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Saturday, August 27, 2011

Citation du 28 aout 2011


Tous les mots sont des outils. Ni plus ni moins. Des outils de communication. Comme les voitures. Des outils techniques, des outils utiles. Quelle idée de les adorer comme des dieux !
Erik Orsenna – La grammaire est une chanson douce
Les mots n'ont pas de sens, ils n'ont que des valeurs.
Saussure
Voilà une idée qui, selon les individus suscitera un opinement du chef ou bien des grincements de dents. Car, si l’idée que les mots servent à communiquer est banale, celle qu’ils ont un sens bien défini, que tel mot signifie telle chose et rien de plus – mieux même : qu’en l’absence de tout usage il reste disponible pour cela (comme la voiture reste une voiture même parquée dans le garage) – est moins évidente.
Bah ! Evitons ces pièges et réfléchissons non pas à la question : « Qu’est-ce que l’outil m’apprend sur le mot ? » mais à celle-ci : « Qu’est-ce que le mot m’apprend sur l’outil ? »
- Nous partirons alors de la thèse de Saussure, opposée à celle d’Orsenna : le sens des mots n’existe pas en soi, mais il s’établit par relation aux autres mots.
Revenons à présent à l’outil. Voyez le tournevis : à quoi sert-il ? A « tourner » des vis, soit dans un sens (pour visser), soit dans un autre (pour dévisser). D’ailleurs il suffit de voir l’objet pour s’en persuader tant son « concept » est lisible dans sa forme.
Mais chacun le sait : aucun outil n’est détourné vers d’autres fonction autant que le tournevis : comme de servir de levier pour ouvrir les pots de peinture ; de tamponnoir pour forer un trou dans le mur ; d’arme pour poignarder un homme (1).
Au fond, les outils sont comme les mots : leur usage est « ouvert », il se définit dans et par l’usage que nous en faisons. Ou plutôt, il se définit par nos besoins du moment, c’est-à-dire par sa relation avec les autres objets, comme le mot prend son sens par relation avec les autres mots de la phrase.
… Mais alors que penser des outils monovalents qu’on nous propose aujourd’hui comme le nec plus ultra du progrès ?
Voyez le tournevis électrique : avec ça, qu’est-ce que vous pourrirez bien faire d’autre que de « tourner » des vis ?
… Si tout de même : éclairer de sol dans l’obscurité pour voir où vous mettez les pieds. Quand je vais au ciné, j’ai toujours mon tournevis Bosch dans ma poche.
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(1) Voyez cet alléchant article de Paris Match intitulé « Meurtre au tournevis ».

Tuesday, June 26, 2007

Citation du 27 juin 2007

J’ai donc choisi de réfléchir à l’étude de l’oeuvre intégrale comme moyen pour réutiliser et affiner les outils de lecture propres au texte de théâtre, à propos d’un texte déroutant à première lecture : La Cantatrice Chauve.

Auteur : Cécile LEBOT - Maîtrise des outils de lecture du texte théâtral dans le cadre de l'étude d'une oeuvre intégrale : La Cantatrice Chauve de Ionesco

Pour qui a le temps de musarder sur le Net, Google réserve de délicieux moments. Comme celui des mémoires de maîtrise. Loin de moi l’intention d’offenser les auteurs de ces travaux dont l’éventuelle vacuité est plus souvent la conséquence des exigences du directeur de mémoire que de l’inconsistance de l’auteur.

Mais avouez que lire Ionesco, et puis enchaîner avec une phrase comme celle-là est plutôt décapant : on imagine madame Smith pontifiant sur les outils de lecture…

Les outils de lecture… tout est outils aujourd’hui. Si je dis « outil », à quoi vous pensez ? A un marteau ? A un tournevis ? Peut-être. Mais vous pourriez aussi penser à un logiciel comme Word ou comme Excel. Ça se dit beaucoup, et on n’arrête pas d’apprendre à maîtriser des outils, comme le rappelle opportunément notre citation. Hier, le président de la France a inauguré le satellite d’embarquement S3 à Roissy, outil pour Air France qui pourra ainsi accueillir les passagers dans les meilleures conditions. Un bâtiment de 750 mètres de long : un outil. Ça ne s’invente pas.

Alors vous croyez peut-être que je vitupère contre les manies de langage qui émaillent les propos de nos contemporains ? Sans doute, mais pas seulement. Je veux dire que pour y comprendre quelque chose, il faut absolument maîtriser la conceptualisation. Outil est ici un concept, qui se définit comme une idée générale, très générale même. Si vous ne généralisez pas le contenu du concept (ce qu’on appelle sa connotation), vous ne parviendrez pas lui faire désigner autant d’objets (sa dénotation). La règle est que plus le champ dénoté est vaste, plus le contenu connoté est restreint. Conséquence : vous avez un seul mot qui n’a finalement presque plus de sens, mais vous pouvez désigner n’importe quoi..

Supposons que cette inflation de certains termes se développe. Au lieu des 2000 ou 3000 mots qu’il faut pour se faire comprendre (oui, c’est vrai : certains se débrouillent avec 500), un dizaine suffirait. Quel repos !

Vous me schtroupfez ?

P.S. Si un mémoire de maîtrise sur la langage schtroumpf vous tente, allez-y ; je ne crois pas quel ce sujet ait déjà été tenté.