Tuesday, April 12, 2016
Citation du 13 avril 2016
Thursday, December 27, 2012
Citation du 28 décembre 2012
Thursday, February 23, 2012
Citation du 24 février 2012
L'amour, c'est d'abord aimer follement l'odeur de l'autre.
Pascal Quignard – Vie Secrète
Je reviens sur la question des odeurs, et plus particulièrement sur son rôle dans l’amour.
Non pas pour évoquer je ne sais quelle attractivité physiologique des odeurs sexuelles qui nous prédisposeraient au rut, comme chez l’animal. Car il s’agit, comme on le comprend à la lecture de cette citation, des odeurs qui sont la signature du corps de l’aimé(e), celles qui en exprime la plus intime essence.
Toutefois, on peut trouver deux raisons bien différentes à cet attachement à l’odeur de l’autre :
- la première correspond à cette particularité des odeurs de notre aimé(e) d’être une émanation de son corps. Ces particules très subtiles que nous inhalons lorsque nous sommes dans l’intimité de son corps, sont, selon Sartre, l’occasion de fusionner son corps avec le mien.
Il est vrai que sentir l’odeur du corps aimé est peu de chose à côté du baiser, puisqu’on peut absorber d’avantage de ses particules par la bouche que par le nez. C’était, rappelons-le le thème de l’opuscule de Patrizi sur le baiser.
- la seconde est plus psychologique. Elle correspond à cette particularité de la mémoire d’être réactivée à l’occasion de sensations associées dans le passé à un évènement précis. Qu’on songe à la petite madeleine de Proust, mais aussi à nos propres expériences, et plus particulièrement amoureuses, puisque c’est là notre propos du jour.
La bien-aimée est pour notre mémoire, musique, parfum, odeurs. On oubliera peut-être jusqu’au son de sa voix, jusqu’à la lumière de ses yeux, jusqu’au contact de sa peau sur la nôtre. Mais on n’oubliera jamais l’odeur de son corps, pour peu qu’on en retrouve la trace dans un linge abandonné, dans une lettre parfumée pour avoir séjourné dans les plis de son corsage (1). C’est par exemple comme ça qu’on comprend le pouvoir si attractif de la lingerie féminine sur l’homme : c’est qu’elle fonctionne comme un piège à odeurs.
Si vous en doutez, rappelez-vous Madonna. Que faisait-elle en scène, du temps de ses prouesses érotico-musicales ? Elle retirait sa culotte et elle la jetait aux spectateurs. La légende veut qu’à Bercy, ce fut Jacques Chirac, alors Premier ministre, qui assistait à son concert qui l’ait attrapée.
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(1) C’est ainsi qu’on comprend qu'à l’odeur corporelle, si essentielle dans la première forme d’attachement, puisse se substituer le parfum artificiel.
Tuesday, July 27, 2010
Citation du 28 juillet 2010
Cantique des cantiques 1, 13 (Traduction d’André Chouraqui (1) – Illustration de Marianne Clouzot)
Elle ne porte rien / D’autre qu’un peu / D’essence de Guerlain / Dans les cheveux…
Serge Gainsbourg – The initials B.B.
Voilà l’été, les vacances, la tiédeur des longues soirées au parfum de chèvrefeuille – et des siestes volets clos, raies de lumière sur les murs chaulés de la chambre, couvre-lit froissé sur le parquet……
Bref, c’est la saison des amours.
La Citation du jour, fidèle à sa mission culturelle ne pouvait laisser passer cette saison sans la célébrer de la façon la plus poétique et la plus spiritualisée possible. Le Cantique des cantiques (2) sera j’en suis sûr apprécié de ce point de vue.
Qui de vous, messieurs, ne rêve – s’il ne le fait pas régulièrement – de nuiter entre les seins de sa belle ? Raison pour la quelle le fantasme de la femme à trois seins ne saurait satisfaire réellement les hommes : trois seins signifie plus de place où se nicher (3).
Soyons sérieux… Notons plutôt qu’ici ce n’est pas l’amant qui parle, mais c’est la belle fiancée, et qu’elle compare le ravissement de l’amour à celui que lui procurent les senteurs de la myrrhe.
Si la sensualité dégagée par le Cantique des cantiques est incomparable c’est parce qu’il n’évoque jamais le sexe. Les jouissances qui sont évoquées sont celle du goût, du toucher, de la vue – et donc de l’odorat. C'est exactement la même inspiration que dans la chanson de Gainsbourg : Elle ne porte rien / D’autre qu’un peu / D’essence de Guerlain / Dans les cheveux…
Comprenons-nous bien : je ne dis pas qu’il faut « contourner » le sexe pour évoquer les jouissances de l’amour. Non. Mais que ce qui est le plus fort, c’est d’évoquer ces plaisirs comme embrasant l’être entier et donc le corps entier, au travers de ses différents organes et de ses différentes sensations.
C’est une affaire de décloisonnement.
(1) Une version autre version de ce texte est donné dans la traduction de Louis Segond (1880) ici
(2) La traduction d’André Chouraqui donne comme titre : Poème des Poèmes.
(3) Comme le disait notre citation de l’an dernier : les seins… un c’est pas assez, trois c’est trop.
Thursday, October 22, 2009
Citation du 23 octobre 2009
L’odeur d’un corps, c’est ce corps lui-même que nous aspirons par la bouche et le nez, que nous possédons d’un seul coup, comme sa substance plus secrète et, pour tout dire, sa nature. L’odeur en moi, c’est la fusion du corps de l’autre à mon corps
Sartre – Baudelaire p. 221
Première remarque, Sartre ne parle ici que de l’odeur corporelle, celle de l’être humain, sans faire le distinguo que nous avons si souvent relevé entre l’odeur des hommes et la parfum des femmes.
Deuxième remarque, il considère l’odeur comme une émanation – ce qu’elle est effectivement – et non comme un signe abstrait. Pour sentir le chocolat, il faut qu’il soit diffusé par du chocolat véritable, ce qui distingue l’odorat de certains autres sens qui peuvent fonctionner à partir de signes abstraits (la vue, l’ouïe qui peuvent se contenter de l’image ou de l’enregistrement sonore).
Troisième remarque, l’odeur d’une être humain n’est pas seulement une émanation quelconque de son corps ; l’odeur d’un corps, c’est ce corps lui-même. Ce qui nous permet ajoute-t-il au cas où on n’aurait pas bien aperçu la conséquence, de le posséder d’un seul coup.
On imaginerait que c’est à propos de la sexualité ou du moins de la sensualité que Sartre évoque cette particularité de la possession du corps humain. Mais non. Il commente un passage de Baudelaire, (1) où le parfum distille l’être au compte goutte pourrait-on dire, faisant de la présence quelque chose d’évanescent.
Le parfum a une propriété quasi-métaphysique, celle de nous donner l’être à travers une présence « shuntée », allégée, allusive. Allusive, oui – mais présence quand même.
Un peu comme si, montant l’escalier et sentant un parfum léger qui flotte dans l’air, on se disait : « C’est elle ! Elle est passée par là… »
Allons bon ! Voilà que c’est moi qui fantasme à présent…
(1) Mainte fleur épanche à regret / Son parfum doux comme un secret / Dans les solitudes profondes. Le guignon (Les fleurs du mal)
Tuesday, July 14, 2009
Citation du 15 juillet 2009
La douceur mesmes des halaines plus pures n'a rien de plus excellent que d'estre sans aucune odeur qui nous offense, comme sont celles des enfans bien sains. Voylà pourquoy, dict Plaute, Mulier tum benè olet, ubi nihil olet : la plus parfaicte senteur d'une femme c'est ne sentir à rien (trad. de Montaigne), comme on dict que la meilleure odeur de ses actions c'est qu'elles soyent insensibles et sourdes.
Et les bonnes senteurs estrangieres, on a raison de les tenir pour suspectes à ceux qui s'en servent, et d'estimer qu'elles soyent employées pour couvrir quelque defaut naturel de ce costé-là. D'où naissent ces rencontres (bons mots) des Poëtes anciens, c'est puïr (puer), que sentir bon.
Montaigne – Essais, Livre I, chapitre 55 (Des senteurs)
C’est puïr que sentir bon…Allez, un petit tour du côté de Montaigne, notre parfumeur en chef…
Je plaisante, bien sûr, car si quelqu’un est hostile au parfum, c’est bien lui. Encore qu’il ne le soit pas pour ce qui est des odeurs, comme on l’a constaté avec son immortelle apologie des moustaches.
En espérant ne pas nous répéter, nous reviendrons aujourd’hui sur cette méfiance à l’égard du parfum. Montaigne fait comme si le parfum servait essentiellement à masquer certaines mauvaises odeurs corporelles ; et sans doute avait-il de la chose une expérience que nous n’avons plus (1).
En réalité, cette méfiance à l’égard du parfum tient surtout au pouvoir de séduction qu’il exerce sur les hommes. Et plus encore : parlons du pouvoir tout court exercé par les odeurs dans leur ensemble sur l’être humain en général. On pourrait détailler, évoquer l’attrait des senteurs culinaires, que savent répandre les fabricants de viennoiseries comme les rôtisseurs de poulet. Mais le plus simple est de lire le roman de Patrick Süskind, Le parfum (2), dont un film a été récemment tiré.
Le plus extraordinaire dans cette histoire n’est pas tant celle de ce meurtrier doué d’un odorat de chien de chasse. L’épisode le plus saisissant intervient à la fin, lorsqu’il domine une foule hostile par l’odeur dont il s’est imprégné.
Les biologistes ont insisté sur le rôle joué dans le monde animal par les phéromones. Ils nous apprennent que chez l’homme, il y a production de phéromones, mais pas les capteurs ad hoc. Façon de dire que les phéromones n’ont pas d’odeurs du moins que ce n’est pas par là qu’elles agissent.
Ça veut dire :
1° qu’on n’est pas des bêtes ;
2° que les odeurs ont sur nous une action spirituelle et non simplement physiologique.
(1) Je me suis laissé dire que l’usage de l’éventail chez les belles dames de la cour avait pour objet non pas de les rafraîchir, mais de dissiper les odeurs nauséabondes répandues dans le voisinage par certains individus.
(2) Wikipedia lui a consacré un article.
Friday, February 06, 2009
Citation du 7 février 2009
Les senteurs les plus simples et naturelles me semblent plus agréables. Et touche ce soin principalement les dames.
Montaigne – Essais, I, 55 (Des senteurs)
Comme souvent Montaigne ne craint pas de se contredire puisque après avoir critiqué l’usage de parfums destinés à dissimuler les odeurs corporelles – qui sont soit à éliminer, soit à réserver à dans le cas précis comme celui cité ici des senteurs des dames – il développe en conclusion de son Chapitre des remarques alléchées sur les odeurs culinaires machinées par de savants mélanges d’épices ( Je voudrois (…), avoir eu ma part de l'ouvrage de ces cuisiniers, qui sçavent assaisonner les odeurs estrangeres, avec la saveur des viandes [aliments]).
Mais allons à l’essentiel : quelle relation entre le parfum et la nature ?
1ère hypothèse : Doit-il dissimuler la nature, être une seconde nature, créé et produite par l’homme pour son seul agrément ? C’est semble-t-il le rôle des parfums : si on paye si cher le N° 5 de Channel par exemple, ce n’est ne pas pour avoir l’odeur des prés dans notre sillage.
2ème hypothèse : selon certains le parfum permet de piéger les odeurs de la nature pour nous en servir indéfiniment, ainsi que le montrent les exemple imagés suivants (l’eau et le soleil).
3ème hypothèse : certaines odeurs, cette fois naturelles – et non plus des parfums – sont des marqueurs qui permettent de s’orienter, comme dans le monde animal C’est semble-t-il la pensée de Montaigne. Et qu’on se rappelle, plus près de nous du film de Dino Risi (1) :
- Variante : puisqu’on parle de film, dans Valse avec Bachir il y a un chef de commando qui se met du patchouli pour que ses hommes le suivent à la trace la nuit sans avoir à se manifester par la voix.
Vous pouvez essayer si ça vous tente…
(1) Pour ceux qui l’ont oublié, Parfum de femme raconte l’histoire d’un séducteur qui est aveugle et qui retrouve les femmes grâce à leur odeur.
Sunday, January 13, 2008
Citation du 14 janvier 2008
La femme et les parfums sont subtils, aussi faut-il les enfermer.
Mahomet
De ses cheveux élastiques et lourds, /Vivant, encensoir de l'alcôve, / Une senteur montait sauvage et fauve,
Et des habits, mousseline ou velours, /Tout imprégnés de sa jeunesse pure, / Se dégageait un parfum de fourrure
Charles Baudelaire - Le parfum - Les fleurs du mal
Non, n’en déplaise à Mahomet - Qu’il m’épargne Sa foudre - les parfums ne sont pas subtils - du moins quand il s’agit de parfum de femme
Les parfums de femme sont généreux et lourds, ils montent sauvages et fauves, ils imprègnent habits, mousseline ou velours. Ils dégagent un parfum de fourrure.
Qui donc va parler du parfum d’un homme ? De l’odeur, certes, mais pas du parfum - à moins d’être dans une pub. La femme en revanche, oui, et pour paraphraser Spinoza, je dirais qu’elle n’a pas seulement une « nature parfumée » : elle a aussi une « nature parfumante ». La nature de la femme s’exprime dans le parfum qu’elle secrète.
Il ne s’agit pas seulement de repérer cette caractéristiques des femmes, qui est d’agir sur les hommes par leur parfum - après tout, si nous n’avons pas de récepteurs pour les phéromones, nous avons un nez, et la survie de l’espèce a été sans doute à ce prix.
Non. Il s’agit aussi de constater que nous recevons ces odeurs comme parfum.
Je crois en effet qu’il suffit de lire le poème de Baudelaire pour comprendre : il décrit le parfum par son effet. Le parfum est ce qui agit sur la sensualité, ce qui produit l’ivresse, qu’il s’agisse de l’extase mystique avec le parfum de l’encens d’une église, ou du parfum de fourrure de la femme.
Dans ces conditions, on comprend que Mahomet nous commande de l’enfermer : mais enferme-t-on un parfum ?
Saturday, May 06, 2006
Citation du 7 mai 2006
« Mais à moi particulièrement, les moustaches que j'ay pleines, m'en servent : si j'en approche mes gans, ou mon mouchoir, l'odeur y tiendra tout un jour : elles accusent le lieu d'où je viens. Les étroits baisers de la jeunesse, savoureux, gloutons et gluants, s'y collaient autrefois, et s'y tenaient plusieurs heures après. »
MONTAIGNE - Essais - Livre I Chapitre 55 - Des Senteurs
Alors voilà : il suffit que ce soit Montaigne qui nous raconte l’avantage qu’il y a à avoir des moustaches pour qu’on s’extasie ! Moi je dis non ! C’est dégoûtant !
Le défi du jour : que dire qui rattrape cette inconvenance ? Seule la science peut s’aventurer sur ce terrain avec la justification de découvrir et de faire connaître la vérité.
En réalité, ce rejet de l’odorat vient de loin. Déjà Platon ne le retenait pas dans la liste des sens dont la satisfaction puisse être considérée comme esthétique ; et Hegel en rajoute en disant que l’odorat (comme le toucher et le goût) nécessite le contact matériel avec ce qui produit la sensation (oui, même pour l’odeur), et qu’il n’est donc pas « spiritualisable » comme peuvent l’être la vue et l’ouïe (qui ne nécessitent pas de contact physique avec l’objet visible ou audible).
Et de fait il semble que l’effet de l’odorat soit trop puissant pour qu’on ne le canalise pas, pour qu’on ne se méfie pas de lui. Comment surmonter le dégoût suscité par le malpropre de clochard qui vient s’asseoir près de vous dans le bus ? La charité chrétienne s’y épuise. Inversement, peut-on résister à l’attirance de l’odeur agréable quelle que soit sa nature ? La marchande de poulet rôtis du marché, comme les parfumeurs ont la même arme. Qu’on lise le fascinant roman de Patrick Suskin Le parfum pour y trouver une description de ce pouvoir : le maître de l’odeur est le maître des hommes…
Voilà : maintenant vous êtes au parfum


