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Monday, December 25, 2017

Citation du 26 décembre 2017

On se réfugie dans ce qu'on ignore. On s'y cache de ce qu'on sait. L'inconnu est l'espoir de l'espoir.
Paul Valéry
L'inconnu est l'espoir de l'espoir.
Belle formule n’est-ce pas ? Qu’on pourrait développer : L’inconnu rend possible l’espoir qu’il y ait de l’espoir.
Un peu comme le malade à qui le médecin vient d’annoncer qu’il a une tumeur, et qui se retient de demander : « Est-elle maligne ? Si oui, peut-on la guérir ? Sinon, combien de mois (d’années) me reste-t-il à vivre ? » - Et si son patient ne lui demande rien, le médecin ne dira rien car il sait qu’il y a un pacte tacite qui le lie à lui : celui de lui donner de l’espoir tant qu’il le peut ; et de ne pas l’empêcher d’espérer quand il ne peut rien de plus.
Mais la merveille n’est pas là ; elle est dans ce ressort intime du psychisme qui nous fait oublier ce qu’on ne veut pas savoir. Voyez cet homme qui a fait un test de dépistage du sida sur la demande exprès de ses proches. Voilà que le résultat arrive ; mais l’enveloppe reste intacte sur le bureau, il ne va pas l’ouvrir parce qu’il a peur de savoir.
C’est un peu comme la mauvaise foi chez Sartre : le refus de savoir ce qui nous blesse réside d’abord dans le fait de détourner le regard, comme cet exemple, dans l’Etre et le néant, de la femme courtisée par un amant très empressé et qui se met à parler des beautés de l’art, pendant qu’elle abandonne sa main entre celles de l’homme.


- Reste à savoir si la volonté d’ignorer est première et si elle est suffisante lorsqu’on veut cultiver « l’espoir de l’espoir ». Ne faut-il pas aussi un désir enraciné dans notre cœur et qui dit : « Je sais bien… Mais quand même »

Friday, September 12, 2014

Citation du 13 septembre 2014



Rien ne s’est fait de grand qui ne soit une espérance exagérée.
Jules Verne
N'entretiens pas l'espoir de ce qui ne peut être espéré.
Pythagore
Dire tout et son contraire : c’est un petit jeu assez stérile au quel certains se livrent avec les citations :
- Tel père, tel fils – Oui, mais : à père avare, fils prodigue
- Rien ne s’est fait de grand qui ne soit une espérance exagérée. D’accord – Reste que :  N'entretiens pas l'espoir de ce qui ne peut être espéré.
On en arrive à un scepticisme blasé : évitons-le.
            1 – Seuls les utopistes ont réussi à reculer les limites du pouvoir humain. Faire voler un objet plus lourd que l’air, marcher sur la Lune, se voir et se parler instantanément d’un bout à l’autre de la terre. C’est parce qu’on en a rêvé qu’on a pu le faire.
C’est qu’en réalité on ne sait qu’une chose est impossible qu’à condition d’avoir tenté de la réaliser. Bien des hommes se sont écrasés au sol après avoir tenté de voler avec des ailes d’oiseau. Mais on y parvient aujourd’hui.
            2 – Certes. Mais on doit aussi savoir renoncer au lieu de piétiner stérilement devant l’échec. Transformer le plomb en or, on a cherché pendant des siècles, et si on s’est entêté c’est parce que des escrocs ont prétendu que c’était possible et ont voulu vendre leur recettes.
Et si les alchimistes ont disparu de notre horizon, en revanche les charlatans qui prétendent nous rajeunir sans avoir à passer un pacte avec Satan sont légion.
C’est ainsi que l’on vend aujourd’hui des recettes anti-âge qui prétendent vous redonner le dynamisme de vos 20 ans, même si – comme mamy Jane Fonda – vous en avez 75 !

Tuesday, February 19, 2013

Citation du 20 février 2013



La mort est l'espérance de qui n'en a plus. 
Adolphe Thiers
"Ô toi qui entres ici abandonne tout espoir !"
Dante - La divine comédie – L’Enfer. (Cité le 3/3/2006)
Monsieur de Lapalisse, un quart d’heure avant sa mort était encore en vie : et qu’est-ce qu’il a fait de ce quart d’heure ? Il s’est réjoui d’avoir encore un espoir : celui de mourir bientôt…
On quitte une lapalissade pour tomber dans une autre. Et encore celle-ci n’est-elle pas gaie.
Pas gaie ? Peut-être – mais optimiste quand même : ne plus avoir aucun espoir c’est réservé à celui qui est passé de l’autre côté de la frontière qui nous sépare du pays de la mort, et qui chemine vers les portes de l’enfer – portes sur lesquelles se trouve gravée  la sentence de Dante : Toi qui entres ici abandonne tout espoir…
--> Pour endurer les souffrances présentes suffit-il donc, comme le pensait Epicure, de réaliser qu’elles sont promises à cesser dans la mort – dans un petit moment (1) ? On peut en douter : « Bof… dira le condamné à mort. La belle affaire ! Quelle belle espérance que la mort ! Mourir bientôt ? Mais c’est justement cela qui me désespère ! Moi je dis, comme madame Du Barry au pied de l’échafaud : « De grâce, monsieur le bourreau, encore un petit moment. » (Voir ici)
- Ce qu’il faut comprendre, c’est que l’espoir est attaché à l’existence d’un avenir. Oh, pas forcément d’un grand ni d’un bel avenir. Simplement que l’instant présent soit ouvert sur un instant suivant, mais non pas de façon « mécanique » comme avec le compte à rebours qui va déclencher le couperet de la guillotine ; il suffit que l’instant présent bascule sous l’impulsion de ma liberté.
L’espérance est l’effet de la liberté, quand bien même celle-ci serait limitée au fait de choisir de mourir quand rien d’autre n’est plus possible.
Toutefois, choisir dans ce cas, ce n’est pas nécessairement choisir de mourir plutôt que de vivre, puisqu’on suppose que le cas est déjà tranché. S’agirait-il alors de mourir comme ci ou comme ça : en héros ou en lâche ?
Pas sûr non plus : si je suis lâche comme Garcin dans Huis-clos, je n’ai même pas ce choix à faire : la lâcheté, c’est ma nature, c’est mon essence – je n’y puis rien. (2)
Alors, c’est vers les Stoïciens qu’il faut se tourner : la liberté disent-ils c’est de consentir au sort qui m’est fait. Encore faut-il bien entendre l’expression « consentir » : ça veut simplement dire ne pas s’émouvoir, ni se révolter. Ce qu’il faut, c’est comprendre que ça ne dépend pas de nous, que ça n’a rien à voir avec nous. Il ne s’agit donc pas d’aimer ce qui nous arrive, mais simplement de ne pas nous en troubler ni de nous en désespérer. Et cela c’est déjà une manifestation de notre liberté, puisque ça suppose qu’on fasse effort pour abandonner une attitude spontanée de révolte et de désespoir.
L’espérance pour qui n’a plus d’espoir, c’est d’avoir encore ce tout petit degré de liberté.
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(1) Tel était rappelons-nous, l’un des remèdes d'Épicure.
(2) Pour ceux qui objecteraient que Sartre a affirmé que l’homme n’a pas d’essence, et qu’il se réalise librement durant son existence, je rappellerai que justement Garcin s’est constitué en lâche par ses actes de lâche (c’est un déserteur et en plus au moment d’être fusillé il s’est comporté lamentablement). Ce n’est donc pas qu’il n’y ait pas d’essence, mais simplement qu’elle s’est créée au cours de l’existence.

Monday, October 22, 2012

Citation du 22 octobre 2012


Un jour, au terme d'une de ces conversations sauvagement anticommunistes comme en avaient vers 1956 les intellectuels exclus du PCF ou qui l'avaient abandonné, Clara Malraux constata sur un ton de superbe tristesse : « On aura beau dire, c'est nous qui avons eu la plus grande espérance » (1)
François Nourissier – À défaut de génie


…c'est nous qui avons eu la plus grande espérance !
Qui est ce « nous » qui a eu la plus grande espérance ? 1956 : il s’agit de l’espérance de ceux qui voyaient dans le communisme incarné par Staline l’espérance ultime, l’avenir radieux comme Zinoviev le dira ironiquement.
L’espérance purificatrice a justifié le stalinisme : être anti-stalinien, c’était être non seulement un ennemi du peuple, mais c’était aussi – c’était surtout – assassiner l’espoir.
- Dénoncer les procès de Moscou : c’était faire  le jeu des impérialistes.
- Protester contre le Blocus de Berlin, c’était être dans le camp des revanchards allemands qui rêvaient de rallumer le feu de la guerre.
Etc… Lorsque le rapport Kroutchev (25 février 1956) et la répression en Hongrie (23 octobre-10 novembre 1956) ont secoué la bonne conscience marxiste, certains comme le dit Nourrissier ont quitté le PC. D’autres ont continué la route avec lui, considérant, avec Clara Malraux que la grande espérance ne pouvait prendre fin ainsi.
Cette grande espérance a donc tous les attributs de la foi. On sait que la foi religieuse consiste en l’intuition qu’elle ne peut prendre sa source qu’en Dieu (elle est une grâce dont le Seigneur non fait le don) et donc que son existence en nous confirme Son existence hors de nous. Eh bien, l’espérance dont fait état Clara Malraux c’est exactement cela : ce que j’espère doit arriver, parce que je l’espère très fort – et avec tant de pureté !
Mais du coup on se trouve devant le fonctionnement le plus général du désir, avec simplement comme caractère exceptionnel sa force extrême. (2)
Il importe donc non pas seulement d’avoir une espérance, mais encore d’avoir une très grande espérance, la plus grande même !
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(1) Voici le texte complet : « Un jour, au terme d'une de ces conversations sauvagement anticommunistes comme en avaient vers 1956 les intellectuels exclus du PCF ou qui l'avaient abandonné, Clara Malraux constata sur un ton de superbe tristesse : "On aura beau dire, c'est nous qui avons eu la plus grande espérance..." Qui n'a pas compris cela - et nos cadets sont mal placés pour le comprendre -  ne saisira jamais ce qui a interdit au moins à deux générations de Français d'expédier le communisme aux oubliettes, fût-ce sous le nom de stalinisme. On a beau avoir été escroqué, on a beau avoir été escroc, on n'efface pas d'un haussement d'épaule cette grande espérance dont parlait Clara, le rêve aux yeux. »
(2) En lui ajoutant il est vrai la pureté c’est-à-dire le désintéressement et l’amour du prochain. On pourrait qualifier ce désir d’« esthétique » selon le vocabulaire kantien.