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Thursday, August 28, 2014

Citation du 28 août 2014

Le vin est le lait des vieillards.
Platon
La tranquillité est le lait de la vieillesse.
Thomas Jefferson – Lettre à Edward Rutledg

Le vin et la tranquillité sont donc comparables (au moins du point de vue de la vieillesse). Qu’y aurait-il donc de commun entre eux ? (1) Probablement le fait d’être également nécessaires aux vieux, aussi nécessaires en tout cas que le lait pour le bébé.
Quoi donc ? Les vieux auraient-ils besoin de lait à ce point qu’il serve de repère pour évaluer ce qui leur est indispensable ? A moins que le lait ne soit ici qu’une métaphore ?
Réfléchissons – Le lait c’est l’aliment tout-en-un par excellence. Le bébé qui tète sa mère n’a besoin de rien d’autre : ni aucun autre aliment ; ni aucune autre boisson. Il est parfaitement autonome grâce à cela. Du fait de sa faiblesse le nourrisson a évidemment besoin de cela : s’il fallait lui apporter en outre, et de l’eau et du pain et du chocolat et … on n’y arriverait plus.
Les vieux c’est tout pareil : du fait de leur dépendance, il leur faut du tout-en-un pour eux aussi.
            - Du vin parce que ça nourrit notre homme tout en le désaltérant – du moins voilà l’opinion qu’on attribue à Platon.
            - De la tranquillité, parce que les vieux n’aiment pas être dérangés dans leurs habitudes : laissons-les donc tranquilles et voilà tout.
À notre tour, proposons donc quelque lait-nouveau de la vieillesse :
            - Un petit robot qui leur apporte leur pot de chambre, et puis, qui après se transforme en caniche caressant ;
            - un smartphone avec un gros bouton rouge pour appeler les pompiers en cas de défaillance ;
            - Un ordi avec vidéo pour parler avec leur petit fils comme s’il était là ;
            - un livreur de repas à domicile, avec …
Mais voilà que je m’aperçois que tout ça existe déjà et que je ne fais retrouver tout ce qui a déjà été inventé.
Tant pis, j’aurai au moins tenté de saisir le point commun à tout ça : être le lait de la vieillesse.
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(1) Rappelons qu’en Champagne on appelle « vin tranquille » celui qui ne pétille pas.

Sunday, March 27, 2011

Citation du 28 mars 2011


Jupiter, caché sous l’apparence d’un Satyre, rendit d’un seul coup deux fois mère la fille, si belle, de Nycteus.
Ovide – Les métamorphoses, VI-110
Hendrick Goltzius (1558-1617) – Cupidon, Jupiter et Antiope.
La fille de Nycteus est la belle Antiope que Jupiter a séduite pendant son sommeil en prenant pour l’occasion l’apparence d’un satyre. Et tant qu’à faire, il lui fit des jumeaux : deux fois mère d’un seul coup.
Les peintres ont exploité à fond cette histoire, prenant ce prétexte pour montrer un Satyre voyeur, soulevant le drap qui voilait le beau corps entièrement nu d’une superbe jeune femme.
Seulement, voilà : Goltzius nous raconte une histoire sensiblement différente.
Cupidon, le fils de Vénus vient réveiller Antiope pour l’avertir de l’arrivée du Dieu. De son sein qu’elle presse de la main, jaillit des jets de lait, préfigurant peut-être la maternité que son union avec Jupiter va provoquer.
Cette scène improbable d’une femme qui fait jaillir du lait de son sein alors même qu’elle dort encore trouverait-elle son explication dans le désir du peintre de satisfaire un penchant fétichiste pour la lactation maternelle ? C’est à mon avis improbable.
Par contre on peut imaginer qu’il s’agit de rendre manifeste que l’union qui va se réaliser avec le Dieu le plus puissant de l’Olympe va se conclure par la procréation de deux beaux enfants (Amphion et Zéthos) dont le lait jaillissant est le symbole.
On aurait alors un saisissant raccourci qui nous conte l’histoire du début (arrivée de Jupiter) à la fin (l’existence des petits enfants) en évitant de nous montrer ce qui s’est passé entre les deux.
Ah ! Si Picasso avait été au chevalet à la place de Hendrick Goltzius …

Thursday, December 24, 2009

Citation du 25 décembre 2009

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Comme ils étaient si pareils (...) on reconnut bien vite que c'étaient [les enfants Barbeau] deux bessons, c'est-à-dire deux jumeaux d'une parfaite ressemblance.
G. Sand, La Petite Fadette, 1849, p. 2.
Vierge d’humilité – fin XIVème siècle

– Oui, c’est moi, le petit Jésus. Et ça, c’est ma maman, la vierge Marie.
Vous me voyez là entrain de téter le sein de ma mère, entouré par la cohorte des anges qui sont en adoration devant moi.
Qu’est-ce que vous voulez savoir de plus ?
Pourquoi je suis cramponné à la tétasse de ma mère, et pourquoi j’ai ce regard soupçonneux sur les environs ?
Je vais vous le dire.
L’autre jour, je m’étais endormi après la tétée, et quand je me suis réveillé, j’ai trouvé un autre enfant – un bébé comme moi – installé sur les genoux de ma mère, entrain de lui sucer le lait – mon lait !
Je lui dis :
– Marie, que fais-tu, quel est cet usurpateur qui vole ton lait, mon lait ?
Et vous savez ce qu’elle m’a répondu ?
– Mon petit Jésus, cet enfant est en réalité ton frère jumeau, celui qui est né juste après toi et que j’ai caché dans une botte de paille pour éviter de faire des histoires.
Toi, Jésus, tu es le fils de Dieu, oui c’est vrai. Mais vois-tu, pour prévoir les rejets, le Saint-Esprit m’a implanté un deuxième embryon au cas où tu te serais évaporé.
Comme il ne pouvait y avoir qu’un seul Fils de Dieu, le Saint-Esprit m’a dit que le deuxième enfant, s’il venait à la vie, serait élevé anonymement par une autre mère. Mais, que veux-tu, c’était mon enfant, et j’ai voulu le garder avec moi.

Friday, February 16, 2007

Citation du 17 février 2007

Les mamelles convertissent dedans soy mesmes la nourriture que prennent les femmes, en lait que puis après elles rendent par les bouts.
Jacques Amyot
- Ça y est ! Encore son fétichisme mammaire qui le reprend ! Et la dernière attaque remonte à quelques jours seulement : les crises se rapprochent….
- Hé bien, non, vous n’y êtes pas du tout. Ce message a un but beaucoup plus élevé : il s’agit de méditer sur l’identité. Ça vous estomaque, hein ?
Le femmes sont des convertisseurs : avec les aliments - hétérogènes : leur substance n’est pas la nôtre - elles font du lait - homogène au mammifère que nous sommes. Autrement dit, on fait de l’identité avec de l’hétérogénéité. Nous ne sommes donc pas ce que nous mangeons, et il faut une certaine dose d’obsession religieuse pour penser le contraire (cf. message du 24 septembre).
Mais ce qui intéresse ici c’est qu’on prend la question de l’identité par un bout opposé à ce qu’on fait l’habitude. En effet, on se pose habituellement la question du contenu de l’identité : comme Pascal qui demande à partir de quand est-ce que je cesse d’être moi-même : quand je perds ma mémoire ? Ou ma beauté ? On n’arrive jamais à une réponse entièrement satisfaisante, et Pascal en profite pour glisser sa formule : « on n’aime personne que pour des qualités empruntées ». (lire le texte)
Ici, par contre, la question de l’identité est saisie du côté du pouvoir d’intégration. La personne, c’est ce qui transforme le non-moi en moi : par exemple qui transforme un côte de porc en neurotransmetteurs pour produire ces belles pensées que j’aligne dans mon texte ; ou qui assimile la Pensée de Pascal pour résoudre un problème qu’il ne se posait peut-être pas, mais que je peux utiliser néanmoins (1).
Alors, qu’est-ce que les « mamelles » convertisseuses ont d’intéressant ? Pourquoi Amyot prend-il la peine de nous décrire leur fonction ? Hé bien, ici la conversion est d’un genre particulier : elle consiste à transformer le « non-moi » de la nourriture en « non-moi » du lait (puisque la mère ne le consommera pas) ; mais ce dernier est le seul « non-moi » (=aliment) que l’enfant puisse convertir en « moi » (sa substance).
Vous ne comprenez pas ? Mais qu’est-ce qu’elle vous a appris votre nourrice ?
(1) Bien sûr, c’est une condition nécessaire mais non suffisante pour être une personne : le porc aussi est un convertisseur (les américains, autre fois, disaient que le porc est un animal qui convertit le maïs en viande - 4 kilos de maïs pour un kilo de porc). Ce n’est pas une raison pour dire que le porc est une personne, parce que ce qu’il fabrique, lui, c’est du porc et non pas de belles pensées…