Showing posts with label vocation. Show all posts
Showing posts with label vocation. Show all posts

Thursday, October 01, 2009

Citation du 2 octobre 2009

Il y a dans tout groupe humain des hommes qui, à la différence de leurs compagnons, aiment le prestige pour lui-même, se sentent attirés par les responsabilités, et pour qui la charge des affaires publiques apporte avec elle sa récompense.

Lévi-Strauss – Tristes Tropiques

Petit exercice :

- considérez cette citation comme une réponse ;

- maintenant, retrouvez la question.

Ça y est ? C’était facile !

- La question est : Qu’est-ce qui fait courir les hommes politiques ?

Et en effet, quand on voit les fatigues provoquées par cette mission, les injures subies, les dangers, etc., on se demande pourquoi des hommes et des femmes, si doués, si talentueux, ne se sont pas tournés vers le monde de l’entreprise où leurs dons leurs aurait assuré, en plus de très confortables émoluments, des parachutes dorés et des retraites chapeaux.

La réponse de Lévi-Strauss n’est pas très originale, puisqu’elle reprend en la modifiant un peu l’idée déjà énoncée par Fourier, pour qui les hommes politiques étaient animés par une passion particulière : la passion cabaliste (1). La vie politique est donc un exutoire facile pour des tendances qu’on peut retrouver chez tout homme, mais qui domine particulièrement chez ceux-là.

Bien sûr, l’intérêt de cette conception réside dans ce qu’elle élimine : exit l’idée que les hommes politiques sont animés par le sens du devoir, qui leur impose de faire le bien public, et par l’amour de la Patrie.

Exit aussi l’admiration et le profond respect que le citoyen doit à ses dirigeants dont les mérites sont moraux et presque surhumains : Führer, Grand Timonier, Guide suprême… tous ces gens sont animés comme vous et moi par le désir de jouissance, simplement ils prennent leur pied avec des réunions internationales, dans des meetings où la foule les acclame, dans des cérémonies du 14 juillet etc…

Vu comme ça, nos hommes politiques sont peut-être plus sympathiques puisque plus proches de nous ; mais si nous croyons que pour réussir dans leur mission, il leur faut abnégation et sens du sacrifice, alors là, nous risquons d’être un peu plus inquiets.


(1) Passion pour les intrigues et les disputes.

Thursday, August 07, 2008

Citation du 8 août 2008

Je n’aime pas le travail, nul ne l’aime ; mais j’aime ce qui est dans le travail l’occasion de se découvrir soi-même.

Joseph Conrad – Cœur des ténèbres

Les sujets de dissertations aux quels vous avez – peut-être – échappé

2 - Pourquoi travaillons-nous ?

Réponse de Conrad : je travaille pour me découvrir moi-même. Exemple : l’homme qui se découvre forgeron dans la forge. Ou le maçon qui se découvre géomètre en traçant les moulures – voltes, archi-voltes – du portail ou de la fenêtre.

Il faudrait peut-être séparer en deux éléments la phrase de Conrad :

– d’abord, l’affirmation qu’on ne travaille pas pour le plaisir de travailler, autrement dit que le travail est une contrainte ; mais que malgré tout, on peut se reconnaître dans cette activité – autrement dit qu’il n’est pas aliénant.

– ensuite que le travail ne produit pas le travailleur, ni les rapports sociaux, mais qu’il ne fait que le révéler à lui-même – autrement dit qu’il n’est pas exactement ce que Marx appelait une praxis.

Admettons. Mais alors, il faut une sacrée chance pour trouver le « bon » travail, celui qui justement va nous découvrir à nous-mêmes, tels que nous sommes, alors que bien sûr nous l'ignorons. Bizarre…

Je crois que nous acceptons facilement la première partie de la thèse de Conrad, mais qu’instinctivement nous récusons la seconde.

Lorsque nous optons pour un travail, c’est peut-être pour remplir une fonction sociale précise. Mais surtout, ce n’est pas pour nous découvrir, pour savoir qui nous sommes. Ou bien nous croyons le savoir, et nous avons la vocation pour l’activité qui est corrélative de notre nature. Ou alors nous y allons un peu au hasard – ou pour le statut social qui va avec, et nous nous produirons tels que notre travail nous produira.

Ce qui ne veut pas dire qu’il fera de nous le brillant sujet que nous espérons être ; ça peut échouer. Peut-être fera-t-il de nous un minable, un raté, un loser ?

En tout cas, le choix d’un travail ne se fait pas forcément sur la base de ce que nous sommes : elle peut se faire aussi sur celle de ce que nous espérons devenir.

Wednesday, May 07, 2008

Citation du 8 mai 2008


Gouverner nuit gravement à la santé mentale.

Miss.Tic – Campagne électorale - Mai 2007

La presse s’est faite l’écho du 1er anniversaire de l’investiture de Nicolas Sarkozy, mais nulle part on n’a évoqué celui de la campagne présidentielle de Miss.Tic.

Or, voyez l’injustice : Miss.Tic a fait campagne alors qu’elle savait pertinemment quels désordres psychiques entraîne l’exercice du pouvoir. Inclinons-nous devant son abnégation, et réfléchissons sur son message : Gouverner nuit gravement à la santé mentale.

– 1ère observation : des esprits superficiels affirment que des dictateurs sanguinaires tels que Hitler étaient des fous. Oui, peut-être : mais alors disons qu’ils le sont devenus, et que l’homme élu par le peuple allemand était quand à lui normal – juste un peu exalté peut-être…

– 2ème observation : c’est une question. De quel ordre est cette pathologie mentale ? On évoque souvent la paranoïa, dont il faut rappeler que le délire de persécution n’est qu’une facette. Voyez ce qu’en dit Wikipédia (art. Paranoïa) :

a. la surestimation pathologique de soi-même ;
b. la méfiance extrême à l'égard des autres ;
c. la susceptibilité démesurée ;
d. la fausseté du jugement.

Si ça vous rappelle « quelqu’un » sachez que je vous laisse l’entière responsabilité de votre jugement. Et ce « quelqu’un », conformément à la thèse de Miss.Tic, vous devez l’admirer – ou à la rigueur le plaindre – pour avoir pris tous ces risques, alors qu’il était encore un tout jeune homme tout à fait comme vous et moi.

– 3ème observation : parents, surveillez vos enfants. Si, quand le voisin demande au petit dernier ce qu’il veut faire plus tard, celui-ci répond : « Moi, ze serai Président de la République », privez-le de télévision jusqu’à ce qu’il admette qu’être pompier c’est beaucoup mieux.

Remarque : certains enfants un peu pervers décident qu’ils deviendront maire de Neuilly. Ce n’est pas bon non plus.

Friday, November 24, 2006

Citation du 25 novembre 2006

Je pose en fait qu'un homme véritablement intelligent ne s'avise pas de vouloir être officier ou prêtre.

Paul Léautaud - Journal littéraire

A quoi tient la vocation ? S’agissant des prêtres je fais usage de mon joker. En revanche, pour les militaires de fréquentes campagnes de recrutement donnent du grain à moudre. Oubliés les sergents recruteurs d’autre fois ; aujourd’hui les campagnes d’affichage font miroiter les voyages, la formation professionnelle, les responsabilités, le secours aux autres, voire même la découverte de soi (1).

Entre le sergent recruteur qui ratisse des ivrognes pour en faire des soudards, et les campagnes de communication de l’armée visant à engager des techniciens supérieurs, où est la vérité ? Pourquoi devient-on militaire, si l’on ne se contente pas de la thèse de Léautaud ? Voyons les américains : leurs soldats sont :

  • des patriotes,
  • des gens qui recherchent un job bien payé,
  • des portoricains qui espèrent être naturalisés.

Seulement, voilà : la réalité est toute autre et la guerre en Irak l’a encore montré récemment : le rôle du soldat c’est de tuer et de risquer d’être tué. Tout le reste, le maintien de l’ordre, la sécurité, la paix à sauver, etc.. : tout ça, ce n’est pas la tâche spécifique du soldat. N’importe quel humanitaire, ou idéologue venu en ferait autant. La police les pompiers en font autant. Le soldat seul a un fusil mitrailleur. Et lui seul s’en sert.

La mort est son métier.

(1) Finalement, je reprends mon joker : je peux parler de la vocation des prêtres en parlant de la vocation des militaires : pour nos publicitaires, le soldat est le moine d’autre fois.