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Citation du 10 février 2015
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Saturday, May 05, 2012
Citation du 6 mai 2012
Tuesday, August 28, 2007
Citation du 29 août 2007
Vertige de l'amour
Désir fou que rien ne chasse
L'cœur transi reste sourd
Aux cris du marchand d'glaces
Vertige de l’amour - Paroles: Boris Bergman. Musique : Alain Bashung
Vertige… Après celui de l’imagination et celui de la liberté, voici celui du désir fou.
Etrange chanson, qui joue entre le registre obsessionnel du désir, le registre angoissant de la réalité, celui de la censure, et pour finir, le registre fantastique du rêve de jouissance. Et c’est là tout ce qui fait son charme : à vivre, à éprouver plus qu’à penser
Pourtant, voici que les questions se pressent : l’amour est-il un vertige ? En quoi consiste-t-il donc ? Est-il dans le jeu entre ces différents plans ou bien dans l’indéfini du fantasme ?
Je l’ai dit, loin de moi la prétention de commenter les paroles de la chanson de Bashung : je risquerais de me mettre moi aussi à la masse (1).
Je me bornerai donc à en évoquer les fantasmes : ils sont vertigineux parce qu’ils sont en mouvement, sans limite ni guide, un peu comme une hallucination, comme quand on voit d’un seul coup les repères réfléchissants de l’autoroute de nuit s’envoler dans l’espace comme pour un jeu vidéo (là, si on est au volant, il vaut mieux s’arrêter et dormir un peu…).
Oui, ici, les fantasmes nous entraînent comme nous le sommes par le grand huit, quand le véhicule que nous ne conduisons pas plonge dans une accélération - vertigineuse, justement. Mais ça ne veut pas dire que ces fantasmes vont n’importe où. Ils suivent la ligne de crête de la jouissance, c’est ça leur guide. Seulement, voilà : la jouissance ne concerne pas la réalité, ni pour y trouver son objet, ni pour se préoccuper de ses conséquences. Si nous avons le vertige, c’est simplement parce que nous cherchons à nous y raccrocher. Un pied dans la réel, et un autre dans le rêve, on est à cheval sur une crevasse qui s’élargit constamment.
Si ça continue j'vais m'découper
Suivant les pointillés yeah !
Citation du 28 août 2007
L’angoisse est le vertige de la liberté.
Sören Kierkegaard - Le concept d’angoisse
Que n’a-t-on pas dit de cette phrase de Kierkegaard ? Sartre aurait même écrit la Nausée rien que pour en illustrer la pensée. Je n’en crois rien, mais reste l’idée que l’angoisse est un vertige issu de la gratuité de l’acte libre : je peux tout faire puisque je suis libre, y compris me jeter dans le vide. Ce vide, c’est en réalité celui des valeurs qui ne peuvent plus me servir de guide puisqu’elles n’existent que par mon choix. Le vertige, ce n’est rien d’autre que d’être dans un espace sans repères.
La liberté serait-elle angoissante ? Faut-il donc rechercher la contrainte et être comme les enfants qu’on conduit en lisère (1) ?
On a vu qu’en réalité ce sont les conditions de la liberté qui sont source d’angoisse : pas de repères, qui signifieraient contrainte. Je suis seul à décider de ce qu’ils doivent être, et j’en suis responsable par rapport au reste de l’humanité (thèse de Sartre, déjà discutée ici).
Mais voilà, justement : ces repères s’ils ne sont pas donnés, peuvent être établis, par moi-même. Autrement dit, à la liberté comme libre-arbitre (= absence de contraintes) doit s’ajouter la liberté morale (= aptitude à se développer soi-même selon ses propres règles). Ce qui veut bien dire que des règles, il y en a ; mais pas tout de suite. C’est le propre de la jeunesse que d’être angoissé par sa liberté. C’est le propre de l’adulte que de savoir où il veut aller et d’y aller. C’est le propre de la vieillesse d’y être.
En espérant ne pas être déçu du voyage.
(1) Autrefois, les petits enfants étaient tenus en laisse comme les animaux. La lisère était le nom donné à cette laisse.

