Tuesday, December 26, 2017
Citation du 27 décembre 2017
Friday, December 15, 2017
Citation du 16 décembre 2017
Sunday, November 27, 2011
Citation du 28 novembre 2011
Sexe : le fruit d'Eve fendu.
Jean Cocteau
Fendue-Défendue
Pourquoi le sexe des femmes est-il si rarement représenté par les artistes qui pourtant ne sont pas avares de représentations des attributs masculines ?
A part des artistes très contemporains, voyez la difficulté à en trouver, à l’exception de ces exemples :
Hans Memling vivait au 15ème siècle, et Houdon au 18ème. Néanmoins, les copies de la statue de Houdon réalisée en bronzes ont été « rebouchées » (1). Rien de tel pourtant pour ce qui est du sexe masculin, largement (ou longuement ?) représenté par les sculpteurs antiques.
Il y eut certes des périodes (Concile de Trente) où des « repeints » furent apposés sur les sexes masculins (l’un des peintres spécialisé dans l’opération Daniele da Volterra, fut même surnommé il Braghettone – lire ici). Mais il ne fut pas nécessaire de masquer derrière un voile le sexe féminin parce que c’était toujours déjà fait.
Alors, pourquoi cette différence de traitement pictural ?
Deux hypothèses complémentaires :
- D’abord il parait plus facile d’ignorer presque sans avoir à le dissimuler le sexe féminin (écrivons sans trembler son nom : la vulve) : il se dissimule tout seul, l’artiste n’a qu’à laisser faire la nature…
- Les artistes, sculpteurs, peintres, sont à l’époque dont nous parlons tous des hommes. Et l’homme est fier de son sexe (écrivons de même sans trembler : de son pénis) : imaginer un Dieu de la mythologie, un héros tel qu’Hercule c’est toujours le pourvoir d’un attribut de sa force – de sa virilité.
Là est sans doute l’essentiel : le pénis est un symbole de puissance. La vulve ne nous « parle pas » de la même façon.
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(1) La raison en est exposée dans la Revue du monde catholique de 1861, sous la signature de Bathilde Bouniol : « Est-il besoin d’ajouter que ces étalages de scènes trop mythologiques et nullement pudiques, rendent fort gênante la visite dans les salles de l’Exposition pour le jeune homme, par hasard candide, pour les jeunes dames et demoiselles dont le front se colore aisément encore de ces nobles rougeurs, qui vont si bien à la vertu » (Lire la suite ici)
Tuesday, September 27, 2011
Citation du 28 septembre 2011
Les lois et les censures compromettent la liberté de pensée bien moins que ne le fait la peur. Toute divergence d'opinion devient suspecte et seuls quelques très rares esprits ne se forcent pas à penser et juger «comme il faut ».
André Gide Journal 1939-1949 Souvenirs, 28 octobre 1944
De la censure à l’autocensure II
Comment peut-on se forcer à penser et juger «comme il faut » ? Grâce à l’autocensure.
L’autocensure est comme chacun le sait un processus de rétention de la communication de nos pensées. Et c’est donc, comme le souligne Gide l’existence même de la pensée qui se trouve menacée.
Il n’est pas pire censure que l’autocensure. Parce que, si la pensée censurée est une pensée en quelque sorte emprisonnée derrière la barrière de notre front, la pensée auto-censurée finit par déserter notre conscience, remplacée donc par la pensée «comme il faut ». L’autocensure détruit ce qui est censuré, et pire : elle institue la bonne conscience. On se révolte contre les complaisances dont les occupants allemands ont bénéficié de la part de la population française ; mais pouvait-il en être autrement, alors que tout ce que l’on disait, entendait, était soumis à ce filtre ? On finit par croire ce que l’on dit ou ce que l’on entend, même si on sait qu’au bout du compte rien n’est avéré.
Kant établit ce point dans son article « Qu’est-ce que les lumières ? », montrant que la faculté de penser implique la liberté de communiquer. Nous ne pensons pas seuls, ou plutôt, notre pensée ne peut naître en nous que si elle entre dans un processus d’échange et de libre critique. On peut apprendre à penser et à juger, mais on ne le peut pas tout seul. Qu’il faille des maîtres pour y arriver signifie seulement que nous apprenons à penser comme on apprend à marcher. Soutenu par autrui d’abord, seul ensuite.
Kant pense aussi que les philosophes ont un rôle à jouer dans ce processus ; mais seulement dans sa première phase, car ensuite, c’est à chacun de penser par lui-même, ce qui signifie aussi qu’on ait le courage d’en affronter les conséquences. Sapere aude dit Kant ; et si cela se traduisait par : arrêtez de vous autocensurer ?
Monday, September 26, 2011
Citation du 27 septembre 2011
L'inconscient est ce chapitre de mon histoire qui est marqué par un blanc ou occupé par un mensonge: c'est le chapitre censuré.
Jacques Lacan – Ecrits (1966)
De la censure à l’autocensure I
Quand on arrive à un âge respectable (ou qu’on considère comme respectable), il arrive qu’on se retourne sur son passé, et qu’on se dise qu’il faudrait bien conserver une trace de ces souvenirs qui hantent encore notre mémoire avant qu’ils ne disparaissent ou qu’on fasse, comme notre cher Jacques Chirac, une crise d’amnésie (1).
Mais en réalité, ce ne sont pas nos souvenirs qui sont intéressants : ce sont nos oublis.
Les oublis sont importants dans la mesure où ils ne sont pas l’effacement progressif – on dirait : par usure – du contenu de la mémoire, mais plutôt la conséquence d’un barrage, d’un refus de se souvenir. L’oubli n’est pas dû alors à la fatigue de la mémoire, mais est l’effet d’un refoulement.
Ce qui est important ici, ce sont les raisons pour lesquelles il nous a fallu refouler le souvenir, les motifs qui ont rendu ces souvenirs cuisants, blessures intolérables : c’est là que se révèle une part importante de notre « nature », ou plutôt de ce qui est devenu notre nature, autrement dit ce qui a structuré notre personnalité.
Bon – Donc l’apport de la psychanalyse est de nous expliquer que ces souvenirs sont encore en nous, qu’ils sont simplement et momentanément inaccessibles ; et aussi de nous dire comment y avoir accès. Mais surtout, elle doit nous expliquer, pour commencer, comment savoir qu’il y a eu oubli. Car on se dit que si on a oublié, ou également a oublié que l’on a oublié. Evidemment.
Donc la méthode pour retrouver les passages censurés de notre passé, c’est effectivement de remonter dans nos souvenirs, comme pour les raconter, mais dans le but d’y dépister les mensonges et les lacunes. Entre tel épisode et tel autre épisode de ma vie, pourtant connexes, il y a une lacune ; je ne sais plus ce que j’ai fait, ce que j’ai dit, ce qui m’est arrivé. Là est la censure.
Idem pour les mensonges, à condition de se rappeler que ce sont des mensonges à soi-même (2) : je crois dur comme fer avoir dit cela, avoir fait cela, etc. et des témoins me détrompent. C’est là qu’il se passe quelque chose : ce souvenir est falsifié parce qu’il me révèle quelque chose d’intolérable.
Si vous tenez à écrire sur votre passé, écrivez donc non pas vos mémoires, mais vos oublis.
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(1) Les médias s’obstinent à parler d’anosognosie. Le mot est beau, mais je ne suis pas sûr qu’il soit très éclairant (à tout hasard, voir ici)
(2) Ce que Sartre appelait la mauvaise foi.

