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Tuesday, December 26, 2017

Citation du 27 décembre 2017

Facebook – "Les restrictions sur l’affichage de nudité et d’activité sexuelle s’appliquent également au contenu créé numériquement, sauf si le contenu est publié à des fins éducatives, humoristiques ou satiriques", précise aussi Facebook, qui bannit "les photographies présentant des organes génitaux ou des fesses entièrement exposées" et, sans surprise, "les images illustrant explicitement des rapports sexuels".
Huffingtonpost – À propos de la censure sur Facebook

Voilà pourquoi je reste fidèle au Blog : personne ne vient regarder par-dessus mon épaule ce que je suis entrain de publier, et les censeurs ne s’activent que sur les réseaux sociaux. On se récrie devant les coups de ciseaux hâtifs de Facebook, prompts à censurer des images comprises comme pornographiques comme l’Origine du mode de Courbet (voir ici).
Reste quand même que le passé nous donne des exemples de censure systématique, comme par exemple de la représentation du sexe féminin, généralement dissimulé derrière une main, un drap, voire simplement des cheveux. Or, voici que Jean Colombe, le célèbre enlumineur (on lui doit les Très riches heures du Duc de Berry), comme pour jouer avec les codes, représente une femme nue, une longue chevelure rousse répandue sur son dos, mais une mèche se séparant de la masse pour venir ondoyer sur le bas-ventre, comme pour y attirer le regard. Et là, au lieu de dissimuler, elle souligne plutôt le renflement du sexe, vulve fendue dessinée comme un fruit pulpeux.


Jean Colombe – Bethsabée au bain, 15ème siècle (détail)

Avouez qu’il y a là de quoi rendre fou les censeurs et exciter leurs ciseaux ! Mais Colombe n’en a cure. S’agit-il d’une mode de la fin du 15ème siècle, consistant à prendre une scène de l’Acine Testament pour en tirer l’occasion de représenter une femme nue (1) ? Ou alors d’une demande du commanditaire de l’œuvre ? Qui saura le dire. L’important c’est que ça a existé et que les siècles n’ont rien fait pour empêcher que ça vienne jusqu’à nous.
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(1) On pense aussi à cette histoire de Suzanne et les vieillards (Livre de Daniel ch.13 – Lire ici) où l’on trouve une femme agressée sexuellement par des vieillards en rut ( ?) et qui ne doit son salut qu’à l’intervention du Prophète Daniel.  Les représentations qu’on en a données sont fort excitantes… pour ceux qui seraient tentés par le viol.

Friday, December 15, 2017

Citation du 16 décembre 2017

Saint Polycarpe (évêque de Smyrne mort en 197) avait coutume des ‘écrier :
« Ah ! Mon Dieu, dans quel siècle m’avez-vous fait naître ! »
Flaubert précise que son patron spirituel disait cette phrase « En se bouchant les oreilles et en s’enfuyant du lieu où il était ». (Lettre à Louis Collet, aout 1853)
Idem
Saint Polycarpe, patron des misanthropes, est revendiqué par Flaubert (comme on l’a vu hier) pour caractériser son dégoût de l’humanité.
Observons que Polycarpe situe cette offense au niveau de ses oreilles : il faut les boucher pour ne plus entendre les propos dégoûtants qui nous offusquent et nous font douter de l’espèce humaine : les hommes sont méprisables non pour ce qu’ils montrent mais pour ce qu’ils disent.
Pourquoi pas en effet ?
- Oui, mais voilà qui parait bien étonnant pour qui utilise les « réseaux sociaux » et qui sait qu’il sera censuré pour avoir publié une photo d’un corps dénudé, mais non pas pour avoir écrit (par exemple) : « Il faut chasser les juifs ! Et avec eux, les nègres et les arabes ! »
Supposez que je publie cette phrase sur ma page Facebook : croyez vous que mon compte sera désactivé ? Sûrement pas, moins en tout cas que pour avoir publié une photo comme celle qui orne mon Post du 13 décembre.

Que devons-nous en conclure ? Que les images sont plus faciles à repérer que les textes ? Peut-être mais pas si sûr : la phrase que je viens d’écrire n’a pas besoin d’être méditée longtemps ; un simple détecteur automatique aurait même pu repérer le mot « nègre » et le censurer comme naturellement raciste.

Moi, je crois que ces mécanismes de censure sont concoctés par des puritains qui sont obsédés par les images – mieux même : par les images du corps. Le puritanisme est culturel chez les américains, et je veux bien en plus admettre que ce ne soit pas un grand malheur de censurer les images qui flétrissent le corps humain par des représentations dégoûtantes. Mais je devine derrière tout cela une obsession de la pureté et de l’innocence qui se révèle pathologique du fait qu’elle reste insensible aux manifestations de la haine et de l’exclusion.

Sunday, November 27, 2011

Citation du 28 novembre 2011

Sexe : le fruit d'Eve fendu.

Jean Cocteau

Fendue-Défendue

Miss.Tic

Pourquoi le sexe des femmes est-il si rarement représenté par les artistes qui pourtant ne sont pas avares de représentations des attributs masculines ?

A part des artistes très contemporains, voyez la difficulté à en trouver, à l’exception de ces exemples :

Hans Memling vivait au 15ème siècle, et Houdon au 18ème. Néanmoins, les copies de la statue de Houdon réalisée en bronzes ont été « rebouchées » (1). Rien de tel pourtant pour ce qui est du sexe masculin, largement (ou longuement ?) représenté par les sculpteurs antiques.

Il y eut certes des périodes (Concile de Trente) où des « repeints » furent apposés sur les sexes masculins (l’un des peintres spécialisé dans l’opération Daniele da Volterra, fut même surnommé il Braghettone – lire ici). Mais il ne fut pas nécessaire de masquer derrière un voile le sexe féminin parce que c’était toujours déjà fait.

Alors, pourquoi cette différence de traitement pictural ?

Deux hypothèses complémentaires :

- D’abord il parait plus facile d’ignorer presque sans avoir à le dissimuler le sexe féminin (écrivons sans trembler son nom : la vulve) : il se dissimule tout seul, l’artiste n’a qu’à laisser faire la nature…

- Les artistes, sculpteurs, peintres, sont à l’époque dont nous parlons tous des hommes. Et l’homme est fier de son sexe (écrivons de même sans trembler : de son pénis) : imaginer un Dieu de la mythologie, un héros tel qu’Hercule c’est toujours le pourvoir d’un attribut de sa force – de sa virilité.

Là est sans doute l’essentiel : le pénis est un symbole de puissance. La vulve ne nous « parle pas » de la même façon.

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(1) La raison en est exposée dans la Revue du monde catholique de 1861, sous la signature de Bathilde Bouniol : « Est-il besoin d’ajouter que ces étalages de scènes trop mythologiques et nullement pudiques, rendent fort gênante la visite dans les salles de l’Exposition pour le jeune homme, par hasard candide, pour les jeunes dames et demoiselles dont le front se colore aisément encore de ces nobles rougeurs, qui vont si bien à la vertu » (Lire la suite ici)

Tuesday, September 27, 2011

Citation du 28 septembre 2011

Les lois et les censures compromettent la liberté de pensée bien moins que ne le fait la peur. Toute divergence d'opinion devient suspecte et seuls quelques très rares esprits ne se forcent pas à penser et juger «comme il faut ».

André Gide Journal 1939-1949 Souvenirs, 28 octobre 1944

De la censure à l’autocensure II

Comment peut-on se forcer à penser et juger «comme il faut » ? Grâce à l’autocensure.

L’autocensure est comme chacun le sait un processus de rétention de la communication de nos pensées. Et c’est donc, comme le souligne Gide l’existence même de la pensée qui se trouve menacée.

Il n’est pas pire censure que l’autocensure. Parce que, si la pensée censurée est une pensée en quelque sorte emprisonnée derrière la barrière de notre front, la pensée auto-censurée finit par déserter notre conscience, remplacée donc par la pensée «comme il faut ». L’autocensure détruit ce qui est censuré, et pire : elle institue la bonne conscience. On se révolte contre les complaisances dont les occupants allemands ont bénéficié de la part de la population française ; mais pouvait-il en être autrement, alors que tout ce que l’on disait, entendait, était soumis à ce filtre ? On finit par croire ce que l’on dit ou ce que l’on entend, même si on sait qu’au bout du compte rien n’est avéré.

Kant établit ce point dans son article « Qu’est-ce que les lumières ? », montrant que la faculté de penser implique la liberté de communiquer. Nous ne pensons pas seuls, ou plutôt, notre pensée ne peut naître en nous que si elle entre dans un processus d’échange et de libre critique. On peut apprendre à penser et à juger, mais on ne le peut pas tout seul. Qu’il faille des maîtres pour y arriver signifie seulement que nous apprenons à penser comme on apprend à marcher. Soutenu par autrui d’abord, seul ensuite.

Kant pense aussi que les philosophes ont un rôle à jouer dans ce processus ; mais seulement dans sa première phase, car ensuite, c’est à chacun de penser par lui-même, ce qui signifie aussi qu’on ait le courage d’en affronter les conséquences. Sapere aude dit Kant ; et si cela se traduisait par : arrêtez de vous autocensurer ?

Monday, September 26, 2011

Citation du 27 septembre 2011

L'inconscient est ce chapitre de mon histoire qui est marqué par un blanc ou occupé par un mensonge: c'est le chapitre censuré.

Jacques Lacan – Ecrits (1966)

De la censure à l’autocensure I

Quand on arrive à un âge respectable (ou qu’on considère comme respectable), il arrive qu’on se retourne sur son passé, et qu’on se dise qu’il faudrait bien conserver une trace de ces souvenirs qui hantent encore notre mémoire avant qu’ils ne disparaissent ou qu’on fasse, comme notre cher Jacques Chirac, une crise d’amnésie (1).

Mais en réalité, ce ne sont pas nos souvenirs qui sont intéressants : ce sont nos oublis.

Les oublis sont importants dans la mesure où ils ne sont pas l’effacement progressif – on dirait : par usure – du contenu de la mémoire, mais plutôt la conséquence d’un barrage, d’un refus de se souvenir. L’oubli n’est pas dû alors à la fatigue de la mémoire, mais est l’effet d’un refoulement.

Ce qui est important ici, ce sont les raisons pour lesquelles il nous a fallu refouler le souvenir, les motifs qui ont rendu ces souvenirs cuisants, blessures intolérables : c’est là que se révèle une part importante de notre « nature », ou plutôt de ce qui est devenu notre nature, autrement dit ce qui a structuré notre personnalité.

Bon – Donc l’apport de la psychanalyse est de nous expliquer que ces souvenirs sont encore en nous, qu’ils sont simplement et momentanément inaccessibles ; et aussi de nous dire comment y avoir accès. Mais surtout, elle doit nous expliquer, pour commencer, comment savoir qu’il y a eu oubli. Car on se dit que si on a oublié, ou également a oublié que l’on a oublié. Evidemment.

Donc la méthode pour retrouver les passages censurés de notre passé, c’est effectivement de remonter dans nos souvenirs, comme pour les raconter, mais dans le but d’y dépister les mensonges et les lacunes. Entre tel épisode et tel autre épisode de ma vie, pourtant connexes, il y a une lacune ; je ne sais plus ce que j’ai fait, ce que j’ai dit, ce qui m’est arrivé. Là est la censure.

Idem pour les mensonges, à condition de se rappeler que ce sont des mensonges à soi-même (2) : je crois dur comme fer avoir dit cela, avoir fait cela, etc. et des témoins me détrompent. C’est là qu’il se passe quelque chose : ce souvenir est falsifié parce qu’il me révèle quelque chose d’intolérable.

Si vous tenez à écrire sur votre passé, écrivez donc non pas vos mémoires, mais vos oublis.

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(1) Les médias s’obstinent à parler d’anosognosie. Le mot est beau, mais je ne suis pas sûr qu’il soit très éclairant (à tout hasard, voir ici)

(2) Ce que Sartre appelait la mauvaise foi.