transforme en doigts crochus menaçants comme les serres d’un oiseau de proie.
… Et forcément vous oubliez ce qui se dresse au centre de l’image et que vous prenez peut-être pour un vague lointaine : c’est en réalité le mont Fuji dont la neige fait écho à l’écume de la mer.
Claudel pensait-il à cette estampe en écrivant cette phrase pour éventail ?
Peut-être, mais surtout il oppose l’existence de la mer au néant de la terre dont la montagne est l’ultime aboutissement ; mieux que le cap ou la presqu’île, le mont Fuji est la véritable fin de la terre.
Mais pourquoi faudrait-il expliquer le poète ? Et pourquoi commenter Hokusai ?
J’avoue que ce rapprochement est pour moi l’occasion de retrouver le thème du paysage qui comporte en son sein le point saillant/dominant, promontoire où situer l’observateur en contre champ (voir post du 17 août 2007).
Et j’imagine Claudel, perché là haut, tout là haut sur le mont Fuji. Sauf qu’au lieu de regarder la vague là-bas, au large de Kanawaga, il contemple le ciel.
Ces poètes sont vraiment surprenants.
Thursday, August 16, 2007
Citation du 17 août 2007
Définition - Un paysage est une partie de l’espace qu’un observateur embrasse du regard en lui conférant une signification globale et un pouvoir sur ses émotions.
Michel Baridon - Télérama N° 3003-3004
Qu’est-ce qu’on n’a pas dit de ce démon juché sur le parapet d’une des tours de Notre-Dame de Paris et contemplant la ville à ses pieds ? Que Viollet-le-Duc suggérait que les forces du mal allaient triompher ? Ou bien qu’il avait ajouté ce diable dans un élan d’amour pour les fantasmagories médiévales ? Ou tout simplement qu’il s’était adjugé le pouvoir de marquer son passage dans la restauration de la cathédrale, comme ailleurs il s’était portraituré lui-même parmi les prophètes ou les rois de Judée ?
Voilà la réponse juste : : « Un paysage est une partie de l’espace qu’un observateur embrasse du regard ». Donc, un paysage n’est pas simplement un espace rempli d’objets ; pour faire un paysage, il faut en plus un point de vue sur lui. Pas de point de vue sans un observateur. Ce diable-observateur nous signifie donc que Paris est un paysage.
Mais il y a plus. Les cinéastes ont coutume dire que dans un plan de paysage, pour qu’il ait une consistance, il faut sur la ligne d’horizon une point saillant (colline, immeuble, tour, mirador…) susceptible de servir pour le contre-champ : comme chez Michel Tournier, la réalité est faite du croisement de plusieurs point de vue (1). Vous l’avez déjà compris : le contre-champ est suggéré par la Tour Eiffel, juste au milieu du cliché. Ce que voit le Diable, on pourrait le voir aussi en étant un observateur juché sur la Tour Eiffel, et Paris c’est ce paysage compris entre ce deux points de vue.
J’en connais qui ont assez mauvais esprit et qui vont dire que mon argument ne vaut rien parce que, quand Viollet-le-Duc a placé son Diablotin, la Tour Eiffel n’existait pas. Oui.
… et pourquoi croyez-vous qu’on l’a construite ? Hein ? (2)
(1) Voir Michel Tournier, Vendredi ou les limbes du Pacifique : l’île de Speranza où a échoué Robinson se désagrège peu à peu à ses yeux, parce qu’il n’y a personne d’autre pour contempler ses falaises et ses forêts. Voir aussi le commentaire qu’en fait Gilles Deleuze « Un monde sans autrui ». Et mon Post du 24 août 2006.
(2) Ceci n’est pas une plaisanterie : la Tour Eiffel a été conçue pour servir de plate-forme pour voir Paris du ciel. On n’avait pas Yann Arthus-Bertrand à l’époque.
- Et maintenant qu’on l’a, le Arthus-Bertrand, on peut la démolir, la Tour Eiffel ?

