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Thursday, December 29, 2011

Citation du 30 décembre 2011

Aimez ce que jamais on ne verra deux fois.

Alfred de Vigny – La maison du berger.

On se dit : voilà le moment venu de faire nos adieux à l’année 2011… Aimable ou non, de toute façon plus jamais on ne reverra sur le calendrier cette date : 30 décembre 2011…

C’est vrai : mais on peut aller beaucoup plus loin. C’est le 30 décembre tout court qu’on ne reverra plus. Parce que le 21 décembre 2012, boum ! Plus rien ! Apocalypse ! Même que le compte à rebours est déjà lancé.

Au fond, tous ces prophètes de malheur qui régulièrement annoncent la fin du monde ont un mérite : ils nous donnent l’occasion de vivre chaque instant de l’année comme si c’était le dernier.

Voyons un peu :

- D’abord, pour pronostiquer la fin du monde, il faut une date précise. Pas dire quelque chose comme : « Tremblez pauvres pécheurs, car l’Apocalypse n’est pas loin !... »

Mais plutôt quelque chose du genre : « Selon le calendrier Maya, le 21 décembre prochain, la fin du monde aura lieu. »

- Dès lors, chaque jour est le dernier, du moins selon la date : tenez, aujourd’hui, comme nous l’annoncions plus haut, nous vivons le tout dernier 30 décembre. Il n’y en aura jamais plus.

N’éprouvez-vous pas une délicieuse sensation au niveau de l’épigastre ? Quelque chose comme un fourmillement ?

Non ?... Je vois : vous êtes un irréductible sceptique, quelqu’un qui n’arrive pas à croire que va arriver ce qui n’est jamais arrivé.

Dommage… Quoique… On peut vous conseiller quand même quelque chose qui va vous donner cette sensation : à supposer que vous ne soyez pas encore retraité, et que vous en soyez déjà à la dernière année d’activité. Là vous allez pouvoir connaitre cette délicieuse sensation : voilà le dernier jour de congé pour Noël ! Et la dernière galette des rois à la cantine avec les collègues.

Quoi ? On fait une moue dubitative ? On me dit qu’avec Notre-Président, et si on n’en change pas bientôt, cette dernière année risque de mettre longtemps à arriver ?

Oui, mais là ce n’est plus du scepticisme : c’est de l’opposition politique – systématique.

Sunday, May 08, 2011

Citation du 9 mai 2011

Quand on veut rester pur, il ne faut point se mêler d'agir sur les hommes.

Alfred de Vigny

Pureté-Impureté (suite).

Quand on veut rester pur … Alfred de Vigny contourne la difficulté : il s’adresse à celui qui est pur et qui veut simplement le rester. Mais la pureté existe-t-elle seulement ?

On se rappelle peut-être la boutade de Péguy : « Le kantisme a les mains pures… Mais il n’a pas de mains. » Et là, tout est dit.

On aurait alors une opposition radicale entre la pureté et la réalité. Cette dernière est constitutionnellement impure et seuls ceux qui s’en détournent peuvent espérer accéder à la pureté, comme les religieux qui sont obligés, pour parvenir à la sainteté, de se faire anachorètes (1).

On pourrait croire que la pureté n’étant pas de ce monde, elle n’a pas plus d’importance que les chimères des poètes ou des rêveurs. Mais ce serait une erreur : car si la pureté n’existe pas, la purification, quant à elle, existe bien. C’est même parce que la pureté n’existe pas encore que la purification est une nécessité – du moins pour ceux qui ont vocation à l’établir.

C’est ainsi que la pureté a beaucoup servi quand il s’est agi de massacrer des peuples entiers afin de purifier l’humanité en l’expurgeant des sous-hommes qui la polluaient. Les nazis en ont été un exemple particulièrement sanglant, mais on a tous en mémoire la sinistre « purification ethnique » inventée par les serbes pour se débarrasser des croates (ou des kosovars, ou je ne sais plus qui).

Bien sûr tout cela nous répugne et nous pensons bien être à l’abri de pareils tentations. Est-ce si sûr ? On ne va évidemment pas massacrer notre voisin pour sa couleur de peau ou parce qu’il pollue notre horizon en se montrant avec une écharpe de supporter du PSG OM OL ….

Oui, mais regardez-vous : qu’êtes- vous prêt à infliger à votre propre corps pour le purifier de ses toxines, de ses kilos-en-trop, de sa peau trop blême etc. ?

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(1) Mot du jour – Anachorète : Religieux qui mène, retiré dans la solitude, une vie de sobriété et de contemplation. Synon. ermite

Wednesday, July 07, 2010

Citation du 8 juillet 2010

Qui saura peser ce qu'il entre du comédien dans tout homme public toujours en vue ?

Alfred de Vigny – Servitude et grandeur militaires


Encore une occasion de souligner combien certains évènements d’actualité qui nous étonnent et nous indignent ne sont des surprises que pour les naïfs qui n’ont pas lu ce qu’écrivaient nos ancêtres.

Il en va ainsi d’une certaine peopolisation des politiques, comme si le métier d’acteur ne faisait pas partie – et depuis longtemps si on en croit Vigny – de celui de gouvernant.

Un exemple emblématique ? Ronald Reagan.


Le cas de Ronald Reagan est intéressant parce qu’il permet de poser la bonne question : étant donné qu’on n’a pas à se demander si un homme politique doit ou non être aussi un acteur, il ne s’agit plus que de savoir s’il est plus facile de faire un acteur avec un homme politique ou bien si à l’inverse, il est plus facile de faire un homme politique avec un acteur. Ce qu’on fit avec Ronald Reagan, initialement communicant du parti républicain et qui, grâce à son charisme d’acteur, réussit à grimper tous les échelons du pouvoir, sans que quiconque ne s’en indigne. Après tout disait-on, Truman avait bien été marchand de cravates…

En France, jusqu’à une époque récente, notre culture élitiste nous poussait à choisir un politicien à crâne d’œuf – sortant de l’ENS et diplômé de l’ENA. Mais les choses ont bien changé depuis quelques décennies : sur les banc de l’Assemblée Nationale les avocats ont remplacé les professeurs et si les meilleurs d’entre eux accèdent aux plus hautes fonctions, ils le doivent bien souvent à leur aptitude à séduire devant les caméras – donc : pourquoi un acteur ne tenterait pas sa chance aux élections ?

--> Petit jeu pour animer les chaudes soirées d’été avec les amis, à l’heure du barbecue : désigner l’acteur qui pourrait être élu Président de la France.

Moi, je sais qui je choisirais : Dany Boon.

Thursday, March 18, 2010

Citation du 19 mars 2010

Confronté à une épreuve, l'homme ne dispose que de trois choix : 1) combattre ; 2) ne rien faire ; 3) fuir.

Henri Laborit – Eloge de la fuite

[Le loup] nous regarde encore, ensuite il se recouche, / Tout en léchant le sang répandu sur sa bouche, / Et, sans daigner savoir comment il a péri, / Refermant ses grands yeux, meurt sans jeter un cri.

Alfred de Vigny – La mort du Loup

La fuite – 1

Que faire devant une épreuve redoutable ? 1) combattre ; 2) ne rien faire ; 3) fuir. Faut-il convoquer Henri Laborit pour établir une telle banalité ?

Tentons d’établir une hiérarchie entre ces différents procédés.

1 – Courage, fuyons ! La fuite n’est pas seulement une attitude conservatoire (voir l’exemple du voilier confronté à la tempête), mais aussi nous explique Laborit, c’est le meilleur moyen d’éviter le stress.

2 – Combattre quand la fuite est impossible est en effet le second moyen de réagir en face d’une épreuve redoutable, comme nous le montre l’animal acculé qui ne peut plus fuir.

3 – Mais, si la lutte devient inutile, alors il se laissera mourir sans bouger.

--> Que dire d’autre ? Que c’est justement cette dernière possibilité qui surprend le plus : ne rien faire – n’est ce pas tout le contraire d’une solution ? Ne doit-on pas fuir la passivité quelle que soient les circonstances ?

Libre à chacun de refuser une telle attitude – mais rappelons nous la Mort du loup : au moment de mourir il se recouche, lèche le sang répandu sur sa bouche, / Et, sans daigner savoir comment il a péri, / Refermant ses grands yeux, meurt sans jeter un cri.

Voilà le point important : si nous avons résisté à la suggestion de Laborit, c’est que mourir sans combattre, même si ce combat est inutile, même s’il est plus « confortable » de mourir ainsi nous paraît la lâcheté suprême. Mais voilà le correctif qu’il faut ajouter avec Vigny : mourir sans combattre, c’est aussi mépriser ses assassins, c’est leur signifier qu’ils ne sont pas assez importants pour qu’on leur fasse l’aumône d’un geste de défense.

Wednesday, May 20, 2009

Citation du 21 mai 2009

Il est des cas, oui, il en est, où toute consolation abaisse, où le devoir est de désespérer.

Goethe – Les affinités électives (Folio, p.164)

Il est des cas… où toute consolation abaisse – Sommes-nous en présence d’une proclamation de stoïcisme romantique, du genre de celle de Vigny dans La mort du loup (rappelez-vous votre récitation d’écolier : Gémir, pleurer, prier est également lâche…) ?

Ce serait je crois une erreur de s’en tenir là, car voici la suite : le devoir est de désespérer.

Au fond, c’est là le contenu véritable de notre citation : comme la plus part des philosophes pessimistes, ce que dit Goethe dans ce texte, c’est qu’il faut lutter non pas contre ce monde mauvais, mais contre les dispositifs mis en place pour le cacher.

Des dispositifs comme ceux-là, nous en avons : voyez l’oubli de la mort – contre les quels ont lutté des philosophes comme Heidegger, parce qu’en réalité ils nous font oublier bien plus que ça.

Car il ne s’agit pas simplement de lâcheté :

– Dis moi que la mort ne me concerne pas, ou bien que, parvenu au moment où elle devient inévitable, elle n’est qu’un sommeil, ou qu’un grand voyage.

Ces dispositifs sont autant de moyens de fuir notre réalité, c'est-à-dire de fuir la vie humaine.

Alors, c’est vrai, Goethe ne nous dit pas exactement ça : la lucidité nous appelle au devoir de désespérer.

Qu’est-ce que cet étrange devoir ? Faut-il le prendre au sérieux ? Est-il plus que la simple contrepartie de l’exigence de lucidité dont nous parlions ? Peut-être.

Pour ma part, j’estime que s’il y a du désespoir à constater qu’il n’y a rien au-dessus de l’horizon de l’existence, sans doute y a-t-il de l’espoir à voir qu’il y a quelque chose en dessous.

Le désespoir est peut-être dû à un éblouissement qui nous empêche de voir cet en deçà de la mort, qui se révèle selon Heidegger dans le souci de la vie.

Wednesday, September 17, 2008

Citation du 16 septembre 2008

Les noms de baptêmes sont faits pour être dits par ceux qui nous aiment, et pour être inconnus à ceux qui n'aiment pas.

Alfred de Vigny – Quitte pour la peur

Comment est-il convenable d’appeler les gens ?

- Par leur nom ? Ça fait un peu régiment.

- Par leur nom plus leur prénom ? Ça fait un peu populo : appelleriez-vous donc votre voisin « Dugland Marcel » comme l’instituteur à l’école communale ?

- Par le prénom plus le nom : Alfred de Vigny. Normal.

- Par le prénom seul ? Les noms de baptêmes sont faits pour être dits par ceux qui nous aiment

Et en effet : n’est-ce pas donner aux autres une prise sur notre intimité que de leur donner notre prénom ? Dans les débats politiques, on explique aux débateurs qu’ils doivent nommer leur adversaire pour le dominer. Mais si au lieu de dire « Monsieur Fabius, je ne vous comprends pas… », on disait « Laurent, je ne vous comprends pas… ». On entendrait alors « Mon petit Laurent, je ne vous comprends pas… »

Quand on me crie : « Vous, là bas, comment vous appelez-vous ? », ça me paraît menaçant. Mais encore plus menaçant serait : « Hep ! Vous là-bas, quel est votre prénom ? »

Conclusion de Alfred de Vigny : Les noms de baptêmes sont faits … pour être inconnus à ceux qui n'aiment pas. Non seulement ceux qui galvaudent l’usage du prénom sont des hypocrites ; mais encore – et réciproquement – on ne doit pas le faire connaître en dehors du cercle de nos intimes. Donc pas question de l’indiquer sur un badge non plus que sur la sonnette de l’appart. Et quand on est fâché avec un ancien ami, lui interdire désormais l’usage de notre prénom.

Hein ! Vous n’y aviez pas pensé à ça…


(1) Que l’on songe à l’usage du prénom aux U.S.A.