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Monday, April 22, 2013

Citation du 23 avril 2013

« La plupart des idées [d’Hitler] sur l'art et la manière de manipuler l'opinion publique lui étaient venues en observant les pratiques publicitaires des Américains et les effets d'une «science», nouvelle à l'époque : les relations publiques. »
Joseph Goebbels, ministre de la Propagande d'Adolf Hitler
J’imagine que bientôt cette citation va ressortir avec fracas. Devant les torrents de déclarations, déclamations, contritions, prophéties etc. de nos hommes politiques, on commence à dénoncer la « patte » des communicants qui les accompagnent. Au point que la « confession » de Jérôme Cahusac se trouve comparée à celle de Dominique Strauss-Kahn parce qu’ils ont le même communicant.
Et nos commentateurs de tout poil de s’offusquer de la chose et de réclamer que la politique se « moralise » aussi en remettant en première ligne la sincérité et la loyauté de l’homme politique qui doit endosser la responsabilité de ses paroles.
Comme si la manipulation des esprits n’était pas consubstantielle à l’action politique !
On pourrait quand même avoir une mémoire un peu plus longue :
- Comme le prouve notre citation, Hitler a pu tromper non seulement les esprits simples et frustes des malheureux électeurs allemands victimes d’une épouvantable crise financière, mais aussi les chefs d’Etats avec lesquels il a conféré, grâce à la mise en œuvre des techniques de manipulation  mises au point par les agences de publicité.
--> Et ainsi : regardez ce que depuis l’époque d’Hitler sont devenues ces techniques, et vous saurez comment fonctionne le discours politique d’aujourd’hui.
Bien. C’est vrai. Mais on pourrait avoir la mémoire encore plus longue, et se souvenir de Platon et des démêlées qu’il imagine entre Socrate, passionné de philosophie et de vérité, et les sophistes, cyniques manipulateurs de l’opinion. Le sophiste n’est-il pas d’ailleurs comparé au commerçant qui vend même ce qui est nocif à son client – et peu importe, car ce qui compte c’est qu’il en tire profit ?

Saturday, June 02, 2007

Citation du 3 juin 2007

[...] s'il n'avait pas encore réalisé la moindre oeuvre d'importance et n'avait que gagné le droit d'apprendre à peindre, le jeune Adolf H. venait de franchir une étape essentielle sans laquelle il n'y a pas d'artiste: il se prenait définitivement pour le centre du monde.
E. Schmitt - La part de l'autre (citation proposée par Alexandre)
Selon E. Schmitt, la condition pour être artiste c’est d’être le centre du monde, c’est à dire être seul, être au-dessus des autres, gouverner le monde. C’est ainsi que l’art deviendrait la propédeutique de la tyrannie : Hitler et surtout Néron sont là pour le prouver.
Bigre, ça fait beaucoup de responsabilité pour un seul homme… Comment l’artiste y arrive-t-il ?
Réponse : en étant un génie.
Vérification :
- 1 - Le génie quel qu’il soit est toujours seul parce qu’il n’a personne avec qui communiquer à son niveau. Mais la solitude de l’artiste de génie est très particulière : son génie consiste justement à créer un monde nouveau qui ne connaît d’autres lois que les siennes. Comment ne serait-il pas seul dans ce monde qui est son monde ? Et comment n’en serait-il pas le seigneur, et comment tous ceux qui en dépendraient ne seraient-ils pas ses sujets ?
- 2 - Vous avez déjà vu des tableaux d’Hitler ? Ils sont d’une grande banalité, et pourtant on ne les voit pas, comme si on nous les cachait… Moi, j’ai trouvé ça :



(Tableau d’Adolf Hitler représentant Vienne)
mais c’est tout ou à peu près. (1) Qu’est-ce qui nous fait si peur ? Est-ce parce que tout ce qu’a fait Hitler est absolument mauvais, ou bien est-ce parce que le fait d’avoir été un artiste renforce ce caractère maudit de cet homme ? L’artiste maudit en quelque sorte ?
La première hypothèse est la plus vraisemblable, mais on voit bien que pour Schmitt c’est l’art qui est responsable de la monstruosité d’Hitler.
- 3 - Petite plongée dans l’histoire de la notion d’artiste. On a relevé que la notion d’artiste n’apparaît qu’avec la Renaissance (2). Auparavant, ceux qui nous nommons des « artistes » ne sont considérés que comme des artisans, des ouvriers appartenant à des guildes ou à des confréries. Pourquoi ? C’est qu’avant la Renaissance, Dieu seul peut être un créateur : les hommes ne peuvent qu’imiter la création, pas la produire, comme le bon ouvrier exécute les plans du maître. Or, nous l’avons vu, la notion d’artiste est solidaire de celle de création.
A la Renaissance, l’homme accède au rang de créature capable de créer. Avec la notion d’artiste, c’est celle de génie qui apparaît. Le génie c’est celui qui comme Dieu, crée un monde ; mais à la différence de Dieu, l’homme créateur sort de son cadre parce qu’il n’est qu’une créature. Le génie accède à la création grâce à une inspiration surnaturelle qui fait de lui un fou : c’est la divine folie de la mélancolie (voir ceci). Là est l’origine de la peur suscitée par l’artiste : pour accéder au pouvoir créateur, l’artiste a dû pactiser avec des forces qui peuvent être celles du mal : comme Faust, il a vendu son âme au Diable. Et c’est là que Hitler aurait découvert le passage vers la « part maudite » (3) de son être.
- 4 - Seulement voilà : Hitler était sûrement maudit ; mais il n’était pas un génie… de la peinture
(1) J’ai entendu dire que les tableaux peints par Hitler étaient conservé au Canada, et qu’il y avait polémique par savoir si on pouvait les exposer en public.
(2) Là dessus et sur ce qui suit, voir Panovsky - L’œuvre d’art et sa signification.
(3) L’expression est de Bataille, mais je ne la prends pas exclusivement dans ce contexte.