Showing posts with label hygiène. Show all posts
Showing posts with label hygiène. Show all posts

Sunday, March 09, 2014

Citation du 10 mars 2014




Le rapport entre époux est un rapport d’égalité dans la possession tant des personnes que des biens.
Kant – Doctrine du droit, § 26 (Cité ici, dans un site qui de toute façon mérite qu’on s’y arrête)


Crachoir en fonte émaillée (1898) – Musée du Familistère de Guise
Selon Kant, ce qui caractérise le mariage, outre le partage des sexes (1), c’est la copropriété : le Tien et le Mien ne s’y distinguent pas, et donc Juliette et Georges se partagent le même crachoir.
Vu que cet objet est exposé au Familistère où étaient logés les ouvriers des usines Godin – spécialistes comme on le sait de la fonte – on est en droit de penser que c’est sur place qu’il a été fabriqué. Sur place, donc dans ce lieu que fut le Familistère, chargé d’utopie en particulier concernant l’hygiène : disposer d’un crachoir c’est avoir le moyen de neutraliser la contamination due aux expectorations.
On peut aussi noter que cet objet, décoré comme une paire de pantoufles, est sans doute destiné à être un cadeau de mariage, en tout cas quelque chose qui pouvait être montré – voire exposé.
Comment peut-on être fier de montrer cet objet dégoutant ? Suffit-il qu’il soit utilitaire ? Ces expectorations ne sont-elles pas répugnantes au point qu’il vaille mieux les oublier ; en tout cas ne pas y faire penser ?
Pas si sûr : en tout cas voyez cette publicité : ce qu’elle évoque est bien dégoûtant et pourtant ça reste assez « vendeur ».

----------------------------------------
(1) Voir Post du 8 mars

Saturday, October 05, 2013

Citation du 6 octobre 2013



Philippe, déjà vieux, raffine sur la propreté et sur la mollesse, il passe aux petites délicatesses
La Bruyère – Caractères XI

Achmet déclare qu'il aime mieux périr de froid dehors que de dormir dans la malpropreté de ce bouge.
Pierre Loti – Aziyadé (1879)
Exhorte-les à la propreté, qui est l'image de la netteté de l'âme
Montesquieu – Lettres persanes. 2
Les ambigüités de la propreté apparaissent facilement dès qu’on recense les citations qui l’impliquent:
1 – La propreté comme petite délicatesse, dès lors qu’elle est en excès ? Oui, mais comment définir l’excès de propreté ? Quand donc est-on « trop propre » ? Quand on se lave 50 fois par jour les mains, comme l’obsessionnel compulsif ? ou alors quand on change de culotte tous les jours ?
--> Là, ça y est : vous avez sursauté en lisant qu’on pourrait considérer cette précaution comme excessive. Vous êtes donc prêt pour la rubrique suivante :
2 – La propreté comme tabou – ou plutôt la malpropreté comme tabou, ce qui est mieux dit : périr de froid dehors [plutôt] que de dormir dans la malpropreté de ce bouge. Tel est l’une des causes de l’isolement des SDF : leur crasse – et leurs odeurs corporelles – fait que certains Restos du cœur sont obligés d’organiser pour eux une distribution séparée.
Une anecdote au passage : Sartre raconte à Simone de Beauvoir dans ses Lettres au Castor (alors qu’il est cantonné en Alsace pendant la « drôle de guerre », et déjà écrivain célèbre), qu’il passe ses journées à écrire, sans se raser, sans se laver, pour tenir à distance tous les importuns qui l’empêcheraient de travailler à son œuvre. Au point qu’un gradé qui passe par là s’écarte de lui en disant : « Les écrivains, il vaut mieux les lire que les voir. »
On sent ( !) que la propreté va plus loin que la simple hygiène : elle implique quelque chose comme une propreté morale :
3 – La propreté, est l'image de la netteté de l'âme, elle contribue à réaliser ce que le fidèle doit être pour se tourner vers son Dieu. Les ablutions sont des rituels religieux extrêmement détaillés et rigoureux, qu’on ne peut se dispenser de faire, même quand l’eau devient rare comme dans les déserts.
o-o-o-o
… Allez, c’est dimanche, jour du bain : n’oubliez pas votre petit canard !

Tuesday, May 10, 2011

Citation du 11 mai 2011

Le début de l'hygiène, c'est haïr les microbes des voisins.

Réjean Ducharme – L'hiver de force

Ce sont nos amis québécois qui pourraient nous parler plus savamment que je ne saurais le faire de Réjean Ducharme. Moi ce qui me fascine en cet homme, dont je ne connais pas l’œuvre – pour l’instant du moins – c’est le fait qu’il n’existe que deux photos de lui : l’une quand il était jeune homme et une autre où il est jeune encore et en trappeur. Comme il doit avoir aujourd’hui 70 ans, je trouve que cette constance dans le refus de l’image est un exemple magnifique de volonté et de persévérance.

Hygiène rime avec exogène – ou plutôt endogène. Enfin, vous m’avez compris : se considérer pollué par des microbes, c’est aussi se sentir envahi par des corps étrangers, radicalement différents de ceux qui sont en nous.

Nos microbes, ça va – Mais ceux des autres : danger !

Je note que selon notre auteur, la haine des voisins est un sentiment qu’on va valoriser et juger positivement, parce que nécessaire à la santé. Les étrangers sont malsains et malpropres, mais bien entendu l’hygiène n’est ici qu’une allégorie.

Tout cela est bien connu, et je ne m’y attarderai pas. Sauf que… Si les étrangers sont tellement inquiétants, c’est pour l’étrange paradoxe qu’ils manifestent. C’est que les étrangers sont à la fois différents de nous mais aussi comme nous : ces hommes, ces femmes, ces enfants pourraient faire partie de notre famille – et c’est bien pour cela que nous les rejetons comme une menace.

C’est à Freud qu’on doit l’analyse de cette angoisse soulevée par la présence de cette « inquiétante étrangeté » (1) : je ne me risquerai pas à détailler en si peu de lignes la thèse développée par Freud, mais qu’on se rappelle simplement que l’exemple qui lui sert de support est celui du conte d’Hoffmann Der Sandmann (p. 55 de l’édition électronique) mettant en scène un automate étrangement ressemblant à une femme véritable ; où l’on découvre finalement que ce qui inquiète c’est précisément que cette machine nous ressemble, mais sans pour autant s'identifier à nous : l’étranger nous angoisse parce qu’il apparait comme notre double.

En tout cas voilà une thèse qui renouvelle la question de la xénophobie en nous épargnant les propos si convenus sur la concurrence économique et les flux migratoires : car l’étranger, c’est peut-être déjà mon voisin qui est berrichon.

----------------------------------------

(1) Sigmund Freud – L’inquiétante étrangeté – Traduction de Marie Bonaparte et E. Marty – On peut lire ici le texte de Freud accompagné d’une fort intéressante introduction de François Stirn.

Saturday, September 11, 2010

Citation du 12 septembre 2010

Ne sait-on pas que la morale est pour les prêtres ce que l'hygiène est pour les médecins ?

Rivarol – Seconde lettre à Necker

Hier, nous avons établi que pour que certaines citations soient aujourd’hui admissibles il faudrait en inverser la formulation.

Avec cette citation de Rivarol, c’est à peu près la même chose, à cette différence près que cette inversion était nécessaire déjà à l’époque où elle a été écrite. L’hygiène médicale a repris presque textuellement les prescriptions morales des prêtres, dans le domaine de la vie sexuelle particulièrement.

On lira à ce propos le livre d’Alain Corbin intitulé : l’harmonie des plaisirs, et sous-titré : Les manières de jouir du siècles de Lumières à l’avènement de la sexologie.

Pour faire simple, Corbin rappelle que les médecins hygiénistes, ont repris les interdits religieux concernant l’exercice de la sexualité. Mais ils l’ont fait en établissant une rigoureuse économie de la semence mâle, doublée d’un contrôle de la sexualité féminine. Il ne s’agit plus ici de salut de l’âme, mais de préservation de la fertilité des individus, et aussi de préservation de leur santé. Là où les prêtres parlaient d’interdits divins, ils parlent de « vœu de la nature ». Là où la religion voit dans l’excitation sexuelle un péché mortel, les hygiénistes parlent de dégénérescence et de risque de mort. On pense bien sûr au manuel de Tissot (voir ici l’article bien documenté de Wikipédia), mais Corbin en cite bien d’autres.

On ne saurait être plus explicite.

Mais, alors que l’église voit dans la procréation la seule justification de la sexualité, en sorte que c’est vu sous cet angle que la masturbation est un vice particulièrement odieux (1), la médecine fait de la semence mâle un liquide précieux qu’il convient de ne répandre que dans le « vase féminin ».

------------------------------------------------

(1) Nous avions eu l’occasion de rappeler que le péché d’Onan est bel et bien d’avoir préféré répandre sa semence sur le sol plutôt que d’en féconder sa belle sœur comme il en avait reçu l’ordre de son propre père (voir ici).