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Saturday, August 02, 2014

Citation du 3 août 2014



Chaque tourment possède son cri, la santé seule se tait.
Erik Gustaf Geijer – Le paysan


Gotlieb – Le Premier cri de tarzan (1)
Ah ! le cri de Tarzan ! Qui donc n’a pas essayé de le pousser, et s’est cassé les cordes vocales dessus. Moitié appel de berger dans les montagnes Pyrénéennes, moitié tyrolienne, ce cri n’a jamais été entendu auparavant, et il est improbable qu’il soit sorti d’un gosier humain : le voici illustré par Gotlieb.
Quoique…Peut-être pas : après tout Tarzan n’a pas attendu de rencontrer Jane pour pousser son fameux cri. Mais l’idée fait quand même son chemin : si jamais quelqu’un se permettait de s’accrocher à mes pendeloques, est-ce que c’est ce cri qui sortirait alors spontanément de mon gosier ? Sachez que je n’ai jamais tenté l’expérience, et que je ne suis toujours pas décidé à le faire.
o-o-o
Maintenant, cherchons à savoir :
Le cri, à quoi ça sert ?
Plus que le premier cri, ce qui permet de répondre à cette question, c’est le cri primal (1), celui que le petit enfant pousse en venant au monde.
Ecoutons son « inventeur » : « Ce n'est pas le cri qui est notre but, mais la souffrance que nous cherchons à atteindre pour lui permettre de s'exprimer. » (Arthur JANOV et le cri primal)
Désir non satisfait --> Frustration  --> Souffrance évacuée par le... --> Cri primal.
Donc le cri primal© est une thérapie : stimulé par le thérapeute, le patient pousse dans certaines conditions un cri qui lui permet de revivre l’angoisse de sa naissance afin d’évacuer les substituts angoissants qu’elle affectait pour s’exprimer.
Alors donc, il y a deux sortes de cris :
- celui de Tarzan qui est une réaction à une souffrance particulière, dont il est, selon notre Citation-du-Jour  la caractéristique.
- et puis celui de Janov qui permet de faire le chemin inverse, c’est-à-dire de remonter jusqu’à la souffrance pour l’évacuer.
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 (1) Le cri primal© est un terme (marque déposée !) inventé par Arthur Janov.

Friday, June 28, 2013

Citation du 29 juin 2013

Qui crie se décrie.
Proverbe auvergnat
DÉCRIER – Verbe transitif.
Détruire par des paroles le crédit de quelqu'un, de quelque chose.
Trésor de la langue française
Après la pensée qui hier n’existait qu’à condition de se contre-penser, voici aujourd’hui le cri qui décrie.
Crier est-il un aveu de faiblesse ? Certains diront qu’au contraire c’est l’affirmation – la « sur-affirmation » – de la certitude où nous sommes de dire la vérité. Crier est alors un engagement total dans les mots qui portent notre pensée, nous crions pour la porter plus vite, plus haut, plus fort. (1)
Que faut-il donc en penser ? Dans le schéma de la communication selon Jacobson (ci-dessous) :


le cri fait partie de la fonction expressive, liée au « destinateur » - à savoir : celui qui parle.
La fonction expressive permet de faire connaitre et donc de transmettre – ce qui en fait un élément du message – quel est l’état émotionnel de celui qui parle. En général, cette fonction est assumée par le ton de la voix, sa vibration etc. Jakobson donne pour exemple d'utilisation de la fonction expressive la répétition, quarante fois, de Segodnja večerom (« ce soir », en russe) par un acteur qui passait son audition chez Stanislavski. Chaque fois cet acteur devait varier l'intonation de « ce soir » selon une situation bien précise, imposée par Stanislavski (Wikipédia ici) (2)
Le cri apporte donc une information concernant non le contenu du message (fonction poétique), mais le locuteur. Et donc le cri signifie que celui-ci est affecté d’une certaine émotion ou passion au moment même où il parle. Laissant de côté le cas où cette émotion n’a rien à voir avec le message, on suppose que si cette émotion portée par notre cri vient altérer son contenu, c’est qu’elle laisse transparaitre la passion au moment même où le parfait sang-froid est requis.
Mais il y a aussi autre chose : le cri une expression de notre partie animale : c’est comme les animaux que nous crions. Le cri peut donc aller jusqu’à priver notre message de sa signification humaine.
Si donc crier, c’est se décrier,  c’est parce que nous perdons alors notre statut de locuteur humain, pour prendre le mode d’expression de la bête.
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(1) On aura reconnu la devise olympique
(2) Procédé repris par un vieux film avec Fernandel, le Schpountz, où l’acteur fait ainsi varier l’expression « Tout condamné à mort aura la tête tranchée ») – si vous ne connaissez pas, c’est à voir ab-so-lu-ment : ici.

Monday, November 15, 2010

Citation du 16 novembre 2010

Le cri du pauvre monte jusqu'à Dieu mais il n'arrive pas à l'oreille de l'homme.

La Mennais (Félicité de) (1)

La Mennais, prêtre et fondateur de la Congrégation de Saint-Pierre mais aussi ami de Pierre Leroux, est un bon juge de la situation de la pauvreté : seul Dieu sait combien la pauvreté fait souffrir. (2)

De sorte que ce sont les hommes qui sont proches de Dieu qui seuls peuvent à leur tour entendre la plainte de la misère : on reconnait là le précurseur de la démocratie chrétienne qu’il fut.

Et nous : entendons-nous le cri du pauvre ?

Oui, bien sûr, nous l’entendons. Chaque année quand vient le mois de décembre nous entendons ce cri, répercuté par le cling-cling des sébiles de tous les quêteurs qui viennent solliciter nos dons en carillonnant à notre porte.

Toutefois, on pourrait se dire que la charité qui n’entend le cri des indigents qu’un mois sur douze manque singulièrement de sincérité. Oublions-nous que la charité est une vertu théologale ?

Certes. Mais n’oublions pas non plus que nous vivons dans un pays laïc, ce qui veut dire que les soins donnés aux indigents le sont par l’Etat et selon des lois strictement établies. Comme le faisait remarquer Kant, le devoir moral de la charité ne confère aucun droit de l’indigent sur ma bourse, l’Etat étant le seul à avoir l’obligation de le secourir.

Comment se fait-il alors que les collectes de dons soient si abondantes au mois de décembre ? qu’est-ce qui fait qu’on est alors – et alors seulement – réceptifs aux cris du pauvre ?

Décembre… Noël… Cadeaux… Abondance, luxe, gaspillages de la fête…

Les pauvres ne nous apparaissent tels que dans le décalage entre eux et nous. Plus nous vivons richement, plus les pauvres sont enfoncés dans leur misère. Mais en même temps ils s’éloignent de nous, et la richesse nous rend sourd à leur lointaine plainte.

Il faut donc que nous soyons riches provisoirement, pour un temps bref, qui ne nous éloigne pas trop de notre voisinage habituel.

En décembre, nous sommes riches pour un mois, et du coup le pauvres sont plus pauvres… pour un mois également.

Le Père Noël ne passera pas en juillet.

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(1) Félicité Robert de La Mennais - A ne pas confondre avec son frère Jean-Marie, également prêtre (voir sa bio ici)

(2) Certains esprits forts diront alors : « Si Dieu connaît la souffrance des pauvres, que ne fait-il le nécessaire pour les secourir ? ». Oui, au fait …

Thursday, April 29, 2010

Citation du 30 avril 2010

Il est à supposer que les jurons, qui sont des exclamations entièrement dépourvues de sens, ont été inventés comme instinctivement pour donner une issue à la colère sans rien dire de blessant ni d'irréparable. Et nos cochers, dans les encombrements, seraient donc philosophe sans le savoir. Mais il est bien plaisant de voir que parmi ces cartouches à blanc, quelquefois il y en a une qui blesse par hasard. On peut m'injurier en russe, je n'y entends rien. Mais si par hasard je savais le russe ? Réellement toute injure est charabia. Comprendre bien cela, c'est comprendre qu'il n'y a rien à comprendre.

Alain – Propos du 17 novembre 1913


Laissons de côté provisoirement l’injure pour ne tenir compte que du juron. Le juron est une exclamation entièrement dépourvue de sens. Quand je laisse échapper un objet qui se brise, je m’écrie « Oh ! Putain de merde ! ». Hé bien ça n’a pas le sens. Ou du moins il est inutile de chercher à construire ce sens à partir du sens des mots.

En réalité, le juron est l’équivalent du cri de l’animal dans le langage humain. L’homme est un animal qui a besoin du langage non seulement pour communiquer, mais aussi pour s’exprimer. Le juron est ainsi une passion qui devient langage, mais pour elle cet usage du langage ne sert à rien d’autre qu’à s’extérioriser.

Alors certes le cri est aussi à notre disposition : si je m’écrase le doigt avec mon marteau, je peux aussi pousser un cri de douleur – ça m’arrive aussi. Mais il faut reconnaître que le juron offre la même issue à notre douleur, et qu’en plus il soulage bien mieux.

Mais venons en au rapport juron-injure : si j’ai bien compris ce que nous dit Alain, l’injure doit elle aussi être considérée comme un cri dépourvu se signification explicite, une manière d’extérioriser notre effroi ou notre déception. Et rien de plus – du moins, il est préférable de le considérer comme ça.

La preuve. Supposez que vous ayez sur le toit de votre voiture un haut-parleur comme les voitures publicitaires des cirques, et que toutes vos paroles de conducteur puissent s’entendre à la ronde. Du coup les injures ordurières dont il vous arrive peut-être d’abreuver les autres conducteurs seraient parfaitement audibles et ils sauraient que pour vous ils sont des fils de p... ou bien des manches à c…

Qu’on prenne ça au sens propre ? Effroyable hypothèse !

Wednesday, April 14, 2010

Citation du 15 avril 2010

La religion fait partie de la culture, non comme dogme, ni même comme croyance, mais comme cri.

Maurice Merleau-Ponty – Sens et non sens

Que la religion soit l’expression d’une souffrance, ce n’est pas une idée nouvelle. Marx en avait dit autant (voir ceci), même si pour lui elle était plus un soupir qu’un cri. Après tout c’est une affaire de degré.

Par contre, là où Marx voit un effet d’idéologie, qui cantonne la religion au domaine des superstructures soumises aux impératif de l’économie, Merleau-Ponty voit une élément constitutif de la culture. Et ce n’est pas une mince différence.

Si la religion est une idéologie, elle n’a pas d’autonomie ; lorsque les infrastructures changent, les superstructures idéologiques changent également. Pour dire les choses plus simplement, la religion disparaîtra spontanément – comme l’Etat – quand l’ordre communiste aura mis en place la société sans classe. La religion n’ayant d’autre utilité que de consoler l’homme de ses misères terrestres, elle disparaîtra avec l’exploitation de l’homme – comme n’ayant plus de raison d’être.

Merleau-Ponty semble bien avoir ici une autre approche : comme élément culturel, la religion est constitutive de l’humanité. Il peut y avoir différentes religions comme il y a différentes cultures. Mais il ne peut y avoir de cultures sans religions. Quand les portugais ont découvert ce qui allait être le Brésil ils ont été bien étonnés : les indiens Tupis n’avaient selon eux pas de religion, c'est-à-dire par d’églises, par de rites pas de prêtres. Mais les récits des voyageurs de l’époque montrent bien que ce qu’ils n’avaient pas perçu, c’étaient les formes originales prises dans ces cultures indigènes par la religion.

Pour en revenir à la déclaration de Marx, on se rappelle que Staline, irrité que le peuple préfère l’opium de la religion à l’avenir radieux qui lui était promis, a fait fermer les églises.
Mais je crois qu’il avait été comme Marx un peu abusé par son optimisme révolutionnaire : car même dans la société sans classe les hommes continueront à mourir, et ils continueront à préférer l’immortalité.

Monday, April 12, 2010

Citation du 13 avril 2010

Quand je suis né, j'ai crié ; ébloui par la lumière j'ai crié. / Chassé du ventre de ma mère, pour le meilleur ou pour l'enfer.

Jean-Louis Aubert – Paroles de la chanson Le vaudou

Hé bien, je ne parlerai pas de cette chanson que je ne connais pas mais plutôt du cri que le nourrisson pousse en naissant : ce cri qui a fait l’essentiel de la thérapie dite du Cri Primal©, et l’objet d’un livre qu’on doit trouver encore aujourd’hui dans toutes les bonnes librairies. (1)

…pour le meilleur ou pour l'enfer … Il faudrait savoir quand même. C’est vrai, je ne connais pas bien la chanson de Jean-Louis Aubert, mais je trouve que cette petite citation en dit trop ou pas assez : que signifie le cri du nourrisson à sa naissance ?

- S’agit il comme on le croit souvent d’une simple décompensation thoracique, que c’est donc simplement l’effet du déploiement des poumons qui se remplissent pour la première fois d’air ? Ce cri serait un indice de respiration, mais il n’aurait pas de signification à proprement parler.

- Mais le Docteur Janov, lui, il en sait plus. Le cri Primal© dit-il, est l’expression de l’angoisse vécue par l’enfant quand il passe par l’étroit pertuis de la matrice et qu’il se ramasse en plein dans la figure la lumière ces scialytiques.

Et comment il sait ça le Docteur Janov ? Tout simplement parce que ses patients lui ont dit. Vous aussi faite l’effort de vous rappeler votre naissance. Au bout d’un certain temps, et si vous êtes suffisamment concentré, vous allez ressentir à nouveau l’effet anxiogène du passage du col (de la matrice) – un peu comme quand vous enfilez un pull à col roulé trop étroit.

Alors il ne vous reste plus qu’à aller dans un endroit un peu à l’écart, et à pousser ce fameux cri Primal©, celui qui va vous faire sortir de la crainte et du tremblement.


(1) C’est le Docteur Arthur Janov qui est l’auteur du Cri Primal© - expression qu’il a fait breveter. Je n’ai jamais très bien compris, mais je crois qu’il faut payer des droits pour utiliser le mot « primal ». Payer des taxes pour utiliser un mot ! Ce qui signifie que quelqu’un a la possession d’un mot. Comme Monsantos a la possession du génome du je ne sais combien de plantes. Dans quelle époque vivons-nous…

Rectificatif - Tout compte fait c'est l'expression Thérapie primale qui est une marque déposée. Dont acte.

Sunday, May 25, 2008

Citation du 26 mai 2008

L'horreur d'un accident qu'on découvre sur sa route provient de ce qu'il est de la vitesse immobile, un cri changé en silence (et non pas du silence après un cri).

Jean Cocteau - La Machine infernale

Evard Munch – Le Cri (huile et pastel) 1893

Faut-il lire les explications données par les artistes sur leurs œuvres ? Peut-être pas. En tout cas, voyez celles que Munch a données sur les circonstances dans les quelles il conçut son célèbre tableau : « J'étais en train de marcher le long de la route avec deux amis - le soleil se couchait - soudain le ciel devint rouge sang – j'ai fait une pause, me sentant épuisé, et me suis appuyé contre la grille - il y avait du sang et des langues de feu au-dessus du fjord bleu-noir et de la ville - mes amis ont continué à marcher, et je suis resté là tremblant d'anxiété - et j'ai entendu un cri infini déchirer la Nature ».

Autrement dit, le personnage central n’est pas entrain de crier, il est sidéré d’effroi par le cri de la nature.

- Je persiste à dire que, pour mon propre compte je préfère voir une représentation d’un cri venant du personnage qui se bouche les oreilles, alors même que son cri restera étranglé dans sa gorge.

Ce n’est qu’une interprétation ? Peut-être. Mais voici ce qui importe : ce cri, d’où qu’il vienne, est un cri silencieux, et comme le dit Cocteau, un cri changé en silence et non un silence changé en cri.

Seulement Cocteau pense quant à lui à la pétrification du cri : comme la vitesse des véhicule est exprimée par l’enchevêtrement immobile des tôles, le cri des victimes est devenu silence de la mort.

La charge émotionnelle qui explose dans le tableau de Munch tient à ce qu’il nous donne à « entendre » un cri silencieux : tout comme le cri est l’au-delà de la parole, le silence est l’au-delà du cri.

En effet, le cri est habituellement considéré comme l’en deçà de la parole : là où l’animal crie, l’homme parle. Mais là où la parole est impuissante, devant l’indicible horreur, le cri revient comme le seul exutoire. Mais poussez encore plus loin l’horreur, quand le cri lui-même devient impuissant à l’exprimer, il ne reste plus que le silence, ou plutôt un cri silencieux, celui qui ne peut même plus sortir d’un gosier étranglé par le spasme de la terreur.

Autrement dit : si l’on n’entend pas le cri du personnage peint par Munch, ce n’est pas parce qu’il s’agit d’un tableau ; c’est parce qu’il n’y a rien à entendre.