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Tuesday, November 28, 2017

Citation du 29 novembre 2017

Le chèque sans provision est une opération bancaire prévue au Code d'Instruction Criminelle, et c'est justice qu'il soit sévèrement puni. Je serais volontiers partisan d'une identique sévérité à l'égard des provisions sans chèques. L'homme qui thésaurise brise la cadence de la vie en interrompant la circulation monétaire. Il n'en a pas le droit.
Sacha Guitry - Mémoires d'un tricheur (Voir Citation du 9 avril 2006)

Consommation III
Si Guitry avait raison, les prisons déborderaient de thésauriseurs ! Car la période trouble dont nous sortons (si Dieu le veut !) nous a conduit à faire de l’épargne de précaution et donc à retenir le flot de liquidités qui arrivait dans nos mains d’honnête travailleurs.
Mais voilà : les travailleurs honnêtes doivent contribuer à la circulation des biens sans le quel l’économie se grippe. Et, tout comme eux, les retraités doivent dépenser leur pension pour en faire profiter les artisans qui gravitent autour des vieux : remplaceurs d’ampoules grillées, déboucheurs de lavabos, torcheurs d’incontinents.

Oui, Sacha Guitry qui faisait dans ses pièces l’éloge des flambeurs souligne ici quelque chose dont on n’est pas forcément conscient, mais qui anime les périodes de liesse consumériste : pour le bien de tous, il faut accélérer la circulation monétaire, faire sortir des banques l’argent, et casser les tirelires lorsque l’occasion s’en présente.

Oh-Éh, messieurs, vous « les porcs du hachetag » ! Montrez-vous impitoyable avec votre porcelet de faïence ! Cassez vos tirelires, n’hésitez pas, même si vous devez pour cela sacrifier ce porcelet – qui n’est peut-être qu’un petit neveu ?



Et si ça ne suffit pas, faites flamber votre CB


Wednesday, August 02, 2017

Citation du 3 août 2017

- Et vous c'est quoi votre super pouvoir ?
- Je suis riche
Répliques dans un film de super-héros
Croyez-vous au hasard chers amis ? Car voilà : il y a quelques jours, cherchant un sujet de débat avec mon petit-fils (12 ans) je lui posais la question suivante : Selon toi de quels pouvoirs aurait besoin un super-héros qui apparaitrait juste maintenant ?
Le pauvre enfant qui avait bien d’autres choses à penser m’a conseillé avec sévérité de m’occuper de mes Sodokus – jeunesse impitoyable ! Mais voilà que la réponse m’apparaît, comme par miracle, sous forme d’un dialogue dans un extrait de film vu par hasard (ou pas ?) dans un extrait de film.
Donc : si un Super-héros devait naitre aujourd’hui, il ne serait pas forcément super-fort, ni super-voyant, ni super-volant, mais seulement super-riche.
J’entends déjà les ricanements : « La belle invention ! Ça ne m’étonne pas que ton gamin ait haussé les épaules : même lui était capable de te demander si pour toi Donald Trump est le super-héros du 21ème siècle, puisqu’il est super riche –  et alors ? »
«  - Et puis avoue-le : les super-riches ça a toujours pullulé, autant que les super-pauvres. Qu’est-ce que ça nous apprendrait de les privilégier à présent ? Marx n’a-t-il pas épuisé le sujet avec son bouquin sur le Capital ? »

Eh bien, je dois l’avouer en effet : tout cela est percutant et c’est une banalité depuis que le monde est monde, c’est toujours l’argent qui l’a mené. N’oublions pas l’adoration du Veau d’Or (1) : le fait qu’il fut en or, ce n’était pas seulement pour lui donner de la sainteté.
Alors qu’est-ce qui m’a plu dans cette affirmation « Je suis un super-héros parce que je suis super-riche ? »
- Déjà voici une occasion de mettre à l’épreuve cette apologie cynique de l’argent  que prodigue notre époque : inutile de chercher à sanctifier l’argent en disant qu’il marque la réussite et le mérite – et d’ailleurs, on sait bien que Dieu lui-même aime les riches parce qu’ils ont fait fructifier leur talent (2). Nous sommes arrivés au bout de l’histoire du capitalisme, là où aucune idéologie n’est plus nécessaire : plus personne ne demande de justification pour expliquer la course au profit ; comme le disait Marx, le capital c’est de l’argent qui n’a qu’une caractéristique : celle d’augmenter au cours de sa circulation (on appelle ça le retour sur investissement). Certes, il y a des idéalistes (sic !) comme Bill Gates qui prétendent que les riches ne sont riches que pour donner aux pauvres ; mais à ce compte, comment se fait-il qu’il reste l’homme le plus riche du monde ?
- Mais foin de tout ce pessimisme qui voit dans l’élection de Donald Trump la  confirmation que nous sommes bien entrés dans l’ère du Kali Yuga, l’ère noire de la dégénérescence. Car le pouvoir est plus large, plus complexe que la simple détention de capitaux : que ferait l’argent sans le génie des hommes ? Qu’on laisse les milliardaires s’enrichir ne signifie pas qu’il auront tous les pouvoirs : combien de mois encore avant que Trump ne soit ligoté sur son fauteuil pendant que de brillants cerveaux du Parti Républicain gouvernent en son nom les Etats-Unis d’Amérique ?
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(1) Exode 32 :1-14 Rafraichissement de mémoire : ici
(2) Tant qu’on y est avec les références bibliques, on relira avec profit la Parabole des talents, dans l’Evangile de Matthieu  25. 14-30

Tuesday, June 06, 2017

Citation du 7 juin 2017

J'échangerais toute ma technologie pour un après-midi avec Socrate
Steve Jobs – Interview à Newsweek (2001)
Résumé du Post d’hier : Socrate a demandé à Stevopoulos de lui dire en quoi les technologies révolutionnaires inventées pour Apple sont une bonne chose pour ses concitoyens. Voici sa réponse :
- Hé bien vois-tu Socrate, mes inventions consistent à mettre sous les yeux des gens des écrans de toute taille qui leur permettent de voir et d’entendre plein de choses : les unes qui sont réelles mais qui sont loin, telles que des gens qu’ils connaissent mais qui sont absents, ou des paysages qui sont à l’autre bout du monde ; et puis d’autres encore qui n’existent pas comme les Aliens ou les dragons.
- Mais dis-moi : lorsqu’ils regardent tout cela, est-ce qu’ils peuvent encore voir et entendre leurs voisins ?
- Ça sûrement pas, Socrate
- Et tu penses que ça pourrait être une bonne chose pour eux ? Et est-ce que moi je ferais mieux de piocher l’écran de mon Smarphone plutôt de que tirer Polos par la manche pour lui demander des comptes sur ses actes ?
Polos qui paraissait un peu absent sursaute :
- Bien sûr Socrate ce serait bien mieux pour moi – mais aussi pour toi, car ne l’oublie pas : tu commences à nous casser les…
Socrate l’interrompt avec vivacité :
- La question n’est pas là, mais seulement de savoir si notre ami Stevopoulos fait comme il le prétend le bonheur des hommes avec ses écrans, ou bien s’il doit pour le bien de tous continuer à guider son troupeau de brebis dans pâturages du Vercors.
Stevopoulos a un haussement d’épaule :
- Ah, Socrate, crois-tu me troubler en posant cette question ? Vois-tu, nous savons tous que ce qui rapporte beaucoup d’argent est une réussite et que ce qui réussit est bon.
- Ce que tu dis là, l’ami, n’est pas ordinaire ! Si moi, par exemple, j’arrivais à danser sur un seul pied, alors que personne ne parvient à le faire, ce serait une chose bonne parce qu’admirable ?
- Oui, n’en doute pas, Socrate, et bientôt des gens payeraient très cher pour te voir faire cet exploit.
- Et toi, tu dis que si les gens payent très cher tes écrans pour oublier ceux qui les entourent et converser avec ceux qui sont très loin, alors c’est que c’est bon pour eux ? Et même que, s’ils se mettent à les insulter ou à leur mentir, alors qu’ils se cachent sous un pseudo et que personne ne peut les démasquer – c’est cela qui va les rendre meilleurs ?
- Les rendre meilleurs… Je ne sais pas Socrate ; toutefois, j’estime que s’ils payent mille dollars pour ça, c’est que ça doit être bon pour eux. Vois-tu, je me demande seulement si pour moi c’est une bonne chose de continuer à le faire ou bien, si d’autres consentent à le faire à ma place, vers  quels nouveaux projets je devrais aller.
- Hé bien l’ami, écoute ce que je vais te dire, car il me semble que mon démon s’agite et se met à parler au fond de moi. (1)
Tout ce qui nous éloigne des hommes est mauvais, parce que cela libère nos mauvais instincts. Si les hommes dont tu nous parles peuvent faire ce qu’ils veulent sans que personne ne les voit et sans qu’ils aient de comptes à rendre, alors ils vont devenir méchants et sots, et sois bien certain que ce ne sera bon pour personne et que ni toi, ni aucun de tes amis ne doit continuer à produire de pareilles machines. (2)
- Holà, Socrate ! Il me semble que ton démon est bien exigeant : penses-tu que les gens vont payer mille dollars pour parler morale et politique avec leurs voisins ?
- Qui te parle de payer ? Interpeller les jeunes gens sur le marché, sans rien avoir à leur vendre – pas même un tract politique – pour leur demander s’ils doivent soigner leur vieux père plutôt que de s’en débarrasser dans un hospice, voilà ce qui ne coute rien.

… Pendant ce temps, on pouvait voir Aristophane caché juste derrière qui ne perdait pas une miette de ce que disait Socrate et qui prenait des notes sur sa tablette.
C’était une tablette de cire – bien sûr.
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(1) Pour ceux qui ne connaissent pas le démon de Socrate, lire ici.

(2) On raconte que Platon s’est inspiré de cette réplique de Socrate pour sa fable de l’« Anneau de Gygès ». Je ne sais ; en tout cas c’était encore une histoire de berger…

Thursday, April 13, 2017

Citation du 14 avril 2017

« Mafalda, ramasse ton chandail … - Je n’ai à obéir à personne, je suis le Président – Et moi, je suis la Banque mondiale, le Club de Paris et le Fonds monétaire international ! – Je dois reconnaître qu’elle m’a bien eue. »
Quino – Mafalda présidente


Nos candidats à la Présidence de la République lisent-ils Mafalda ? Certains en douteront, mais pas moi : ils savent très bien que la Présidente Mafalda doit s’incliner devant l’autorité de  la Banque mondiale et du FMI. Seulement ce sont des faux derches qui font mine de mépriser tout cela :
- La France doit reprendre son contrôle et sa souveraineté, je n’ai à obéir à personne, je suis le Président, bla-bla-bla !

Oui, de même que le candidat François Hollande en 2012 affirmait qu’il allait d’abord terrasser les Marchés financiers et renégocier avec l’Allemagne les traités européens,  avant d’aller en tant que Président de la France à Berlin comme Henri IV roi des romains à Canossa (1), de même les vantards d’aujourd’hui prétendent dominer « les puissances de l’argent ».
On va me critiquer, je le sens. On va me dire que certains candidats sont assez déterminés pour faire ce qu’ils ont promis. Comme Theresa qui signe de Décret de sortie de l’Europe, nous avons le pouvoir de sortir de l’Europe unie, de l’Otan et – tant qu’on y est – de dénoncer tous nos traités.

Oui, mais : et la Banque mondiale ? Et le FMI ? Et le Marché ? On peut les mépriser tant qu’on veut, on peut voter tant qu’on veut : voyez ce qu’ont fait les grecs, ils ne s’en sont pas privés. Mais rien à faire : ce pouvoir n’est pas celui des canons mais celui de l’argent. Et ça, tant que vous en aurez besoin, il faudra, comme Mafalda obéir aux ordres.
J’attends donc le candidat qui dira à ses électeurs :
- Mes chers amis, tous ensembles, comme en 89, nous allons prendre d’assaut la Bastille du fric ! Et guillotiner tous ces salopards de banquiers tous ces grigous d’actionnaires, tous ceux qui se mettent à plat ventre devant les fonds de pensions, les fonds souverains ; tous ceux qui se font paillasson du capital.
Mais alors, je vous demande d’accepter que votre pension soit divisée par deux, que les soins ne soient plus remboursés qu’à 20%, que les hôpitaux et les prisons soient fermées faute d’argent. 
Oui, chers électeurs, tous, vous comme moi, nous aurons la chance alors de devenir des citoyens pauvres, mais libres !
Vive la France !
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(1) Vous ne comprenez pas l’allusion bande d’ignares ? Alors lisez ça !

Tuesday, July 05, 2016

Citation du 6 juillet 2016

L’argent ne fait pas le bonheur
Proverbe – Chanson (voir la vidéo ici)
« La qualité émotionnelle des expériences quotidiennes d’un individu, la fréquence et l’intensité des émotions telles que la joie, le stress, la tristesse, la colère ou l’affection augmentent à mesure que le revenu augmente, jusqu’à ce seuil de 75 000 dollars. »
Ensuite, « de nouvelles augmentations [de revenu] n’améliorent plus ce qui compte le plus pour le bien-être émotionnel, comme passer du temps avec ceux que l’on aime, échapper à la douleur et à la maladie et profiter de ses loisirs ».
Commentaire publié ici.
Ce commentaire complète l’article d’hier concernant le rapport entre patron en salariés. Et voici nouvel exemple : il s’agit du patron qui a baissé son salaire pour augmenter celui de ses employés, décision prise après avoir lu ces conclusions (ci-dessus) selon les quelles l’argent faisait le bonheur – jusqu’à un certain montant (1). Du coup, il admet que baisser son salaire qui reste de toute façon bien au-delà de 75000 dollars annuels n’aura pas d’effet sur la qualité de sa vie, mais que monter celui de ses employé jusqu’à cette somme (en fait pas tout à fait) doit contribuer à augmenter leur bonheur…


… et comme on le voit, le bonheur dans l’entreprise est devenu un paramètre de gestion humaine très important.
Et si c’était vrai ? Si le bonheur, souvent considéré comme tellement subjectif qu’il est ridicule de vouloir l’identifier de façon générale, pouvait quand même être dépendant des revenus ? Et par-delà, si dire que le travail en entreprise peut être source de bonheur n’était pas que de la grossière manipulation destinée à cautionner le management et à éviter qu’on le remette en cause ?
On reste souvent portés par l’idéal soixante-huitard de l’homme qui choisit de vivre dans une bergerie loin de tout ce qui fait les tensions de la société contemporaine – pauvre parce qu’il n’aurait pas besoin d’être riche pour être heureux… Oui, mais si avoir un Smartphone et une voiture, un appart bien chauffé et propre était quand même utile pour nous éviter le stress ? Et si nous étions plus heureux parce que notre copine peut manger bio et faire les soldes privées plutôt que de bouffer gras et magasiner des rebuts sur Internet ?
Y aurait-il un bonheur mesquin pour les riches et un bonheur vertueux pour les pauvres ?
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(1) Selon notre citation, il s’agit de 75000 dollars, soit 67 334 euros annuels ou encore 5611  mensuels.

Monday, January 25, 2016

Citation du 26 janvier 2016

Qu'est-ce que le cambriolage d'une banque, comparé à la fondation d'une banque ?
Bertolt Brecht – L'Opéra de quat' sous (1928) – Voir texte en annexe


Jérôme Kerviel

Oui : qu'est-ce que le cambriolage d'une banque, comparé à la fondation d'une banque ? A ce titre, l’histoire de Jérôme Kerviel (le trader qui a fait perdre 5 milliards d’euros à la Société Générale) sert simplement à donner une idée de la dimension des bénéfices de cette banque – dans la mesure où elle n’a pas perdu le chemin des profits malgré cette saignée.
D’ailleurs la Société Générale qui réclame devant le tribunal que Kerviel restitue les 5 milliards perdus du fait de ses spéculations hasardeuses en tant que trader, montre sans le vouloir, que l’argent n’a pas la même signification, selon qu’on est banquier ou simple particulier. Pour la première, cet argent peut, grâce aux miracles de la spéculation apparaître ou disparaître comme ça, presque sans effort. Pour le second, l’idée de gagner une telle somme dans la durée d’une seule vie paraît grotesque ; d’ailleurs, si la Société Générale avait vraiment voulu récupérer son argent, elle n’avait qu’à rendre à Jérôme Kerviel son poste de trader. En un an – maximum – il aurait fait regagner à la S-G tout ce qu’elle avait perdu ; et peut-être même avec un bonus.
Enfin, concluons : tout se passe comme si ceux qui travaillent dans l’environnement de l’argent avaient le pouvoir d’en produire : que fait le charpentier ? Des charpentes. Que fait le banquier ? De l’argent. C’est par une illusion que l’on croit que frapper de la monnaie relève exclusivement du pouvoir régalien des Etats. Le banquier fabrique de l’argent, sans même qu’on y pense…
Comment cela ? En produisant de la dette.
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Annexe : « MAC : Mesdames et messieurs, vous voyez devant vous l'un des derniers représentants d'une classe appelée à disparaître. Nous autres, petits artisans aux méthodes désuètes, qui travaillons avec d'anodines pinces-monseigneur les tiroirs-caisses des petits boutiquiers, nous sommes étouffés par les grandes entreprises appuyées par les banques. Qu'est-ce qu'un passe-partout, comparé à une action de société anonyme ? Qu'est-ce que le cambriolage d'une banque, comparé à la fondation d'une banque ? »  Bertolt Brecht