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Thursday, November 23, 2017

Citation du 24 novembre 2017

Le bonheur n'est pas dans les cieux,  / Il est près d'une bonne amie.
Jean-Pierre Florian l'Aigle et la Colombe – Fables (1792),
Voilà encore une de ces morales décevantes dont Florian a le secret, tout juste digne de figurer dans des poèmes aux vers de mirliton ou dans des magazines féminins à cent sous...
Mais, tentons quand même de jouer le jeu et de croire que Florian avait un peu plus que cela à nous dire. Suivons pas à pas sa fable : il s’agit d’un aigle puissant et digne de respect, qui planant au haut du ciel fréquentait l’Olympe. Qu’on le croit ou non, voilà qu’il se fatigue de ces hauteurs et que, redescendant au niveau du commun, il rencontre une colombe à la quelle il conte sa lassitude. 
« La colombe répond : Petite est ma science, / Mais je crois cependant que je peux vous guérir : / Daignez me suivre dans la plaine. / Elle dit, l’aigle part. La colombe le mène  / Dans les vallons fleuris, au bord des clairs ruisseaux,  / Lui montre mille objets nouveaux,  / Le fait reposer à l’ombrage,  / Ensuite le conduit sur de riants coteaux,  / Et puis le ramène au bocage,  / Où du rossignol le ramage  / Faisait retentir les échos. »

Alors, qu’est-ce que vous en dites ? Feriez-vous comme l’Aigle une crise de transcendance ? Dégouté de l’air pur des cimes et des déesses de marbres, seriez-vous attiré d’avantage par les riants valons, les blanches colombes et le chant du rossignol ?
Vous semblez songeur : comment se décider ? Comment imaginer une scène pareille ?
C’est très simple : à choisir, prendriez-vous des vacances aux Maldives ou bien un séjour à la ferme ?


C’est ça qui vous tente ?

Tuesday, August 08, 2017

Citation du 9 aout 2017

Une religion qui serait à la mesure de notre compréhension ne saurait suffire à nos besoins.
Arthur Balfour
Le mystère est consubstantiel à la religion, cela on le sait depuis longtemps – depuis toujours peut-être.
Par contre ce qui est relativement hérétique serait de croire que ces mystères ont été machinés intentionnellement par des hommes simplement pour faire croire aux autres qu’il y avait un au-delà à la connaissance.
Reprenons.
- D’abord, le mystère suppose connaissance et ignorances mêlées. Connaissance car il faut bien savoir qu’il y a quelque chose qui existe derrière les limites de notre savoir.
Par exemple, il y a beaucoup de choses que j’ignore absolument et que l’on connaitra que dans 1 ou  2 siècles. Simplement ça ne fait pas mystère parce que mon ignorance m’est inconnue.
- Une religion ne peut être à la mesure de notre compréhension : bien sûr puisque notre entendement étant limité ne peut connaître que ce qui est limité, selon le principe « le semblables connaît le semblable ». Depuis les théologiens médiévaux, on sait cela, et on sait donc que ce que nous pouvons connaître au-delà des limites de notre entendement a été octroyé par Dieu et prouve son existence (1).
- Une telle religion (donc : intégralement accessible à la raison), nous dit Balfour, ne suffirait pas à nos besoins.
Déjà, peut-on sans être athée prétendre que la religion doit « satisfaire nos besoins » ? Après tout, la religion peut tout aussi bien être l’expression d’une l’âme qui s’élève spirituellement.
- Réciproquement, lorsque notre connaissance nous met en présence d’un mystère, il y a je ne sais quel respect qui nous prend et qui nous impose de ne pas le réduire. Ainsi de la présence de Dieu dans le monde…
… et ainsi des lois de la physique quantique !
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(1) Ainsi de la preuve cartésienne de l’existence de Dieu fondée sur l’infini « Ces (attributs de Dieu sont des) avantages … si grands et si éminents que plus attentivement je les considère, et moins je me persuade que l’idée que j’en ai puisse tirer son origine de moi seul […] je n’aurais pas néanmoins l’idée d’une substance infinie, moi qui suis un être fini, si elle n’avait été mise en moi par quelque substance qui fût véritablement infinie » 3ème méditation

Wednesday, February 01, 2017

Citation du 2 février 2017

Dieu peut aussi peu se passer de nous que nous de lui, car serait-ce que nous puissions nous détourner de Dieu, Dieu pourtant ne pourrait jamais se détourner de nous.
Maître Eckhart  – Sermon
Dieu a-t-il vraiment ce rapport indissoluble avec ses créatures ? Sur cette question se greffe celle de l’origine du mal : si Dieu est toujours avec nous, d’où vient le mal ? Après tout, quand Adam et Eve ont péché, Dieu n’était pas là pour leur dire : « C’est mal ! ». Ce n’est qu’après et de façon indirecte qu’Il découvre leur faute.
o-o-o
Dieu a-t-il un rapport avec l’existence du mal ?
Réponse avec le « tétralemme » de la religion concernant l’existence du mal :
Ou bien 
1 – Dieu veut éliminer le mal et ne le peut
            – S'il le veut et ne le peut, il est impuissant, ce qui ne convient pas à Dieu
2 – ou il le peut et ne le veut pas
            – S'il le peut et ne le veut, il est méchant, ce qui est étranger à Dieu
3 – ou il ne le veut ni ne le peut
            – S'il ne le peut ni ne le veut, il est à la fois impuissant et méchant, il n'est donc pas Dieu
4 – ou il le veut et le peut
            – S'il le veut et le peut, ce qui convient seul à Dieu, d'où vient donc le mal, ou pourquoi Dieu ne le supprime-t-il pas ?  (cf.lostangel66)
o-o-o
Finalement il faut aller jusqu’à la conclusion d’Epicure pour avoir une réponse cohérente : les Dieux sont des Bienheureux ; or avoir souci des hommes empêche d’être pleinement heureux ; donc les Dieux ne se soucient pas des hommes ; le mal concerne ces derniers et ne les regarde pas.
Au fond on aperçoit ici tout un pan de la religion que nous n’envisageons pas – sans doute parce que nous nous y refusons. Il s’agit du rapport de Dieu à l’humanité. Nous faisons comme si l’humanité était l’objet de l’amour divin, et que tout ce qui nous arrive venait de Lui, constituant une récompense ou un châtiment. Est-ce si sûr ? Il y a un passage du Politique de Platon où Socrate dit quelque chose comme ça (je cite de mémoire) : « Si les grues ou d’autres animaux avaient des Dieux, ne penses-tu pas qu’ils seraient soucieux de leur sort ? ». Oui, la religion du Dieu aimant est une religion anthropocentrée, et tout dans l’univers, jusqu’à notre position par rapport à lui dépend de ce parti pris. Et si Epicure avait raison ? Si les Dieux s’étaient détournés de nous soit pour « prendre leur retraite », soit pour créer une autre humanité, là bas, très loin, sur une exoplanète, et que ce soit celle-ci désormais qui l’occupe – pendant que nous sommes à l’abandon sur notre pauvre terre, promis à une déchéance certaine, lorsque le dernier homme sera mort de faim ou d’asphyxie…

Je sais : ça fait mal à entendre, mais c’est peut-être ça la vérité.

Wednesday, November 23, 2016

Citation du 24 novembre 2016

Chaque fois que je franchis le seuil d'une prison, pour une célébration ou pour une visite, je me demande toujours: pourquoi eux et pas moi? Je devrais être ici, je mériterais d'y être. Leurs chutes auraient pu être les miennes, je ne me sens pas meilleur que ceux qui sont en face de moi.
Pape François

Un nouveau Pape vient d’être élu : il s’appelle François. Le voici qui apparaît pour la première fois au balcon du Vatican – Mais que fait-il ? Avant de bénir la foule venue pour l’acclamer, il se met à genou – oui, là sur le Balcon Pontifical ! – et demande aux fidèles de le bénir pour le soutenir dans sa future tâche. Un Pape à genou qui demande aux fidèles de le bénir ? C’est quoi ça ?
Eh bien, « ça », c’est l’humilité, qui consiste à effacer les grades et les niveaux, pour ne retenir qu’une chose : aux yeux de Dieu, nous sommes tous aussi petits. Ce n’est pas nouveau comme idée, on sait que Pascal avait soutenu exactement la même dans son fragment des Pensées « Les deux infinis » (1). Est-ce par excès d’humilité qu’un Pape se compare à un criminel et, se retournant sur lui-même se demande : « Qui suis-je pour le condamner ? Est-ce que je vaux mieux que lui ? » ?
Je répondrais volontiers que c’est une parabole pour nous montrer que, comme le disait Kierkegaard, Dieu est ce qui nous permet de comprendre le peu que nous sommes.
Ne risque-t-on pas de basculer dans le nihilisme avec ça ? Car si le Pape affirme ne pas avoir de valeur, alors on va se dire que rien n’a de valeur – et même que la valeur ce n’est rien d’autre que la marque en creux dans le monde de ce qu’il manque pour qu’il vaille quelque chose.
C’est possible, comme il est possible de dire que la vraie grandeur de l’homme c’est de se considérer comme étant peu de choses mais de faire comme s’il était capable de réaliser de grandes choses.
C’est tragique ? Et alors ?
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(1) Pascal – Pensées Fragment §72 (classification Brunschvicg)

Tuesday, October 04, 2016

Citation du 4 octobre 2016

A quoi bon un Dieu, si l’homme est libre ?
Eric-Emmanuel Schmitt – L’homme qui voyait à travers les visages (p.379)
On s’est tant de fois demandé si l’homme pouvait être libre alors qu’il devait son existence à la création divine… C’est que la puissance qui est en l’homme est du même coup refusée à Dieu. Par exemple, les doctrines de la prédestination refusaient de croire que nous étions libres de faire notre salut, parce que ce serait priver Dieu de cette liberté de choisir qui il va faire entrer au Paradis.
Oui, la liberté assumée implique l’incroyance – ou lors, disons que Dieu nous regarde et qu’Il ne fait rien, comme un Dieu qui aurait pris sa retraite !
Mais même en ce cas, pouvons-nous dire que Dieu ne sert à rien ? En effet, Dieu pourrait encore servir en fonction d’un rôle que nous, ses créatures, nous lui attribuons.
Enumérons :
- Une fonction harmonisante : Tous les hommes sont frères parce qu’ils sont tous créatures de Dieu. En aimant chacun d’eux, c’est aussi Dieu, tapi en leur âme, que j’aime,
- Une fonction cognitive : la cause première sert, dans l’ordre de la connaissance à expliquer l’univers, ainsi que l’homme et tout ce qui existe.
- Dieu est également un juge de paix : « Dieu vous le rendra » dit le mendiant, et la victime d’une injustice : « Il ne m’emportera pas au Paradis ».
- Réciproquement, Dieu est aussi le principe de l’ordre social, qui contraint chacun à bien se conduire parce que, ou que tu sois, « Dieu te vois » !
- Faut-il ajouter que Dieu sert à garantir le bon déroulement de nos actes ? Inch’Allah ! dit le musulman, signifiant que l’homme fait ce qu’il peut, et que ça marche ou pas, c’est de toute façon une décision de Dieu.

Mais cela, ce serait revenir sur notre point de départ et dire qu’en nous la liberté n’est qu’une illusion.

Friday, September 30, 2016

Citation du 1er octobre 2016

Une véritable prière ne formule pas une supplique, mais un remerciement.
Eric-Emmanuel Schmitt – L’homme qui voyait à travers les visages. p.298
Schmitt place cette phrase dans la bouche de Dieu. Badinerie ? Propos sérieux ? Comme vous voudrez, seulement je considère utile de penser que c’est très sérieux.
- Notons d’abord que ce qui est affirmé ici, c’est que la demande d’intercession doit être rejetée comme inessentielle à la prière. Supposez que vous puissiez suivre le cheminement de votre prière. La voilà qui frappe aux portes du Paradis, et c’est Saint Pierre qui la reçoit : il l’examine et il rejette toutes celles qui ne sont pas dignes d’être lues par Dieu, en particulier les demandes de grâce. Pourquoi Dieu irait-il accorder une grâce à une de ses créatures ? Par contre, si c’est un chant de louanges que porte la prière jusqu’au paradis, là c’est déjà plus acceptable – la Création n’a-t-elle pas pour rôle de glorifier Dieu ?
- Maintenant, comment remercier Dieu ? Déjà remarquons que le fidèle doit absolument être digne d’émettre ce remerciement. N’importe qui ne le peut pas, il faut que ce remerciement provienne de quelqu’un de légitime. C’est ainsi que dans la prière musulmane le croyant d’un même mouvement loue la grandeur d’Allah, se soumet à Lui et Lui demande pardon pour ses péchés. La créature indigne de son créateur doit se purifier pour oser se présenter devant Lui, ce qui ne signifie pas seulement d’avoir opéré des ablutions (symboliques il est vrai) mais surtout de mériter d’être absout de ses désobéissances et de s’engager à ne plus recommencer.
- Et maintenant, le propos du mécréant : « Pourquoi, dira-t-il, prier ? Si c’est pour obtenir une grâce, soit, on comprend. Mais pourquoi remercier ? Si vous croyez que Dieu se sentira grandi par votre gratitude c’est que vous commettez encore le péché d’orgueil, ce qui est très grave, et qui vous place en mauvaise position pour faire accepter votre prière. »

« En réalité, poursuivra notre incrédule, la prière n’a d’autre fonction que celle de vous rapprocher de Dieu, de chercher à vous glisser dans les plis de sa robe ( ?), comme le petit enfant dans les jupes de sa mère. Consommez une drogue qui vous ouvre les portes de l’au-delà, et vous n’aurez plus besoin de prière. »