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Monday, January 02, 2012

Citation du 3 janvier 2012

L'homme à convictions n'est pas l'homme de la pensée scientifique ; […] à l'âge de l'innocence théorique il est un enfant, quelle que soit sa taille.

Friedrich Nietzsche – Humain, trop humain.

Ça y est ? Vous avez commencé à appliquer les bonnes résolutions prises le 1er janvier ? Vous ne mangez plus entre les repas, et vous arrêtez d’envoyer des Tweets idiots à tout le monde ?

… Je sens sur moi des regards lourds de reproches : Qui tu es, toi, pour ironiser méchamment ? Et toi-même, quelles sont tes bonnes résolutions, qu’on voie comment tu les tiens ?

--> Bon. Si vous voulez savoir, moi je veux arrêter de donner des citations mutilées qui empêchent la pensée de se prendre son envol.

Exemple : soit la citation ci-dessus

1 – Au lieu de la découper ainsi, il faudrait prendre le texte entier :

Une conviction est la croyance d'être, sur un point quelconque de la connaissance, en possession de la vérité absolue. Cette croyance suppose donc qu'il y a des vérités absolues ; en même temps, que l'on a trouvé les méthodes parfaites pour y parvenir ; enfin que tout homme qui a des convictions applique ces méthodes parfaites. Ces trois conditions montrent tout de suite que l'homme à convictions n'est pas l'homme de la pensée scientifique ; il est devant nous à l'âge de l'innocence théorique, il est un enfant, quelle que soit sa taille. Mais des siècles entiers ont vécu dans ces idées naïves, et c'est d'eux qu'ont jailli les plus puissantes sources de force de l'humanité.

2 – En suite, détailler les trois erreurs de l’homme de conviction.

3 – Et puis montrer que la pensée de Nietzsche est une pensée qui prend tout le monde à contrepied : les erreurs de l’homme des convictions sont bénéfiques car, sans elles, l’humanité eut stagné dans son marasme. Pas de progrès sans erreurs répétées.

--> Stop ! Mon indicateur de fréquentation me dit que depuis le paragraphe N°2 plus personne ne lit mon Post.

Décidément : y a-t-il quelque chose de plus bête que prendre de bonnes résolutions le 1er janvier ? Les tenir.

Friday, June 25, 2010

Citation du 26 juin 2010

Ce que les hommes veulent en fait, ce n'est pas la connaissance, c'est la certitude.

Bertrand Russell

... Eh quoi ? notre besoin de connaître n'est-il pas justement notre besoin de familier ? le désir de trouver, parmi tout ce qui nous est étranger, inhabituel, énigmatique, quelque chose qui ne nous inquiète plus ? Ne serait-ce pas l'instinct de la peur qui nous commanderait de connaître ? Le ravissement qui accompagne l'acquisition de la connaissance ne serait-il pas la volupté de la sécurité retrouvée ?..."

NIETZSCHE – Le gai savoir [Aph. 355]

Retour sur un paradoxe qui nous avait déjà un peu occupé dans un Post de l’an dernier (ici) : l’extraordinaire crédulité des hommes, qui les pousse à admettre les plus grosses bêtises comme certitudes sans aucune discussion. Pourquoi en effet affirmer une chose comme étant vraie, alors même qu’on se soucie comme d’une guigne de son authenticité ?

Selon nos auteurs du jour, cette contradiction s’expliquerait par le fait que la vérité difficilement découverte nous importe moins que la sécurité de la certitude immédiate.

Il y a deux formes d’attachement à la certitude qui n’impliquent pas nécessairement la vérité :

1 - L’une est liée au désir : devant le malheur, l’illusion du bonheur vaut mieux que la lucidité. Qu’importe l’erreur, si seulement elle m’apporte du plaisir… ou m’épargne une souffrance. C’est ainsi que le mari trompé ne veut justement pas être détrompé.

--> Ce n’est pas cette forme qui nous occupe ici.

2 - L’autre origine de la crédulité vient de la peur du doute et de l’incertitude qui créent l'insécurité source d’inquiétude et de souffrance.

C’est comme cela que s’est créé un énorme malentendu à propos de la philosophie : on veut croire qu’il y a comme ça des hommes (des sages, des philosophes) qui possèdent la vérité sur tout et qu’il suffit de consulter pour être à l’abri du doute (1).

Alors, oui, il y a bien des systèmes philosophiques qui énoncent des vérités démontrées – ou du moins argumentées. Mais en même temps aucune de ces vérité ne peut être tenue pour utile tant qu’on n'a pas fait soi-même le chemin qui y mène. Voyez Descartes qui vous demande – dans ses Méditations métaphysiques (2) – de refaire pour votre propre compte en 6 jours (pas un de moins) de chemin qui va du doute à la certitude.

- Dis, René, c’est encore loin la Vérité ?

- Tais-toi et cherche !


(1) C’est comme cela que j’ai titré mon autre Blog « Docteur-Philo », en espérant que chacun lira l’autodérision sous la couche bien épaisse de suffisance.

(2) Méditations métaphysiques, sous titrées : Méditations touchant la première philosophie dans les quelles l’existence de Dieu et la distinction entre l’âme et le corps de l’homme sont démontrées.

Saturday, August 22, 2009

Citation du 23 août 2009

Le besoin de certitude a toujours été plus fort que le besoin de vérité.

Le Bon – Aphorismes du temps présent (1913)

Dans la série « Pourchassons les platitudes et les enfonceurs de portes ouvertes », la citation d’aujourd’hui constitue un gibier de choix…

Car dites moi si ça vous apprend quelque chose de dire que les gens – n’importe qui sauf vous et moi, bien sûr – se moquent de la vérité du moment qu’ils ont la certitude ? Ou si vous préférez qu’on n’appelle vérité que ce qui est accompagné d’une intime conviction. Ou encore, qu’on n’aime la vérité que pour autant qu’elle met un terme aux doutes et aux débats…

Mais, pas si vite ! Déjà, on ne peut passer à la trappe l’existence des vérités absolument prouvées et qui nous dérangent. Ce n’est donc pas tant le besoin de certitude que celui de conserver nos opinions qui nous importe. La peur du problème – la peur de l’x disait Nietzsche – n’est donc pas le seul motif qui nous pousse à nous accrocher comme des malheureux à nos croyances.

Ces croyances nous représentent, elles sont une part de nous mêmes, on ne peut les réfuter sans nous infliger une blessure. Narcissique la blessure ? Peut-être, tout dépend de l’origine de ces convictions intimes.

Parce que toutes nos convictions ne sont pas l’objet de notre sollicitude, seules certaines d’entre elles en bénéficient. D’où viennent-elles ? Les psychosociologues parlent de représentations socioculturelles pour désigner les préjugés qui viennent de notre milieu social, c'est-à-dire de celui où nous avons grandi.

C’était aussi l’opinion de Descartes qui écrit que l’origine des préjugés se trouve dans la petite enfance où l’autorité de nos précepteurs associé à nos passions à réussi à tromper notre crédulité et à nous égarer (1).

Nos erreurs sont autant de souvenirs chéris de notre petite enfance, ce sont elles qui nous ont bercés pour nous endormir et consolés quand nous avions mal.

Père Noël, qui donc a réussi à me persuader que tu n’existais pas ?


(1) « je pensai que, pour ce que nous avons tous été enfants avant que d'être hommes, et qu'il nous a fallu longtemps être gouvernés par nos appétits et nos précepteurs, qui étaient souvent contraires les uns aux autres, et qui, ni les uns ni les autres ne nous conseillaient peut-être pas toujours le meilleur, il est presque impossible que nos jugements soient si purs, ni si solides qu'ils auraient été, si nous avions eu l'usage entier de notre raison dès le point de notre naissance, et que nous n'eussions jamais été conduits que par elle. » Descartes – Discours de la méthode, 2ème partie

Friday, March 06, 2009

Citation du 7 mars 2009

Si on commence avec des certitudes, on finit avec des doutes. Si on commence avec des doutes, on finit avec des certitudes.

Bacon

1 – Si on commence avec des certitudes, on finit avec des doutes. Ça, on l’a déjà envisagé (cf. la cristallisation) : pour résumer, si tu es amoureux d’une femme, tu vas croire qu’elle est une déesse descendue sur la terre exprès pour toi. Et puis vient le temps des doutes : m’aime-t-elle vraiment ?...

2 – Si on commence avec des doutes, on finit avec des certitudes. Si on consent à désigner par le doute les hypothèses dont partent les chercheurs pour fonder l’expérience qui viendra valider ou invalider leur savoir, alors effectivement, le doute est la condition de la certitude, la certitude initiale n’étant jamais qu’un acte de foi, qui peut très bien n’être fondé par aucune source qui soit digne de créance. C’est Descartes qui a mis ce point en lumière.

3 – Peut-on passer de 1 à 2 (ou de 2 à 1) : autrement dit y a-t-il un circuit certitude-doute-certitude (ou doute-certitude-doute) ?

Evidemment, et ça ne pose aucun problème :

- j’ai une confiance absolue en l’Amour de ma vie ; puis je doute de sa fidélité ; et enfin j’ai l’absolue certitude de mon infortune.

- ou bien : j’ai démontré l’hypothèse que j’avais posée à vérifier ; maintenant j’ai la loi certaine et inébranlable. Seulement je ne sais pas encore si elle doit être reliée à une autre loi déjà connue pour former une théorie

--> Mais en réalité, ça pose problème quand on prétend passer d’une certitude fondée sur la foi à un doute d’ordre scientifique. Comme on le sait, on célèbre en ce moment le bicentenaire de la naissance de Darwin et les 150 ans de la publication de l’Origine des espèces, l’ouvrage par le quel il a montré que les thèses créationnistes ne tenaient pas face à l’observation scientifique.

Darwin a gardé secret son ouvrage pendant 10 ans avant de se décider à le publier. C’est que précisément, lui qui était imprégné de religion, se demandait s’il hésitait à douter de la Parole de Dieu, révélée dans les Ecritures.

Qu’est-ce qui nous permet de douter de la Révélation, et jusqu’à quel point la réalité peut elle la mettre en doute ?

Ou bien faut-il, comme l’affirme le Vatican, dire que la certitude religieuse et la certitude scientifique ne portent pas sur les mêmes choses. Moyennant quoi, l’homme crée par le Seigneur-Dieu, et celui qui s’est lentement développé en voisinant avec son cousin le singe ne sont pas les mêmes êtres.