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Friday, July 03, 2015

Citation du 4 juillet 2015

Tout homme étant présumé innocent jusqu'à ce qu'il ait été déclaré coupable, toute rigueur qui ne serait pas nécessaire pour s'assurer de sa personne, doit être sévèrement réprimée par la Loi.
Déclaration des droits de l'Homme et du Citoyen – Article 9
PRÉSUMER, verbe trans.
A. Empl. trans. dir. Croire d'après certains indices, se faire une conviction sans preuves, considérer comme probable. (T.L.F.)

Voilà donc l’origine de la présomption d’innocence à la quelle on fait sans cesse référence pour déplorer qu’elle ne soit pas mieux respectée. Comme on le verra bientôt, il est vrai qu’on se contente en général d’ajouter à chaque incrimination, la formule « présumé », ce qui est un peu  mince car on s’empresse de l’oublier. Je peux dire que mon voisin est pédophile, même si ce n’est pas vrai, à condition d’ajouter «  pédophile présumé».
Le terme « présumé » ajoute donc bien quelque chose, il agit sans doute, mais pas comme un modérateur ainsi qu’on voulait le croire.
C’est qu’il y a trois classes d’hommes et non pas deux, comme le voudrait le tiers-exclu (et comme l’annonce cet Article 9 des Droits de l’Homme) : les innocents, les coupables et les présumés. Notez que je m’abstiens de préciser s’il faut entendre « présumé innocent » ou « présumé coupable », car selon moi, cela ne change pas grand chose. Si vous êtes « présumé » c’est qu’on formé un soupçon à votre propos. Que le soupçon ne soit pas démontré, qu’il soit appelé à disparaître dans un instant n’empêche rien : votre innocence n’est pas si éclatante qu’on ne puisse vous soupçonner. Etre présumé innocent, c’est déjà être un peu présumé coupable : vous voilà éclaboussé par cette culpabilité qu’on devrait pourtant écarter de vous – pour l’instant.
La balance de la justice n’est plus en équilibre comme elle le devrait. Et la présomption d’innocence ne l’empêche pas de pencher du côté de la culpabilité.


J’aurais tendance à voir ici une volonté implicite de nos concitoyens pour qui il n’y a qu’une règle qui vaille, c’est celle de la non-culpabilité, ou plutôt de la non suspicion de culpabilité.

Car, s’il y a crime, il faut un coupable : pourquoi pas un « présumé » innocent ?

Monday, April 27, 2015

Citation du 28 avril 2015

Moi j'ai les mains sales. Jusqu'aux coudes. Je les ai plongées dans la merde et dans le sang. Et puis après ? Est-ce que tu t'imagines qu'on peut gouverner innocemment ?
Sartre – Les mains sales
A la suite d’un Post récent où nous tentions de cerner quelques unes des  signification de l’innocence, nous allons essayer aujourd’hui de comprendre ce que veut dire Sartre quand son héros s’exclame : « Est-ce que tu t'imagines qu'on peut gouverner innocemment ? »
1 – Au sens propre, l’innocence est l’état de celui qui ne commet pas le mal. De ce point de vue, notre citation signifierait que pour gouverner il ne faut pas hésiter à trahir, voler, violer (au moins ses engagements). On ne pourrait donc gouverner en étant honnête, et les braves gens auraient donc mille fois raison de dire : « Les politiques ? Tous pourris ! ».
2 – Au sens dérivé, l’innocence désigne une certaine naïveté, dont on devrait se défaire en abordant une carrière politique : on cesse alors d’être innocent – ou plutôt, on ne peut plus être un innocent. La lucidité qui apparaît révèle que le sens de l’action politique réside par nature dans la duplicité. Gouverner consiste alors à réaliser l’acte pour le quel on a été élu, mais en assurant en même temps sa réélection. Pas de décision sans arrière pensée, pas de discours qui ne vise un double effet.

On le vérifie tous les jours quand, acculé par la crise économique qui frappe la France – et par la commission de Bruxelles – le gouvernement prend des mesures dont on dit qu’elles sont courageuses. « Courageuses » : qu’est-ce à dire ? Simplement ceci : que celui qui les prend risque de ne pas être réélu, ce qui se traduit par l’affirmation que, plus on s’approche de la date de la prochaine élection, moins on décidera de nouvelles réformes.

Les réformes « courageuses » sont des réformes « simples », entendez qu’elles n’ont qu’un sens, celui qui s’affirme dans la déclaration d’intention. Gouverner c’est alors faire ce qu’on dit et dire ce qu’on fait. Hélas ! Voici une formule bien creuse et qui fait rire tout le monde. Preuve que nous aussi avons perdu notre innocence.

Friday, April 24, 2015

Citation du 25 avril 2015

Qui rougit est déjà coupable, la vraie innocence n’a honte de rien.
Rousseau – Emile ou de l’éducation
Innocence :
1 - État de ce qui, par nature, ne fait pas de mal à autrui; fait de ne pas être nuisible
2 - État de celui qui n'est pas souillé par le mal, le péché, qui ne pense pas à mal.
3 - État de celui qui ne se rend pas compte des choses, qui manifeste une trop grande ignorance des réalités.
Définition du TLF
L’innocence est un de ces concepts moraux qu’on aime mettre en contradiction avec eux mêmes. Ainsi de l’innocence d’Adam et Eve, perdue en raison d’une faute commise (sens 2) et qui en réalité s’est évanouie en accédant à une connaissance d’un niveau supérieur (sens 3).
En réalité, l’innocence n’est pas liée à un acte précis, mais à une conscience particulière. Ainsi, l’innocence enfantine va de pair avec la cruauté des petits qui martyrisent les animaux sans défense sans perdre un seul instant la candeur et la transparence de leur regard.

On doit alors distinguer entre deux sortes d’innocences : l’innocence morale, dont nous parlons ici ; et l’innocence juridique. Du coup il y a aussi deux sortes de culpabilité, celle que condamnent les tribunaux, et celle que condamne la conscience.
Et on peut aussi réfléchir à la perte de l’innocence. Il y a des criminels qui se sentent innocents du crime qu’on leur reproche – de même qu’il y a des crimes dont les auteurs sont acquittés et qui se sentent malgré tout coupables.

Il est habituel de considérer la torture que s’inflige celui qui se sent condamné par lui-même ; mais on peut aussi penser à ceux qui conservent leur innocence jusque dans les prisons. L’inverse de Raskolnikov en quelque sorte…

Sunday, March 18, 2007

Citation du 19 mars 2007

La justice humaine, qui ne voit que les actions, n'a qu'un pacte avec les hommes, qui est celui de l'innocence ; la justice divine, qui voit les pensées, en a deux, celui de l'innocence et celui du repentir.

Montesquieu - De l'esprit des lois

Qui donc peut sonder les cœurs et les reins ? En général à cette question on répond : « Dieu », ce qui signifie que personne ne peut prétendre accéder à l’exacte connaissance des pensées et donc des motivations d’un individu qui a commis un crime. On ne peut donc condamner les pensées, mais seulement les actes ; et on ne peut tenir compte, en jugeant les actes, des sentiments, et donc du repentir. On ne peut pas relier la justice à la morale : l’absolution obtenue par le repentir moral ne peut donc exister. A la place on trouve la punition du criminel, qui doit porter sur l’acte, indépendamment des intentions. On ne peut pas faire plus.

Pourtant, on peut discuter : les intentions font bel et bien partie du droit pénal, et on ne condamnera pas de la même façon l’homicide crapuleux et l’euthanasie compassionnelle… Reste que c’est de l’à-peu-près, de l’estimation faite sur des apparences, et que la justice se trompe peut-être lorsqu’elle en tient compte, mais elle le fait pour éviter une plus grande injustice (1).

Mais je voudrais souligner quelque chose de plus percutant dans la citation de Montesquieu : si je comprends bien son idée, le repentir restitue l’innocence (cf. l’absolution des péchés), alors que la justice ne peut le faire. Donc, la sanction pénale ne lave pas le criminel, elle ne lui redonne pas sa pureté originelle. Pourtant, aujourd’hui, nous considérons que la punition - la prison p. ex. - permet de payer sa dette à la société, et que le prisonnier libéré est redevenu un citoyen comme un autre.

On comprends sans doute où je veux en venir : les résistances multiples des braves citoyens à admettre qu’un ancien taulard est un homme comme un autre, qu’on peut l’embaucher, le prendre comme locataire, voir sa fille le fréquenter, comme si de rien n’était. Partout ça résiste : quand le pacte d’innocence a été rompu plus rien ne peut le restaurer.

Alors la question à poser c’est : que faut-il faire des criminels ?

(1) « Summum jus, summa injuria » cf. citation du 15 février 2006

Monday, December 04, 2006

Citation du 5 décembre 2006

L'inutile morceau de chair au bout du pénis s'appelle un homme.
Jo Brand
Qui c’est ça Jo Brand ? Le frère de Mike (1)?
Vous n’y êtes pas du tout : Jo Brand est une actrice anglaise. C’est une femme qui affirme ça ; qui vouliez-vous que ce soit ?
Il ne s’agit pas pour moi d’une provc gratuite ; du genre : « Voyez, messieurs, ce que ça fait d’être traité par une femme comme vous-mêmes vous les traitez. ». Il s’agit de généraliser - aux hommes - la situation, ici plaisante ( ?), qui consiste à être défini comme un corps-objet. Ouf !
Petit cours de philo gratuit :
- l’objet, c’est ce qui n’existe qu’en face d’un sujet, c’est cette passivité matérielle que ma liberté (être libre = être un sujet) délimite dans la réalité environnante.
- le corps est alors un objet lorsqu’il est défini comme un instrument par rapport à des besoins : l’objet force de travail pour le patron ; l’objet pénis pour la femme concupiscente.
Quelle réaction avons-nous lorsque notre corps est considéré comme un objet - de jouissance dans le cas présent ? La réponse est bien connue : c’est la pudeur.
La pudeur ne prend son sens qu’en présence de l’autre ; car c’est sous le regard d’autrui que mon corps devient un objet ; et c’est précisément le refus d’être un corps-objet qui caractérise la pudeur. On a assimilé la pudeur à la honte, en particulier dans des analyses (sommaires) de la Bible : Adam et Eve révèlent la perte de leur innocence en ayant pour la première fois honte de leur nudité en présence du Père Eternel. En réalité, la honte n’est que la découverte de soi comme objet, ainsi que l’a expliqué Sartre dans sa célèbre analyse de l’Etre et le néant.
Mais je crois que la Bible nous révèle quelque chose d’un peu plus profond : si Adam et Eve cachent leur nudité, c’est parce que, du fait de la faute, ils ne sont plus en communion avec le Seigneur ; son regard est celui d’un autre et non celui qui pourrait être leur propre regard. Ils ne se cachaient pas avant non par le fait d’une inconscience enfantine, mais par le fait d’une situation « fusionnelle » : Dieu était pour eux un autre moi. C’est la perte de cette fusion qui caractérise la chute.
Au fait, je ne rappelle plus très bien : est-ce que Eve a parlé d’Adam comme d’un inutile morceau de chair ?
(1) Alors, selon vous, le chanteur c’est Mike Brant et non Brand ? Lisez donc Wikipédia :
« Moshé Michaël Brand, plus connu sous le nom de Mike Brant, était un chanteur crooner israélien, né le 1er février 1947 à Nicosie, décédé le 25 avril 1975 à Paris. »